Le Poltergeist d’Enfield

Bandeau de la rubrique Chronique de l'étrange.
Enfield, au nord de Londres. Août 1977. Une maison ordinaire dans un quartier populaire. Une rue sans histoire. Une mère seule avec ses quatre enfants. Rien, en apparence, ne distingue cette maison des autres.

Quelques semaines plus tôt, par un soir de juillet, ses deux filles aînées avaient sorti une planche Ouija. Un jeu, peut-être. Une curiosité, rien de plus. Puis les premiers phénomènes sont apparus. Des bruits dans les murs. Des coups frappés sans origine identifiable. Des objets déplacés. Des incidents isolés, presque insignifiants, mais difficiles à ignorer. Difficiles à expliquer. Ils se répètent, s’intensifient, et bientôt, deviennent incessants.

Les événements vont durer deux ans. Deux années de témoignages, d’enquêtes, d’interventions, d’enregistrements. Deux années durant lesquelles la frontière entre le réel et l’inexplicable va se fissurer, sans jamais céder complètement.

Une chose est certaine.
Quelque chose s’est produit dans cette maison.
En 1977, Peggy Hodgson habitait une petite maison située au 284 Green Street, dans la banlieue Nord de Londres. Divorcée, elle élevait seule ses quatre enfants, Margaret treize ans, Janet onze ans, Johnny neuf ans et Billy six ans. En raison de troubles du comportement, Johnny retrouvait sa famille les week-ends et les vacances scolaires. Le reste de l’année, il était en internat. Au début du mois de juillet, Margaret et Janet s’amusèrent avec une planche Ouija, et elles connurent un certain succès. Quelques semaines plus tard, des phénomènes étranges commencèrent à se produire. 
Le 31 août, aux environs de vingt-et-une heures, un grincement s’éleva de la chambre de Johnny et de sa sœur Janet. Leur mère, qui les soupçonnait de s’être levés pour faire quelques sottises, s’avança discrètement dans le couloir pour tenter de les surprendre. Ils étaient toujours allongés dans leur lit, mais semblaient très excités. La veille, ils s’étaient plaints des mystérieux mouvements de leurs lits, maintenant, ils parlaient d’une chaise. « Essayez de dormir au lieu de dire des bêtises », soupira-t-elle. Elle s’apprêtait à se recoucher quand elle entendit une sorte de crissement, suivi de quatre coups. Agacée, elle se dépêcha de retourner dans leur chambre. « Maman ! Maman ! La commode bouge toute seule ! » s’écria hystériquement Janet en pointant du doigt le mur en face d’elle. Peggy se retourna, et elle découvrit avec stupéfaction que le meuble se dirigeait lentement vers la porte en glissant sur le plancher. Johnny et Janet s’étaient calmés. Ils observaient la scène depuis leurs lits, stupéfaits et silencieux. Peggy replaça le lourd meuble en chêne massif dans sa position initiale, mais il recommença immédiatement à se déplacer. Elle essaya de le bloquer en le poussant de toutes ses forces contre la paroi, sans y parvenir. Elle avait l’impression que quelque chose, comme une force incroyable, s’opposait à sa volonté. 

Affolée, elle se précipita chez ses plus proches voisins, Vic et Peggy Nottingham, pour leur demander de l’aide. Elle leur raconta qu’une grosse commode se déplaçait toute seule et les supplia de la suivre. Ils ne croyaient pas un mot de son histoire, mais comme elle semblait en proie à une grande panique, ils acceptèrent de l’accompagner jusqu’à chez elle. Ils se promenaient de pièce en pièce quand de petits coups secs commencèrent à résonner dans l’un des murs du salon. Ils avaient l’impression que quelqu’un était enfermé à l’intérieur et qu’il cherchait désespérément à en sortir. Plus surprenant encore, le bruit semblait les suivre. Après avoir observé le phénomène pendant un moment, Vic décida de prévenir la police. En fait, il ne savait pas faire d’autre.

Quelques minutes plus tard, deux agents de police, Carolyn Heeps et Hyams, se présentèrent au 284 Green Street. Alors qu’ils inspectaient les lieux, des bruits de coups commencèrent à résonner dans les murs. « Le jeudi 1 septembre 1977 », écrivit Carolyn Heeps dans son rapport, « à environ une heure du matin, j’étais en service en ma qualité d’agent de police lorsque j’ai reçu un message radio me demandant de me rendre sur Green Street, à Enfield. Je suis allée à cette adresse où j’ai trouvé un certain nombre de personnes debout dans le salon. L’occupante de cette maison m’a dit que des choses étranges s’étaient produites au cours des dernières nuits et qu’elle croyait la maison hantée. Mon collègue et moi sommes entrés dans le salon et l’occupante a éteint les lumières. Presque immédiatement, j’ai entendu une série de coups résonner contre le mur de derrière. Il y a eu quatre coups distincts contre le mur, puis le silence. Environ deux minutes plus tard, j’ai entendu de nouveaux bruits de coups, mais ils venaient d’un mur différent. Encore une fois, c’était une suite de quatre coups. Mon collègue et les voisins ont vérifié les murs, les greniers et les tuyaux, mais n’ont rien trouvé pour expliquer les coups. Ils sont alors entrés dans la cuisine pour examiner le réfrigérateur, laissant la famille et moi-même dans le salon. Les lumières du salon ont été à nouveau éteintes. Quelques minutes plus tard, le fils aîné a pointé du doigt un gros fauteuil près du canapé. J’ai regardé le fauteuil et j’ai remarqué qu’il vacillait légèrement d’un côté à l’autre, puis je l’ai vu glisser sur le sol vers le mur de la cuisine. Il s’est déplacé d’approximativement un mètre avant de s’arrêter. À aucun moment, il n’a quitté le sol. Nous avons examiné le fauteuil, mais il n’était attaché à aucun fil et rien ne laissait à penser à un quelconque subterfuge. Les lumières ont été rallumées. « Si quelque chose s’amuse à enfreindre les lois de la nature », ai-je expliqué à l’occupante de la maison, « alors le problème est du ressort des scientifiques, pas du nôtre. » Rien d’autre ne s’est passé cette nuit-là, bien que nous ayons eu par la suite des informations faisant état de troubles à cette adresse. »

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