La Pietrà de Chepoix

La Pieta de Chepoix

En septembre 2018, Pierre Houcke, gardien bénévole de l’église de Chepoix, dans l’Oise, a remarqué que l’autel de la Vierge, situé à gauche de la nef, commençait à s’affaisser. Il l’a d’abord soulagé du poids des trois statues qu’il portait, avant de demander conseil à d’un menuisier, François Budin, et à François Tribout, diacre et architecte. « Avec des amis, nous avons enlevé les statues de l’autel afin de réduire le poids, puis nous avons découvert un tas de gravats en ouvrant une planche, » a-t-il expliqué.

Le 25 octobre au matin, en se réveillant, il a entendu une voix lui dire clairement : « C’est maintenant… » Bizarrement, il savait exactement ce qu’il devait faire. « J’ai su que je devais me rendre à l’église, » a-t-il déclaré. Aidé d’un ami, Henri Deffontaines, il s’est mis alors mis à creuser sous l’autel avec une pelle. Il était à genoux sous la structure de bois quand il a aperçu un gros bloc de pierre parmi les gravats. Une voix, la même que celle qui lui avait parlé le matin, lui a alors dit : « Va doucement… » Il a transmis l’information à Henri, et son camarade lui a répondu : « Pierre, je crois que c’est une statue de Marie…  » Alors, inexplicablement, Pierre a su qu’ils allaient trouver une pietà.

À force de persévérance, les deux hommes ont réussi à sortir la statue de sous l’autel. Elle était ancienne, mais certaines de ses couleurs, comme le bleu du voile de la Vierge, avaient été préservées par les gravats. Comme Pierre l’avait deviné, elle représentait Marie tenant le corps de Jésus dans ses bras. De chaque côté de la scène, se tenaient deux autres personnages, probablement Marie-Madeleine et Saint-Jean. Malgré toutes leurs précautions, un des bras du saint s’était cassé pendant l’opération. Il n’avait plus de tête, mais Pierre a immédiatement reconnu « celui qui était au pied de la croix selon la Bible. »

Pierre et Henri ont aussitôt prévenu le maire de leur commune, Jacques Taveau. Il leur a demandé de ne pas ébruiter l’affaire, et il a contacté le musée archéologique de l’Oise pour signaler la découverte de ses deux administrés. « La pietà n’était pas en sécurité, je ne voulais pas tenter le diable en attirant les voleurs car les églises sont régulièrement pillées, » a-t-il déclaré. Aucune trace de la statue n’a été retrouvée dans les registres de la paroisse. Il pense qu’elle a été dissimulée sous l’autel à la veille de la révolution, et qu’elle y est restée pendant plus deux cents ans. La directrice du musée archéologique de l’Oise à Vendeuil-Caply, Valérie Kozlowski, ne partage pas son avis. Elle affirme qu’il est impossible de savoir à quelle époque la pietà a été cachée, et elle propose une autre explication : « La statue a été déplacée sous l’autel parce qu’elle devait être passée de mode, mais les religieux ne voulaient pas non plus s’en débarrasser. » D’après ses estimations, la statue de pierre daterait de la fin du XVe siècle ou du début du XVIe, mais elle serait plutôt en bon état de conservation. « Même s’il est fréquent de trouver des œuvres dans les églises, le thème de la Pietà avec Marie-Madeleine et Saint-Jean est rare en Picardie, » a-t-elle souligné. La statue va faire l’objet d’une expertise et d’une restauration. Une fois les travaux terminés, elle devrait être rendue à l’église. « Une fois la statue examinée, et l’église sécurisée, elle reviendra à Chepoix, » a déclaré le maire.

Pierre, qui est très croyant, voit dans son expérience un signe divin. Surtout que tout comme Bernadette Soubirous, il a entendu la voix un jeudi. « À Lourdes, Marie ne s’adresse à Bernadette que les jeudis et c’est le jeudi 25 mars 1858 qu’elle demande à Bernadette d’aller creuser au fond de la grotte, un peu comme nous l’avons fait Henri et moi pour découvrir cette pietà. »

Source : Il Entend une Voix…

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