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Que devient la Maison d’Ed et Lorraine Warren ?
En août 2025, la maison d'Ed et Lorraine Warren a changé de propriétaires, mais les objets du musée n'ont pas suivi le même chemin.

La maison des Warren a changé de mains. L’information a circulé vite, reprise, déformée, simplifiée, jusqu’à devenir autre chose. Pour beaucoup, la vente emportait tout avec elle, la maison, les objets, l’histoire. En août 2025, la propriété de Monroe a bien été vendue. Le comédien Matt Rife et le créateur de contenu Elton Castee l’ont acquise pour environ un million de dollars, mais ce qui se trouvait à l’intérieur n’a pas suivi le même chemin.
Les objets du musée n’ont pas été vendus. Ils restent la propriété de Judy Spera, fille d’Ed et Lorraine Warren, et de son mari Tony Spera, qui en assurent la conservation depuis des années. Un accord distinct a confié leur garde aux nouveaux propriétaires pour une durée d’au moins cinq ans, une précision évoquée par Matt Rife lui-même après l’annonce de l’acquisition.
La maison a vraiment changé de mains, mais les objets du musée ont simplement changé de gardiens.
La maison où Ed et Lorraine Warren conservaient leurs secrets

À l’origine, la propriété d’Ed et Lorraine Warren, située à Monroe, dans le Connecticut, ne visait pas à devenir un musée. La maison familiale primait avant tout. Mais au fil des décennies, ils y ont accumulé les objets provenant de leurs investigations. Certains découlaient d’affaires de maisons hantées. D’autres s’associaient à des possessions ou à des pratiques occultes. Certains encore passaient pour dangereux en raison de leur histoire. La collection a fini par prendre une ampleur considérable.
Le Musée de l’Occulte a ainsi pris l’allure d’une sorte de coffre-fort du paranormal. Un endroit où les objets ayant joué un rôle dans des phénomènes surnaturels pouvaient rester à l’écart du public. Sa fermeture a découlé des réglementations locales concernant l’utilisation de la propriété, mais les objets sont restés et leur réputation n’a fait que grandir.
Annabelle : la gardienne de la collection

Aucune pièce du musée n’atteint la célébrité d’Annabelle. La véritable Annabelle diffère grandement de la poupée popularisée par le cinéma. La poupée de porcelaine au visage démoniaque laisse place à une Raggedy Ann, une poupée de chiffon à l’apparence étonnamment ordinaire. Ce contraste direct a contribué à son aura.
D’après Ed et Lorraine Warren, la poupée a été offerte dans les années 1970 à une jeune étudiante en soins infirmiers prénommée Donna. Après son arrivée dans l’appartement, des événements étranges se sont produits. La poupée a changé de position, des messages sont apparus, et des manifestations de plus en plus inquiétantes ont accompagné sa présence. La consultation d’une médium a suivi. Cette dernière a affirmé que la poupée se liait à l’esprit d’une jeune fille appelée Annabelle Higgins. Ed et Lorraine Warren en ont conclu à une présence bien plus inquiétante. Une entité inhumaine se servait de la poupée comme intermédiaire. Ils ont alors décidé de la récupérer. Annabelle a pris place dans une vitrine spécialement conçue pour elle, où elle resta pendant des décennies.
La vitrine d’Annabelle est devenue indissociable de la poupée. Son exposition ne ressemble en rien à une simple pièce de musée, elle demande un confinement strict. L’histoire d’Annabelle en devient particulièrement fascinante. Le danger ne résidait pas uniquement dans sa représentation , mais dans l’entité qui lui était associée. Au fil des années, de nombreuses histoires ont entouré la poupée, notamment celles de personnes ayant subi des accidents ou des expériences inquiétantes après l’avoir provoquée. Annabelle a ainsi dépassé le statut de simple objet pour devenir le véritable symbole du musée.
La Poupée de l’Ombre (Shadow Doll) : la poupée conçue pour nuire

La Poupée de l’Ombre figurait parmi les premiers objets accessibles aux visiteurs dans l’ancien musée. Son aspect inquiète immédiatement : elle possède notamment des plumes d’oiseau et une véritable dent humaine. Son histoire s’avère encore plus sombre.
Tony Spera, conservateur de la collection pendant de nombreuses années, expliquait que ce type de poupée représentait un objet destiné à nuire et associé à des pratiques de malédiction. Il a expliqué qu’un rituel pouvait employer une photographie de la poupée. Une personne écrivait une malédiction au dos du cliché avant de l’envoyer à sa cible. La poupée ne constituait donc pas un simple objet hanté, mais un instrument de magie malveillante. La Poupée de l’Ombre a également rejoint les événements itinérants consacrés à la collection, aux côtés d’Annabelle et d’autres artefacts majeurs.
Le dinosaure de l’affaire « Le Diable me l’a fait faire » («The Devil Made Me Do It»)
Un simple jouet constitue probablement l’un des objets les plus étranges de toute la collection. Un petit dinosaure. Pourtant, ce jouet se rattache à l’une des affaires les plus célèbres d’Ed et Lorraine Warren. Celle de la famille Glatzel, qui allait donner naissance à l’expression « Le Diable me l’a fait faire ».
D’après eux, le jeune David Glatzel a subi des phénomènes de possession et des manifestations démoniaques. Le petit jouet dinosaure comptait parmi les objets associés à cette affaire. Sa présentation s’est faite notamment lors des événements publics de la collection, avec la description d’un jouet supposément possédé. Son apparence parfaitement anodine a suscité la fascination. Un musée consacré au paranormal annonce d’ordinaire des objets inquiétants, sans forcément inclure un jouet pour enfant. Et pourtant, ce genre d’objet donne précisément à la collection son atmosphère si particulière.
L’idole Satanique (Satanic Idol)

Autre pièce particulièrement inquiétante : l’idole satanique. Cette statue figurait parmi les artefacts les plus spectaculaires du Musée de l’Occulte et s’est dévoilée au public lors des expositions itinérantes de la collection. Son histoire est liée aux recherches d’Ed et de Lorraine sur l’occultisme et les pratiques sataniques. Pour les responsables de la collection, l’idole incarnait un type d’objet particulièrement dangereux. Non pas un simple témoin d’un phénomène, mais un artefact associé directement à des pratiques occultes. Son exposition dans le musée insufflait à la collection une atmosphère radicalement différente de celle d’une exposition traditionnelle.
Le Miroir d’Invocation (Conjuring Mirror)
Les miroirs occupent depuis longtemps une place importante dans l’imaginaire occultiste. Le Miroir d’Invocation figure parmi les miroirs les plus célèbres de la collection Warren. Le public a notamment pu l’observer lors de la Warren’s Seekers of the Supernatural Paracon de 2022, aux côtés d’Annabelle, de la Shadow Doll et du Satanic Idol. Son nom se rattache directement à l’univers de la saga The Conjuring. Dans la nouvelle présentation de la collection à Salem, le miroir occupe également une place dans l’espace consacré au spiritisme et à la communication avec les morts. Le nouveau musée expose notamment une importante collection de planches parlantes, d’objets de spiritisme et d’autres artefacts associés à cette tradition.
Les objets de spiritisme
Le Musée de l’Occulte dépassait le cadre des seuls objets supposément hantés. Une partie importante de la collection se consacre au spiritisme, aux médiums et aux différentes méthodes utilisées pour tenter d’entrer en contact avec les morts. La nouvelle exposition de Salem met en avant une vaste collection de planches parlantes et d’appareils de communication avec les esprits.
Cette partie de la collection montre que l’univers des Warren dépassait les histoires de possessions démoniaques. Leur collection s’inscrivait également dans une tradition beaucoup plus ancienne : celle des séances de spiritisme et de la fascination pour l’au-delà. Parmi les objets et documents présentés figurent également des pièces associées à des personnalités historiques comme Harry Houdini et Aleister Crowley.
La photographie spirite d’Abraham Lincoln
La section consacrée au spiritisme intègre également une photographie spirite d’Abraham Lincoln. Ce type d’image appartient à une tradition fascinante de l’histoire du spiritisme : des photographes affirmaient pouvoir capturer sur leurs plaques photographiques la présence de personnes décédées. Ces images ont rencontré un véritable succès au XIXe siècle et au début du XXe siècle. La collection Warren crée ainsi un pont entre l’histoire du spiritisme, les pratiques occultes et le paranormal moderne.
Les objets liés à l’affaire Glatzel
Le jouet dinosaure ne constitue pas le seul élément associé à l’affaire Le Diable me l’a fait faire. La nouvelle présentation de la collection consacre un espace important à cette histoire, avec différents objets, documents et éléments liés au dossier. La présentation annoncée à Salem comprend notamment des enregistrements d’exorcismes, des photographies, des documents manuscrits et des artefacts liés à l’affaire. Cette orientation confère une importance particulière à cette partie de la collection. La vision d’un objet isolé derrière une vitre s’efface au profit d’une véritable archive d’une des affaires les plus célèbres auxquelles Ed et Lorraine Warren ont été associés.
Des poupées, des objets occultes et des reliques
Autour d’Annabelle et de la Poupée de l’Ombre, la collection Warren regroupe également de nombreuses autres pièces appartenant à différentes catégories : poupées hantées, artefacts sataniques, objets associés à la sorcellerie, reliques religieuses et objets liés à des pratiques occultes.
Le nouveau musée de Salem articule la collection sous différentes thématiques, allant des poupées hantées aux artefacts sataniques, en passant par les reliques de sorcellerie et les objets liés au spiritisme. Cette diversité explique la singularité du Musée de l’Occulte. La simple accumulation de « choses hantées » laisse place à une véritable cartographie de l’univers paranormal tel qu’Ed et Lorraine Warren le concevaient.
La collection reste la propriété des descendants d’Ed et Lorraine Warren

En 2025, Matt Rife et Elton Castee ont bien acheté la propriété de Monroe, sans acquérir la collection. Les quelque sept cent cinquante artefacts restent la propriété de Judy et Tony Spera.
Selon Tony Spera, la famille n’a jamais envisagé la vente des objets. Elle a au contraire conclu avec Matt Rife et Elton Castee un accord leur confiant la garde et la présentation des pièces pendant une période d’au moins cinq ans. Cette distinction s’avère essentielle pour comprendre la suite de l’histoire. Matt Rife et Elton Castee deviennent les nouveaux propriétaires de la maison, mais agissent uniquement comme gardiens des artefacts. Annabelle n’a pas été vendue. La Poupée de l’Ombre n’a pas été vendue. L’Idole Satanique n’a pas été vendue. Le dinosaure de l’affaire Glatzel n’a pas été vendu. Tous les objets restent dans la collection Warren.
De Monroe à Salem
Cette distinction prend tout son sens avec le projet du Haunted Warren Museum à Salem, dans le Massachusetts. En 2026, le projet d’installer un nouveau musée consacré aux artefacts réunis par Ed et Lorraine à Salem a progressé. Le lieu doit accueillir plusieurs espaces consacrés aux objets paranormaux et aux grandes affaires associées aux Warren. Certains des artefacts les plus célèbres vont quitter la maison de Monroe pour rejoindre Salem, avec Annabelle au premier rang. Mais une fois encore, la transaction financière s’efface au profit d’un déplacement lié à la garde de la collection. La maison de Monroe conserve par ailleurs une partie importante des artefacts. La collection Warren s’apprête donc à vivre dans plusieurs lieux, tout en restant rattachée à la même histoire familiale.
Une nouvelle vie pour la maison d’Ed et Lorraine Warren

Pendant que certains des artefacts les plus célèbres prennent le chemin de Salem, la maison de Monroe connaît une nouvelle existence.
Matt Rife et Elton Castee ont commencé à proposer des séjours privés dans l’ancienne demeure des Warren. Quelques nuits seulement, réservées à ceux qui souhaitent y rester. La porte s’ouvre sur une maison qui n’a pas été pensée pour recevoir. Rien n’évoque un lieu d’accueil au sens habituel. Les pièces conservent une organisation simple, presque intacte, et quelque chose demeure en place, difficile à définir, comme si l’usage du lieu n’avait jamais complètement changé.
Les visiteurs s’installent pour une nuit. Ils circulent dans les couloirs, passent d’une pièce à l’autre, s’arrêtent devant des objets dont ils connaissent déjà l’histoire. Certains cherchent à provoquer une réaction. D’autres se contentent d’observer, d’écouter, d’attendre. L’obscurité modifie la perception du lieu. Les bruits ordinaires prennent une consistance différente. Le bois travaille, les murs retiennent les sons, et chaque déplacement devient plus attentif. Rien ne se produit vraiment, et pourtant, l’expérience ne se réduit pas à une simple nuit passée ailleurs.
Dormir dans cette maison ne revient pas seulement à occuper un espace. C’est partager, pendant quelques heures, un endroit chargé d’histoires accumulées, d’enquêtes, de récits répétés au fil des années. Au matin, chacun repart avec une impression difficile à formuler précisément. Rien de visible, rien de certain. Seulement la sensation d’avoir traversé un lieu qui continue d’exister selon ses propres règles.
La maison ne se contente plus d’abriter une histoire. Elle devient elle-même une expérience..
Les nouveaux gardiens d’un héritage ancien
La vente de 2025 n’a pas mis fin à l’histoire du Musée de l’Occulte, elle en a simplement modifié la forme. La maison appartient désormais à Matt Rife et Elton Castee, tandis que les artefacts restent la propriété de Judy et Tony Spera. Entre les deux s’établit un accord de garde permettant à la collection de poursuivre son existence publique. Cet élément confère toute sa singularité à la transition.
Enfermée dans sa cage de bois et de verre, Annabelle continue d’occuper une place centrale dans cette histoire. De Monroe à Salem, son voyage prolonge celui commencé plusieurs décennies plus tôt lorsque Ed et Lorraine Warren l’avaient installée dans leur musée. Une petite poupée de chiffon. Une vitrine. Des centaines d’objets autour d’elle, et derrière chacun d’eux, une histoire suffisamment importante, et parfois suffisamment dangereuse, pour interdire le retour de ces objets dans le monde ordinaire. Aujourd’hui, ces histoires continuent de voyager.
Ed et Lorraine Warren nous ont quittés. Leur demeure a changé de mains, mais leur collection continue d’exister et de faire voyager leur mémoire. 🖤🐦⬛
Pour aller plus loin :
Ed et Lorraine Warren ont enquêté sur des dizaines d’affaires aussi troublantes que celle d’Annabelle. Retrouvez-les dans mon livre Les Dossiers Warren.





