La Maison qui Saigne d’Atlanta

William et Minnie Winston

En 1987, Minnie et William Winston étaient respectivement âgés de soixante-dix-sept et soixante-dix-neuf ans, ils étaient mariés depuis quarante-quatre ans et ils louaient la même petite maison de briques rouges à Atlanta, en Géorgie, depuis vingt-deux ans. Le 8 septembre, aux alentours de minuit, Minnie sortait de sa douche quand elle remarqua que le plancher et les murs de la salle de bain étaient recouverts d’éclaboussures rougeâtres. Les tâches ne ressemblaient pas à du sang, elles n’en avaient pas l’odeur, et la vieille dame n’en fut pas effrayée mais intriguée. Elle enfila tranquillement son peignoir puis elle s’avança dans le couloir, et découvrant les même traces écarlates un peu partout sur le carrelage, elle appela son mari, qui était déjà allongé dans son lit : « Will ! Viens voir tous ces trucs rouges qui sortent du plancher. »

Minnie attendit quelques secondes, immobile dans le couloir, mais personne ne lui répondit et ce silence lui parut inquiétant. La pensée qu’il était arrivé quelque chose à William, dont la santé était fragile et qui devait être dialysé tous les jours, la traversa fugacement, puis elle entendit le bruit de ses pas trainants dans la chambre et il apparut dans l’encadrement de la porte. Pendant un moment ils examinèrent l’étrange substance qui semblait suinter des carreaux, et comme ils n’arrivaient pas à en déterminer la nature ou l’origine, ils finirent par aller se coucher.

Le lendemain matin, ils découvrirent avec stupéfaction que le bas des murs et le sol de toutes les pièces étaient maintenant recouverts de tâches identiques à celles du couloir et ne sachant qu’en penser, ils jugèrent plus prudent d’appeler la police.

La Maison des Winston

La Maison des Winston

Quelques minutes plus tard, une voiture de service se gara au bord du trottoir, juste en face du numéro 1114 de la rue Fountain Drive, et deux inspecteurs, Steve Cartwright et Richard Price, en descendirent. En rentrant dans la maison, ils remarquèrent qu’une très grande quantité de liquide, qu’ils identifièrent immédiatement comme du sang, avait éclaboussé la tapisserie et le plancher, laissant des tâches de la grosseur d’une pièce de monnaie. M. et Mme Winston leur firent ensuite visiter les autres pièces, et ils découvrirent de nombreuses traces identiques dans le salon, la salle à manger, la cuisine, la salle de bain, la chambre, le sous-sol, le couloir, sous certains meubles et même dans le conduit d’aération. « La situation était très étrange, » déclara Steve Cartwright par la suite. « J’étais dans la police depuis plus de dix ans, et je n’avais jamais vu quelque chose comme ça. »

Comme la plupart des tâches se trouvaient sur le sol et le bas des murs, les policiers en conclurent qu’un animal blessé les avait éclaboussés de son sang en se secouant, et pour en avoir la certitude, ils décidèrent de prélever des échantillons et de les envoyer au Grady Memorial Hospital. Selon l’inspecteur Richard Price : « Je supposais que c’était un animal. J’espérais que ça n’était que ça, mais ça ne l’était pas. Le couple n’avait pas d’animaux et il n’y avait pas de rongeurs dans la maison. »

Treize heures plus tard l’hôpital donna ses résultats et il apparut que le sang n’était pas celui d’un animal, comme ils le pensaient, mais celui d’un homme. Les enquêteurs, qui ne croyaient pas que la substance était sortie mystérieusement des murs, comme le prétendaient les occupants de la maison, cherchèrent une explication logique au phénomène et ils en vinrent à penser que William, qui avait un certain âge et effectuait régulièrement des dialyses à domicile, avait pu, d’une manière ou d’une autre, asperger les murs de sang sans s’en apercevoir. Ils retournèrent alors au domicile de M. et Mme Wilson pour leur soumettre leur théorie, mais le vieil homme et sa femme la rejetèrent vigoureusement et les policiers ne surent que penser. « Je ne sais pas d’où vient tout ce sang, » s’exclama William avec emportement. « Je ne saigne pas. Ma femme ne saigne pas et personne d’autre n’était là. »

Alors, comme aucun crime ne semblait avoir été commis, que personne n’avait été porté disparu et qu’ils ne savaient plus quoi penser, les policiers envoyèrent les échantillons au Laboratoire d’Analyses Criminelles  pour de plus amples analyses. L’inspecteur Price déclara : « Nous essayons toujours de comprendre d’où vient le sang… Nous avons l’intention de travailler sur d’autres possibilités avec le Laboratoire d’Analyses Criminelles. »

Malheureusement, de nombreuses heures s’étaient écoulées depuis le prélèvement et il était déjà trop tard. Le laboratoire découvrit que le sang appartenait au groupe O mais rien de plus et les enquêteurs furent durement blâmés pour ne pas avoir directement envoyé directement les échantillons au laboratoire de police criminelle. Le directeur du laboratoire, Larry Howard, souligna qu’ils auraient pu en apprendre beaucoup plus, le sexe et la race par exemple, ou découvrir d’éventuelles traces de drogues ou d’alcool si le sang avait été frais. Cette nouvelle confirmation sur la nature de la substance stupéfia M. et Mme Winston, qui n’en crurent pas un mot : « Je ne crois toujours pas que ce soit du sang humain, » commenta Minnie. « Je me fous de ce que disent les policiers. »

La Maison qui Saigne, comme elle fut surnommée, suscita immédiatement l’intérêt des médias et de nombreuses personnes, des curieux, des médiums, des détectives privés et des enquêteurs du paranormal, se précipitèrent à Atlanta, attirés par le mystère. M. et Mme Winston se retrouvèrent alors assiégés dans leur propre maison.

Article sur la Maison qui Saigne

La maison qui « saigne » assiégée !

Certains sonnaient à leur porte pour les interroger, d’autres tentaient carrément de rentrer chez eux et leur téléphone sonnait à toute heure, de jour comme de nuit. Ils n’en pouvaient plus. « Je ne sais toujours pas d’où le sang est venu, » expliqua Minnie, « mais je suis fatiguée de tous ces gens qui me posent toutes ces questions. Si quelqu’un revient encore aujourd’hui, je n’ouvrirai pas ma porte. » Les visiteurs étaient si nombreux que la police finit par déclarer la propriété  « scène de crime » pour les tenir éloignés. M. et Mme Winston, qui étaient dépassés par les événements et qui n’arrivaient plus à dormir, commencèrent alors à leur crier à travers la porte : « Ce que les journalistes vous ont dit n’était que des mensonges ! » ou « Il n’y a pas de sang dans la maison, maintenant partez d’ici ! »

Les postes de police, les journaux et les stations de radio et de télévision se retrouvaient eux-aussi inondés de demandes de renseignements en provenance de la région d’Atlanta, mais également de Californie ou de New York. « Les murs de cette maison saignent-ils vraiment ? » demandaient généralement les gens. « Nous avons été submergés par les appels, reconnut Charles Cook, le porte-parole de la police. « Nous avons reçu beaucoup beaucoup d’appels, »  révéla un employé de la station de radio WVEE. « Certains venaient de médiums qui disaient pouvoir faire disparaitre le sang de la maison. »

Larry Howard, le directeur du laboratoire de la police criminelle, déclara aux journalistes qu’ils étaient confrontés à un meurtre ou à une blague, mais les enquêteurs n’étaient pas de son avis. Ils avaient consciencieusement fouillé la maison, ils n’avaient retrouvé aucun indice laissant à penser qu’un crime avait été commis et ils ne croyaient pas à une plaisanterie. De plus, le sang était du groupe O et  M. et Mme Winston étaient tous les deux du groupe A. L’hôpital leur avait confirmé le rhésus sanguin de William et Minnie avait accepté de se soumettre à une nouvelle analyse, qui avait prouvé qu’elle était bien du même groupe que son mari.

« Nous n’avons rien, » avoua humblement le lieutenant Horace Walker quelques jours plus tard. « Nous allons poursuivre une enquête de routine et si nous constatons qu’aucun crime n’a été commis, alors nous laisserons tomber. A notre avis, il n’y a pas eu crime. Quelqu’un a pu faire un canular. Ce qui me préoccupe, c’est que nous ne disposons d’aucune réponse. »

Quelques jours plus tard un groupe de sceptiques, qui ne croyaient pas que le sang avait pu se matérialiser tout seul dans la maison, se présentèrent à la division des homicides du département de police d’Altlanta pour obtenir de plus amples renseignements. Le Dr Joe Nickell, Larry Johnson, Rick Mien et Rebecca discutèrent longuement avec le lieutenant Walker, qui dirigeait l’enquête depuis le début. D’après le policier, William et Minnie n’étaient pas en très bons termes avec leurs enfants et il les suspectait de supercherie, les uns comme les autres. M. et Mme Winston avaient accès à du sang grâce aux dialyses de William, et il se demandait si  l’un des deux n’avait pas volé du sang pour le projeter sur les murs et attirer ainsi l’attention de leurs enfants. Leur fille, qui travaillait dans un hôpital, avait elle-aussi accès à du sang humain et il se disait que les enfants des Winston avaient pu en dérober et barbouiller les murs et le sol de la maison de leurs parents dans l’espoir de les faire mettre légalement sous tutelle.

Ces hypothèses pouvaient sembler extravagantes, mais la police d’Atlanta se refusait à croire en une hypothèse surnaturelle et comme elle voulait épargner à la famille un embarras supplémentaire, elle décida de ne pas poursuivre l’enquête. Le dossier de la Maison qui Saigne fut alors classé dans les affaires non-résolues, et il doit toujours s’y trouver.

Le phénomène ne s’était produit qu’une fois, mais jamais les gens n’oublièrent la maison du 1114 Fountain Drive et  des années plus tard, ils continuaient toujours à téléphoner à M. et Mme Winston pour leur demander des détails sur l’affaire. Las de toutes ces histoires, William et Minnie, qui avaient plus de quatre-vingt ans et n’aspiraient qu’à la paix, leur répondaient invariablement que  rien ne s’était jamais passé et qu’ils avaient tout inventé.

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