La Boite à Dibbouk, la Vraie Histoire

Affiche Possédée

Le film Possédée, d’Ole Bornedal, est inspiré d’une Histoire Vraie qui trouve ses racines dans la mythologie juive et kabbalistique: le Dibbouk. Un Dibbouk est un démon ou un esprit malin, généralement l’âme d’un mort, qui peut posséder le corps d’une personne et qu’il est possible de chasser en effectuant un rituel d’exorcisme. Kevin Mannis, le premier acquéreur de la boite, certifie que les faits suivants sont réels et qu’ils peuvent être vérifiés au travers de divers documents.

Kevin Mannis

Kevin Mannis

Kevin Mannis était antiquaire et il possédait une modeste boutique à l’entrée de la ville de Portland, dans l’Oregon. Il aimait particulièrement les petits objets rares, faciles à revendre, et il les trouvait généralement dans les petites ventes organisées par des particuliers. Au cours du mois de septembre 2001, Kevin assista à une vente aux enchères organisée par une famille dont la grand-mère était morte à l’âge de 103 ans. Ses possessions avaient été réunis en lots, ces lots étaient présentés sur des plateformes et l’un d’entre eux avait retenu l’attention de Kevin.

Au cours de la vente aux enchères, la mise atteignit 26 ou 27$ avant que les gens ne réalisent que l’antiquaire était vraiment déterminé à obtenir le lot numéro 35. Kevin était heureux. Il avait acquis des articles qui valaient plusieurs centaines de dollars et parmi eux se trouvaient quelques raretés. Il y avait une ancienne malle de voyage, une vieille boite à couture et un étrange petit coffret cadenassé. Il observait la boite, la tournant dans tous les sens quand soudain, une voix s’éleva derrière lui:  » Je vois que vous avez acheté la boite à Dibbouk.  »
Une jeune femme d’une trentaine d’années se tenait sur les marches de la maison, immobile, et elle le regardait. Kevin ne réagit pas au mot Dibbouk, qu’elle avait utilisé. Pourtant il était juif, et il savait très bien ce qu’était un Dibbouk. Les ainés s’en servaient souvent pour faire peur aux enfants. La jeune femme lui expliqua que lorsqu’elle était jeune, sa grand-mère gardait toujours ce coffret dans sa salle de couture. Il était toujours fermé et elle le posait dans un endroit inaccessible. Elle l’appelait la boite à Dibbouk. Si quelqu’un lui demandait ce qui se trouvait à l’intérieur, la vieille dame crachait trois fois entre ses doigts et elle s’exclamait:  » Un Dibbouk, un Keselim.  » La vieille dame affirmait que l’armoire à vin ne devait jamais, jamais être ouverte et ces paroles firent sourire Kevin.

La Boite à Dibbouk

La Boite à Dibbouk

Apparemment, la défunte était née en Pologne, où elle avait grandi. Puis elle s’était mariée et elle avait fondé une famille, avant d’être envoyée dans un camp de concentration durant la Seconde Guerre Mondiale. De tous les membres de sa famille, elle avait été la seule survivante. Ses parents, ses frères, sa sœur, son mari, ses deux fils et sa fille avaient tous péris dans les camps. Elle avait donc survécu et elle s’était échappée avec d’autres prisonniers. Sa fuite l’avait conduite en Espagne, où elle avait vécu jusqu’à la fin de la guerre. Elle avait acheté la boite à vin en Espagne, et c’était l’un des trois objets qu’elle avait apportés avec elle lorsqu’elle avait immigré aux États-Unis. Les deux autres objets étant la malle et la boite à couture, qui faisaient partis du même lot.
Sa grand-mère aurait voulu que la boite soit enterrée avec elle mais ce souhait étant contraire aux coutumes sa demande n’avait pu être honorée. Kevin proposa alors à la jeune femme d’ouvrir la petite cave à vin avec lui, mais elle se montra catégorique: comme sa grand-mère ne voulait pas que cette boite soit ouverte et qu’elle semblait particulièrement y tenir, elle désirait respecter sa volonté, quelles qu’aient pu être ses raisons.

Mal à l’aise, Kevin lui offrit de garder la boite, qui semblait être pour elle un souvenir sentimental, mais la jeune femme lui répondit avec conviction qu’il avait acheté la boite, et qu’elle était donc sienne. Soupçonnant une méprise, il lui précisa qu’il ne souhaitait pas récupérer son argent mais la jeune femme semblait bouleversée, presque en colère. Elle éleva alors la voix et s’écria:  » Vous l’avez achetée! Vous avez fait une affaire!  »
Lorsqu’il tenta de s’expliquer, elle se mit à crier, puis elle commença à pleurer et elle lui demanda de partir. Alors, sans chercher à comprendre, Kevin
s’empressa de charger ses acquisitions à l’arrière de sa camionnette puis il quitta les lieux.

Une fois arrivé à la boutique, Kevin descendit le petit coffret au sous-sol, qui lui servait d’espace de stockage et d’atelier, et il le posa sur une table. La boite était verrouillé par un loquet de laiton, sur lequel était fixé un petit cadenas et il décida de l’ouvrir. Normalement, il aurait coupé le cadenas, mais il préféra tordre le loquet et l’arracher doucement avec un petit tournevis. Quand le morceau de laiton céda, soudain, les portes s’ouvrirent d’elles-mêmes. Il ne s’attendait pas ça. Quand on touchait l’une des portes, le mécanisme actionnait en même temps la porte opposée et le petit tiroir qui se trouvait juste en-dessous. C’était du joli travail. Ce détail rehaussait la valeur de l’objet, qui n’était pas spécialement attrayant à la base. Ce que Kevin découvrit à l’intérieur du coffret le surprit. S’y trouvaient un Penny de 1928, un penny de 1925, une petite coupe à vin dorée dont la forme rappelait un calice et un étrange chandelier qui reposait sur des pieds en forme de poulpe. Au fond de la boite, il y avait aussi une sorte de petite stèle en granit sur laquelle était gravé le mot Shalom en hébreu et derrière cette stèle, se trouvaient deux mèches de cheveux, une de cheveux blonds, une de cheveux bruns. Ce détail ne troubla pas Kevin, qui pensa que la vieille dame avait conservé ces cheveux pour des raisons sentimentales. A ses yeux, ce petit coffret à vin était des plus ordinaires.

Jane Howerton

Jane Howerton

A cette époque, Kevin employait une jeune femme qui s’appelait Jane Howerton. Elle était une vendeuse absolument formidable. Ce jour-là, il lui confia la boutique, laissant la boite dans le sous-sol du magasin, et sortit faire des courses.
Après son départ, Jane descendit au sous-sol, pour y faire du rangement et elle s’apprêtait à remonter quand brusquement, elle sentit une présence. Elle avait l’impression que quelqu’un l’observait. Pourtant, elle avait l’habitude de travailler dans ce sous-sol, elle y avait même passé des heures entières sans jamais rien ressentir de tel. Quelque chose n’était pas normal. La jeune femme éteignit la lumière et commença à grimper les escaliers mais tout à coup, un bruit retint son attention et elle revint sur ses pas. Quelqu’un se dissimulait au sous-sol. Elle parcourait les allées dans l’obscurité quand la lumière qu’elle venait d’éteindre se ralluma brusquement. Puis des éclats de verre fracassés retentirent avec force et une chaise bascula devant elle. Jane se précipita vers le téléphone et appela Kevin. Alors qu’elle priait pour qu’il décroche au plus vite, quelqu’un semblait pulvériser tous les objets avec une batte de baseball.

Kevin était parti depuis une trentaine de minutes quand il reçut un appel sur son portable. Jane était absolument terrifiée. Elle criait que quelqu’un se trouvait dans l’atelier du sous-sol. Derrière elle, il entendait des bruits de verres cassés et il avait l’impression que quelqu’un projetait des objets à travers la pièce. Kevin lui conseilla d’appeler immédiatement la police mais au moment précis où il disait ces mots, son cellulaire s’éteignit brusquement. Il avait très peur pour elle et il se dépêcha de retourner au magasin.
Quand il arriva à la boutique, Kevin ne savait pas vraiment à quoi s’attendre. Il se dirigea vers la porte du sous-sol, descendit les escaliers mais la grille en fer forgé était fermée à clef, ce qui était surprenant car il ne l’avait pas verrouillée. Quand il pénétra dans la pièce obscure, il tendit son bras pour allumer la lumière, mais ce fut en vain. Alors, saisissant sa lampe de poche, il s’avança prudemment dans la grande pièce. Une terrible puanteur flottait dans la salle, des morceaux de verre jonchaient les allées et il comprit rapidement que tous les tubes au néon avaient été brisés. Brusquement, sa lampe éclaira un visage et Kevin sursauta. Jane était là, debout dans le noir, les yeux remplis de larmes et elle bougeait pas. Soudain, sans dire un mot, elle se précipita vers l’escalier et disparut à jamais. Après plus de deux ans passés à travailler pour Kevin, jamais elle ne voulut retourner au magasin.

Kevin tenta de l’appeler mais la jeune femme l’ignora et il reprit ses recherches. Il n’y avait aucune porte au sous-sol, pas de sortie de secours, pas de soupirail, donc le responsable des dégâts était forcément sur place. Comme il ne trouvait personne, et même s’il était désolée pour elle, Kevin en vint à penser que Jane était la coupable. Il ne pouvait y avoir d’autre explication.

Ida Mannis

Ida Mannis

Ida, la mère de Kevin célébrait son anniversaire le 28 octobre et ce jour-là, son fils pensait l’amener au restaurant et lui offrir l’armoire à vin, qu’il avait pris soin de nettoyer en la frottant avec du citron, mais le jour venu, elle l’appela pour lui signaler qu’elle partait en voyage pendant trois jours et qu’ils célèbreraient son anniversaire à son retour. Le 31 octobre 2001, Ida se présenta très tôt à la boutique, bien avant l’ouverture et après avoir embrassé son fils, elle s’approcha de l’un des fauteuils proposé à la vente et s’assit confortablement.

La prévenant que son cadeau était des plus originaux, Kevin posa le paquet, qu’il avait pris soin d’emballer, sur une petite table devant elle et commença à en déchirer le papier. La vieille dame était habituée aux excentricités de son fils, il lui avait déjà offert des objets bizarres. Pas aussi étranges que ce petit coffret à vin, mais inhabituelles. Soudain, le téléphonique résonna au sous-sol et Kevin descendit dans son bureau. Ida se pencha alors pour examiner le petit coffret, et elle eut la curieuse impression que le coffret l’observait lui-aussi. La vieille femme se leva, caressa le bois, faisant glisser sa main sur les symboles en hébreu gravés au dos de l’objet, puis elle appuya sur les portes, sur le petit tiroir, et soudain la boite s’ouvrit, laissant sortir un courant d’air froid. Ida s’effondra dans le fauteuil. Ce qu’elle avait senti était indescriptible. Le mal, à l’état pur. La vieille dame n’avait plus la force de fuir, ni celle de se lever. Elle se sentait prisonnière de cet objet. Ida sentait sa bouche se tordre, s’affaisser, la peau sous ses yeux se gonfler et elle se demandait si elle reverrait son fils avant de mourir.

La Boite à Dibbouk et les écritures au dos.

La Boite à Dibbouk et les écritures au dos.

Kevin était parti depuis moins de cinq minutes lorsque soudain, l’un de ses employés vint le prévenir que quelque chose n’allait pas avec sa mère. Ida était assise dans le fauteuil, près du petit coffret. Son visage était inexpressif, mais des larmes coulaient sur ses joues et Kevin voyait de la frayeur dans son regard. Ida n’arrivait pas à bouger. Elle aurait tellement voulu parler à son fils pour le prévenir, pour le protéger. Elle aurait voulu lui dire de se débarrasser de la boite, à tous prix, mais c’était impossible. Elle tentait de communiquer avec lui par le regard et Kevin voyait bien qu’elle essayait de lui dire quelque chose. Ida savait que la boite était vraiment maléfique, car elle avait senti cette froideur jaillir de l’intérieur. Alors, pendant que des ambulanciers transportaient son corps inerte, elle se mit à prier le ciel, pour qu’il protège son fils.

A l’hôpital, Kevin apprit que sa mère avait été victime d’un accident vasculaire cérébral. Elle avait perdu sa capacité à parler (elle a depuis retrouvé toutes ses facultés) mais elle pouvait comprendre ce qu’on lui disait et, quand elle souhaitait s’exprimer, elle répondait en montrant les lettres de l’alphabet. Le lendemain, quand Kevin lui demanda comment elle allait, la vieille dame lui répondit en désignant des lettres. Ces lettres formaient le mot: No Gift (pas de cadeau). Pensant qu’elle ne s’en souvenait pas, il la rassura en lui expliquant qu’il lui avait bien donné un cadeau pour son anniversaire mais ses yeux s’embuèrent de colère et elle écrivit laborieusement: Hate Gift (déteste cadeau).
Kevin se mit alors à rire. Il était désolé qu’elle n’ait pas aimé son cadeau, et il lui achèterait ce qu’elle voudrait si elle lui promettait de guérir rapidement. Là encore, il ne fit aucun rapprochement entre la boite qu’il lui avait offerte et l’accident de sa mère.

Comme sa mère semblait détester son cadeau, Kevin décida de donner le petit coffret à sa sœur. Elle le garda une semaine puis elle le lui rendit en lui expliquant depuis qu’elle l’avait ramené chez elle, ses portes s’ouvraient sans cesse. Il n’y avait pas de ressort dans leur mécanisme et Kevin, qui les examina, fut dans l’incapacité de comprendre d’où venait le problème. Il offrit ensuite la boite à son frère et à sa femme, qui la gardèrent durant 3 jours avant de la lui retourner eux-aussi. Selon son frère, elle sentait les fleurs de jasmin alors que sa femme affirmait qu’elle émettait une forte odeur d’urine de chat. Kevin en fit alors cadeau à sa petite amie qui lui demanda de la vendre pour elle deux jours plus tard.

A ce moment-là, Kevin commença à faire le lien entre les incidents bizarres et le petit coffre. Finalement, tous ses problèmes avaient commencé avec l’achat de cette boite. Il devait s’en débarrasser.
L’antiquaire la mit alors en vente et le jour même, un couple de personnes âgées se présenta au magasin et lui achetèrent son encombrante boite. Kevin était tellement soulagé de s’en séparer qu’il n’osa rien dire de peur de les effrayer mais trois jours plus tard, le petit coffret l’attendait devant la porte de la boutique. Près de lui, se trouvait une note manuscrite: Cette boite est porteuse d’une étrange obscurité. Il n’avait aucune idée de ce que ces mots signifiaient mais, comme personne ne semblait vouloir de la boite, il décida de la ramener chez lui et de la ranger dans la remise. Il voulait l’oublier, jusqu’à ce qu’il trouve une solution. Kevin commença alors à faire des rêves, de terribles cauchemars qui racontaient toujours la même chose. Il se trouvait en un lieu agréable avec quelqu’un qu’il aimait bien et en qui il avait confiance. Ils se promenaient paisiblement puis, à un moment donné, il regardait la personne dans les yeux et il se rendait compte qu’il y avait quelque chose de différent, quelque chose de mauvais au fond dans son regard. A ce moment là, elle se changeait en une sorcière des plus horribles, des plus démoniaques. Puis cette sorcière se mettait à le lacérer de griffes et Kevin se réveillait, le corps couvert de contusions. Nuit après nuit, le rêve se reproduisait et Kevin comprit qu’il ne pouvait y échapper. La boite était maudite.

Quelques temps plus tard, sa sœur, son frère et sa femme vinrent passer la nuit chez Kevin. Le lendemain matin, au petit déjeuner, sa sœur se plaignit d’avoir fait un horrible cauchemar et elle se mit à décrire le rêve que Kevin faisait régulièrement, dans ses moindres détails. Son frère et sa femme étaient glacés d’effroi en l’écoutant car  ils avaient, eux-aussi, fait le même cauchemar. Une longue discussion s’en suivit. De toutes évidences, le dénominateur commun était la boite. Toutes les personnes qui avaient possédé le coffret avaient fait ce cauchemar au moment où l’objet se trouvait chez elles. Kevin appela immédiatement sa petite amie pour lui demander si elle ne faisait pas des rêves étranges depuis quelques temps et elle se mit à lui décrire le même cauchemar, celui de la sorcière.

Depuis que Kevin avait eu cette discussion avec sa famille, il lui semblait que l’enfer se déchainait sur lui. Une semaine plus tard, il commença à voir une sorte d’ombre dans sa vision périphérique ce qui fut confirmé par de nombreux visiteurs qui l’aperçurent eux-aussi. Une nuit, l’alarme du détecteur de fumée le réveilla brusquement. Il se leva rapidement et inspecta la maison, mais apparemment, rien ne brulait. Il ouvrit alors la porte, regarda à l’extérieur, et une terrible puanteur envahit ses narines. Quand il referma la porte, il s’aperçut, à son grand désarroi, que l’odeur flottait maintenant dans toutes les pièces de la maison.
Kevin n’en pouvait plus. Il sortit chercher le coffret et le ramena à l’intérieur. Il voulait faire des recherches sur internet. Mais alors qu’il surfait sur le web, il s’endormit et plongea une fois encore dans le même cauchemar. Brusquement, à 4H30, il se réveilla avec la désagréable impression que quelqu’un respirait dans son cou. La maison sentait maintenant les fleurs de jasmin et, lorsqu’il ouvrit les yeux, il aperçut une ombre immense se glisser dans le couloir.

Il aurait voulu détruire cette boite, sauf qu’il ne savait pas vraiment à quoi il avait affaire. Il avait peur. La chose qui était sortie de l’armoire n’allait-elle pas rester avec lui s’il détruisait son réceptacle?
Il décida donc de mettre le petit coffret en vente sur eBay, prenant soin de relater son histoire. Kevin le décrivit comme une boite à Dibbouk, un coffret à vin hanté de tradition hébraïque. Cette fois, il ne voulait pas la vendre sans expliquer aux éventuels acheteurs ce qui lui était arrivé. Il espérait ainsi parvenir à intéresser des personnes qui savaient composer avec l’occulte et qui pourraient en disposer en connaissance de cause. Son message se terminait par une supplique. Si quelqu’un savait comment procéder, il devait l’aider en achetant la petite boite et en faisant ce qu’il convenait de faire faire avec ce genre d’objet.
Au bout d’une semaine, il remarqua que son annonce avait été vue par 7500 personnes. De part son métier, Kevin avait déjà vendu de nombreux objets sur eBay mais aucun n’avait jamais suscité cet engouement. Finalement, il y avait peut-être plus d’adeptes de l’occulte que ce qu’il pensait. Le vendredi 13 juin, Kevin découvrit que les 10 poissons de son aquarium étaient morts. Il envoya la boite à son nouveau propriétaire, espérant qu’il n’en entendrait plus jamais parler.

Brian Grubbs

Brian Grubbs

Au mois de mai 2003, lorsque Brian Grubbs prit connaissance de cette annonce, il était encore étudiant. San, son colocataire, avait repéré la boite hantée et il lui avait expliqué que le propriétaire du coffret faisait de terribles cauchemars et que sa mère était tombée gravement malade après l’avoir ouvert. Il y avait une très longue description des phénomènes vécus par le propriétaire de la petite armoire à vin, et les deux amis étaient intrigués. Néanmoins, pensant que cette annonce n’était qu’une mauvaise blague, aucun des deux ne voulut miser dessus.

Trois semaines plus tard, vers la mi-juin, Brian décida de rentrer manger chez lui à midi mais en ouvrant la porte du salon, une insupportable odeur d’urine l’assaillit brusquement. Il y avait un carton, de vieux journaux et des flocons de polystyrène répandus un peu partout sur le plancher. Cherchant le fauteur de troubles, Brian se dirigea vers la cuisine et là, il put constater que le fameux coffret hanté trônait sur la table. Une étrange pensée lui traversa alors l’esprit mais il repoussa aussitôt: le coffret semblait le fixer. Il n’arrivait pas à croire que Sam se soit décidé à l’acheter.

Une fois la surprise passée, Brian se mit à rire et demanda à son colocataire ce qu’ils allaient en faire. Alors, le plus sérieusement du monde, Sam lui répondit qu’il allait dormir avec et Brian le crut. Si son colocataire pensait qu’il y avait un esprit dans la boite, il allait forcément le provoquer pour le pousser à se manifester d’une façon ou d’une autre.
Sam dormait avec la boite à coté de lui depuis une semaine, mais aucun mauvais rêve et aucune sorcière ne l’avaient encore assailli. Parfois, quand ils recevaient des amis, ils posaient la boite à Dibbouk sur la table basse du salon, et, à la fin de la soirée, ils leur avouaient qu’elle était maudite. Cet objet les rendait vraiment populaires. Certaines des filles présentes se sentaient mal à l’aise et quand ils ouvraient le petit coffret, elles ne pouvaient dissimuler leur angoisse et leurs réactions les amusaient. Puis il commença à se produire des choses étranges. Les lumières de la maison vacillaient et tous les appareils électriques les lâchaient les uns après les autres: la Xbox, le grille-pain, la télévision, le portable de Sam et même leurs montres.
Un jour, son réveil, quand l’un de ses colocataires sortit de sa chambre, Brian remarqua qu’il avait une mine terrible. Ses yeux étaient injectés de sang. En fait, ils étaient presque sanglants, c’était effrayant. Peu après, l’appartement fut envahi par des nuées de cafards. Ils s’infiltraient partout. Il y en avait dans le salon, dans les chambres à coucher, dans la cuisine et même dans la salle de bain. Ils rampaient partout, sur le miroir, dans le lavabo, sur la cuvette, il y en avait absolument partout.Durant l’été et le début de l’automne, Sam devint de plus en plus solitaire. Il s’isolait, il  distinguait des choses dans sa vision périphérique, mais surtout, il perdait ses cheveux. Il ne savait pas si c’était la boite ou le stress, mais il devenait chauve… et rapidement.

Jason Haxton

Jason Haxton

Depuis qu’il était en possession du coffret hanté, Sam écrivait tous les jours ses observations sur son blog et Jason Haxton, conservateur d’un musée médical à l’université, était fasciné par l’objet. Il suivait les événements semaine après semaine et s’il avait pu mettre la main sur la boite, il aurait abordé le problème d’un point de vue… plus scientifique.  Enfin, c’était ce qu’il pensait à l’époque.

Quand Sam remit la Boite à Dibbouk en vente sur eBay, Brian en suivit l’évolution. Dans son annonce, Sam décrivait le petit coffret comme un  » cabinet à vin juif hanté « . Il ajoutait que son précédent propriétaire avait été frappé de malchance et qu’il avait été victime d’une série d’événements paranormaux. Il signalait que lui-même était frappé par le destin depuis qu’il était en possession de la boite et que ses cheveux commençaient à tomber alors qu’il n’était âgé que de 20 ans. Le bilan sanguin effectué par son médecin ne révélait rien d’anormal. Il parlait des mauvaises odeurs, des invasions d’insectes, d’appareils électroniques qui étaient tombés en panne et il expliquait que parfois, il apercevait de  » grandes choses floues et sombres  » à la périphérie de sa vision. (Petite annonce originelle de la vente aux enchères sur eBay)

En quelques jours, la boite était passée de 1$ à 50$, puis cette valeur avait brusquement quadruplé. C’était Jason, le conservateur du musée, qui avait misé les 50 dollars, et il avait surenchéri car il était bien déterminé à gagner ce coffret. Le 9 février 2003, la boite fut vendue pour 280$. Jason avait remporté cette enchère, et il était surexcité. La boite à Dibbouk ne pouvait plus échapper. Brian, quand à lui, restait songeur et il se demandait comment des gens avaient pu miser autant d’argent sur un objet qui risquait de gâcher leurs vies.

Lorsqu’il reçut le paquet, le soir était tombé sur à l’université et ses bâtiments étaient plongés dans une semi-obscurité. Jason était conscient que Kevin, sa famille, et les étudiants avaient été victimes de maladies qui pouvaient s’apparenter à des infections et il se disait qu’il devait se montrer prudent. Après avoir baissé l’éclairage, il alluma une lampe à ultraviolets. La lumière montrait quelques tâches de cire, comme si une chandelle avait coulé sur les portes et il se dit que la boite avait peut-être servie à quelques rituels. Il ne lui restait plus qu’à en inspecter l’intérieur. Jason mit des gants, pour éviter tout risque de contamination, puis il posa la main sur le tiroir, et les portes s’ouvrirent. Considérant que le coffret pouvait être hanté, il s’attendait presque à une manifestation mais un grand calme régnait sur la pièce, et rien ne vint le troubler.

Quelques jours plus tard, tous les ordinateurs du musée tombèrent inexplicablement en panne, leur faisant perdre des semaines de travail. Puis les ampoules commencèrent à explorer. De manière surprenante, surtout celles qui se trouvaient à proximité de la boite. Et la situation empira encore. Les employés souffraient tous d’une baisse d’énergie, de malaises. Ils exprimaient clairement leur hostilité envers la boite et Jason comprit qu’il devait la sortir du musée. Il n’avait pas vraiment envie de l’amener chez lui, mais il ne voyait aucune autre alternative. Cette nuit-là fut très agitée. Jason cauchemardait, il voyait de très vieilles femmes aux cheveux filasses et aux yeux enfoncés dans leurs orbites. La peau de leurs visages se décomposait littéralement devant lui et s’ouvraient en plaies infâmes, comme si on leur avait arraché l’épiderme. Puis les femmes le lacéraient de leurs ongles et il se réveillait en sursaut mais dès qu’il se rendormait, le même rêve recommençait.
Le lendemain matin, Jason se réveilla avec soulagement mais alors qu’il se mouillait le visage, il aperçut son reflet dans le miroir et il se demanda s’il s’était infligé ça lui-même. Ses yeux étaient rouges sang.

Quelques jours plus tard, alors qu’il regardait la télévision avec son fils, le petit garçon l’appela en chuchotant. Puis, désignant la forme noire qui flottait dans la pièce, il demanda, terrifié:  » Qu’est-ce que c’est? Regarde.  » Jason prit son fils dans ses bras et ils restèrent un moment silencieux, à observer l’apparition. Elle ressemblait à des flammes noires. Jason commença à s’inquiéter pour sa famille. Il cherchait des causes scientifiques aux manifestations dont ils étaient victimes, mais il ne pouvait en trouver aucune.

Au cours des mois qui suivirent, la petite armoire à vin devint célèbre. Le Forward, un journal juif, publia un article sur la vente de la boite et sur ses pouvoirs surnaturels supposés. Le petit coffret devint célèbre et la page de l’annonce passée sur eBay connut des visites incessantes.
Selon Jason, il y eut au moins cinq auteurs, un scénariste et une équipe de documentaire qui lui demandèrent l’autorisation d’accéder à l’objet. Des rabbins, des juifs orthodoxes et des intellectuels hébreux le contactèrent également, offrant de percer les mystères de la boite.
Jason fut obligé de mettre son numéro de téléphone sur liste rouge, il changea son e-mail et il mit en ligne un site web (Le Site de Mr Haxton) afin de satisfaire la curiosité de tous. Il accorda une interview au cours de laquelle il supplia les  » fans de la boite  » de le laisser tranquille.
Quelques temps plus tard, des dizaines d’internautes envoyèrent un  e-mail à Jason en passant par l’intermédiaire de son site web, se plaignant de maux de tête étranges, de cauchemars et autres méfaits.
 » Une personne a tenté de négocier avec moi afin d’obtenir toutes les images de la boite se trouvant sur internet car il pensait que chaque ordinateur qui visitait le site fournissait un portail électronique à l’entité maléfique, » rapporta-t-il.

Ce fut Rebecca Edery, une comptable juive qui vivait à Brooklyn et dont le père avait étudié la cabale, qui l’aida à déchiffrer le mystère de la boite. Elle était convaincue que le coffret était un objet sacré qui avait été intentionnellement lié à une sorte d’esprit. Pour elle, ça avait été fait délibérément, dans un but bien précis. Elle estimait que pour mettre un terme aux malheurs, la boite devait être enterrée dans une sépulture juive et qu’un groupe d’hommes, au moins 10, devait former un groupe de prière.
De son coté, Jason souhaitait remonter aux origines du coffret. Il espérait ainsi en créer une réplique et enterrer l’original. Pour lui, c’était un puzzle historique. La boite était venue de quelque part, elle avait été fabriquée pour une raison. Mais laquelle?

Les différents chercheurs et experts religieux consultés estimèrent que l’histoire de la boite à Dibbouk avait autant de succès car il y avait un intérêt croissant pour la mythologie judaïque, en particulier pour la cabale, depuis le début du nouveau millénaire. Selon eux, les divers objets contenus dans le mystérieux coffret servaient probablement des fétiches appartenant à une famille juive car les pennies et les mèches de cheveux étaient des fétiches habituels. Il était toutefois possible que l’histoire de la boite au Dibbouk soit un canular car dans la plupart des contes de Dibbouk, le fantôme revenait afin de véhiculer un message mais aucun indice n’expliquait pourquoi cette boite particulière était habitée.

La Boite à Dibbouk

La Boite à Dibbouk

Depuis qu’il était en possession de la boite, Jason était très fatigué, il avait des problèmes de santé et il en venait à penser qu’il avait fait sortir quelque chose de la boite en l’ouvrant. Les Haxton possédaient une maison de campagne inoccupée et Jason eut alors l’idée de mettre le coffret à la cave. C’était probablement le meilleur endroit pour l’isoler. Au moment où il déposa la boite dans le sous-sol, soudain il entendit le vent se lever dans la pièce puis des bruits métalliques résonnèrent et il s’empressa de remonter au rez-de-chaussée. Il se sentait soulagé. Pour mettre un point final à cette histoire, Jason décida de prendre un bain pour se laver de toute attache à ce coffret. Il avait besoin de se libérer. La chaleur et la vapeur le revigoraient mais sans s’en apercevoir, il glissa dans la baignoire et faillit se noyer. Quand il se réveilla, il remonta brusquement à la surface puis il se mit à vomir, un espèce de mucus épais. Il avait sur les mains une substance qui lui était inconnue et il était dans l’étonnement le plus complet. Il était en train d’essuyer le carrelage quand sa femme frappa à la porte de la salle de bain, visiblement affolée. Son poignet était recouvert de pustules sanglantes et de cloques et Jason comprit alors que leurs ennuis n’étaient pas terminés. S’il voulait en finir, il devait remonter à la source et retrouver Kevin Mannis, le premier propriétaire de la boite.

Lorsque le téléphone sonna en plein milieu de la nuit, Kevin décrocha et raccrocha brusquement, effrayé à l’idée que quelqu’un veuille l’obliger à reprendre le coffret. Puis le téléphone sonna de nouveau et il s’obligea à répondre. Jason le supplia de ne pas raccrocher, lui affirmant qu’il devait lui parler, que c’était important. Après avoir discuté quelques minutes avec Kevin, Jason comprit qu’il n’était plus seul. Ils allaient trouver un moyen d’éradiquer cette chose.

Kevin partit alors à la recherche de la famille qui lui avait vendu la boite et il eut beaucoup de mal à retrouver l’adresse de la maison. Il dit à la jeune femme qu’il avait besoin de renseignements mais elle lui conseilla de partir et au ton de sa voix, il comprit qu’elle ne lui dirait rien. Il était en train de regagner sa voiture quand soudain il entendit une autre voix affirmer:  » Je sais pourquoi vous êtes là.  » Une petite dame âgée le mitraillait du regard. Elle lui expliqua qu’elle était la cousine de la dame à qui la boite avait appartenu. Avant la Seconde Guerre Mondiale, les deux femmes habitaient la Pologne. A l’époque, le spiritisme était à la mode. Tout le monde organisait des séances pour rentrer en contact avec l’au-delà et elles avaient inventé une sorte de Ouija avec une nappe où elles avaient brodé les lettres de l’alphabet. Un petit pendentif leur servait de pendule et quand elles posaient des questions, le pendentif oscillait au-dessus de la nappe, épelait des mots, répondait aux questions des jeunes filles. Mais au cours de l’une de ces séances, elles avaient eu l’impression d’être rentrées en contact avec un esprit d’un genre différent. Cet esprit leur demandait de l’aider à sortir des ténèbres, de l’amener à elles, et brusquement elles s’étaient demandées si elles ne parlaient pas à un dibbouk. Les deux femmes avaient alors invité un rituel pour se débarrasser de l’entité et l’enfermer dans une boite. En ouvrant le coffret à vin dans sa boutique, Kevin avait libéré l’entité.

L’histoire de Kevin avait profondément surpris Jason. Il n’avait jamais rien entendu de pareil mais ce récit avait l’air logique. Il rentra alors en contact avec des rabbins, et leur demanda ce qu’il fallait faire pour se débarrasser définitivement de l’esprit. Après de longues recherches et de nombreuses prières, la Boite à Dibbouk fut scellée une nouvelle fois et elle est maintenant conservée dans un endroit tenu secret par Jason. Par la suite, Jason Haxton écrivit un livre sur le sujet: The Dibbouk Box.

La Boite à Dibbouk ouverte

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