Devil’s Pass, l’Incident Dyatlov

Skieurs du groupe Dyatlov

En 1959, alors qu’ils traversaient le col Dyatlov, en Union Soviétique, neuf randonneurs perdirent la vie dans de mystérieuses circonstances. Pour une raison indéterminée, ils avaient déchiré leur tente de l’intérieur et ils s’étaient enfuis, à demi-dévêtus, dans la neige. Suite à cet incident, la zone fut interdite au public pendant trois ans. En 2013, un film fut réalisé par Renny Harlin, Devil’s Pass, qui tentait d’apporter une réponse au mystère. S’il ne fut pas vraiment été bien accueilli par la critique, il eut toutefois le mérite de mettre en lumière cette étrange affaire, dont aucun film n’avait jamais parlé jusqu’alors.

Le groupe de Dyatlov

Au début de l’année 1959, dix jeunes adultes décidèrent d’effectuer une randonnée à ski dans le Nord de l’Oural. Le groupe était constitué de huit hommes et deux femmes, pour la plupart des étudiants ou de jeunes diplômés de l’Institut polytechnique de l’Oural, qui étaient tous expérimentés, autant dans les longues randonnées à ski que dans les excursions en montagne. Le but de l’expédition, qui était menée par Igor Alekseievich Dyatlov, un alpiniste émérite de 23 ans, était de rejoindre l’Otorten, une montagne située dans le nord de l’Oural et de la longer avant de revenir à Sverdlosk. Leur parcours faisait une centaine de kilomètres, il était particulièrement difficile en cette période hivernale, mais rien n’aurait pu les décourager de tenter l’aventure.

Le 25 janvier, les membres de du groupe prirent le train pour Ivdel, puis un camion les amena à Vizhay, un petit village qui était la dernière trace de civilisation si loin dans le nord. Le 27 janvier, les randonneurs commencèrent à marcher en direction de l’Otorten mais dès le lendemain, Yuri Yudin, l’un des membres du groupe, dut revenir sur ses pas car il était malade. Il abandonna alors ses camarades, qui continuèrent sans lui, et retourna à Vizhay. Les agendas et les caméras retrouvés aux alentours de leur dernier campement permirent de suivre leur itinéraire jusqu’à la veille de l’incident. Le 31 janvier, les randonneurs arrivèrent près d’une région montagneuse et ils commencèrent à se préparer à l’escalade, dissimulant le surplus de nourriture et le matériel qui pouvait leur être utile pour le voyage de retour dans une zone boisée près de la rivière Auspia.

Le Groupe Dyatlov

Le lendemain, le 1er février, ils commencèrent à traverser le col de l’Otorten. Ils pensaient probablement camper sur le versant opposé la nuit suivante mais une tempête de neige se leva, gênant leur visibilité et les faisant dévier vers l’ouest. Vers 17h, réalisant brusquement leur erreur, ils décidèrent de s’arrêter et d’installer leur camp sur le franc de la Kholat Syakhl, une montagne que les tribus autochtones, les Mansis, connaissaient bien et qui faisait l’objet de nombreuses légendes. Non loin du camp, se trouvait une zone boisée qui aurait pu fournir un bien meilleur abri aux skieurs et quand les secours découvrirent leur tente, personne ne comprit leur choix.

Installation du Camp le 2 Février
Installation du Camp le 2 Février

Avant de partir, Igor Dyatlov avait promis d’envoyer un télégramme à leur club de sport dès qu’ils seraient rentrés à Vizhai, ce qui était prévu, au plus tard, pour le 12 février, mais comme les retards étaient habituels dans ce genre d’expédition, personne ne s’alarma de leur silence. Quelques jours plus tard, les parents des randonneurs, qui commençaient à s’inquiéter, exigèrent qu’une opération de sauvetage soit lancée et le 20 février, l’institut envoya le premier groupe de secours, composé d’étudiants et de professeurs. Le 26 février, les secouristes bénévoles retrouvèrent la tente du groupe gravement endommagée, abandonnée sur la montagne Kholat Syakhl. Mikhail Sharavin, l’étudiant qui découvrit le camp, expliqua que la tente était à moitié démolie et qu’elle était déserte. Tous les biens, leurs vêtements, leurs chaussures, l’argent, les montres, les couvertures, l’alcool et la nourriture se trouvaient encore à l’intérieur. D’une étrange manière, une large déchirure ouvrait le côté de la tente, dont la toile avait visiblement été lacérée de l’intérieur, comme si ses occupants avaient cherché à fuir quelque chose qui en bloquait l’entrée.

Tente du Groupe de Dyatlov

Des empreintes de pas se dessinaient dans la neige, qui se dirigeaient vers un bois tout proche et laissaient à penser que les randonneurs étaient sortis précipitamment de la tente en chaussettes, avec une seule chaussure ou même pieds nus. La piste disparaissait 500 mètres plus loin mais progressant vers l’orée de la forêt les sauveteurs découvrirent sous un grand cèdre les restes d’un feu et les corps de deux des disparus, Yuri Krivonischenko et Yuri Doroshenko, pieds nus et en sous-vêtements. Les branches de l’arbre sous lequel ils se trouvaient avait été brisées jusqu’à cinq mètres de haut, ce qui signifiait qu’ils y avaient grimpé, peut-être pour tenter devoir quelque chose ou pour y échapper. Inspectant le chemin entre le cèdre et la tente, les chercheurs retrouvèrent le cadavre d’Igor Dyatlov, allongé sur le dos, qui tenait une branche dans la main et semblait regarder vers le camp. Non loin de lui, se trouvaient les corps de Zinaida Kolmogorova et de Rustem Slobodin, dans une pause suggérant qu’ils avaient tenté de regagner le campement en rampant l’un à la suite de l’autre.

Une enquête juridique fut alors ouverte, qui en arriva à la conclusion que les cinq randonneurs étaient tous morts d’hypothermie. La nuit du 2 février, les températures oscillaient entre -25 et -30 degrés, et comme parfois en cas d’hypothermie sévère, il était possible que les victimes, désorientées, aient perdu l’esprit et se soient déshabillées, ce qui pouvait expliquer leur tenue. L’autopsie ne révéla aucune blessure mortelle, et même si le crâne de Rustem présentait une légère fissure, ce traumatisme ne pouvait avoir causé son décès.

Pendant deux mois, des avions de l’armée et des hélicoptères survolèrent la zone, cherchant les quatre disparus sans parvenir à les retrouver, puis le 4 mai, les secours découvrirent enfin leurs corps, dissimulés sous 4 mètres de neige, dans un ravin qui se trouvait à 75 mètres du cèdre.

L'Arbre et le Ravin
L’Arbre et le Ravin où furent retrouvés les corps

Semyon Zolotaryov, Lyudmila Dubinina, Yuri Krivonishenko et Nicolai Thibeaux-Brignolles étaient mieux habillés que les autres, et certains signes laissaient à penser que les derniers survivants avaient réquisitionné les vêtements de ceux qui étaient partis les premiers. Semyon portait le manteau de fausse fourrure et le chapeau de Lyudmila, tandis que les pieds de la jeune femme étaient enveloppés dans un morceau du pantalon en laine de Yuri. Si leur peau ne montrait aucune égratignure, trois d’entre eux présentaient des blessures mortelles. Le crâne de Nicolai avait subi d’importants dégâts, tout comme les cages thoraciques de Lyudmila et Semyon, qui portaient les traces d’importantes fractures thoraciques. Selon le Dr Boris Vozrozhdenny, qui les examina, la force nécessaire pour provoquer de tels dommages avait du être extrêmement élevée, de l’ordre de celle d’un accident de voiture. De plus, les corps n’avaient pas de blessures externes liées à ces fractures osseuses, et ils donnaient plutôt l’impression d’avoir été soumis à un haut niveau de pression.

D’une manière plus étrange encore, le visage de Lyudmila était horriblement mutilé. La jeune fille n’avait plus de langue, il lui manquait également une partie des lèvres, les yeux, les tissus faciaux, un fragment du crâne et la peau de ses mains présentait une curieuse dermatose. Une rumeur courut qu’elle avait été retrouvée gisant face contre terre dans un petit ruisseau qui coulait sous la neige et que ses blessures externes étaient dues à la putréfaction dans un environnement humide, mais les photos de son cadavre montraient clairement que son corps avait été retrouvé agenouillé près d’un gros rocher, non loin du ruisseau en question. Certains supposèrent alors que les Mansis, qui avaient tué une géologue dans les années 1930, pouvaient avoir attaqué et assassiné les randonneurs pour les punir de s’être aventurés sur leurs terres, mais l’enquête balaya rapidement cette hypothèse car les seules empreintes de pas étaient celles des skieurs et il n’y avait aucune trace de lutte, que ce soit dans la neige ou sur les corps. De plus, le village Mansi le plus proche se trouvait à 100 kilomètres de là et ses occupants n’avaient pas l’habitude de se rendre dans cette région en hiver, le climat étant bien trop rude pour l’élevage de rennes ou la pêche.

L’enquête était parvenue à déterminer avec certitude que les randonneurs avaient éventré leur tente puis qu’ils avaient quitté le camp de leur propre gré, à pied, six à huit heures après leur dernier repas. Six d’entre eux étaient morts d’hypothermie, trois de blessures mortelles, qui ne pouvaient avoir été causées par un autre être humain,  » car la force des coups avait été trop forte et qu’aucun tissu mou n’avait été endommagé. « 
Des doses élevées de contamination radioactive avait été retrouvées sur certains de leurs vêtements, deux pantalons et un pull, ce que personne ne pouvait expliquer. En mai 1959, en l’absence de suspect, l’enquête en conclut que les randonneurs avait été victimes d’une  » force naturelle irrésistible  » et elle fut officiellement close. La zone de l’incident fut alors interdite au public pendant trois ans.

A ce moment-là, de nombreuses théories virent le jour, qui tentaient d’expliquer la tragédie, et de l’avis général, l’avalanche semblait la plus plausible. Suivant ce scénario, une coulée de neige avait renversé la tente pendant la nuit, incitant les randonneurs à déchirer la toile pour se libérer. La neige était alors rentrée dans la tente, ruinant leurs bottes et leurs vêtements de rechange, ce qui avait poussé Semyon, Lyudmila, Yuri et Nicolai à partir chercher de l’aide. Malheureusement, quelques mètres plus loin, ils étaient tombés dans le ravin où leurs cadavres avaient été découverts. Trois des corps présentaient des fractures majeures, et certains estimaient que ces blessures pouvaient résulter d’une chute. Cependant, la zone n’était pas sujette aux avalanches, et même si l’activité humaine avait pu perturber le manteau neigeux, les secouristes étaient parvenus à retrouver certains des skieurs en suivant leurs empreintes de pas, ce qui semblait invalider cette hypothèse.

Les Mansis n’étaient pas vraiment surpris par ce drame, dont ils croyaient connaitre le responsable. Cette année-là, plusieurs membres de leur communauté avaient disparu, qu’ils avaient pensé victimes du Menkvi, une créature semblable au Yéti, aussi supposaient-ils que les randonneurs avaient croisé sa route. Ils avaient signalé les différentes disparitions aux autorités, qui avaient enquêté, mais leur avaient interdit tout nouveau rapport faisant allusion au Menlvi, menaçant même les contrevenants d’incarcération.

Signes Mansi
Signes Mansis indiquant à leur clan combien de chasseurs sont passés par là (photo du groupe).

Si l’hypothèse du yéti pouvait sembler séduisante, tout comme celle des prisonniers évadés ou des bandits de grand chemin, elle se heurtait à l’absence d’empreintes et de traces de violence. Une autre théorie, plus originale, suggérait que le vent qui tournoyait autour de la montagne produisait des infrasons inaudibles à l’oreille humaine qui pouvaient avoir des effets dévastateurs sur les êtres humains, les terrifiant et les faisant basculer dans la folie.

Pour certains, la mort des randonneurs était une bavure militaire, qui avait été couverte par le gouvernement. A cette époque, l’armée russe testait de nouvelles sortes de missiles dans la région, qui explosaient en l’air, produisant des dommages internes lourds et très peu de blessures externes. Ils pensaient donc que l’un de ces missiles était tombé près des malheureux promeneurs et que des animaux sauvages s’étaient ensuite approchés de leurs cadavres, dévorant le visage de Lyudmila. Suivant cette théorie, après l’accident, les corps avaient été déplacés, tout comme le campement, ce qui était visible à la tente, qui était mal montée, ce que des randonneurs expérimentés étaient peu susceptibles d’avoir fait. Une autre hypothèse suggérait que les militaires, qui effectuaient surement quelque mission secrète dans la zone, s’étaient volontairement débarrassés des randonneurs, qui avaient été témoins de quelque chose qu’ils n’auraient jamais du voir.

Dossiers de l'Enquête
Dossiers de l’Enquête

Tous les dossiers concernant l’incident Dyatlov furent alors envoyés quelque part et classés dans des archives secrètes, où ils furent conservés pendant des années. En 1967, Yuri Yarovoi, journaliste et écrivain, publia Of the Highest Degree of Complexity, un roman inspiré de l’incident. Il avait été impliqué lors des recherches et de l’enquête en tant que photographe officiel, aussi connaissait-il l’affaire mais comme les détails en étaient toujours considérés comme secrets, il ne put rien révéler de ce que les autorités souhaitaient dissimuler. Après sa mort, dans un accident de voiture en 1980, toutes ses archives, y compris les photos, les journaux intimes et les manuscrits qui étaient en sa possession se perdirent mystérieusement.

Puis, en 1990, des photocopies partielles des dossiers, dont certains éléments avaient disparus, furent mises à la disposition du public, démontrant que certains des faits avaient été dissimulés, ou avaient été volontairement ignorés par le gouvernement. Des randonneurs, qui se trouvaient à environ 50 kilomètres au sud de l’incident, avaient rapporté avoir vu des sphères oranges étranges évoluer dans le ciel la nuit du drame, mais personne n’avait semblé en tenir compte. Cette observation rejoignait celles de différents témoins, parmi lesquels un homme qui faisait parti du service météorologique de l’armée, qui avaient signalé des sphères identiques à Iydel et dans les zones adjacentes durant tout le mois de février.

Venant confirmer ces témoignages, l’ancien officier de police Lev Ivanov, qui avait mené l’enquête officielle en 1959, publia un article qui comprenait sa conclusion de l’enquête, expliquant qu’il n’avait trouvé aucune raison rationnelle à l’accident, mais qu’après avoir rapporté que son équipe avait vu des sphères voler dans le ciel, il avait reçu des ordres directs de hauts responsables régionaux qui lui avaient demandé de classer le dossier. « Je m’en doutais déjà à l’époque et j’en suis presque sûr maintenant, ces sphères lumineuses volantes avaient une connexion directe avec la mort du groupe,  » expliqua M. Ivanov au journal le Leninsky Put.

Lev Ivanov

Selon lui, la nuit du drame, l’un des randonneurs avait aperçu l’une de ces sphères lumineuses, et réveillant ses camarades, il leur avait conseillé de courir vers la forêt. A ce moment-là, l’engin avait probablement explosé, provoquant des dommages à l’intérieur de leurs corps. Selon Yury Kuntsevich, qui avait 12 ans au moment des faits et qui avait assisté aux funérailles de cinq des victimes, leur peau présentait une étrange coloration brune.

Certaines notes faisaient état de taux de radioactivité anormalement élevée sur la zone mais d’une surprenante manière, le dossier ne comprenait aucune information sur l’état des organes internes des victimes. Pourtant, d’après Yuri Yudin, le seul survivant du groupe:  » Je suis sur que des boites spéciales avec leurs organes ont été envoyées.  » Depuis des années, Yuri était hanté par la disparition de ses camarades et même s’il avait quelques soupçons quand aux responsables, il n’avait aucune certitude:  » Si j’avais la chance de poser une question à Dieu, ce serait: Qu’est-il vraiment arrivé à mes amis ce soir-là? « 

Yuri Yudin
Yuri Yudin

En l’an 2000, la fondation Dyatlov fut créée, qui demandait aux autorités de rouvrir l’enquête, sans grand succès. En 2008, six des anciens sauveteurs et 31 enquêteurs indépendants se réunirent pour examiner l’affaire et ils en vinrent à la conclusion que l’armée avait, d’une manière ou d’une autre, accidentellement causé la mort des neuf jeunes skieurs. Au fil des ans, différentes expéditions auraient trouvé des morceau de métal dans la région, dont certains en conclure qu’ils provenaient d’armes expérimentales russes.

Depuis quelques temps, le surnaturel et la théorie du complot connaissent un nouvel engouement et les russes se passionnent pour ce mystère, privilégiant l’hypothèse des extraterrestres et celle d’une arme secrète gouvernementale. L’histoire de l’incident de Dyatlov pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses mais peut-être ses secrets sont-ils toujours enfouis sous la neige, quelque part dans le nord de l’Oural.

La Dernière Photo des Randonneurs
La Dernière Photographie du Groupe
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Hulda
Hulda
5 années plus tôt

Je penche pour des essais de l’Armée. Une arme nucléiare (les fameuses orbes oranges), que l’un d’eux a aperçues, paniqué. Ils ont tous pris la fuite, ne prenant pas le temps de s’habiller si l’orbe fonçait sur eux?

Alain Valade
Alain Valade
2 années plus tôt
Reply to  Hulda

La meilleure réponse que j`ai lu est de….moi-même ! Allez sur le Blog de Paul Jorion et vous me lirez . C`est un/des O.V.N.I(s) la cause et ils seraient demeuré au-dessus de leur tente un temps très long comme l`O.V.N.I qui est demeuré presque 3 heures au-dessus de la Place Bonaventure à Montréal le 7 novembre 1990 .

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