La Mort de la Comtesse Amélie Vernet-Lord

Marie Amélie Vernet-Lord

En novembre 1928, la comtesse Marie Amélie Vernet-Lord fut retrouvée morte dans sa villa de Nice, la poignée ciselée d’un poignard sortant de sa poitrine. Depuis quelques temps, la comtesse participait aux séances de spiritisme du cercle Adyar de théosophie, également connu sous le nom de « Cercle Sadyana, » qui était dirigé par une « prêtresse de l’occulte, » Mme Arnelle.

Un jour, lors d’une séance particulière au sanatorium Le Domaine des Courmettes, dans les Alpes-Maritimes, la comtesse Vernet-Lord sentit une présence dans la pièce. Mme Arnelle demanda à l’esprit de se matérialiser, et à leur grande surprise, une brume apparut, qui se transforma en une silhouette des plus distinctes. Malheureusement, leur visiteur de l’au-delà n’avait rien du gentleman élégant et courtois qu’ils espéraient rencontrer. L’homme était énorme et poilu, un véritable géant. Il avait un front fuyant, de singuliers sourcils et sa tête brutale était couronnée, bien évidemment, d’un énorme buisson de cheveux emmêlés. Une lueur malsaine dansait dans ses yeux, et comme il tendait ses longs bras vers elle, Mme Arnelle écarta rapidement ses mains de celles du cercle qui reliait les participants entre eux. Une fois le cercle brisé, la silhouette commença à devenir floue et bientôt elle disparut.

Amélie et l'Esprit de Neanderthal

Choqués par son aspect inhabituel, les membres du cercle de spiritisme en conclurent qu’il était probablement le « mystérieux esprit d’un homme de Neandertal » et ils le surnommèrent Ajax. L’esprit commença alors à apparaitre à toutes leurs séances et la barrière de la langue se révéla rapidement frustrante. En réponse à leurs questions, il se contentait d’agiter les bras, de frapper sa poitrine et de faire des grimaces. Personne ne comprenait jamais ce qu’il essayait de dire, mais il se montrait clairement intéressé par Amélie Vernet-Lord. Il semblait lui  porter une obsession malsaine, la regardant sans cesse, lui faisant des signes et tendant ses grosses mains vers elle. Mal à l’aise, la comtesse l’ignorait parfois et il rentrait dans des colères folles, allant même jusqu’à miner des gestes menaçants.

Les spirites trouvaient la présence d’un esprit du Neandertal particulièrement appropriée à l’endroit. La sanatorium Le Domaine des Courmettes avait été construit sur un terrain rempli de vestiges préhistoriques, de monolithes et d’abris paléolithiques datant de cinquante mille ans. De ce fait, l’idée que les anciens esprits d’hommes de Neandertal hantent toujours les coteaux escarpés leur paraissait logique. Peu de temps après, la comtesse se rendit en Amérique pour célébrer son mariage avec Horace Wilfred Lord, mais même après son départ, Ajax continua à importuner les membres du groupe. Ils auraient voulu s’en débarrasser, mais l’esprit se manifestait à chacune de leur séance et ils ne pouvaient rien faire pour l’en empêcher.

Quelques mois plus tard, Amélie retourna à Nice, où elle possédait une maison, et elle recommença à participer aux séances de spiritisme du Cercle Sadyana. La ferveur et la jalousie d’Ajax prirent alors une ampleur nouvelle et brusquement, ce fut l’hécatombe. Sur les quinze personnes présentes lors de son mariage, seulement deux survécurent à la vengeance présumée de l’esprit. Peu de temps après son retour en France, le prêtre qui avait officié à la cérémonie succomba à une attaque cardiaque soudaine. Alfred Vernet, le cousin de la mariée, s’éteignit alors qu’il était assis dans sa chaise préférée sous son porche et le lendemain, son frère Edmund subit le même sort, exactement dans les mêmes circonstances. Mme Louise Raegger, membre du Cercle Sadyana, « mourut en riant alors qu’elle était en train de discuter avec des visiteurs, » puis sa demoiselle d’honneur s’effondra lors d’une réception, etc… La treizième victime étant la comtesse Amélie elle-même.

Les autorités arrêtèrent le comte Wenceslas de Klupfel,  lui-aussi membre du Cercle Sadyana, pour le meurtre de la comtesse Vernet-Lord. Non seulement son poignard avait été retrouvé dans sa poitrine, mais il avait vaguement confessé le crime, soulignant cependant qu’il ne savait pas pourquoi il avait agi ainsi et qu’il ne se rappelait nullement l’avoir tuée. « Il ne sert à rien de me demander pourquoi je l’ai fait. Je ne sais pas. Je ne me souviens de rien. » Les membres du Cercle Sadyana avaient une théorie différente de celle de la police. Ils avaient la certitude absolue que le comte Klupfel, qu’ils connaissaient bien, n’avait pas assassiné Amélie de sang-froid. Ils pensaient que l’esprit jaloux Ajax, leur homme préhistorique, était le véritable coupable des meurtres de la comtesse et des douze personnes qui avaient assisté à son mariage.

« La théorie des occultistes est que le mariage a mis Ajax tellement en colère qu’il a tué presque toutes les personnes concernées avant de posséder Klupfel et qu’il l’a utilisé pour transformer sa trop humaine bien-aimée en fantôme, » rapporta un journaliste. Tous les proches de la comtesse partageaient la même conviction, même son mari, Horace Wilfred Lord, qui écrivit aux autorités françaises pour demander que toutes les accusations soient abandonnées. « Au nom de Dieu, et en la mémoire de ma chère femme, ayez pitié du pauvre Wenceslas de Klupfel. »

Horace Wilfred Lord
Horace Wilfred Lord

Malheureusement, comme le soulignèrent certains, l’excuse de la possession n’avait plus été utilisée depuis le Moyen Âge, et personne n’y croyait plus. Le 12 mai 1928, The Indiana Gazette, un journal de l’Indiana, en Pennsylvanie, annonça ainsi le verdict:

« Le comte Wenceslas de Klupfel, un officier de la Garde Impériale Russe, a été aujourd’hui reconnu coupable du meurtre de Mme Amélie Vernet-Lord, la femme née française d’un enseignant de Boston, et condamné à huit ans de détention. La légèreté de la peine est due à l’intervention d’Horace Wilfred Lord, le mari de la femme assassinée. Mme Vernet-Lord et Klupfel étaient membres d’un étrange culte mêlant magie noire et pratiques occultes. Elle a été trouvé morte dans sa villa, le 18 octobre 1927, une dague ciselée plantée dans le cœur. »

Source : The Countess Caveman Cercle Sadyana

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Darknote
Darknote
5 années plus tôt

Bonjour,
Par une erreur de frappe, pour l’extrait en page d’accueil ?
« En 1928, la comtesse Vernet-Lord fut retrouvée dans sa villa de Nice, un poignant planté en plein cœur. Pour tous ses proches, même son mari, elle avait été assassinée par un esprit.  »
Un poignant? Ce n’est pas plutôt un poignard?

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