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Le Hellfire Club de Montpelier Hill
Sur une colline près de Dublin, un club libertin invoquait le Diable sous forme de chat noir. Légendes, hantises et vestiges d'un site profané.

Au sommet de Montpelier Hill, une colline près de Dublin, en Irlande, se trouve une maison abandonnée qui servait autrefois de siège au Hellfire Club, un club très fermé dont les membres étaient réputés pour commettre les pires ignominies, parfois en présence du Diable, qui venait les visiter sous la forme d’un chat aux yeux de braise.
La profanation

En 1725, William Conolly, porte-parole à la Chambre des Communes irlandaise, décida de faire bâtir un pavillon de chasse en haut d’une colline près de Dublin. En creusant le sol, les ouvriers découvrirent un ancien champ funéraire marqué d’un cairn et voulant tirer le meilleur parti des ressources possibles, ils utilisèrent quelques-unes de ses vieilles pierres pour la construction de la maison. Ils se servirent de la plus grosse d’entre elles, un mégalithe, pour le linteau de la cheminée. À peine le bâtiment terminé, une terrible tempête se leva. Les vents étaient si violents qu’ils arrachèrent toute l’ardoise de la toiture. Des rumeurs se mirent alors à courir que le Diable s’était ainsi vengé de la profanation de l’ancien cairn. Le toit fut remplacé par une arche de pierre, laquelle était beaucoup plus solide et qui resta intacte pendant des siècles. William Conolly n’eut que peu l’occasion de se servir de sa maison de Mount Pelier, comme il l’avait baptisée, car il rendit son dernier souffle quatre ans plus tard, en 1729.
En 1737, les membres d’un club privé, le Hellfire Club, demandèrent à louer le pavillon de chasse inoccupé, et sa veuve y consentit. Par un étrange hasard, le terrain où se trouvait la maison avait été acheté à Philip, duc de Wharton. Il avait été obligé de se séparer de ses terres irlandaises pour éponger les dettes de sa vie dissolue, mais il avait fondé le premier Hellfire Club à Londres en 1718.
Le Hellfire Club réunissait des personnes de qualité, des hommes et des femmes de la haute société et de la petite noblesse, des officiers de l’armée, des hommes politiques, et bien d’autres encore, qui souhaitaient se livrer à des actes réprouvés par la morale en toute discrétion. Les membres raffinés de cette société se retrouvaient généralement le dimanche, en différents endroits de la capitale,. Ils parlaient poésie, philosophie ou politique et cherchaient la jouissance de toutes les manières possibles. Ils aimaient à dire qu’ils adoraient Satan, se présentaient eux-mêmes comme des démons et se moquaient des religions, organisant des simulacres de cérémonies chrétiennes, mangeant des plats aux noms blasphématoires ou s’habillant comme des personnages bibliques.
Parfois ils se déguisaient en moines. Ils invitaient des prostituées ou des dames de la haute société qui ne voyaient pas d’inconvénient à jouer les religieuses, et se livraient à toutes sortes de débauches. Ils se montraient souvent hautains et détestables envers le peuple, qu’ils méprisaient profondément. Ils appliquaient autant qu’ils le pouvaient la devise du Hellfire Club :
« Fais ce qu’il te plait. »
Leur comportement était considéré comme une insulte aux commandements sacrés de l’église, un affront à Dieu Tout-Puissant et un danger pour les esprits et les mœurs des plus jeunes.

Au fil des années, de nouveaux sièges du Hellfire Club avaient été ouverts dans différentes villes d’Angleterre et d’Irlande, dont celui de Dublin, qui avait été créé deux ans plus tôt par trois adeptes du libertinage, Richard Parsons, 1er comte de Rosse, Lord Blayney, grand maître de la Franc-maçonnerie en Irlande, et le peintre James Worsdale. Son emblème officiel était un chat noir. Personne ne connaissait vraiment ses activités mais de nombreuses histoires circulaient dans la région, plus scandaleuses les unes que les autres, parlant de beuveries, d’orgies, de blasphèmes, de cérémonies occultes, de violence, de Diable et de sacrifices de sang. Certaines étaient si réputées qu’elles finirent par être publiées.
Le club possédait plusieurs sièges autour de la ville, dont la taverne de l’Aigle sur Cork Hill, où ses membres distingués se réunissaient à l’occasion, s’asseyant autour d’une table circulaire sur laquelle avait préalablement été disposé un énorme bol de scaltheen, un mélange rance de whisky et de beurre fondu, parfois de lait ou d’épices. Après avoir trinqué à la santé du Diable et bu à la damnation de l’Église et de ses prélats, les hommes versaient le scaltheen restant sur un chat noir, qu’ils avaient apporté dans ce but, et mettaient le feu à la pauvre créature. Un jour, un chat échappa à ses bourreaux et courut dans la rue. Hurlant de douleur et la fourrure en flammes, il provoqua une grande panique parmi les témoins de cet abominable spectacle, qui crurent voir le Diable en personne fulminer devant eux.
Un autre de leurs lieux de rencontre était le Daly’s Club, à College Green. Quand ils s’y retrouvaient, généralement le matin après une nuit de beuverie, les volets étaient toujours soigneusement fermés afin de perdre la notion du temps et jouer des sommes astronomiques au pharaon ou au whist à la lueur des chandelles.
Un jour, Buck Sheely fut surpris en train de tricher à l’un ou l’autre des jeux de cartes. Un tribunal fut aussitôt convoqué. Il était présidé par un juge anglais, lequel portait la peau, la queue et les cornes d’un taureau. L’accusé se retrouva condamné à être jeté par la fenêtre de la salle de jeu, qui se trouvait au troisième étage. Une fois la sentence exécutée, la partie reprit comme si rien n’était. Le malheureux mourut des suites de ses blessures à l’automne suivant.
À la table du Diable

Les réunions du Hellfire Club de Dublin étaient officiellement présidées par Richard Chappell Whaley, un homme foncièrement anticlérical, un pyromane notoire qui était connu sous le nom de Brûle-chapelle car il aimait à faire flamber les églises catholiques, mais selon ses membres du club, le Diable en personne dirigeait l’assemblée et s’il ne se montrait que rarement, une chaise était toujours laissée libre à son intention.
Une nuit, alors que le tonnerre grondait et que des rafales de vent faisaient vaciller la flamme des bougies, un éclair spectaculaire éclaira la maison de Mount Pelier d’une lumière spectrale et quelqu’un frappa à la porte. Habituellement, la venue d’un inconnu aurait embarrassé ces messieurs, mais ce soir-là, il leur manquait un joueur pour leur partie de cartes, aussi ce visiteur inattendu était-il le bienvenu. Ils lui proposèrent d’entrer pour se protéger de la tempête, l’aidèrent à se débarrasser de ses affaires mouillées et lui désignant leur plus belle chaise, celle qu’ils gardaient habituellement pour leur illustre président, ils l’invitèrent à se joindre à leur table de jeu.
De nombreuses parties s’enchaînèrent sans que l’inconnu ne prononce une parole mais d’une étrange manière, personne ne parut le remarquer. À un certain moment de la soirée, un joueur plus maladroit que les autres laissa tomber une carte sur le plancher et se penchant pour la ramasser, il découvrit que les pieds de leur invité ne ressemblaient en rien à ceux d’un homme, mais qu’ils étaient pareils aux sabots fendus d’une bête. Surpris, il ne put retenir un cri. Le Diable, se voyant ainsi démasqué, disparut dans une explosion de flammes, ne laissant derrière lui qu’une épouvantable odeur de soufre. Leur illustre président avait enfin daigné honorer le siège qui lui était réservé, et tous furent navrés de le voir partir si précipitamment.
Si la venue du Diable avait réjoui les hommes réunis ce soir-là, ses visites n’étaient pas appréciées de tous. Simon Luttrel, un membre du club, était réputé pour avoir vendu son âme en échange du paiement de ses dettes. La rumeur prétendait que par un astucieux stratagème, il parvenait toujours à échapper au démon quand ce dernier venait lui réclamer son dû.
L’exorcisme du Père Cormac
Poussé par la curiosité, un jeune voyageur qui était hébergé dans une ferme voisine décida d’aller espionner les membres du Hellfire Club de Mount Pelier. Il fut retrouvé mort le lendemain, couché sur le ventre dans un ruisseau de montagne. Son hôte, convaincu que le garçon avait été assassiné, demanda au père Charles Cormac, un membre du clergé local, de l’accompagner jusqu’au club. Quand ils arrivèrent au sommet de la colline, la nuit tombait déjà. Ils frappèrent à la porte, la peur au ventre. Un homme masqué, entièrement vêtu de noir, leur ouvrit et leur fit signe d’entrer. Ils s’avançaient timidement dans le hall quand, soudain, ils se retrouvèrent entraînés de force vers la salle à manger, où un banquet avait été dressé. Le père Cormac s’approcha de la table, et il découvrit avec horreur que seules des pièces de viande crue et sanglante y étaient proposées. Deux chaises leur furent désignées. Des hommes les poussèrent à s’y asseoir sans le moindre ménagement.
Un majestueux chat noir prit alors place en bout de table. Le prêtre remarqua avec effroi que ses oreilles n’étaient pas dressées, mais couchées vers l’arrière à la manière de deux cornes. Se sentant observé, l’animal posa son regard sur lui et le toisa de ses grands yeux haineux, couleur de braise. Épouvanté, le prêtre annonça son intention de quitter sur-le-champ cette assemblée démoniaque. Il tentait de se lever quand deux mains puissantes le repoussèrent brusquement sur son siège. Se rappelant la petite bouteille d’eau bénite qu’il gardait toujours au fond de sa poche, il la saisit rapidement. D’une voix forte, il entonna une prière d’exorcisme avant d’en projeter le contenu au visage de la créature. Aussitôt, la bête poussa un rugissement inhumain et commença à gonfler, s’étirant jusqu’à atteindre une taille monstrueuse. La panique gagna l’assemblée alors qu’une fumée noire et opaque se répandait dans la pièce. Dans une explosion infernale, le chat géant bondit et traversa le toit de pierre, déclenchant un incendie ravageur et laissant derrière lui une béante fissure ainsi qu’une épouvantable odeur de soufre. Profitant du chaos et aveuglé par la fumée, le prêtre s’enfuit hors de la bâtisse en flammes. Dehors, il retrouva l’agriculteur étendu sur le sol, le visage et le cou lacérés de profondes griffures. L’homme était plongé dans un état de prostration et de confusion tel qu’il n’en émergea jamais. Le père Cormac, traumatisé par son expérience, en perdit l’usage de la parole jusqu’à la fin de ses jours.
La Ruine du Hellfire Club de Mount Pelier
Malgré l’état délabré de la bâtisse, les membres du Hellfire Club refusèrent d’abandonner leur repaire. Dès le lendemain, une messe noire fut célébrée par un prêtre défroqué dans l’une des chambres de l’étage. La cérémonie se terminait dans l’ivresse et l’orgie habituelles lorsqu’un valet de pied apparut, tenant un plateau au bout des doigts. S’efforçant de se frayer un chemin entre les corps emmêlés, le serviteur trébucha et renversa un verre sur le manteau de Richard Whaley. S’indignant de tant de maladresse, le président du club, qui n’avait rien perdu de ses penchants pyromanes, versa son brandy sur le malheureux et y mit le feu sans hésiter. Hurlant de douleur, le valet se précipita dans les escaliers et, avisant une lourde tapisserie suspendue dans le hall d’entrée, l’arracha pour tenter d’éteindre les flammes. En quelques minutes, l’embrasement gagna la structure entière. Ce jour-là, de nombreux membres du Hellfire Club périrent consumés, trop ivres pour parvenir à s’échapper. Seuls Richard Whaley et quelques-uns de ses compagnons survécurent en sautant par les fenêtres de l’étage. Les habitants des villages environnants contemplèrent le brasier à distance sans oser s’en approcher, convaincus que la colère divine s’était enfin abattue sur ce lieu de perdition. Après cette catastrophe, le club déplaça son siège plus bas dans la colline, à Killakee Stewards House, mais ses activités déclinèrent rapidement pour finalement disparaître.
Quelques années plus tard, en 1771, Thomas, le fils de Richard Whaley, rejoignit le Hellfire Club clamant son intention de défier Dieu et les hommes en se livrant à de délectables nocturnes. Reprenant les affaires en main, il transféra son siège dans la vieille maison aux pierres noircies de Montpelier Hill et le rebaptisa The Holy Fathers, Les Saints Pères, du nom que ses compagnons de beuverie et lui aimaient à se donner. Le club reprit alors ses activités et se fit très vite une réputation pour ses messes noires et ses orgies homosexuelles. Durant cette même période, une rumeur courut que certains des gentilshommes du Hellfire Club avaient enlevé la fille d’un agriculteur et qu’après l’avoir assassinée, ils l’avaient mangée.
S’il participait aux festivités, Thomas avait une maîtresse, qu’il tenait bien à l’écart de ses extravagances. Il dilapida rapidement l’héritage de son père, mais réussit à se faire une fortune bien plus grande encore en trichant aux cartes et en gagnant certains paris bizarres, comme aller à Jérusalem et en revenir en moins d’un an, ou sauter d’un balcon avec un étalon arabe pour atterrir dans un pré, dix mètres plus bas. L’animal périt dans sa chute, mais le pari lui rapporta une somme colossale.
Thomas Whaley passa ainsi de nombreuses années à profiter des plaisirs de la vie puis il connut quelque revers de fortune et se retrouva ruiné. Il tenta de se refaire aux tables de jeu comme il en avait l’habitude, mais la chance semblait l’avoir abandonné. Alors, quand il ne lui resta plus rien de son ancienne existence que ses souvenirs, soudain elle lui parut futile. Il avait dilapidé toute sa fortune sans jamais connaître le bonheur, il éprouvait des regrets quant à certains de ses actes et plus il y songeait, plus les remords se faisaient insistants. Tourmenté en permanence, il finit par se tourner vers la religion qu’il avait si longtemps méprisée, espérant y trouver un certain réconfort. Un jour, alors qu’il se trouvait agenouillé dans la nef obscure de l’église de St Audoen, le Diable lui apparut dans l’allée et se mit à ramper vers lui. Saisi d’effroi, il courut hors du bâtiment et quitta aussitôt l’Irlande.
Thomas s’installa avec sa maîtresse, avec laquelle il avait eu deux enfants, dans une maison qu’il fit construire sur l’Île de Man. Il y rédigea ses mémoires, intitulées Avertissement aux Jeunes Gens. À sa mort, le 2 novembre 1800, la presse rapporta qu’il avait succombé à un rhumatisme articulaire, mais la rumeur prétendit qu’il avait été poignardé lors d’une dispute entre deux sœurs qui se disputaient ses faveurs. Pour une obscure raison, peut-être était-ce là un pari ou l’homme se réjouissait-il vraiment, au moment de ses funérailles, un certain M. Robinson put être observé en train de danser sur son cercueil.
Le club s’éteignit définitivement avec la mort de Buck Whaley. Toujours propriétaire du terrain depuis 1725, la famille Conolly finit par vendre la maison, qui passa entre plusieurs mains avant d’être rachetée par l’État irlandais. Joseph Holt, un général de la rébellion irlandaise de 1798, raconta dans ses mémoires y avoir passé une nuit alors que le bâtiment n’était déjà plus qu’une coquille vide hantée par ses propres légendes.
« Je me suis couché dans la pièce sous les arches de ce remarquable bâtiment. J’étais confiant et sentais la protection du Tout-Puissant si bien que l’envoûtement et les histoires contenus dans ce lieu n’avaient qu’une légère emprise sur mon esprit. »
Les Fantômes de Mount Pelier

Aujourd’hui, les ruines de Mount Pelier Hill sont ouvertes à tous. Elles sont devenues un lieu de recherche privilégié pour les enquêteurs du paranormal, et des visites y sont régulièrement organisées. L’équipe de l’émission Ghost Adventures est même venue y tourner un épisode spécial Halloween. Zak Bagans, le présentateur, a commenté son passage en ces termes :
« L’une de mes plus terrifiantes expériences d’enquêteur a été cette nuit au siège du Hellfire Club, perché sur la colline de Mount Pelier, où des rituels sataniques sont toujours en cours aujourd’hui. »
Les promeneurs disent souvent sentir une présence sombre en haut de la colline, une force maléfique qui se dissimulerait derrière les murs du Hellfire Club et dont la sulfureuse odeur flotterait parfois dans les airs. De nombreux esprits hanteraient l’endroit. Certains tenteraient d’arracher les colliers, et plus particulièrement les crucifix, du cou des visiteurs, tirant si violemment sur leurs chaînes qu’ils en briseraient certaines. Un énorme chat noir aux yeux de braise se montrerait parfois près de la maison abandonnée. Il n’aurait rien d’un fantôme : d’après la tradition locale, le démon exorcisé par le père Cormac serait condamné à errer éternellement sous cette forme.
La nuit, les cris et les lamentations de l’esprit tourmenté d’une jeune femme briseraient le cœur de ceux qui ont le malheur de l’entendre. D’après la légende, certains gentlemen du Hellfire Club s’étaient amusés à enlever une passante. Ils l’avaient forcée à entrer dans un tonneau, y avaient mis le feu, puis l’avaient fait rouler jusqu’en bas de la colline sous les regards amusés de leurs compagnons, qui se régalaient du spectacle depuis la maison.
La malédiction de la Stewards House

Au pied de Mount Pelier Hill se dresse toujours une maison à deux étages, la Stewards House, qui a servi de siège au Hellfire Club pendant quelques années. Elle serait plus hantée encore que la colline.
En 1968, Margaret O’Brien et son mari Nicholas achetèrent la maison pour la transformer en centre d’art. Durant les travaux de rénovation, plusieurs ouvriers logés sur place s’enfuirent, prétextant avoir vu et entendu des fantômes, dont un nain, un gentleman indien, deux femmes vêtues comme des nonnes et un gros chat noir qui apparaissait et disparaissait à volonté. Margaret ne croyait pas en toutes ces histoires et les jugeait absurdes, jusqu’au jour où elle vit le monstrueux animal. Il était assis sur les dalles du couloir, juste en face d’elle. Toutes les portes de la maison étaient fermées à clé avant sa venue, et elles l’étaient toujours après son départ. Les observations s’enchaînèrent durant toute la durée des travaux. Parmi les nombreux phénomènes observés, la cloche du beffroi, qui était autrefois utilisée pour signaler l’heure du repas aux employés, se mettait à sonner toute seule sans que rien ne puisse l’expliquer.
Un soir de mars 1968, l’artiste Tom McAssey, un ami du couple qui supervisait les travaux, travaillait dans une pièce avec deux compagnons quand la température chuta brutalement. Au même moment, la porte s’ouvrit en grand, laissant apparaître une silhouette indistincte. Pensant à une plaisanterie, Tom invita l’inconnu à entrer en lui criant qu’il pouvait le voir, mais un grondement de colère s’éleva de l’obscurité. Terrifiés, les trois hommes s’enfuirent par une autre porte, la faisant claquer derrière eux. Après s’être éloigné de quelques mètres, Tom se retourna. Un chat noir se tenait immobile dans la pénombre de la pièce, dont la porte s’était mystérieusement rouverte, et le fixait haineusement de ses yeux rouges flamboyants.
« Je pensais que mes jambes ne pourraient pas me porter loin de l’endroit, avoua-t-il. Je me sentais vraiment mal. »
Par la suite, il réalisa un portrait du chat, qui resta accroché pendant plusieurs années dans la salle à manger de la maison. La légende du Chat de Killakee venait de naître. L’animal ne serait pas le même que celui de Mount Pelier Hill, mais l’un de ces malheureux félidés que les membres du Hellfire Club avaient fait brûler en les aspergeant d’alcool.
Suite à cette effrayante rencontre, le couple fit exorciser le bâtiment, et les manifestations semblèrent se calmer pendant un temps. En octobre 1969, des acteurs séjournant au centre d’art affirmèrent avoir vu les esprits de deux femmes habillées comme des religieuses dans la galerie centrale. Une médium locale, Sheila St. Clair, visita la maison l’année suivante et, se servant de l’écriture automatique, parvint à entrer en contact avec les âmes perdues de ces femmes. Celles-ci lui révélèrent avoir souvent participé aux sombres cérémonies du Hellfire Club de Mount Pelier Hill, où elles étaient connues sous les noms de Marguerite la Bienheureuse et Sainte Marie.
Vers la fin du mois de juillet 1970, un petit squelette, celui d’un enfant ou d’un nain, fut découvert dans une tombe dissimulée sous le plancher de la cuisine. La statuette en laiton d’un monstrueux démon avait été enterrée avec lui, laissant à penser que le pauvre garçon avait été sacrifié lors d’une messe noire au XVIIIᵉ siècle. Un prêtre fut alors appelé ; il lui offrit une sépulture décente et les manifestations cessèrent. Le bâtiment servit de restaurant pendant quelque temps avant de devenir une résidence privée. Le calme semble revenu, mais certains affirment que le Chat de Killakee rôde toujours dans les environs.
La preuve sous les pierres
En 2016, près de trois siècles après la construction du pavillon, des fouilles archéologiques officielles menées au sommet de Mount Pelier Hill vinrent confirmer la légende. Les ruines reposent bel et bien sur les vestiges d’une authentique tombe à couloir du Néolithique. Les archéologues retrouvèrent des fragments d’outils en silex, des os brûlés et surtout une pierre gravée d’art mégalithique. La boucle était ainsi bouclée. William Conolly avait bel et bien profané un site funéraire millénaire en 1725, libérant malgré lui les ombres qui continuent de planer sur la colline du Hellfire Club.
Les ouvrages et la littérature sur le Hellfire Club
La réputation du club a généré toute une vague de publications contemporaines et ultérieures.
Les pamphlets contemporains (XVIIIᵉ siècle)
Dès les années 1730-1740, la presse populaire, les sérénades et les libelles religieux ont tiré profit de l’effroi du public.
Les pamphlets de dénonciation
De nombreuses brochures anonymes ont été imprimées à Dublin et à Londres, exagérant les récits d’orgies, de pactes avec le Diable et de profanations. Elles servaient autant d’avertissement moralisateur que de divertissement scandaleux.
Les écrits de Jonathan Swift
Le célèbre auteur des Voyages de Gulliver, qui était aussi doyen de la cathédrale Saint-Patrick de Dublin, a écrit plusieurs lettres et pièces satiriques dénonçant les membres du club, qu’il qualifiait ouvertement de » brutes, blasphémateurs et vauriens « .
Joseph Sheridan Le Fanu
Ce célèbre auteur irlandais de romans gothiques et d’histoires de fantômes s’est largement inspiré des histoires du Hellfire Club de Mount Pelier pour ses nouvelles, notamment dans The House by the Churchyard. L’histoire du joueur de cartes aux pieds fourchus et du chat noir géant s’est installée dans la culture populaire en grande partie grâce à la littérature gothique victorienne.
Les historiens locaux
Des auteurs comme Patrick Healy, et plus tard Charles Harper, ont compilé les témoignages oraux des habitants des montagnes de Dublin (Dublin Mountains), immortalisant les anecdotes sur les incendies provocateurs, les duels sanglants et les messes noires.
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