Poupées Hantées et autres Objets Maléfiques

Bandeau de la rubrique Chronique de l'étrange.
Certains objets gardent une trace de leur ancien propriétaire, ou d'autre chose. Une poupée posée sur une étagère. Une montre arrêtée à une heure précise. Un miroir que personne ne veut approcher. Rien d'anormal, en apparence. Et pourtant…

Poupées Hantées et Autres Objets Maléfiques explore ces présences tapies dans le silence. Non pas comme des légendes, mais comme des histoires vraies, racontées à partir de témoignages. Sans fioritures. L'objet. Les faits. Les protagonistes. L'ombre d'une présence.

Comment l’esprit d’un mort peut-il se lier à un objet ? La question reste ouverte. Les sceptiques ont leurs réponses. Les témoins ont les leurs.
Couverture du livre Poupées Hantées et autres Objets Maléfiques
Recto du livre Poupées Hantées et autres Objets Maléfiques

Un Amour de Poupée (Début de l’histoire extraite du livre)

Jill, huit ans, avait l’habitude de recevoir des cadeaux de Mlle Marian, une amie de la famille qui s’occupait de l’École du dimanche, où elle se rendait régulièrement. La vieille dame lui avait déjà offert des animaux en peluche, de petites figurines et d’autres jouets, mais jamais rien d’aussi ravissant que la poupée qu’elle reçut ce jour-là. Elle portait une robe rose, un tablier crème orné de dentelle et de petites chaussures blanches, lesquelles, une fois enlevées, révélaient de minuscules pieds aux ongles délicatement vernis. De longs cheveux bruns agrémentés de boucles folles entouraient son visage délicat aux joues rosées, aux grands yeux noirs, et à la petite bouche boudeuse. Par un curieux hasard, mais peut-être Mlle Marian la lui avait-elle offerte pour cette raison, la poupée ressemblait terriblement à Jill. La fillette, qui aurait préféré une Tortue Ninja ou un Transformer, l’accepta néanmoins avec grâce. Une fois dans sa chambre, elle la posa sur le petit fauteuil à bascule qui traînait dans un coin de la pièce, et elle commença à lui chercher un prénom. Elle finit par se décider pour Claire, juste parce qu’elle le trouvait joli.

Au cours des jours suivants, Jill commença à se sentir mal à l’aise. Parfois, quand elle s’amusait dans sa chambre, elle avait l’impression que la poupée la regardait, comme si elle avait fait quelque chose de mal et qu’elle le lui reprochait. Bien évidemment, lorsqu’elle y réfléchissait sérieusement, l’idée lui semblait ridicule, mais elle ne pouvait pas s’empêcher de le penser. Un soir, alors qu’elle lisait une histoire de fantômes, des notes s’élevèrent de la boîte à musique posée sur sa commode et les petits chevaux de son carrousel commencèrent à monter et descendre en rythme. La fillette les contempla un moment, stupéfaite. Elle n’avait peut-être que huit ans, mais elle savait pertinemment qu’une boîte à musique ne pouvait pas jouer toute une mélodie sans être remontée. Elle n’était pas effrayée, juste surprise. Puis brusquement, le manège s’immobilisa et la musique disparut comme elle était venue. Jill aurait dû se précipiter dans la chambre de ses parents, mais elle n’en fit rien. Depuis son plus jeune âge, elle voyait une grande silhouette sombre, un homme sans visage qu’elle appelait l’Homme de l’Ombre. Elle en avait parlé à plusieurs reprises à sa mère, qui ne l’avait jamais crue, et elle avait fini par se résigner. Des années plus tard, l’Homme de l’Ombre allait se montrer à sa belle-sœur et à d’autres visiteurs, mais elle l’ignorait encore. « Si maman ne me croit pas à propos de l’Homme de l’Ombre », se dit-elle amèrement, « alors, elle ne me croira jamais pour la boîte à musique. Je ferais mieux de laisser tomber. » Jill ne soupçonna aucunement sa nouvelle poupée. Elle se dit qu’un fantôme, peut-être l’Homme de l’Ombre, s’était amusé avec sa boîte à musique, et elle se remit à lire.

Peu de temps après, et pendant plusieurs nuits d’affilée, elle se retrouva réveillée par la voix d’une femme qui criait à quelques centimètres de son oreille : « Jill ! Réveille-toi ! » À chaque fois, elle sautait précipitamment de son lit, mais la pièce était toujours déserte. Le phénomène dura quelques mois, puis la voix commença à tourmenter son frère cadet, et quand ils atteignirent l’âge adulte et qu’ils quittèrent la maison, elle se rabattit sur son père. Le malheureux continue d’ailleurs à en être victime actuellement. Outre la voix de la femme, de petits incidents se produisaient, que Jill attribuait toujours aux « fantômes de la maison. » Des livres tombaient des étagères, des parfums inconnus se répandaient mystérieusement dans sa chambre, et ses affaires se volatilisaient. Parfois, elle posait quelque chose à un endroit, et elle le retrouvait sur le sol, devant le fauteuil à bascule de Claire. Tous les objets qui disparaissaient, et beaucoup d’entre eux le faisaient, finissaient immanquablement par réapparaître près de la poupée.
Un jour, elle découvrit même une de ses bagues dans la poche de son petit tablier. Elle portait un intérêt amusé aux « petits jeux des fantômes », qu’elle pensait innocents et qui ne l’effrayaient jamais, quand la réalité bascula dans l’horreur.

Une nuit, elle se retrouva réveillée par des coups réguliers près de son placard. Elle regarda vers le coin de la pièce, d’où s’élevait le bruit, et elle remarqua que Claire se balançait d’avant en arrière dans son rockingchair. Soudain, elle vit ses petits pieds se redresser, et la poupée tourna lentement la tête vers elle. Au même moment, ses quatre boîtes à musique se mirent à jouer leurs mélodies, mêlant leurs notes dans une abominable cacophonie. Épouvantée, elle se mit alors à crier, et brusquement, tout s’arrêta. Immobile sur son fauteuil à bascule, la poupée continuait à l’observer de ses grands yeux vides. Jill, qui venait de connaître la plus grande peur de sa courte vie, enferma Claire dans une grande boîte à chaussures, et elle la rangea au fond d’un placard en se promettant de plus jamais laisser de poupée rentrer dans sa chambre.

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