Ed et Lorraine Warren, Enquêteurs du Paranormal

d et Lorraine Warren : de l'enfance hantée d'Ed à Bridgeport aux dons médiumniques de Lorraine, l'histoire vraie du couple qui a inspiré Conjuring.

Bandeau echos de l'ombre

La véritable histoire d’Ed et Lorraine Warren

Connus mondialement grâce aux films de la franchise Conjuring, Ed et Lorraine Warren sont devenus les enquêteurs paranormaux les plus célèbres du XXᵉ siècle. Mais bien avant les projecteurs d’Hollywood, leur histoire est celle d’un couple uni par l’amour, la foi, le mysticisme et une quête obstinée : comprendre l’invisible.

Leur parcours les conduira aux investigations démoniaques qui ont façonné leur légende.

Ed et Lorraine : Deux enfants marqués par le paranormal

Né au sein d’une famille catholique le 7 septembre 1926, à Bridgeport, dans le Connecticut, Edward Warren Miney vécut dans une maison hantée de l’âge de cinq ans jusqu’à l’âge de douze ans, et les phénomènes dont il fut témoin lui inspirèrent sa vocation. Son père, qui était agent de police, lui disait souvent qu’il y avait une explication logique à tout ce qu’il voyait dans la maison, mais jamais il ne la lui donnait, cette fameuse raison. Parfois, vers deux ou trois heures du matin, quand sa famille dormait, Ed entendait la porte du placard s’ouvrir mais quand il regardait à l’intérieur, il ne voyait que des ténèbres.

« J’avais cinq ans quand j’ai vu pour la première fois quelque chose d’inhabituel dans ce monde. Là où nous vivions, nous avions une vieille propriétaire qui n’aimait ni les chiens, ni les enfants. Elle s’asseyait près de la fenêtre et elle attendait que vous fassiez quelque chose de mal. Quand vous le faisiez, alors elle sortait précipitamment de la maison en criant comme une furie. Un an après sa mort, je suis monté à l’étage pour enlever mes chaussures. Comme j’étais assis sur le sol, la porte du placard s’est ouverte d’elle-même. À l’intérieur, j’ai vu une boule de lumière de la taille d’une luciole. En quelques secondes, la lumière a grandi pour atteindre une taille humaine, et alors, incroyablement, l’ancienne propriétaire s’est dressée devant moi. Elle était translucide et portait une sorte de linceul. Elle fronçait les sourcils comme à son habitude, exactement comme elle le faisait quand elle était encore en vie. Puis elle a disparu. Comme j’avais cinq ans à peine, je ne savais pas que ce genre de choses n’étaient pas naturelles, mais j’ai dû le sentir car ça m’a effrayé. Quand je l’ai dit à mon père, il m’a conseillé d’oublier ce que j’avais vu et de ne jamais en parler à personne. Bien, je n’en ai jamais parlé à personne, mais je ne l’ai jamais oublié. »

Le père d’Ed travaillait souvent de nuit, sa mère s’absentait fréquemment et de ce fait, le jeune garçon et sa sœur jumelle restaient souvent seuls dans la maison. Une nuit, ils entendirent des bruits de pas et celui d’une canne, qui ressemblaient à ceux de leur grand-père quand il montait les marches de l’escalier le dimanche. Pourtant, ce jour-là n’était pas un dimanche et leur grand-père était mort depuis longtemps. Les bruits de pas s’arrêtèrent brusquement lorsque leur mère bien-aimée vint les border comme elle le faisait chaque soir. Un peu plus tard, ils apprirent que leur mère était sortie de la maison en début de soirée pour s’occuper de leur grand-mère, qui était morte quelques heures plus tard, et qu’elle l’avait veillée toute la nuit. Alors, comme ils étaient tous les deux persuadés de l’avoir vue, ils en conclurent qu’un ange était venu les visiter ce soir-là, qui avait pris l’apparence de leur mère. Ed et sa sœur pensaient observer des phénomènes surnaturels, mais leurs parents les attribuaient à leur imagination et ils leur répétaient inlassablement que toute chose avait une explication logique.

Son père était un homme très religieux et tous les jours il allait à l’église. Il encourageait ses enfants à croire en Dieu et à ignorer ce qu’ils voyaient dans la maison, mais Ed avait confiance en ses yeux et ses oreilles, et il croyait aux deux. Ed et sa sœur n’étaient pas les deux seuls enfants de la famille, ils avaient un grand frère, mais il n’était jamais là. Bizarrement, il restait toujours dormir chez des amis au lieu de rentrer chez lui le soir. Des années plus tard, il reconnut combien il avait peur de rester dans la maison quand il était enfant, avec toutes ces choses qu’ils voyaient et qu’ils entendaient mais qu’aucun adulte ne pouvait leur expliquer.

Ed était âgé de seize ans, il travaillait comme placeur au Colonial Movie Theater sur l’avenue de Boston, à Bridgeport, quand il remarqua Lorraine, une jeune fille qui venait tous les mercredis soirs au théâtre avec sa mère. Née le 31 janvier 1927, Lorraine Rita Moran avait grandi à Milford dans une famille de trois enfants et elle avait des dons médiumniques. Elle avait commencé à percevoir des manifestations psychiques dès l’âge de neuf ans, principalement des auras, sans savoir alors qu’elle possédait un don particulier. Pensant que tout le monde les voyait aussi, elle en avait naïvement parlé à l’une des sœurs de l’école privée catholique où elle se trouvait scolarisée. Lorraine, qui pensait lui faire un compliment, avait déclaré à son professeur de français que ses lumières étaient beaucoup plus brillantes que celles de la Mère Supérieure mais la sœur l’avait vertement sermonnée et condamnée à effectuer une retraite. Ce week-end passé à prier avait sérieusement freiné l’enthousiasme de Lorraine. À son retour, elle s’était mise à redouter le jugement de ses proches et comme elle ne voulait se faire remarquer et être différente des autres, elle avait tenté de se convaincre que tout ce qu’elle voyait n’existait pas vraiment.

Elle avait vraiment pris conscience de sa différence à l’âge de douze ans, alors qu’elle se trouvait en compagnie des élèves de son école catholique.

« C’était le jour de l’Arbor Day , et nous étions toutes sur la pelouse de devant, debout en cercle autour d’un trou creusé dans le sol. Ils ont mis le semis dans le sol, et juste après, j’ai vu un très grand arbre. J’ai levé les yeux pour regarder ses branches massives, qui étaient remplies de feuilles bruissant sous le vent, sans savoir que j’avais une expérience de seconde-vue. La nonne qui se tenait près de moi m’a poussé le bras, et elle m’a dit de sa manière rigoureuse habituelle : « Mlle Moran, que regardez-vous dans le ciel ? » Je lui ai répondu que je regardais l’arbre. « Est-ce que vous voyez le futur ? » m’a-t-elle demandé sur le même ton. « Oui, » ai-je admis. « Je suppose. » Eh bien, j’ai été immédiatement envoyée en retraite pour le week-end. Je ne pouvais pas parler, ou jouer, ou faire quoi que ce soit, juste m’asseoir et prier. Alors j’ai compris la leçon. Après ça, quand me venaient des choses impliquant la clairvoyance, je gardais ma bouche fermée. »

Rencontre et certitude

Un soir, Lorraine assistait à un spectacle au Colonial Movie Theater en compagnie de certaines de ses amies d’un groupe de jeunes chrétiens quand un raid aérien les obligea à sortir précipitamment de la salle. Ed proposa alors aux jeunes filles, qui ne savaient pas où se réfugier, de les amener au Rich’s, un café où le sol et les dessus de table étaient en marbre, ce qui en faisait un endroit relativement sûr en cas d’attaque aérienne. Lorraine regarda ses chaussures, qui brillaient à la perfection, puis elle remarqua le pli de son pantalon, et elle songea qu’il était un joli jeune homme. Ses amies commandèrent des Coca-Cola à cinq cents, mais Lorraine choisit une crème glacée et un soda et Ed commença à la taquiner, la traitant de gouffre financier. Au bout d’un moment, Ed et Lorraine décidèrent de retourner chez eux et comme ils devaient prendre le même chemin, ils décidèrent de le suivre ensemble. En arrivant devant la porte de la maison des Warren, Ed commença à monter les escaliers et Lorraine le regardait quand soudain elle eut la vision d’un homme mûr à sa place. Le soir, elle écrivit dans son journal :

« Je viens juste de rencontrer Ed. Je vais passer le reste de ma vie avec lui. »

Ed et Lorraine devinrent rapidement amis et comme ils avaient le même âge et qu’ils s’entendaient bien, alors un soir le jeune homme rassembla son courage et il se présenta chez elle pour lui proposer un rendez-vous. Quelque temps plus tard, comprenant que leur relation commençait à devenir sérieuse, M. Warren conseilla à son fils d’observer la façon dont la jeune fille se comportait avec ses parents car « elle le traiterait de la même façon. » Lorraine et ses parents étaient très proches, ils avaient une relation basée sur l’amour et le respect mutuel, ce qui lui sembla fort rassurant.

La Seconde Guerre mondiale : Un miracle en mer du Nord

Ed était âgé de dix-sept ans quand il s’engagea dans la marine et se retrouva affecté sur un navire marchand. Le 5 février 1945, son bateau fut touché par une torpille ennemie alors qu’il croisait en mer du Nord, mais juste avant qu’il ne saute, quelqu’un l’appela par son nom et lui jeta un gilet de sauvetage. Il luttait pour survivre dans les eaux glacées quand un marin du Texas grimpa sur son dos et avançant péniblement, les deux hommes commencèrent à nager vers un autre bateau, qui lui aussi était en feu. Ils étaient terrifiés. L’eau était remplie d’essence et ils pouvaient se retrouver submergés par les flammes à tout moment. Ed se mit alors à prier, en appelant à la protection de la Vierge Marie, et aussitôt le feu sembla s’écarter d’eux. Quelqu’un dut alors les remarquer, car des hommes sur un bateau pneumatique vinrent les secourir. Ils commencèrent par faire grimper le texan, qui était toujours accroché à son dos, et craignant que le second bateau n’explose, certains s’écrièrent « Laissons-le ! » en parlant d’Ed Warren. Finalement, l’homme qu’il avait porté insista pour qu’ils le sauvent, et Ed sentit des mains s’accrocher à ses bras et le tirer.

En apprenant que son bateau avait été coulé, Lorraine en fut bouleversée. Le nom d’Ed Warren apparut sur la liste des survivants, qui étaient au nombre de soixante-cinq, au bout de vingt-quatre heures. Lorraine avoua par la suite que ces vingt-quatre heures avaient été les plus longues de sa vie. Ed, qui était blessé à la tête, fut ensuite amené à l’hôpital de la marine, à Staten Island, et Lorraine, qui sortait tout juste d’une opération de l’appendice, dut attendre d’être rétablie pour aller le voir. Quatre mois plus tard, Ed retourna chez lui pour un congé de trente jours et ils se marièrent durant cette permission. Il repartit ensuite en mer. Quelques mois plus tard, alors qu’il se trouvait à Nagoya, au Japon, il reçut la nouvelle de la naissance de sa fille, Judy.

De l’art aux maisons hantées

À son retour, Ed commença à étudier à la Perry Art School, une filiale de Yale. Il y suivit des cours pendant deux ans avant d’abandonner, expliquant à sa femme qu’il peignait mieux que ses professeurs, qui ne lui apprenaient de toute façon que des choses dont il n’avait pas besoin pour peindre, comme la géométrie et autres bêtises.

Lorraine enseignait l’art aux élèves de l’école locale mais leurs finances étaient des plus justes. Ed eut alors une idée qui allait se révéler fabuleuse. Il acheta une voiture, une Chevy Eagle de luxe de 1933 pour quinze dollars, le vendeur lui fit cadeau de deux roues, et pour en payer les traites hebdomadaires il proposa à Lorraine de se rendre dans les nouvelles zones touristiques, le Massachusetts, le Vermont ou le New Hampshire, et d’exposer ses toiles dans les endroits les plus fréquentés. Il était certain qu’ils parviendraient à en vendre certaines. Il ne se trompait pas.

Cette période fut la plus belle de leur vie. Les tableaux partaient au prix fabuleux de trois ou quatre dollars. À cette époque, les hot-dogs et les hamburgers étaient à un sou, le théâtre à un quart et le gaz à dix-huit cents le gallon. Donc, avec cinq dollars, ils étaient les rois du monde.

D’une étrange manière, la peinture leur servit également de clef quand ils commencèrent à enquêter sur les maisons hantées. Dès qu’il entendait parler d’une hantise, Ed voulait toujours y entraîner Lorraine afin de vérifier la rumeur. Parfois, elle protestait, mais il lui rappelait son enfance dans la maison hantée de Bridgeport et elle finissait toujours par céder. La façon dont ils parvenaient à pénétrer dans ces maisons était très astucieuse. Comme ils étaient très jeunes et qu’ils savaient pertinemment que personne ne les inviterait spontanément à rentrer, Ed se mettait au milieu de la route et commençait à dessiner.

Au bout d’un moment, les rideaux se mettaient toujours à bouger et les occupants de la maison, qui se demandaient probablement ce qu’il faisait, commençaient à le surveiller. Ed dessinait une esquisse du bâtiment avec des fantômes s’en échappant, puis il la donnait à Lorraine qui allait frapper à la porte et disait aux gens que son mari aimait à peindre les maisons hantées, et qu’il avait fait ce dessin pour eux. Et il le leur donnait vraiment.

De cette manière, ils parvenaient à rentrer partout et à discuter avec les familles, qui étaient toujours rassurées de savoir qu’elles n’étaient pas les seules à connaître d’étranges expériences. Peu à peu, Ed et Lorraine remarquèrent des similarités entre les histoires. Ils réalisèrent alors que si tous les phénomènes semblaient bénins à l’origine, la plupart finissaient par devenir destructeurs avec le temps.

Une Expérience Inhabituelle

Ed et Lorraine étaient respectivement âgés de vingt-et-un et vingt ans quand ils visitèrent l’Ocean Born Mary House, une grande bâtisse de bois située à Henniker, dans le New Hampshire. La légende prétendait qu’autrefois, un pirate avait été assassiné dans la maison et que Mary, une femme dont il avait épargné le navire alors qu’elle venait de naître et qui vivait avec lui, avait enterré son trésor sous la cheminée, conformément à ses instructions. Depuis des dizaines d’années, l’endroit était présenté comme hanté par son propriétaire, Louis Roy, lequel en avait fait une attraction touristique et louait des pelles aux visiteurs pour qu’ils puissent creuser et chercher la fortune du pirate.

« À cette époque, Ed et moi, nous étions artistes. Ed était revenu de la Seconde Guerre mondiale à la fin de son service, il avait été dans une école d’art, et il avait eu son diplôme. Nous vivions de notre art. Nos tableaux étaient exposés un peu partout, et nous devions en amener dans le New Hampshire. Un couple d’amis avait demandé à faire le trajet avec nous. Nous avons laissé notre fille Judy chez mes parents, et nous avons pris la route. À un certain moment nous avons tourné, et il y avait un panneau. Il annonçait « Henniker. » Ed s’est alors exclamé : « Henniker ? Wow ! C’est là où se trouve cette maison hantée dont j’ai entendu parler ! »

L’ami d’enfance d’Ed, lui et sa femme étaient assis sur la banquette arrière, lui a alors fait remarquer qu’il devait y avoir un tas de « Henniker » dans les environs, mais Ed ne l’a pas écouté. Il a fait demi-tour, et il a dit : « C’est un signe. Il n’y a qu’un seul Henniker sur Terre. » C’était vraiment bizarre. Il ne savait pas vraiment où était la maison, aussi nous sommes-nous arrêtés au New England College. Nous avons demandé à des étudiants s’ils savaient quelque chose à propos de l’Ocean Born Mary House, et ils nous ont expliqué comment nous y rendre. « Prenez le pont et c’est la première à gauche. Vous allez vous retrouver sur une route de montagne en mauvais état. » Nous avons suivi leurs indications, et c’était au bout de cette route. Il faisait déjà nuit quand nous sommes arrivés là-bas, aussi ne puis-je décrire la maison ou dire à quoi elle ressemblait à l’époque. Ed et son ami ont commencé à plaisanter sur qui irait taper à la porte, et j’ai dit :

« Le temps que vous vous décidiez, je serai à la porte. »

Et j’y suis allée. Maintenant, voici ce qu’ils ont vu depuis la voiture garée sur la route. Enfin, ça n’était pas vraiment une route, plutôt un chemin. Ils ont regardé une lumière descendre du deuxième étage au premier, puis du premier au rez-de-chaussée, et cet homme a ouvert la porte. Il avait cette lampe à la main, comme une longue extension de lui-même. Il n’y avait pas d’électricité dans la maison, juste un groupe électrogène. Il n’y avait pas de chauffage non plus, mais un gros poêle ventru dans une pièce. À notre arrivée, il devait être en train de faire quelque chose au second étage.

— Êtes-vous M. Roy ? lui ai-je demandé.

— Oui, c’est moi, m’a-t-il dit. Louis Roy.

— Mon mari est très, très intéressé par votre maison et il adorerait en faire une peinture. Nous aimerions beaucoup que vous nous parliez de la hantise.

— Mon Dieu, rentrez s’il vous plaît.

— Mon mari est avec moi, ainsi qu’un couple d’amis.

Nous l’avons tous suivis dans la maison. Il faisait déjà froid sur la montagne, et le poêle était allumé. Nous avons regardé autour de nous. Il était photographe. Il y avait de nombreuses photographies sur les murs, et des tonnes et des tonnes de livres, comme dans une librairie. Il y avait aussi un lit, une petite table, des chaises, et ce poêle, qui était en plein dans la cheminée. Ed a commencé à l’interroger sur le passé de la maison. M. Roy et sa mère en avaient héritée, mais sa mère était morte, et depuis, il vivait seul. Il a continué à parler à Ed, et soudain, cette étrange sensation m’a traversée. C’était nouveau pour moi. J’ai soudain réalisé que je ne les entendais plus parler, et j’ai eu l’impression d’une présence derrière moi. J’ai senti une secousse, comme si quelqu’un m’avait poussée hors de mon corps, et je me suis retrouvée au premier étage. Je pouvais regarder en bas. Je pouvais me voir. Je pouvais voir mon mari, je pouvais voir le couple, et je pouvais voir M. Roy. L’expérience ne m’a pas fait peur. Elle ne m’a pas fait peur du tout. Je voyais qu’Ed était très, très inquiet. Il allait et venait, et faisait des signes devant mon visage avec sa main.

— Qu’est-ce qui lui arrive ? a-t-il demandé.

— Elle doit être clairvoyante. Ça arrive aux gens qui sont clairvoyants, a répondu Louis Roy.

— Elle ne peut pas être clairvoyante, c’est ma femme !

Je ne plaisante pas, il a vraiment dit ça. Quand je suis retournée dans mon corps, il m’a amenée sous le porche. Enfin, ça n’était pas vraiment un porche, plutôt un escalier. C’était une très belle expérience. Des années plus tard, à l’UCLA, ils m’ont dit que ça avait été le début du développement de mes capacités psychiques. Pourtant, j’avais des expériences depuis l’âge de neuf ans. Il m’est probablement arrivé la même chose quand j’étais en soins intensifs après la rupture de l’appendice. Enfin, bref. Par conséquent, j’ai demandé à travailler avec eux à l’UCLA. Je voulais travailler avec eux parce qu’ils se servaient du procédé Kirlian pour effectuer des recherches. Un Russe a inventé un appareil qui photographie les auras humaines autour de tout ce que Dieu a créé. Je pensais que ça confirmerait ce que je voyais, et je n’ai pas été déçue. »

Comprendre… ou intervenir

Ed et lorraine warren

En 1952, Ed et Lorraine fondèrent la New England Society for Psychic Research (NESPR), un groupe de recherche qui avait pour objectif d’enquêter sur les phénomènes de hantise et d’encourager la recherche et la documentation sur le paranormal. Au cours de cette même année, ils ouvrirent le Musée de l’Occulte dans le sous-sol de leur maison de Monroe, dans le Connecticut, et commencèrent à y entreposer les objets maléfiques qu’ils ramenaient de leurs investigations.

En 1965, ils se retrouvèrent confrontés à un cas qui bouleversa leur façon d’aborder les phénomènes de hantise. Dans cette affaire, l’esprit d’une petite fille prénommée Cynthia hantait une maison. Lorraine, plongée dans une transe profonde, réussit à entrer en contact avec elle. La fillette lui apprit qu’elle était à la recherche de sa mère et qu’elle passait tout son temps à la chercher sans jamais la trouver. Bouleversés, Ed et Lorraine se demandèrent comment aider son âme perdue sans trouver de réponse. Cette expérience fut pour eux une révélation. Ils réalisèrent alors qu’ils ne pouvaient plus se contenter d’étudier les manifestations des esprits, mais qu’ils voulaient maintenant les aider à trouver la paix.

Malheureusement, ils n’avaient aucune idée de la façon de procéder et ne voyaient pas comment obtenir les informations nécessaires. Après réflexion, ils décidèrent de se tourner vers la religion, pensant en toute logique que les prêtres, les pasteurs et les rabbins s’occupaient de l’âme, par conséquent du surnaturel. Ed commença alors à interroger des représentants de Dieu un peu partout dans le pays, leur demandant quelle serait leur réaction si l’un de leurs paroissiens les appelait pour leur dire qu’un fantôme se trouvait dans sa maison. Certains lui répondaient qu’ils lui diraient d’aller voir un psychiatre mais d’autres lui expliquaient que dans un tel cas, ils iraient chez lui bénir sa maison. Si la bénédiction n’était pas suffisante, ils feraient dire une messe et si la messe ne donnait aucun résultat, alors ils finiraient par procéder à un rituel d’exorcisme. Au cours de cette période, Ed consulta de nombreux prêtres catholiques et il remarqua avec stupéfaction que la plupart ne croyaient même pas au Diable, qui est pourtant fréquemment cité dans la Bible.

Entre provocation et foi

Ed et Lorraine Warren étaient tous les deux de fervents catholiques mais ils se montraient respectueux envers toutes les religions. Ils n’avaient rien contre les athées, mais ils pensaient que leur absence de foi les rendait vulnérables aux forces maléfiques car ils ne possédaient aucune défense et qu’ils étaient souvent choisis pour cette raison. Cependant, de par leur expérience, ils savaient que dans les maisons hantées, personne ne restait très longtemps incroyant. Leur travail était basé sur la religion mais également sur la science. Des médecins, des chercheurs, des agents de police, des infirmières, des étudiants et des femmes au foyer travaillaient bénévolement pour la NESPR, et l’organisme ne facturait jamais ses services. Les gens étaient souvent surpris quand les Warren parlaient de leur métier. Ils s’exclamaient avec étonnement :

« Oh mon Dieu, vous allez dans une maison et vous cherchez les démons ! »

Ed leur répondait qu’ils avaient raison, qu’ils traquaient les fantômes et les démons, mais qu’ils s’intéressaient aussi aux autres explications. Souvent des scientifiques se trouvaient avec eux lors de leurs enquêtes, ils étudiaient les autres possibilités avant de se réunir pour en discuter. Ed se montrait toujours d’un grand scepticisme quand quelqu’un lui disait que sa maison était hantée. Il devait voir, entendre et sentir lui-même les phénomènes pour en être convaincu.

La plupart du temps, lorsqu’ils étaient appelés sur un cas ou quand une affaire leur était signalée, ils contactaient immédiatement la personne ou la famille en difficulté. Si leur intervention semblait nécessaire, alors ils proposaient leur aide. Ils ne faisaient jamais rien payer pour leur temps ou leurs efforts mais ils demandaient à être remboursés pour les billets d’avion, les chambres d’hôtel, etc. Ce détail étant entendu, ils arrangeaient un rendez-vous le plus rapidement possible et généralement, ils se mettaient en route une ou deux heures plus tard. Une fois sur place, Ed demandait aux intéressés de lui raconter leur histoire et les enregistrait pendant que Lorraine arpentait la maison, tentant de localiser le fauteur de troubles. L’expérience leur avait appris que la plupart des manifestations démoniaques résultaient de rituels satanistes, de malédictions ou d’activités occultes et une partie de l’enquête consistait à déterminer comment l’entité avait réussi à entrer dans notre monde. Parfois il s’agissait de quelque chose d’anodin, comme une séance de spiritisme, et parfois de quelque chose de terrible, comme une malédiction ou un pacte avec le Diable.

Ils comprenaient que certaines personnes dotées de dons de clairvoyance se servent d’une planche Ouija, de cartes de tarot, ou d’une boule de cristal comme support, mais ils redoutaient les curieux, qui attiraient parfois les mauvais esprits sans le vouloir. Lors de leurs enquêtes, ils avaient pu constater que les planches Ouija pouvaient être particulièrement dangereuses et que les démons se faisaient souvent passer pour des âmes en peine pour mieux tromper leurs victimes et les inciter à les inviter dans leur maison.

En de rares occasions, Ed et Lorraine visitaient la maison ensemble. Ils commençaient toujours par inspecter les coins sombres, les sous-sols, les vides sanitaires et les placards, enregistrant tous les bruits sur un magnétophone ordinaire et prenant des photographies des différents endroits. Parfois, ils se retrouvaient brusquement submergés par une terreur sans nom et ils savaient qu’un esprit maléfique se dissimulait quelque part dans l’obscurité, non loin de là.

« Le démoniaque, » expliquait Ed Warren, « projette la terreur à la façon dont le serpent à sonnette utilise son crotale, comme un avertissement. »

Quand les informations n’étaient pas assez explicites et si aucun phénomène n’était en cours, Ed se voyait dans l’obligation de recourir à la provocation religieuse pour parvenir à déterminer la nature de l’entité. Comme de nombreux incidents fâcheux pouvaient se produire dans ce genre de situation, il faisait sortir tout le monde de la maison pendant quelques heures, même Lorraine. Parfois, rarement, elle restait avec lui, mais se contentait d’observer. En tant que médium, elle ne pouvait rien faire contre un esprit démoniaque et ses facultés la rendaient même plus vulnérable encore. Ed utilisait la provocation pour amener l’esprit à se manifester au travers d’un phénomène qu’il pouvait constater avec l’un de ses cinq sens. Dans ce genre de situation, il portait toujours sur lui une relique du Padre Pio comme protection. Il disait que plus il ajoutait de puissance religieuse, plus il avait de chance que le provoqué lui réponde. Sachant à quoi il s’opposait parfois, il se serait senti plus en sécurité avec un fusil de chasse, mais il savait qu’il lui était impossible de tuer quelque chose d’aussi ancien qu’un esprit démoniaque avec une arme à feu.

Si les perturbations se produisaient dans un endroit bien précis, il le visitait en premier. Si elles survenaient un peu partout, alors il se promenait de pièce en pièce jusqu’à ce que quelque chose se passe. Les fantômes, qui n’ont rien à craindre de Dieu, se manifestaient souvent spontanément mais quand un esprit démoniaque se trouvait dans la maison, alors la situation dégénérait forcément. La température devenait brusquement glaciale ou brûlante, des odeurs nauséabondes, de chair en décomposition ou autres, se répandaient dans le bâtiment, des bruits d’explosion retentissaient, des mains invisibles se mettaient à griffonner des obscénités sur les murs, et en de rares occasions, une voix menaçante, inhumaine, lui ordonnait de partir. Des bruits de pas résonnaient parfois dans l’escalier, qu’il ne suivait jamais, craignant un stratagème pour l’attirer et le coincer dans une pièce. D’autres fois, l’esprit restait discret durant toute sa visite et brusquement, au moment où Ed s’apprêtait à abandonner, il commençait à se manifester dans l’obscurité.

Ed Warren pensait n’avoir aucun talent particulier mais il jugeait la provocation religieuse extrêmement efficace et douloureuse pour les esprits démoniaques, qu’il décrivait comme des créatures remplies de culpabilité, de jalousie et d’une immense haine envers Dieu et envers l’homme, qui aiment infliger de la douleur et se dissimuler mais qui finissent toujours par se trahir en laissant transparaître des signes de leurs pouvoirs surnaturels. Parfois, ils faisaient bouger ou matérialisaient des petits objets devant lui, qui étaient alors chauds au toucher, ce qui indiquait une manipulation d’énergie. Certains de ces apports disparaissaient très rapidement mais d’autres restaient intacts. Ed en possédait toute une collection, qui lui avaient souvent servi de preuve physique pour avancer la nécessité d’un exorcisme. À chaque fois qu’une substance se matérialisait, il en prélevait un échantillon et l’envoyait à un laboratoire pour une analyse de sa composition. Elles étaient souvent constituées d’urine, de bile, de vomi, de sang ou d’excréments et contenaient habituellement les mêmes minéraux, oligo-éléments et acides aminés que ceux présents dans la nature. Ces substances avaient été téléportées dans la maison et assemblées de manière synthétique par des esprits. Elles n’avaient rien de mystérieux en général, sauf la manière dont elles étaient arrivées là. Il disait que contrairement à ce que certains peuvent penser, les esprits démoniaques sont capables de faire des choses étranges mais qu’ils restent limités à la manipulation de leur environnement physique et ne possèdent aucun pouvoir de création.

D’après ses observations, les démons se manifestent toujours dans le but de posséder des gens et le processus se déroule en cinq étapes : la permission, l’infestation, l’oppression, l’obsession et la possession. Si rien ne vient l’interrompre, alors la possession mène toujours à la mort, par suicide ou assassinat. Pour déterminer du stade de la possession, Ed et Lorraine interrogeaient l’entourage des plaignants et ils cherchaient toujours une explication ordinaire aux phénomènes étranges avant d’envisager une explication surnaturelle. Ils examinaient les manifestations avec attention, conseillant les victimes sur la conduite à tenir et, suivant la gravité de la hantise ou de l’infestation, organisaient une séance de prière, demandaient de l’aide à l’Église ou faisaient appel à un exorciste, dans les cas les plus graves.

Vers la fin des années 1960, une collecte de fonds fut organisée par leur paroisse. À cette occasion, ses organisateurs demandèrent à Ed s’il acceptait de leur offrir une ou deux de ses peintures pour les vendre aux enchères. Le démonologue les invita à choisir les toiles eux-mêmes, et comme il les leur présentait, il commença à leur expliquer les différentes affaires qui se cachaient derrière chacune d’entre elles. Fascinés, ils lui proposèrent de venir raconter ses histoires lors de la vente aux enchères mais Ed et Lorraine, qui enquêtaient depuis presque vingt-cinq ans et n’avaient jamais parlé de leur travail en public, jugèrent plus prudent de refuser. Ils avaient peur de se faire traiter de cinglés, et Ed se sentait mal à l’aise à l’idée de se retrouver au centre de l’attention. Les jours suivants, ils réfléchirent à la question, et songeant que leurs histoires pourraient peut-être aider certaines personnes, ils finirent par accepter. La vente aux enchères fut un incroyable succès, jamais l’église n’avait levé autant de fonds. La rumeur se mit alors à courir dans la région qu’Ed et Lorraine Warren avaient d’extraordinaires histoires à raconter, et les gens demandèrent à les entendre. Ils commencèrent à donner des conférences dans le Connecticut, puis dans tout le pays, puis un peu partout dans le monde. Ils étaient fréquemment invités à la télévision et à la radio, et ils avaient leur propre programme à la télévision locale : Seekers of the Supernatural.

En 1976, Lorraine apprit qu’une caméra russe installée à l’UCLA permettait de photographier les auras et se demandant si elle capturait les mêmes lumières colorées que celles qu’elle voyait autour des gens depuis qu’elle était enfant, elle décida de faire le voyage jusqu’à l’université californienne. Une fois sur place, elle fit la connaissance du Dr Thelma Moss, et la psychologue lui fit passer un certain nombre de tests pour s’assurer de l’authenticité de ses facultés médiumniques. Elle remarqua que Lorraine, qui avait des capacités certaines, était cependant différente des autres. Quand elle rentrait en transe, elle refusait de laisser les esprits rentrer en elle et de se servir de sa voix pour communiquer.

Notoriété, conférences et controverses

« Je ne tournerai pas le dos aux victimes du démoniaque simplement parce qu’un public sceptique n’est pas prêt à accepter la réalité du surnaturel. » Ed Warren

Au fil du temps, Ed était devenu un démonologue réputé et respecté. Il étudiait les démons, décourageait la pratique de l’occulte et venait en aide à ceux qui s’en retrouvaient victimes. Certains, qui voyaient que certaines de ses horribles affaires faisaient l’objet d’interviews, de livres ou même de films, pensaient qu’ils tenaient là le secret de la richesse. Ils lui demandaient ce qu’ils devaient faire pour devenir démonologue, juste comme lui, mais Ed leur répondait qu’il n’avait pas choisi sa carrière, mais qu’elle l’avait choisi. Il ne s’était pas réveillé un jour en se disant qu’il voulait devenir démonologue, il n’avait pas passé des années à étudier la théorie dans des livres, mais il l’était devenu en apprenant sur le terrain.

Ed et Lorraine bénéficiaient d’une certaine notoriété mais ils ne faisaient pas l’unanimité et étaient l’objet de nombreuses critiques. Aujourd’hui encore, certains remettent en cause leur travail et leurs motivations, les accusant d’avoir inventé des histoires pour attirer l’attention des médias à des fins lucratives. Ed expliquait que depuis le jour où il était allé dans une maison hantée, il avait toujours voulu des témoins, et qu’il avait été jugé et condamné pour cela. Certains lui reprochaient de vouloir son nom dans les journaux et il reconnaissait tout faire pour. Il voulait faire connaître le Diable et le démasquer partout où il se cachait. Il pensait que le scepticisme était la meilleure protection du démon, et voulait montrer le mal sous toutes ses formes. Ed et Lorraine n’avaient pas travaillé pour devenir riches, d’ailleurs ils ne l’étaient pas, ni pour devenir célèbres, même s’ils l’étaient un peu, mais pour comprendre et aider. La foi était à la base de leur motivation et de toutes leurs actions. L’humilité, la faculté de reconnaître des pouvoirs plus puissants que les leurs et de faire appel à Dieu étaient leurs meilleures armes.

Depuis des années, ils habitaient toujours la même petite maison aux étagères remplies de bibelots, principalement des anges et des crucifix. Leurs bureaux se trouvaient au sous-sol. Ils étaient séparés par le Musée de l’Occulte, dont Ed disait qu’il était l’un des endroits les plus hantés au monde. Le bureau de Lorraine était rempli de contrats, de journaux, de tableaux et de petits animaux en céramique, celui de son mari de photographies d’exorcismes et d’enregistrements en tout genre. Durant leur carrière, ils avaient parlé à des centaines de témoins de tous les milieux, de toutes les cultures et de toutes les religions et étudié plus de trois mille cas, recueilli plus de sept mille témoignages et arrangé presque sept cents exorcismes. Les différentes affaires qu’ils avaient eues à traiter les avaient amenés à voyager en Europe, au Japon, en Australie et sur tout le continent américain, parfois même à la demande du gouvernement. Les capacités médiumniques de Lorraine s’étaient grandement affinées, tout comme les connaissances d’Ed en matière d’occulte et de démonologie. Ils avaient fait évoluer leur matériel, utilisant la photographie infrarouge et les nouvelles technologies audio et vidéo pour tenter de capturer les phénomènes qu’ils observaient et qui ne pouvaient être expliqués par l’homme.

Certains disaient qu’ils gagnaient beaucoup d’argent grâce à leurs enquêtes, mais la réalité était tout autre. L’argent qu’ils recevaient leur venait très difficilement et ils le méritaient. Ils enseignaient leurs méthodes à des aspirants enquêteurs dans un show retransmis à la télévision locale, organisaient un grand événement pour Halloween chaque année et tous les étés, ils servaient de guides pour un tour de l’Écosse hantée. Ce voyage leur permettait de retourner visiter l’un de leurs endroits préférés, l’île de Skye. Ils continuaient également à proposer des visites du Musée de l’Occulte, à participer à des talk-shows, à écrire des livres, à rédiger des articles pour les magazines et les journaux, et à collaborer à des films inspirés de leurs enquêtes. Ed peignait de ci de là, quand il en trouvait le temps, et il vendait ses toiles.

Rien n’est Éternel

Le matin du 26 mars 2001, Ed Warren se trouvait dans sa maison de Monroe. Il appelait son chat, Coon, quand soudain il s’effondra, victime d’un accident vasculaire cérébral. En dépit des pronostics négatifs, il survécut à la nuit mais il resta dans le coma pendant cinq mois. Les médecins recommandèrent alors à Lorraine de le débrancher, mais elle refusa et il finit par reprendre conscience. Ed ne pouvait plus parler ni marcher et il dut passer un an en centre de rééducation avant de pouvoir retourner chez lui. Pendant ce temps, Lorraine réaménagea la maison pour qu’il puisse circuler en fauteuil roulant mais il avait gardé de graves séquelles de son AVC et elle dut engager une infirmière pour l’aider à s’occuper de lui. Un jour, il attrapa le collier de sa jeune infirmière, et cherchant à le lui arracher, il murmura : « Va-t’en ! » Lorraine s’excusa auprès de la jeune femme mais regardant son collier elle s’aperçut qu’au bout de la chaîne était suspendu un pentagramme, symbole de magie noire. Ed ne pouvait peut-être pas bouger, mais il était toujours là et il avait gardé ses vieux réflexes de démonologue.

Le 10 septembre, alors qu’ils attendaient dans le bureau de son urologue, Ed saisit un magazine et le serrant contre lui, il refusa de le lâcher. Gênée, Lorraine demanda la permission de l’emporter, ce qui lui fut accordé, mais une fois arrivée, elle le posa dans un coin et elle n’y pensa plus. Le lendemain matin, elle entendit la terrible nouvelle de l’attaque terroriste et elle remarqua avec stupéfaction que sur la couverture du magazine auquel son mari s’était accroché avec tant de détermination, se dessinaient justement les Twin Towers de New York. Pendant cinq ans, elle le soigna avec dévouement, tentant également de continuer à enquêter et donnant des conférences avec l’aide de sa fille Judy, de son beau-fils et du fils de son frère. Elle disait que s’occuper de son mari était le meilleur travail qu’elle n’avait jamais eu. Ed Warren mourut le 23 août 2006 et il fut enterré au cimetière de Stepney, à Monroe, un endroit où il avait autrefois enquêté sur une dame blanche.

Au cours des années suivantes, respectant la volonté de son mari, Lorraine continua à intervenir sur différentes affaires, répondant essentiellement par lettres ou par téléphone aux gens qui l’appelaient à toutes heures du jour et de la nuit, ne tenant aucunement compte de son âge et de sa fragilité.

« Il est incroyablement difficile de continuer à travailler depuis qu’Ed est mort, » disait-elle. « Nous étions une équipe. »

Aidée de son beau-fils, Tony Spera, elle organisait régulièrement des soirées pour un nombre réduit de personnes, proposant un exposé de sa vie de chasseuse de fantômes, le visionnage d’une vidéo d’un vrai exorcisme, une visite guidée du Musée de l’Occulte, une promenade au cimetière local, où repose son mari, un dîner dans un restaurant italien, une séance de photo et d’autographes.

Elle continua ainsi, treize années durant, à porter seule ce qu’ils avaient bâti à deux. Lorraine Warren s’éteignit paisiblement dans son sommeil le 18 avril 2019, à Monroe, entourée des siens. Elle avait quatre-vingt-douze ans. Son petit-fils, Chris McKinnell, résuma dans un dernier hommage ce que beaucoup retiendraient d’elle : une âme remarquable, aimante, généreuse, partie rejoindre enfin son cher Ed.

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Sources : Les Dossiers Warren I et II de Marie Alsina.

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