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Ancient Ram Inn
Entre site païen, magie populaire et hantises célèbres, l’Ancient Ram Inn dévoile cinq millénaires de croyances, de peurs et de récits troublants.

Certains lieux semblent porter en eux une mémoire plus ancienne que les pierres qui les composent. L’Ancient Ram Inn, à Wotton‑under‑Edge, est de ceux-là. Avant que ses poutres ne soient dressées, avant que les prêtres n’y trouvent refuge, avant que les voyageurs n’y cherchent une chambre pour la nuit, le sol lui-même était déjà chargé d’histoires.
Cinq mille ans de ténèbres

En 1145, le clergé fit construire un bâtiment sur un ancien site païen vieux de cinq mille ans. Lors des travaux, le cours du ruisseau local fut détourné, une modification qui, selon les croyances populaires de l’époque, aurait libéré des forces enfouies dans le sol. Les passionnés d’ésotérisme soulignent que la bâtisse se trouve à l’intersection de deux lignes ley, des alignements d’énergie reliant des sites antiques. L’une mène directement à Stonehenge, l’autre traverse les collines comme une veine lumineuse. À l’endroit où elles se croisent, se dresse le Ram Inn, comme si la bâtisse avait été attirée là, appelée par une force plus ancienne que la chrétienté.
La grande bâtisse servit tout d’abord à héberger les ouvriers qui travaillaient à la construction de l’église St-Mary toute proche, puis elle devint le logement de William FitzRobert, premier recteur de Wotton, et celui de ses successeurs.. Les plans anciens montrent une structure trois fois plus vaste qu’aujourd’hui, avec des ailes disparues et des pièces oubliées. Des rumeurs affirment qu’un tunnel relie la cheminée du bar à l’église St-Mary et à l’Abbaye de Lacock, comme si le lieu avait été conçu pour circuler entre les mondes, entre le sacré et le profane. Dans cette même cheminée, des chaussures d’enfants et de petits objets avaient été dissimulés dans la maçonnerie, une pratique de magie domestique répandue en Angleterre, cacher des fragments de vie pour détourner le mauvais œil. Plus tard, un chat momifié fut retrouvé dans une autre partie du bâtiment, figé dans une posture de vigilance éternelle. Le Ram Inn n’était pas seulement une maison, mais un rempart contre l’invisible.
John Humphries : l’engagement d’une vie

En 1968, un ancien conducteur de train nommé John Humphries acheta l’Ancient Ram Inn pour deux mille six cents livres. La bâtisse était en ruine, promise à la démolition pour laisser place à une route. Il y emménagea avec sa femme et leurs trois filles. La première nuit, alors qu’il dormait dans une chambre au-dessus de la cuisine, une force invisible lui saisit la cheville et le traîna hors de son lit.
La maison n’avait pas d’eau courante. Dans sa chambre, les nuits étaient longues. Des tapotements sur les vitres et des claquements de portes le maintinrent éveillé pendant des années, jusqu’à ce qu’il accroche au mur une croix en bois de sa confection. La situation était difficile, mais il ne voulait pas partir. Son entêtement allait lui coûter son mariage, beaucoup d’argent et de nombreuses nuits de sommeil.
Un jour, en faisant des travaux dans la Kitchen of the Men (la Cuisine des Hommes), il découvrit des ossements d’enfants et d’une femme. Selon le musée de Bristol qui expertisa les objets, des fragments de dague rituelle s’y trouvaient encore, suggérant d’anciens sacrifices. Plus tard, il accrocha dans l’escalier un portrait du révérend John Wesley. Les phénomènes s’intensifièrent immédiatement. L’une de ses filles refusa de monter les marches. John retira le tableau.
Sa une de ses filles, Caroline, se souvient d’une enfance marquée par la peur :
« Quand j’étais enfant, j’avais tellement peur que je dormais dans une caravane à l’extérieur. Pour nous, il était normal de voir des gens courir dehors en hurlant. Une fois, je me suis réveillée et j’ai vu une commode planer au-dessus de mon lit… avant de s’écraser dans l’escalier. »
Les fantômes du Ram Inn

Des invités auraient fui la maison au beau milieu de la nuit après avoir vu des meubles voler tout autour de leur chambre. Certains auraient été extirpés de leur lit par un cauchemar, d’autres auraient aperçu une grande prêtresse dans une pièce et un chercheur de fantômes aurait été poussé dans le dos par une entité. Il aurait alors senti les poutres de la maison vibrer et trembler. Un chien noir de grande taille se manifesterait parfois, grognant près du bar, une petite fille se promènerait dans les couloirs, et des lumières flotteraient dans l’ancienne étable transformée en salon. Dans cette pièce, un jeune homme de dix-huit ans aurait été jeté sur le sol par une force invisible, John aurait été projeté contre l’un des murs et épinglé. Un homme et son fils seraient sortis en hurlant, affirmant qu’ils avaient vu un fantôme émerger du plancher. Les rideaux qui servent à séparer la salle en hiver auraient été déchirés, probablement par le cauchemar, une ombre de plus de deux mètres de haut, que John aurait vu traverser.
Au Grenier des Tisserands, une lourde mélancolie semble imprégner l’air. Dans les années 1500, les sorcières étaient activement pourchassées et sanctionnées. L’une d’entre elles se serait réfugiée dans une chambre de l’Ancient Ram Inn peu avant son arrestation, et y serait retournée après son exécution. Sa chambre est surnommée la Witch’s Room (Chambre de la Sorcière). Elle apparaîtrait toujours près du lit, son chat spectral à ses côtés, dont la tache d’urine serait toujours visible.
À la même époque, une jeune femme, probablement Elizabeth, la femme de l’aubergiste, aurait été assassinée par des bandits de grands chemins. Elle se matérialiserait parfois, pendue au plafond de la chambre du dessous, et le bruit sourd de son corps traîné sur le plancher résonnerait dans la nuit. Les pleurs des enfants offerts en sacrifice s’élèveraient de l’une des chambres, mais ce phénomène serait moins fréquent depuis que des jouets ont été mis à leur disposition.
Au premier étage se trouve la pièce la plus hantée de l’Ancient Ram Inn, la Bishop’s Room (Chambre de l’Évêque), qui serait toujours occupée par plusieurs de ses anciens résidents. Parfois, lorsqu’il arpentait le couloir, John avait l’habitude de frapper fermement à la porte du bout de sa canne en demandant : « Il y a quelqu’un ? » . Alors, en réponse, la porte était violemment secouée et cognée. Un jour, alors qu’il ouvrait cette même porte, un médium aurait été soulevé du sol et projeté dans le couloir.
La chambre serait également réputée pour son ambiance oppressante et désagréable. Selon John :
« Huit personnes qui ont dormi ici ont dû être exorcisées. »
Sur ses murs, la tête d’un renard au regard hargneux côtoie une série de portraits des plus inquiétants. Un cavalier fantôme se matérialiserait parfois près de la coiffeuse et foncerait délibérément vers le mur d’en face, deux moines hanteraient un angle de la pièce et un berger et son chien se montreraient près de la porte. Des témoins auraient également entendu les cris terrifiés d’un homme, probablement celui qui aurait été assassiné dans cette même chambre, la tête plongée dans le feu. Quant aux audacieux qui décideraient malgré tout d’y passer la nuit, ils s’attireraient souvent les attentions lubriques d’un incube ou d’une succube.
L’ancien évêque de Gloucester, le révérend John Yates, aurait essayé d’exorciser la Chambre de l’Évêque sans y parvenir. Il déclara au Western Daily Press :
« C’est l’endroit le plus maléfique que j’ai jamais eu le malheur de visiter. »
Un lieu qui ne dort jamais
Au fil du temps, John Humphries continua à être attaqué par les violentes entités de l’Ancient Ram Inn. Il ne se déplacerait jamais sans sa croix. Il se souvenait des paroles d’un prêtre qui était venu les visiter :
« Quand il est arrivé, il a dit : Je ne rentre pas là-dedans. Ce que vous avez là est très, très mauvais. »
Il vécut dans l’auberge jusqu’à son dernier souffle, en décembre 2017, à l’âge de quatre-vingt-huit ans. Il avait passé sa vie à protéger le Ram Inn de la démolition, à accueillir les enquêteurs, les scientifiques, les curieux. Il disait que la maison avait besoin de lui, qu’elle l’avait choisi.
Aujourd’hui, sa fille Caroline veille sur le lieu. L’Ancient Ram Inn n’est plus une auberge, mais haut lieu de la recherche paranormale en Angleterre, désormais privatisé pour des visites et des enquêtes nocturnes. Un sanctuaire où les nuits sont encore longues, où les voix se font entendre, où les visiteurs ressortent parfois en larmes, parfois fascinés, parfois silencieux.
Le Ram Inn n’est pas un vestige, mais un organisme vivant. Une maison qui respire, qui se souvient, qui répond. Un lieu où cinq mille ans d’histoires se superposent, où les croyances anciennes se mêlent aux peurs modernes, où les murs semblent écouter, où le sol semble murmurer.
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