Du Murder Castle au bureau de poste : la véritable histoire de H. H. Holmes

Le Murder Castle a-t-il vraiment existé tel que la presse de 1895 l'a raconté ? Ce que les registres de construction et les minutes du procès attestent réellement sur H. H. Holmes.

Une silhouette en trench-coat et chapeau se reflète dans un miroir brisé, ruelle nocturne — L'Héritage des Ombres, true crime, Mindshadow

Herman Webster Mudgett

Herman Webster Mudgett naît en 1861 dans le New Hampshire. Des études de médecine le mènent à l’université du Michigan, où les premières fraudes voient le jour : des cadavres disparaissent des laboratoires, réapparaissent défigurés dans des mises en scène d’accidents, et des polices d’assurance souscrites en amont se transforment en argent comptant.

Le nom de Mudgett s’efface derrière celui de Henry Howard Holmes, adopté pour échapper aux créanciers laissés dans son sillage. Sous cette identité, il s’installe à la fin des années 1880 dans le quartier d’Englewood, au sud de Chicago. Une pharmacie d’abord, tenue avec une aisance qui séduit le voisinage. Des mariages contractés sous des identités différentes, jamais dissous. Des fraudes financières qui s’accumulent, discrètes, presque invisibles derrière l’allure d’un homme jeune, cultivé, aimable.

Dans ce quartier, il fait construire à partir de 1887 un immeuble de trois étages que la presse baptisera bientôt d’un nom resté attaché à son histoire.

La légende du Château

L’Exposition universelle de 1893 attire à Chicago des millions de visiteurs. Beaucoup cherchent un logement à proximité. L’immeuble d’Englewood, alors transformé en hôtel, en accueille sa part.

Herman Webster Mudgett naît en 1861 dans le New Hampshire. Des études de médecine le mènent à l’université du Michigan, où les premières fraudes voient le jour : des cadavres disparaissent des laboratoires, réapparaissent défigurés dans des mises en scène d’accidents, et des polices d’assurance souscrites en amont se transforment en argent comptant.

Le nom de Mudgett s’efface derrière celui de Henry Howard Holmes, adopté pour échapper aux créanciers laissés dans son sillage. Sous cette identité, il s’installe à la fin des années 1880 dans le quartier d’Englewood, au sud de Chicago. Une pharmacie d’abord, tenue avec une aisance qui séduit le voisinage. Des mariages contractés sous des identités différentes, jamais dissous. Des fraudes financières qui s’accumulent, discrètes, presque invisibles derrière l’allure d’un homme jeune, cultivé, aimable.

Dans ce quartier, il fait construire à partir de 1887 un immeuble de trois étages que la presse baptisera bientôt d’un nom resté attaché à son histoire.

La légende du Château

L’Exposition universelle de 1893 attire à Chicago des millions de visiteurs. Beaucoup cherchent un logement à proximité. L’immeuble d’Englewood, alors transformé en hôtel, en accueille sa part.

Holmes hotel chicago

Durant les mois suivant l’arrestation de Holmes, en 1895, la presse à sensation s’empare de l’affaire. Les articles décrivent un labyrinthe pensé pour tuer, des portes dérobées, des trappes s’ouvrant sous les pieds, des chambres insonorisées reliées à des conduits de gaz, une glissière conçue pour faire descendre les corps jusqu’à une cave équipée pour les dissoudre. Le surnom de Murder Castle naît de ces récits, repris et amplifiés d’un journal à l’autre.

L’image s’impose durablement. Elle façonne, plus d’un siècle durant, la manière dont l’histoire est racontée, bien au-delà de ce que les témoignages recueillis permettent réellement d’établir.

Ce que les faits attestent

Les registres de construction de l’époque dessinent une réalité plus terre à terre. L’immeuble est avant tout un complexe commercial ordinaire : boutiques au rez-de-chaussée, logements aux étages supérieurs, la configuration standard des immeubles de rapport de l’époque.

Le désordre qui frappe les enquêteurs après 1895 tient largement à la méthode de Holmes envers ses ouvriers. Il change d’entrepreneurs à répétition, les congédie avant paiement, engage les suivants sans leur transmettre les plans déjà posés. Chaque équipe travaille sur une portion isolée du bâtiment, ignorant ce que les précédentes ont construit ailleurs. De cette succession de chantiers interrompus naît un agencement chaotique, que la presse lira plus tard comme une architecture délibérée de la mise à mort.

Ce chaos ne permet pas, à lui seul, d’établir l’architecture méthodique de mise à mort décrite par la presse, sans pour autant innocenter certains éléments restés sans explication convaincante : une pièce insonorisée, une arrivée de gaz dont l’usage n’a jamais été élucidé.

Le bilan réel des crimes

Contrairement à l’image d’un tueur agissant par pulsion, les faits attestés dessinent un mobile constant chez Holmes : l’argent. Ses victimes sont pour la plupart des maîtresses, des associés ou des employés, des proches dont il s’assure au préalable les biens, ou sur qui il souscrit des polices d’assurance-vie à son propre bénéfice, avant de les empoisonner ou de les étouffer.

Les chiffres, eux, ne cessent de varier selon la source. La presse de l’époque avance jusqu’à deux cents victimes. H. H. Holmes lui-même en confesse vingt-sept, un chiffre à prendre avec prudence, puisque plusieurs des personnes qu’il dit avoir tuées seront retrouvées vivantes après ses aveux. Les historiens, à partir des seuls éléments qu’ils peuvent corroborer, ne retiennent avec certitude qu’entre neuf et douze meurtres.

L’écart entre ces chiffres n’est pas un détail : il mesure la distance entre le mythe qui s’est construit autour de Holmes et ce que l’Histoire peut réellement lui attribuer.

La chute

L’engrenage se referme en 1894, autour d’un complice de longue date : Benjamin Pitezel. Une fraude à l’assurance-vie, montée à deux, prévoit de simuler la mort de Pitezel pour toucher dix mille dollars. Le corps retrouvé n’a rien d’une mise en scène : Holmes le tue réellement, empochant seul la totalité de la somme.

Trois des enfants Pitezel voyagent alors avec lui, sous prétexte de les réunir à leur père. Ils disparaissent l’un après l’autre, dans des villes différentes, à mesure que Holmes couvre ses traces.

Les détectives de l’agence Pinkerton, lancés sur la fraude à l’assurance, remontent peu à peu jusqu’à lui. L’arrestation a lieu à Boston, en novembre 1894. Le procès qui suit ne porte que sur le meurtre de Pitezel. Les enfants, les autres victimes, resteront hors du cadre judiciaire. Holmes est condamné et pendu le 7 mai 1896, à la prison de Moyamensing, à Philadelphie.

Ce qu’il en reste aujourd’hui

Le bâtiment ne survit pas à l’enquête. Un incendie s’y déclare en août 1895, dans des circonstances jamais élucidées. Ce qu’il en reste est démoli quelques années plus tard. À sa place se dresse aujourd’hui un bureau de poste, ouvert depuis 1938, toujours en activité. Les employés qui y travaillent, les habitants qui viennent y retirer leur courrier, ignorent pour la plupart ce que le sol a porté.

Rien, dans la rue, ne le rappelle.

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