Le Poltergeist de Lindley Street


Novembre 1974. Une maison ordinaire du Connecticut. Une famille discrète, sans histoire, que rien ne distingue des autres.
Les premiers incidents surviennent sans avertissement. Des meubles bougent. Des objets sont projetés à travers les pièces. Des déplacements impossibles à anticiper, impossibles à contenir. Très vite, les témoins se multiplient. Voisins, policiers, pompiers, journalistes. Ils observent, essaient de comprendre. Au cœur de l’affaire, une jeune fille de onze ans.

Les événements attirent l’attention. La rue se remplit de curieux. Les versions s’opposent. Les hypothèses se succèdent. Ed et Lorraine Warren viennent enquêter à leur tour, attirés par la popularité de l’affaire, qui fait la une des journaux.
Les théories sont nombreuses. Aucune ne s’impose. Certains phénomènes se produisent sans témoins, d’autres en présence de tellement de monde qu’ils ne peuvent être ignorés.

Quelque chose s’est réellement produit à Lindley Street.
Quelque chose, mais quoi ?
Couverture du livre Le Poltergeist de Lindley Steet
Dos de la couverture du livre Le Poltergeist de Lindley Steet
En 1960, l’année de leur mariage, Gerald et Laura Goodin achetèrent une petite maison de quatre pièces au 966 Lindley Street, à Bridgeport, dans le Connecticut. Âgé de quarante-et-un ans, Gerald travaillait comme agent de maintenance à l’usine d’équipement électrique Harvey Hubbell. Discrète et réservée, Laura, trente-six ans, s’occupait des travaux ménagers. L’année suivante, elle mit au monde un petit garçon, Gerard. Il était absolument parfait, mais sa tête pendait bizarrement sur le côté. Alarmée par les remarques de ses voisines, elle se tourna vers son médecin de famille. « Ne vous inquiétez pas », la rassura-t-il d’une voix bienveillante. « Votre bébé est en pleine santé. » Laura, qui n’avait aucune raison de douter de ses capacités, le crut sur parole. Au cours des mois suivants, Gerard commença à montrer des signes évoquant un retard de développement. Gerald et Laura consultèrent différents spécialistes, et un diagnostic finit par être posé. Paralysie cérébrale. Très croyants, ils prirent la nouvelle avec philosophie. À leurs yeux, leur fils était un véritable don de Dieu. Ils luttaient pour lui rendre la vie la plus agréable possible, et ils y parvenaient. Gerard ne pouvait peut-être pas se déplacer, mais il jouait, souriait et riait comme tous les enfants de son âge. « Nous savions qu’il ne serait jamais capable de travailler », expliqua son père, « mais cela n’avait pas d’importance. Nous étions prêts à prendre soin de lui jusqu’à ses cent ans. »

À l’âge de six ans, en revenant d’un pèlerinage, Gerard déclara une forte fièvre. Transporté en urgence à l’hôpital, son état se dégrada rapidement. Alors que sa fin devenait imminente, ses parents demandèrent au père Mark Grimes, de l’église Saint-Patrick de Bridgeport, de lui administrer les derniers sacrements. Il rendit son dernier souffle quelques jours plus tard, le 27 septembre 1967. Dévastés, ils se consolèrent en se disant que Dieu l’avait rappelé auprès de lui car il était un ange. « Dieu l’a ramené à la maison », gémissait parfois sa mère en sanglotant. « Il savait que c’était la meilleure place pour lui. »
Le lendemain de l’enterrement, Laura dut subir une hystérectomie. Son médecin lui avait découvert une tumeur à l’utérus quelques mois auparavant et l’opération était prévue depuis longtemps. À sa sortie de l’hôpital, elle commença à hanter le cimetière Saint-Michel. Accompagnée de son mari, elle visitait quotidiennement la tombe de son fils, même en cas d’intempéries. Elle avait élevé une sorte d’autel à sa mémoire dans un coin du salon. Elle le garda pendant six mois avant d’admettre l’évidence : Gerard ne reviendrait jamais. Alors qu’elle affrontait cette dure réalité, Gerald lui rappela les paroles du père Grimes. Peu de temps après la disparition de leur fils, le prêtre leur avait suggéré de réfléchir à l’adoption. Sur le moment, ils avaient refusé d’envisager cette éventualité, mais le temps était peut-être venu d’y songer.

En mai 1968, ils devinrent les heureux parents d’une petite fille amérindienne de la tribu des Seven Nation, au Canada. Ils n’avaient pas attendu longtemps. L’agence d’adoption les avait choisis à cause des origines ethniques de Laura, dont certains des ancêtres étaient Cherokees. Elle leur avait envoyé une photo de l’enfant, et ils étaient immédiatement tombés sous son charme. Issue d’une famille nombreuse, Marcia était née le 28 décembre 1963. Malgré son jeune âge, la vie ne l’avait pas épargnée. De ses huit frères et sœurs, elle était la seule à avoir été abandonnée. Elle le savait et en gardait une certaine amertume. « Une merveilleuse petite fille », s’extasiait Laura en se souvenant de son arrivée. « Elle ne prenait pas la place de Gerard, mais sans elle, nous n’aurions pas eu de raison de vivre. Marcia a donné un sens à notre existence. »

Calme, douce et timide, Marcia aimait les puzzles, regarder les dessins animés à la télévision, dessiner avec des crayons de couleur et le Monopoly. La plupart du temps, elle y jouait seule, en tenant le rôle de tous les participants. À part ses ours en peluche et son animal de compagnie, un petit chat orange et blanc appelé Sam, elle n’avait pas vraiment d’amis. Elle s’était facilement intégrée à l’école privée Saint-Joseph, mais suite à des problèmes financiers, ses parents avaient dû se résoudre à l’inscrire dans une école publique et le changement s’était révélé particulièrement difficile. Les autres enfants la harcelaient sans cesse. Ils blâmaient ses origines, elle leur répondait par des insultes. Parfois, quand la solitude devenait trop pesante, elle s’asseyait sur le plancher de sa chambre et fermant les yeux, elle se balançait d’avant en arrière pour rentrer en contact avec l’esprit de son grand-père, chef respecté d’une réserve. Elle disait qu’il était en colère parce qu’elle avait été emmenée loin de lui. Il lui manquait terriblement. Laura, qui l’adorait et aurait fait n’importe quoi pour elle, la soutenait de son mieux. Elle craignait tellement pour sa sécurité qu’elle la surveillait en permanence, même dans la maison. Tous les matins, elle l’accompagnait jusqu’à la grille de son école, et tous les soirs, elle passait la chercher. Elle la surprotégeait peut-être, mais comment le lui reprocher ?