Death Tunnel, le Tunnel de la Mort

De l'école des Hays au Tunnel de la Mort : l'histoire du sanatorium de Waverly Hills, de la tuberculose à la chambre 502 et aux apparitions.

Bandeau echos de l'ombre

Waverly Hills, la Colline du Tunnel de la Mort

Pour son film Death Tunnel (Le Tunnel de la Mort), sorti en 2005, Philip Adrian Booth s’est inspiré des légendes du sanatorium de Waverly Hills, à Louisville, dans le Kentucky, réputé pour être l’un des hôpitaux les plus hantés de l’est des États-Unis. Si une grande partie de sa réputation lui vient de son passé particulièrement sordide, les nombreux curieux qui le visitent rapportent régulièrement avoir été témoins de manifestations paranormales, étayant un peu plus la rumeur. Le bâtiment actuel a ouvert le 17 octobre 1926. Il fêtera ses cent ans le 17 octobre 2026.

La colline des Waverley

En 1883, le major Thomas H. Hays acquit un terrain situé sur une colline au sud-ouest de Louisville, où il entreprit de faire construire sa demeure familiale. La maison étant éloignée de toute école, il décida d’en faire bâtir une sur Pages Lane afin que ses filles puissent recevoir une éducation dans des conditions normales. Une fois l’établissement achevé, il engagea Lizzie Lee Harris comme institutrice. Passionnée par les romans Waverley de Walter Scott, Miss Harris baptisa l’école Waverley School. Le major Hays, qui trouvait que ce nom sonnait agréablement à l’oreille, le reprit pour sa propriété, qui devint Waverley Hill. La date à laquelle le nom perdit son deuxième « e » reste inconnue car son orthographe connut de nombreuses variations au fil des ans.

Au XIXe siècle, les États-Unis furent régulièrement frappés par une maladie mortelle, la « mort blanche », ou tuberculose. Aucun remède n’existait. Le fléau décimait des familles et des villes entières. Les malades étaient isolés dans des bâtiments réservés pour limiter la contagion, et leur traitement reposait sur l’air frais, une alimentation nourrissante et beaucoup de repos. Au début du XXe siècle, une épidémie s’abattit sur le comté de Jefferson. Louisville, dans la vallée de l’Ohio, comptait l’un des taux de mortalité par tuberculose les plus élevés du pays. Pour répondre à l’urgence, un hôpital en bois de deux étages fut érigé sur l’ancienne propriété de M. Hays, et le sanatorium ouvrit ses portes le 26 juillet 1910.

Ce modeste établissement, composé d’un bâtiment central et de deux pavillons de vingt patients chacun, se révéla vite insuffisant. Dès le premier trimestre de 1911, la ville débloqua vingt-cinq mille dollars pour construire de nouveaux bâtiments destinés aux malades les plus atteints par la tuberculose pulmonaire. Le 31 août 1912, tous les patients tuberculeux de l’hôpital municipal furent installés sous des tentes sur le terrain de Waverly Hills, dans l’attente de l’achèvement des travaux. En décembre, les nouveaux bâtiments ouvrirent, avec quarante lits pour les cas les plus sérieux, tandis que les malades moins atteints occupaient toujours la structure initiale. En 1914, un pavillon de cinquante lits pour enfants porta la capacité à environ cent trente patients. Il n’accueillait pas seulement de jeunes malades, mais aussi les enfants dont les parents hospitalisés ne pouvaient pas s’occuper.

Les structures en bois demandaient des réparations constantes, et les tuberculeux se présentaient en nombre croissant, au point que l’établissement devait parfois en refuser faute de place. Il fut donc décidé de construire un immeuble de cinq étages prévu pour plus de 400 patients. Les travaux commencèrent en mars 1924, sur les plans de l’architecte local D. X. Murphy, et le nouveau Waverly Hills ouvrit ses portes le 17 octobre 1926. Le sanatorium formait une communauté autonome, une ville dans la ville. Outre ses salles de soins et d’examens, il possédait son propre code postal, son bureau de poste, son centre de traitement des eaux, ses potagers, ses élevages, sa boulangerie, son salon de coiffure, son dentiste, etc. Les installations étaient séparées selon la couleur de peau. Les patients noirs étaient hébergés à part, hors du bâtiment principal. Au cours de l’été 1926, Esther Maxwell Barrens devint la première infirmière noire engagée à Waverly Hills.

Waverley hills

Des activités manuelles, des promenades à cheval ou des projections de films étaient régulièrement proposées aux pensionnaires. L’établissement passait pour le sanatorium le plus moderne des États-Unis, et si le cadre pouvait sembler agréable, beaucoup de patients n’en ressortirent jamais vivants. Par mesure de sécurité, tous ceux qui travaillaient au Waverly Hills y résidaient en permanence, qu’il s’agisse des infirmières, des médecins ou des autres employés. Les proches pouvaient rendre visite aux malades, puis repartaient se mêler au monde extérieur. Comme dans tous les sanatoriums, les patients étaient installés face à de grandes fenêtres ou sous des porches couverts qui servaient de solariums, pour profiter de l’air pur et du soleil. Quand l’ensoleillement ne suffisait pas, ils étaient exposés à la lumière ultraviolette dans des « salles de soleil », pour tenter d’arrêter la propagation des bactéries.

Waverly hills sanatorium
Waverly hills sanatorium

Si ces méthodes étaient douces, d’autres l’étaient beaucoup moins. Parmi les traitements, le pneumothorax artificiel, qui consiste à affaisser volontairement un poumon pour le laisser au repos, était pratiqué à Waverly Hills. En dernier recours, certaines opérations, encore expérimentales, retiraient des côtes de la cage thoracique pour affaisser durablement le poumon malade. Atrocement douloureuses, au moment de l’intervention comme après, elles laissaient souvent des séquelles : les malheureux qui y survivaient restaient parfois couverts de cicatrices, voire défigurés.

Le tunnel et la chambre 502

Sous le bâtiment central, un tunnel de cinq cents pieds, soit environ cent cinquante mètres, avait été construit pour acheminer la vapeur et le ravitaillement entre la centrale de chauffage, au bas de la colline, et le sanatorium. Un chariot sur rails, tiré par un câble motorisé, y transportait les marchandises. Selon de nombreux récits, entre les années 1920 et 1940, le souterrain servait aussi à évacuer les corps vers l’ambulance qui attendait en bas, pour épargner aux malades la vision omniprésente de la mort. Une légende prétend qu’au plus fort de l’épidémie, un corps passait par là toutes les heures, mais les spécialistes estiment plutôt la réalité à un tous les deux jours. Ce souterrain macabre est devenu célèbre. Il est aujourd’hui surnommé le Tunnel de la Mort (Death Tunnel).

Entree tunnel de le mort
Entrée du Tunnel de la Mort

Le Waverly Hills a aussi ses histoires de suicide. La rumeur prétend qu’en 1928, une infirmière en chef aurait été retrouvée pendue au fil de l’ampoule de la chambre 502, où elle travaillait. Âgée de vingt-neuf ans, célibataire, elle aurait été enceinte du directeur de l’hôpital, qui l’aurait repoussée, et elle se serait donné la mort de désespoir. En 1932, une infirmière de la salle 502 se serait également suicidée en sautant du balcon attenant.

À partir de la fin des années 1930, la tuberculose recula, puis la streptomycine fit chuter le besoin de tels établissements. Le Waverly Hills ferma en juin 1961, et les derniers pensionnaires furent transférés au Hazelwood Sanatorium de Louisville. Certaines légendes affirment que soixante-trois mille personnes sont mortes au Waverly Hills pendant ses cinquante et un ans d’activité. Les chercheurs n’ont retrouvé aucun document qui étaye ce chiffre, et les estimations prudentes évoquent plutôt entre six et huit mille décès. L’association Kentucky Historic Institutions tient d’ailleurs un index des décès de patients enregistrés depuis 1911.

En 1962, le bâtiment rouvrit sous le nom de Woodhaven Geriatric Center, une maison de soins pour personnes âgées atteintes de démence ou de troubles de la mobilité, mais aussi pour personnes gravement handicapées mentales. Les électrochocs y étaient alors reconnus comme une méthode de soin efficace, et de nombreuses rumeurs évoquaient des mauvais traitements. Sous-effectif, surpeuplement et signalements de négligence envers les patients conduisirent l’État du Kentucky à fermer l’établissement au début des années 1980.

En 1983, J. Clifford Todd, promoteur de Simpsonville, acheta le bâtiment pour environ trois millions de dollars. L’année même, l’édifice fut inscrit au registre national des lieux historiques, le 12 juillet. Avec l’architecte Milton Thompson, Todd voulut d’abord en faire une prison à sécurité minimale pour l’État, mais les deux hommes y renoncèrent devant la colère des riverains. Ils proposèrent alors de le transformer en appartements, en comptant sur le rachat d’une grande partie du terrain par le comté de Jefferson pour quatre cent mille dollars. Leurs espoirs furent déçus, et le projet fut abandonné.

En mars 1996, Robert Alberhasky racheta Waverly Hills et les terrains environnants. Il projetait d’y ériger une statue du Christ de quarante-six mètres de haut, inspirée du Christ Rédempteur de Rio de Janeiro, avec un centre d’art et de culte dans l’ancien sanatorium. En un an, seuls trois mille dollars de dons furent récoltés, et le projet fut abandonné en décembre 1997. La majorité des bâtiments annexes furent détruits à cette période, et seul l’édifice central échappa au désastre.

Ce qui ne s’était jamais tu

En 2001, Tina et Charlie Mattingly achetèrent le Waverly Hills. Le majestueux hôpital était ravagé par le temps et vandalisé. Il passait pour hanté, et des rumeurs évoquaient même des rituels sataniques. Les travaux de restauration durèrent quatre ans. Depuis, le couple organise des visites pour les enquêteurs du paranormal, les chasseurs de fantômes et tous les curieux qui en font la demande. Les bénéfices servent à la restauration du bâtiment, dont les fenêtres et l’intérieur. Ils ont créé la Waverly Hills Historical Society pour financer ces travaux. Le couple avait envisagé d’ouvrir un hôtel et un centre de conférences, mais ce projet n’est plus d’actualité. La saison 2026 des visites s’étend du 1er mars au 31 août, avec notamment un parcours paranormal d’environ deux heures qui traverse les cinq étages dans l’obscurité. À l’automne, la maison hantée du Waverly Hills ouvre ses portes les vendredis et samedis, du 25 septembre au 31 octobre, sous l’intitulé « 100 Years of Fear ».

Le Waverly Hills est devenu un mythe. Des émissions de télévision lui ont été consacrées. Ghost Hunters l’a présenté comme l’un des hôpitaux les plus hantés de l’est des États-Unis, et Ryan Bergara et Shane Madej y ont tourné des épisodes de BuzzFeed Unsolved, puis de Ghost Files. Certains témoignages affirment que l’esprit de la malheureuse suicidée hanterait toujours la chambre 502, mais l’histoire la plus célèbre reste sans doute celle de Timmy, un petit garçon de six ou sept ans qui errerait dans l’hôpital une balle de cuir à la main. Les visiteurs apportent souvent de petites balles pour l’inviter à jouer. Parfois, ces balles se déplaceraient toutes seules, laissant penser que l’enfant répond à leur appel, ce que démentent formellement les plus sceptiques, qui soulignent l’inégalité du sol. D’autres témoignages rapportent les apparitions régulières d’une infirmière en colère, d’un homme bienveillant, d’une petite fille qui se promènerait dans le solarium du troisième étage, d’un corbillard qui se matérialiserait à l’arrière du bâtiment pour y déposer des cercueils, et d’un homme en blouse blanche qui apparaîtrait dans les anciennes cuisines, d’où s’élèveraient des odeurs d’aliments en train de cuire.

Mary lee
Fantôme présenté comme celui d’une patiente, Mary Lee

Les visiteurs font également état de portes qui s’ouvrent ou se ferment toutes seules, de lumières aux fenêtres, de bruits inhabituels, de chutes de température, d’ombres étranges, de mystérieuses empreintes et de voix désincarnées. Le Tunnel de la Mort semble l’épicentre de ces phénomènes, tant les manifestations y sont fréquentes. Mais l’apparition la plus marquante du Waverly Hills est probablement celle de cette femme aux poignets ensanglantés qui courrait dans le bâtiment en criant :

« Aidez-moi ! Quelqu’un pour me sauver ! »

Charlie Mattingly, dont le père travaillait autrefois au Waverly Hills, possède les dossiers de milliers de patients morts à l’époque où l’hôpital était encore un sanatorium. Lorsqu’il est devenu propriétaire des lieux, en 2001, il ne croyait pas aux fantômes… puis il s’est mis à douter.

« Quand vous avez ce genre de morts, vous ne pouvez pas vous empêcher de penser qu’il pourrait y avoir un esprit qui traîne, et c’est tout simplement triste. C’est presque un événement quotidien ici, lorsque des gens viennent y passer la nuit. Ils disent tous qu’ils voient des apparitions, des fantômes, des ombres mouvantes, des choses comme ça. Quand vous êtes là, que vous voyez ce genre de choses et que les gens ne peuvent pas l’expliquer… Je veux dire, il y a certaines choses que nous pouvons expliquer, mais beaucoup que nous ne pouvons pas, alors vous commencez à vous demander s’il n’y a pas un esprit aux alentours. Cela pourrait être vrai. »

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