Valak : les véritables origines du démon derrière la Nonne de Conjuring

Qui est vraiment Valak, le démon devenu la Nonne de Conjuring 2 ? Découvrez ses origines dans les grimoires, son apparence traditionnelle et ses pouvoirs occultes.

Bandeau echos de l'ombre

Dans Conjuring 2 : Le Cas Enfield, une nonne au visage livide traque la famille Hodgson. Elle n’a jamais existé dans l’affaire réelle, Ed et Lorraine Warren ne l’ont jamais croisée, mais le nom que James Wan lui a donné vient de très loin : Valak.

Du démon à la nonne

Dans plusieurs interviews accordées lors de la promotion de Conjuring 2, James Wan a raconté comment l’idée de Valak et de la nonne avait pris forme. Pour nommer le démon, lui et ses scénaristes ont fouillé dans de vieux grimoires de démonologie, comme La Petite Clé de Salomon. Ils cherchaient le nom d’un démon ancien, puissant et mystérieux.

« Nous voulions ancrer ce monstre dans quelque chose de plus grand et d’historique. En cherchant dans les anciennes légendes de démonologie, le nom de Valak est ressorti. Il avait ce côté mystérieux, un peu obscur, parfait pour façonner la mythologie de notre univers et lui donner une épaisseur que les spectateurs n’attendaient pas. »

À l’origine, Wan pensait à un démon cornu et imposant. La créature avait même été réalisée sous la forme d’un costume animatronique, mais il a fini par juger son apparence trop fantastique et impersonnelle. Il s’est alors souvenu de ses conversations avec Lorraine Warren, qui lui avait parlé de son affection pour plusieurs de ses amies religieuses et décrit une étrange apparition : un vortex tourbillonnant, au centre duquel se dessinait une silhouette sombre. Il a imaginé une entité prenant l’apparence d’une religieuse, une figure sacrée détournée en symbole de menace. Elle permettait d’attaquer symboliquement la foi de Lorraine et de donner au démon une dimension plus personnelle.

« Je savais que je voulais un démon pour s’en prendre à Lorraine, pour tester sa foi, et je voulais quelque chose qui vienne attaquer ses croyances de plein fouet. Quelque chose qui l’isole spirituellement. On cherchait une image iconique, cauchemardesque, qui se fondrait dans l’imagerie religieuse tout en étant terrifiante. L’idée de la nonne s’est imposée parce qu’elle incarne le summum du sacré qui bascule dans le profane. »

Une fois l’apparence validée, l’équipe a dû faire des reshoots en urgence, quelques mois seulement avant la sortie du film, et modifier numériquement les peintures d’Ed Warren. Le personnage de la Nonne était né. Son apparence est une création de James Wan, et non la description traditionnelle de Valak dans les anciens grimoires.

Les origines historiques de Valak

Valak demon

BBien avant le cinéma, Valak appartenait aux grimoires de démonologie et de magie cérémonielle. Son nom varie selon les manuscrits : Volac, Valac, Valu, Valak, Valax, Volach, Ualac.

Sa première grande source est la Pseudomonarchia Daemonum, un catalogue de démons du médecin Johann Weyer, publié en 1577 en annexe de la cinquième édition du De praestigiis daemonum. Weyer y répertorie soixante-neuf esprits, leurs rangs, leurs apparences et leurs pouvoirs.

« Valac est un Grand Président, qui porte des ailes d’ange et chevauche un dragon à deux têtes. Il répond parfaitement aux réponses sur les trésors cachés et sur les retraites des serpents, et il partage son pouvoir et sa force avec son invocateur. Il gouverne trente légions de démons. »

Valac se retrouve ensuite dans l’Ars Goetia, première partie du Lemegeton, un recueil de magie cérémonielle dont les manuscrits remontent principalement au XVIIe siècle. Il y occupe la soixante-deuxième place parmi soixante-douze esprits. En France, Collin de Plancy le reprend dans son Dictionnaire infernal :

« Volac, Grand Président aux enfers ; il apparaît sous la forme d’un enfant avec des ailes d’ange monté sur un dragon à deux têtes. Il connaît la demeure des planètes et la retraite des serpents. Trente légions lui obéissent. »

Valak n’a donc rien d’une invention récente. C’est un personnage de la démonologie européenne, remodelé par chaque auteur qui l’a présenté.

Un Grand Président de la hiérarchie infernale

Dans la Goétie, Valak est Grand Président. L’Enfer des grimoires copie les institutions humaines : rois, princes, ducs, marquis, comtes et présidents, chacun à la tête d’un nombre de légions. Valak en commande trente chez Johann Weyer, trente-huit dans l’édition de l’Ars Goetia dirigée par l’occultiste Samuel Liddell MacGregor Mathers, en 1904.

« Le soixante-deuxième esprit est Volac ou Valak ou Valu. Il est un grand et puissant président et il apparait comme un enfant avec deux ailes d’ange, à cheval sur un dragon à deux têtes. Il donne une véritable réponse sur les trésors cachés et dit où les serpents peuvent être vus. Ce qu’il apportera à l’invocateur sans qu’il n’ait à utiliser la force. Il gouverne trente-huit légions d’esprits, et son sceau est ainsi. »

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Sceau de Valak

Bien que les textes anciens le décrivent avant tout comme un démon de savoir utilitaire, les occultistes contemporains étendent son influence au domaine de la corruption morale. Il pousserait les êtres humains à la luxure, au scandale, à l’inconstance et au divorce. À ceux qui l’appellent par le biais d’un rituel de goétie et qui en sont dignes, il offre sa puissance. Le sort qu’il réserve aux autres n’est pas précisé dans les manuels de magie.

L’enfant aux ailes d’ange et le dragon à deux têtes

Tous les grimoires s’accordent sur son apparence. Un enfant aux ailes d’ange, monté sur un dragon à deux têtes. L’image est dérangeante. L’enfance, l’innocence, les ailes du ciel, au service d’un prince de l’Enfer et chevauchant un monstre. Valak ressemble au démon cornu des représentations chrétiennes classiques aussi peu qu’à une simple bête. Il brouille le céleste, l’humain et le monstrueux.

Le dragon bicéphale rappelle le caducée d’Hermès, le bâton entouré de deux serpents. Certains analystes y voient l’origine de la monture de Valak, et le rapprochement s’étend à la vitesse. Tout comme Hermès, le messager des dieux, Valak se déplace à une allure fulgurante, ce qui lui permet de répondre sans attendre aux invocations des magiciens.

Les pouvoirs attribués à Valak

Dans la culture des grimoires, connaître ce qui échappe aux autres équivaut à commander à la matière. Valak en a fait son domaine.

Les trésors cachés

Son pouvoir le plus célèbre est de localiser les trésors dissimulés. Interrogé, Valak donne une réponse concrète. Il dit où ils se trouvent, sans que l’invocateur n’ait à employer la force pour l’obtenir.

Les serpents

Il révèle où se cachent les serpents et les remet à l’invocateur sans qu’ils puissent lui nuire. C’est sa spécialité. Le serpent est tour à tour symbole de danger, de ruse, de savoir ou de renouveau. Pour le démon, il reste un animal concret qu’il sait trouver et neutraliser.

Un pouvoir qui se partage

D’après Johann Weyer, Valak ne se contente pas de répondre : il partage son pouvoir et sa force avec son invocateur. À ceux qui l’appellent par un rituel de goétie et qui en sont dignes, il offre sa puissance. Le sort qu’il réserve aux autres n’est pas précisé.

D’après Collin de Plancy, il connaît aussi la demeure des planètes.

Du grimoire au cinéma : la naissance de la Nonne

Valak le demon conjuring

Valak est définitivement entré dans la culture populaire mondiale avec Conjuring 2 : Le Cas Enfield (2016), sous une forme radicalement différente de son origine historique, celle d’une religieuse au visage blafard, vêtue de noir. Le film La Nonne (2018) en a fait le personnage central d’un récit gothique situé dans une abbaye roumaine, avant que La Nonne 2 (2023) ne vienne sceller son statut d’icône du cinéma. Le couvent, la chapelle et le monastère, autrefois lieux de recueillement et de protection spirituelle, sont devenus des décors de cauchemar où la Nonne donne au Mal son visage le plus familier et le plus terrifiant.

De nos jours : occultisme et culture populaire

Les esprits de la Goétie n’ont pas disparu. Les occultistes contemporains continuent à invoquer Valak dans l’espoir d’obtenir la richesse ou le pouvoir en échange de quelque faveur. Ils lui prêtent aussi un rôle que les textes anciens ne mentionnent pas, celui d’un corrupteur, qui pousserait les êtres humains à la luxure, au scandale, à l’inconstance et au divorce. À ceux qui l’appellent et qui en sont dignes, il offre sa puissance. Toute promesse faite au démon doit être honorée sous peine de représailles.

Les invocateurs possédant des capacités psychiques peuvent le distinguer et lui parler directement, mais les autres doivent se servir d’un miroir, de fumée d’encens, d’une boule de cristal ou d’un autre support divinatoire pour arriver au même résultat.

Lors du contact initial, Valak communique par la pensée et il est donc difficile à comprendre. Parfois, il manifeste sa présence en déplaçant des objets dans la pièce. Au bout d’un court laps de temps, son emprise se fait plus forte et l’incantateur parvient alors à le voir et à l’entendre plus clairement. Quelques-uns, à la sensibilité particulièrement développée, peuvent même connaître le grand privilège de sentir son contact.

Mais les démons sont réputés capricieux et leurs réactions hasardeuses. Si certains se réjouissent et racontent comment Valak les a aidés dans leur carrière, d’autres, plus nombreux, regrettent amèrement de l’avoir invoqué.

Conclusion

Grand Président de la Goétie, enfant ailé sur un dragon à deux têtes, maître des trésors cachés et des serpents, Valak a traversé les siècles en changeant de visage. Les grimoires l’ont décrit, Collin de Plancy l’a transmis, le cinéma l’a transformé en religieuse blafarde. Son image n’est que le reflet des craintes de son époque.

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