Sous l’Emprise du Diable

Bandeau de la rubrique Chronique de l'étrange.
Des adolescents ordinaires, des pères de famille, des voisins discrets, rien ne les distinguait des autres, du moins en apparence. Et pourtant, chacun d’eux en est venu à partager la même certitude. Une présence s'était imposée à eux. Invisible, insaisissable, mais indiscutable. Une entité qui observait, influençait, exigeait.

Au début, ils ne ressentaient qu'une impression diffuse, une sensation difficile à formuler. Puis leurs pensées ont commencé à changer. Leurs gestes aussi. Progressivement, la frontière entre leur volonté et quelque chose d’autre s’est estompée.

Ils n'ont pas tous résisté. Certains ont fini par céder à l'appel. Non par folie, mais par conviction. Parce que ce qu'ils percevaient leur semblait aussi réel que le monde autour d'eux.

Ce livre s’intéresse à leurs trajectoires. À ces moments précis où une vie bascule, sans éclat, sans rupture visible, mais avec des conséquences irréversibles.

Entre croyances, troubles psychologiques et phénomènes inexpliqués, une question demeure...
À quel moment ont-ils cessé d'agir par eux-mêmes ?
Couverture du livre Sous l'Emprise du Diable
Dos de la couverture du livre Sous l'Emprise du Diable

In nomine Satanis

« Il existe deux types de satanistes : ceux qui adorent le diable, célèbrent les messes sataniques, ont leurs propres prêtres et leur propre hiérarchie ; et ceux qui ne croient pas en Satan, mais se livrent à des actions iniques ou contre nature. Ce dernier est plus dangereux. » Père Gabriele Amorth, exorciste.

Depuis quelques années, les actes délictueux inspirés par une croyance en l’occultisme, la sorcellerie, le mysticisme, la magie, l’ésotérisme, etc., sont en constante augmentation. Ils sont généralement perpétrés au nom d’une philosophie, d’anciennes divinités ou de démons, et plus particulièrement au nom de Satan.

L’histoire du satanisme moderne a débuté avec Aleister Crowley, le célèbre occultiste britannique. Les 8, 9 et 10 avril, entre midi et treize heures, une entité désincarnée nommée « Aiwass » lui a dicté le Livre de la Loi. Après cette révélation, il a fondé un nouveau système religieux et philosophique, Thelema. « Fais ce que tu voudras sera le tout de la Loi » était son principal précepte. La Loi n’invitait pas à céder à tous ses caprices, mais à se libérer de ses chaînes et à rechercher sa Véritable Volonté, l’étincelle divine qui réside en chaque être humain. Pour la trouver, il recommandait la Magick, une magie à la fois blanche et noire qu’il décrivait comme « la science et l’art pour faire en sorte que le changement se produise conformément à la Volonté. »

Il proposait également un certain nombre de pratiques et de rituels de sa propre conception ou basés sur ceux de l’Ordre hermétique de l’Aube dorée, le yoga, le rituel mineur du pentagramme, pour bannir et invoquer, le Liber Samekh, pour appeler son « saint ange gardien, » la messe gnostique, la messe du phénix, et le Liber Resh, qui consiste en quatre adorations quotidiennes au soleil. Les occultistes, les mages et les satanistes continuent à s’inspirer de ses ouvrages, qu’ils interprètent à leur manière.

Ainsi, le 8 mai 2000, à Londres, en Angleterre, Henry Allen Bibby, alias Edward Alexander Crowley, a assassiné un enfant de douze ans, Diego Pineiro, en le poignardant plus de trente fois. Dans son sac, la police a retrouvé un certain nombre de documents légaux concernant son changement de nom et des dessins inquiétants réalisés quelques semaines avant le drame. Intitulés « Delendus Est Pineiro , » ils faisaient référence à la magie noire, à la mythologie grecque, aux sacrifices d’enfants, et à cet extrait de Magick in Theory and Practice d’Aleister Crowley : « Pour le plus haut travail spirituel, il faut donc choisir la victime qui contient la force la plus grande et la plus pure. Un enfant de sexe masculin d’une parfaite innocence et d’une grande intelligence est la victime la plus satisfaisante et la mieux adaptée. »

Le 30 avril 1966, la nuit de Walpurgisnacht, Anton LaVey, fils spirituel d’Aleister Crowley, a fondé l’Église de Satan, lançant ainsi l’Anno Satanas, la première année de l’âge de Satan. « Nous avons établi une église de Satan écrasant tous les concepts de ce qu’une église était supposée être. C’était un temple de l’indulgence pour défier ouvertement les temples de l’abstinence qui avaient été construits jusque-là. Nous ne voulions pas que ce soit un lieu impitoyable et peu accueillant, mais un lieu où il fait bon s’amuser. » Basée à San Francisco, dans une maison victorienne repeinte en noir, l’Église de Satan est rapidement devenue un endroit à la mode. « Satan vous veut ! », proclamait Anton LaVey. Deux ans plus tard, il a écrit la Bible satanique, qui s’est écoulée à plusieurs milliers d’exemplaires, attirant l’attention des médias.

« Le satanisme est la seule religion qui pousse à encourager et à mettre en valeur ses préférences individuelles, aussi longtemps que ces besoins sont communément admis, » expliquait-il. « Ainsi, cette religion personnelle et indélébile s’intègre dans un parfait cadre. C’est une célébration de l’individualité sans hypocrisie, de la solidarité sans pitié, de la subjectivité objective. »

Les satanistes LaVeynens ne croient pas en Dieu, ni au Diable, mais en eux-mêmes. Pour eux, Satan n’est rien d’autre que le symbole de la liberté à laquelle ils aspirent, et une provocation envers les chrétiens, qu’ils méprisent au plus haut point. Ils peuvent se livrer à un certain nombre de rituels, pour accomplir leurs désirs, venir en aide à quelqu’un ou à eux-mêmes, se libérer de la colère ou détruire, spirituellement parlant, l’objet de leur haine, mais ils respectent la vie et ne font pas de sacrifices. « Pourquoi faudrait-il tuer un être humain pour accomplir un acte rituel ? » s’interrogeait Anton LaVey. Il est mort en 1997, mais son mouvement lui a survécu. En 2019, l’Église de Satan a été officiellement reconnue comme religion aux États-Unis, et elle ne plaisante pas avec la loi. En décembre 2007, Peter Gilmore, grand prêtre de l’Église de Satan basée à New York, a prévenu le FBI qu’Andrew Culver, dix-huit ans, leur avait fait part de son intention de tuer ses grands-parents « au nom de notre impie seigneur Satan. »

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