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Les Enfants des Ténèbres
À dix-huit ans, seul sur une route du Nevada, Brent Swancer a cru ne jamais en ressortir. Des années de silence avant de raconter ce qu'il a vu cette nuit-là.

À dix-huit ans, Brent Swancer pensait simplement traverser le Nevada pour rejoindre un ami. Quelques heures plus tard, il était convaincu d’avoir échappé à quelque chose qu’il ne parvient toujours pas à expliquer.
Un voyage en Enfer

Brent venait d’avoir dix-huit ans quand, juste avant de partir pour l’université, il décida de rendre visite à l’un de ses amis qui habitait Denver, dans le Colorado, où il était né. À cette époque, il n’avait pas beaucoup d’argent. Ses parents estimaient son projet quelque peu fantaisiste, mais ils l’autorisèrent néanmoins à faire le voyage. Il n’avait pas peur de partir seul en voiture. Il était sûr de pouvoir se débrouiller en toutes circonstances. Avec son mètre quatre-vingt-dix et sa carrure d’athlète, il s’estimait plutôt intimidant, et il pensait naïvement que personne n’oserait l’importuner. « C’est juste une promenade en voiture, se disait-il. Je resterai deux jours et je reviendrai ensuite. » L’idée semblait simple. Il la jugeait sans risque, mais malheureusement, il se trompait.
En cours de chemin, quelque part dans les contrées sauvages du Nevada, il comprit que le trajet allait durer plus longtemps que prévu. Il était parti de chez lui en fin de journée, et il commençait déjà à somnoler. La région était déserte, il n’avait croisé personne depuis des kilomètres, la route lui paraissait sans fin. Elle était longue, sombre, monotone, et les lignes tracées sur le goudron l’hypnotisaient dangereusement. « Ça pourrait tout aussi bien être la surface de la lune », se dit-il. Au même moment, sa voiture fit une brusque embardée sur le côté. Il redressa le volant in extremis. S’il ne s’arrêtait pas, il allait avoir un accident. Il aurait voulu passer la nuit dans un hôtel, mais il avait à peine assez d’argent pour la nourriture et l’essence. Alors, comme il devait absolument faire une pause, il finit par se garer sur une aire de repos. Il avait prévu de dormir quelques heures avant de reprendre la route, qui lui semblait de plus en plus sinistre. Aucun autre véhicule que le sien ne se trouvait sur le parking. L’atmosphère était lourde, presque angoissante. Il se demandait s’il avait bien fait de s’arrêter dans un endroit aussi isolé quand la fatigue eut raison de ses doutes.
Soudain, un bruit le réveilla. Il ne savait pas combien de temps il avait dormi, mais en ouvrant les yeux, il fut ébloui et en conclut que le jour s’était déjà levé. Un jeune homme maigre, qui devait avoir une vingtaine d’années, le regardait fixement en donnant de petits coups à la vitre. Il était habillé normalement, comme tous les garçons de son âge. Il ne ressemblait en rien à un vagabond et ne paraissait pas spécialement menaçant. Brent se demandait ce qu’il faisait là, perdu au milieu de nulle part, quand l’inconnu lui dit simplement et calmement : « Ouvrez la portière. » En entendant ces mots, un indéfinissable sentiment de malaise le submergea, et il songea avec soulagement qu’il avait bien fait de verrouiller toutes les portières de sa voiture avant de dormir. Il répondit par la négative. Insistant, l’homme réitéra : « Ouvrez la portière. » À présent, sa voix n’était plus qu’un grognement. Brent le regardait, perplexe, quand il remarqua deux autres silhouettes et une camionnette derrière lui, sur le bord de la route. Un projecteur, qui semblait avoir été installé sur le toit du véhicule, pointait vers le sol, éclairant brillamment le parking. Il réalisa alors que la nuit était très loin de se terminer.
Pensant avoir affaire à des gamins, il sortit le couteau qu’il avait pris soin d’emporter de sa boîte à gants, et le tenant bien en évidence, il le brandit juste devant lui. Rétrospectivement, l’idée lui parut stupide, mais il était encore très jeune et pensait les effrayer. Le résultat se révéla catastrophique. Au lieu de s’enfuir, le jeune homme devint absolument fou furieux et, laissant échapper un hurlement inhumain, se mit à secouer violemment la voiture. Sa colère était telle qu’il la soulevait du sol à chaque poussée. Brent, qui ne s’attendait pas à une telle réaction, en resta pétrifié d’effroi. Jamais il n’aurait pensé que quelqu’un puisse faire preuve d’autant de force, et encore moins un homme aussi maigre. Au même moment, il remarqua que les deux autres jeunes, qui étaient restés près de la camionnette et observaient la scène sans bouger, avaient quelque chose de spécial. Leurs yeux brillaient ou reflétaient la lumière, comme ceux d’un chat… Ils n’avaient rien d’humain. Leurs silhouettes étaient floues, déformées, parasitées… elles ressemblaient aux images d’un écran de télévision de mauvaise qualité. Elles tremblaient, allaient et venaient à grande vitesse, et l’idée l’effleura qu’ils luttaient pour rester dans la réalité. Alors qu’il les observait, l’une des deux silhouettes, une fille qui haletait et grognait comme un chien enragé, se téléporta instantanément près de la voiture et lui ordonna hargneusement : « Ouvre la portière maintenant ! »
Pris de panique, il tenta de démarrer. Il pensait, en toute honnêteté, qu’ils avaient sûrement saboté son moteur pour l’empêcher de partir, et qu’il allait rester coincé là jusqu’à ce qu’ils forcent sa portière ou que quelqu’un lui vienne en aide, une perspective qui lui semblait incertaine, pour ne pas dire improbable. À sa grande surprise, la voiture se mit aussitôt en route, et il s’enfuit aussi vite que possible. Comme il le faisait, le projecteur placé sur le toit de la camionnette bascula immédiatement sur lui, l’aveuglant et suivant sa course avec une précision parfaite. Il appuya sur l’accélérateur avant de regarder dans son rétroviseur. Il constata alors avec inquiétude que l’un de ses mystérieux visiteurs, pas l’homme ni la femme, peut-être le troisième ou un autre caché dans l’ombre, le suivait de près. À ce moment-là, il était presque sur l’autoroute. Prenant rapidement de la vitesse, il devait rouler à soixante-cinq kilomètres à l’heure. Soudain, son poursuivant, qui courait au même rythme que sa voiture avec une aisance déconcertante, tendit la main pour frapper à la vitre de sa portière, lui arrachant un hurlement horrifié. En atteignant l’autoroute, il accéléra un peu plus encore, mais l’homme continua à le suivre, cognant de plus en plus fort contre le verre. Il se disait qu’il allait finir par le briser, quand brusquement, alors qu’il atteignait les quatre-vingts kilomètres à l’heure, l’inconnu lâcha sa portière et disparut dans l’obscurité.
Brent s’éloigna le plus rapidement possible, le pied collé à la pédale d’accélérateur. Le projecteur resta braqué sur lui jusqu’à ce qu’il soit hors de vue, mais bizarrement, personne ne le suivit. Il conduisit à la même vitesse pendant un moment, et finit par atteindre une bretelle de sortie, qu’il se dépêcha d’emprunter. Un restaurant, le genre d’établissement ouvert de jour comme de nuit, se dressait au bord de la route. Il s’y arrêta, prit une table, et resta assis là, nerveux et tremblant, pendant environ trois heures. Il n’arrivait pas à se calmer, et sa fébrilité trahissait son malaise. Remarquant son trouble, la serveuse le questionna à plusieurs reprises, mais il lui répondit qu’il avait failli avoir un accident, qu’il en était toujours secoué, et elle repartit sans insister à chaque fois. Il ne savait pas vraiment pourquoi, mais il n’avait pas envie de parler de ce qui lui était arrivé ou de prévenir la police. Peut-être parce qu’il pensait qu’ils ne le croiraient jamais, lui-même y croyait à peine, ou qu’il était impatient d’arriver à destination, ou qu’il ne voulait pas de problèmes, tout simplement.
Jamais Brent ne raconta son histoire, ni à son ami du Colorado, ni à sa famille, ni à personne d’autre.
« J’étais terrifié à l’idée de parler de ce qui s’était vraiment passé. Les événements peuvent sembler mélodramatiques, mais je vous assure qu’ils se sont réellement produits, que je n’exagère pas, et qu’à ce jour, y penser me traumatise toujours. J’ai vraiment l’impression que je n’étais pas censé en sortir vivant et que j’aurais dû mourir ou pire encore sur cette aire de repos. Ma vie était très certainement en danger. Je me surprends souvent à me demander combien d’autres voyageurs ont été confrontés à ces étrangers bizarres le long de cette route désolée, et à ce qui me serait arrivé si j’avais ouvert ma portière comme ils me le demandaient. À ce jour, je dois me forcer juste pour évoquer ces souvenirs. »
Seul face à l’inexpliqué
Des années plus tard, Brent continue de s’interroger sur la nature et les intentions de ses mystérieux visiteurs.
« Qui étaient ces gens ? Étaient-ils seulement des êtres humains ? Sinon, qu’étaient-ils ? Des spectres ? Des Enfants aux Yeux Noirs ? Des Gens de l’Ombre ? Des vampires ? Mon Dieu, mais que faisaient-ils là ?
Je n’ai toujours pas de réponse, et cet incident continue de me laisser perplexe et terrifié. Pourtant, j’aime à me considérer comme une personne raisonnablement intelligente et rationnelle. À l’époque, je ne buvais pas et je ne consommais aucune drogue. J’aimerais sincèrement qu’il existe une explication banale, mais je n’en trouve aucune. Je n’ai même pas réussi à identifier un phénomène connu dans le monde de l’étrange qui corresponde réellement à ce que j’ai vu. Tout cela reste profondément bizarre et déconcertant à mes yeux. »
L’expérience de Brent ne ressemble à aucune autre. Mais peut-être que d’autres ont vécu la même chose, et n’en sont jamais revenus pour la raconter.
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Source : On my Personal Brushes with the Unexplained.





