Le Procès de Carole Crompton

Carole ComptonEn mai 1982, Carole Compton, une jeune femme de 19 ans, quitta son Écosse natale pour rejoindre son petit-ami en Italie, où il avait été rappelé pour effectuer son service militaire. Comme elle ne pouvait s’imaginer rester seule à l’attendre durant de longs mois, aussi décida-t-elle de profiter de son absence pour découvrir son pays d’origine. Une fois à Rome, la jeune femme trouva rapidement un emploi de nounou dans une riche famille, les Ricci. Cependant, même si elle semblait bien s’entendre avec les enfants, leurs parents gardaient une certaine méfiance envers cette nouvelle venue qu’ils ne connaissaient guère.

Les premiers jours se déroulèrent sans incident notable mais peu de temps après son arrivée, une petite image religieuse se décrocha du mur où elle était exposée juste au moment où Carole passait à côté. Épouvantée, Rosa, la femme de chambre, lui demanda alors de se signer puis elle insista pour réciter une courte bénédiction. Au cours de l’été, alors que la chaleur devenait insupportable, la famille décida d’aller passer quelques temps dans les Alpes, dans le chalet de certains de leurs parents, et ils emmenèrent Carole avec eux. Un soir, alors que la jeune fille était sortie se balader en compagnie du plus jeune des enfants et de Nicole, l’infirmière qui s’occupait du grand-père, un incendie se déclara dans la maison. Les promeneurs revenaient sur leurs pas quand soudain ils aperçurent de la fumée derrière les fenêtres. Immédiatement Carole se mit à courir et rentrant dans le salon elle s’empressa de réveiller le grand-père qui s’était endormi en regardant la télévision. Tout le monde eut le temps d’évacuer les lieux sans dommage avant que les secours n’arrivent le premier étage était déjà complètement ravagé.

Les pompiers, qui ne comprenaient pas comment l’incendie s’était déclaré supposèrent qu’il avait été provoqué par une défaillance électrique. Bien évidemment, les membres de la famille Ricci et leurs employés durent quitter les lieux et ils s’installèrent dans l’une des maisons vacantes au village. Deux jours plus tard, au petit matin, sentant une inquiétante odeur de brulé, la grand-mère entreprit frénétiquement d’en chercher l’origine et elle découvrit que du papier était en feu dans la poubelle sous l’évier de la cuisine. Le jour suivant, le lit d’une femme de chambre se retrouva réduit en cendres alors que son occupante prenait une douche. Personne ne blâma Carole pour ces incendies, et personne ne l’accusa de quoi que ce soit, mais peu de temps après, la jeune femme dut chercher un nouvel emploi.

A la fin du mois de juillet 1982, Carole fut engagée par la famille Tonti, qui avait déjà employé une autre jeune fille écossaise dans le passé, et elle les accompagna visiter leurs parents, sur l’île d’Elbe. Pour une obscure raison, dès son arrivée, Carole sentit que la grand-mère éprouvait une forte aversion à son égard et qu’elle était hostile à sa présence dans la maison. Devant cette hostilité qui ne se cachait guère la jeune fille se sentit terriblement anxieuse, craignant de se faire blâmer à la moindre occasion. Le lendemain matin, à l’heure du petit déjeuner, de la fumée s’échappa de la chambre des grand-parents et en rentrant dans la pièce, ils découvrirent qu’un côté du matelas se consumait sans raison apparente. Puis brusquement, alors que Carole se tenait près de la grand-mère, une statue qui se trouvait à quelque distance bascula et s’écrasa sur le sol.

Le jour suivant, au cours de l’après-midi, un gâteau puis un vase en verre tombèrent inexplicablement de leurs supports alors que Carole se trouvait dans la pièce. A chaque incident, la tension montait un peu plus et la jeune femme pouvait entendre la grand-mère parler d’elle, la traitant de Strega, le mot sardaignien pour sorcière. Un peu plus tard, Agnese, une petite fille de 3 ans, faisait une sieste dans la chambre de ses parents quand Carole entendit d’étranges grattements. Ils semblaient provenir de derrière les murs, du salon ou des chambres. Quand la mère et la grand-mère ouvrirent la porte de la chambre, de la fumée s’en échappa et elles s’aperçurent horrifiées que le matelas sur lequel l’enfant dormait était en train de se consumer. Les deux femmes mirent la fillette en sécurité, puis le matelas fut transporté dans la cour mais l’incident était loin d’être clos car brusquement, la grand-mère se tourna vers Carole et l’accusant violemment d’avoir mis de feu elle referma la porte sur elle. Alertés par le tumulte, des voisins commencèrent alors à s’attrouper et aussitôt ils se mirent à discuter, lançant des regards horrifiés à Carole. Choquée et terrifiée, la jeune fille espérait parvenir à se disculper dès que les esprits se seraient un peu calmés mais soudain une voiture de la police vint se garer devant la maison et sans même comprendre ce qui lui arrivait, elle se retrouva menottée.

Carole ignorait alors que la grand-mère avait fini par convaincre sa famille de sa culpabilité et qu’ils avaient porté plainte contre elle. Suivant le système juridique italien, une personne pouvait être emprisonnée pendant des années, sans même avoir été inculpée aussi, après avoir été interrogée au poste de police, Carole fut incarcérée à la prison de Livourne le temps de l’enquête. Peu de temps après son arrestation, des rumeurs sur ses mystérieux pouvoirs commencèrent à circuler en prison, ce qui fit de sa vie un calvaire. L’histoire de la jeune fille et des mystérieux incendies fut rapidement reprise par les journaux, aussi bien en Italie qu’en Grande-Bretagne et bientôt sa photo vint illustrer des articles aux titres délibérément racoleurs tels que  » La Sorcière  » ou  » La Fille qu’ils appellent la Sorcière.  » Toutefois, la presse fournit également une aide précieuse à la mère de Carole, l’aidant à organiser une collecte de fond qui lui permit de se rendre en Italie et de payer l’avocat de sa fille.

Article de JournalCarole était une fille logique, sans superstition aucune, et elle pensait que le meilleur moyen de se disculper était de raconter la vérité, d’expliquer les événements tels qu’ils s’étaient déroulés afin de démontrer qu’ils n’étaient, en fait, que de simples coïncidences. Elle ne s’était jamais imaginée que les grattements qu’elle avait entendus ou les chutes d’objets puissent avoir une importance quelconque aussi, quand des experts du paranormal prirent contact avec elle par l’intermédiaire de Sergio Minervini, son avocat, et qu’ils lui soumirent leurs théories, qui parlaient de psychokinésie et de poltergeist, elle en fut plus effrayée que rassurée. Le Dr Bender Bender, spécialisé dans les phénomènes de poltergeist, vint la voir en prison et lui expliqua son point de vue mais mais la jeune femme refusa d’admettre qu’elle possédait des capacités psychiques, expliquant que si elle avait été capable de produire de tels phénomènes, elle en aurait été forcément consciente. Le Dr Hugh Pincott et Guy Lyon Playfair, qui avait travaillé sur l’histoire du poltergeist d’Enfield, lui proposèrent gracieusement leur aide, préparant même un dossier destiné à la Cour, mais sachant que de nombreux italiens pensaient déjà qu’elle était une sorcière, elle eut peur qu’une telle défense lui soit nuisible et elle refusa de s’en servir, insistant sur le fait que toutes façons, elle n’avait aucun pouvoirs.

En décembre 1983, après dix-sept mois de prison, Carole Compton comparut devant le tribunal pour incendie volontaire et tentative de meurtre. Faisant face à des témoins oculaires qui racontaient une histoire différente de celle dont elle se souvenait, et se contredisaient parfois, elle se défendit elle-même, affirmant son innocence et soulignant que personne ne l’avait jamais vu allumer un incendie ou tenter de blesser un enfant. L’absence de preuve semblait soutenir son témoignage. Selon les experts, étrangement, aucune trace d’essence ou d’un liquide inflammable quelconque n’avait été retrouvé sur les lieux des différents incendies, qui n’avaient pas été allumés par une flamme mais par une forte source de chaleur. Ils avaient tenté de recréer le même phénomène sans jamais y parvenir et Teodoro Comploi, chef des pompiers d’Ortisi, qui était intervenu sur certains des ces feux, déclara:  » J’ai été pompier pendant trente-huit ans mais je n’avais jamais vu d’incendies comme ceux-là avant.  »

Carole pensait qu’avec ces témoignages et l’absence de preuve directe contre elle, elle serait forcément acquittée, mais elle avait tort. L’hystérie semblait s’être emparée de certains car, durant le procès, une vieille femme s’approcha d’elle et brandissant son crucifix devant son visage, elle commença à lui jeter de l’eau bénite, espérant ainsi la sauver. Même ceux qui ne croyaient dans l’hypothèse de la sorcellerie étaient sceptiques quand à son innocence car il était difficile de parler de coïncidence quand autant de feux naissaient en sa présence. Ils se disaient que quelqu’un était forcément derrière tout ça, et ce quelqu’un ne pouvait être que Carole. La charge pour tentative de meurtre ne fut pas retenue mais la jeune fille fut condamnée à deux ans et demi de prison pour incendie volontaire. Mais cependant, comme qu’elle avait déjà été incarcérée durant une longue période, la sentence fut suspendue et Carole relâchée.
La jeune fille retourna alors en Écosse, heureuse de mettre de la distance entre elle et le pays qui la présentait comme un démon. Un an après, son affaire passa en appel, sans la principale intéressée, qui refusa de retourner en Italie. En fait, ce fut un double appel. L’avocat de Carole fit appel du jugement et le procureur de la sentence, demandant à ce que la jeune fille retourne en prison. Les deux furent déboutés.

Jamais Carole ne comprit ce qui lui était arrivé en Italie cette année-là. Elle en savait plus qu’avant sur la pyrokinésie et les phénomènes de poltergeist, mais ces histoires ne lui plaisaient guère et elle évitait d’y penser. Par la suite, elle s’installa dans le Yorkshire et y vécut heureuse avec son époux et leurs trois enfants. Jamais plus elle ne connut de phénomènes étranges. En 1990, Carole publia un livre sur son calvaire Susperstition: The True Story of The Nanny They Called A Witch. Ce livre comprenait son histoire et les témoignages des experts qui suggéraient qu’elle était victime d’un poltergeist. En 2003, Kenneth Hope réalisa le film Superstition, vaguement inspiré de l’histoire de Carole.

En 2004, une série de feux inexpliqués ravagea un village de Sicile et des journalistes, se souvenant alors de cette jeune fille qui allumait des incendies, se mirent en tête de l’interroger. Après avoir enquêté pour la retrouver, ils la harcelèrent de questions sur l’étrange phénomène, lui demandant si elle savait ce qui causait ces feux, si elle avait un avis ou des avertissements à donner aux habitants de Canneto di Caronia et si elle avait entendu le Vatican parler de forces démoniaques et d’exorcisme. Se murant obstinément dans le silence, Carole refusa de répondre. Elle ne sait toujours pas ce qui lui est arrivé en Italie, encore moins ce qui mettait le feu dans ce village, et elle ne voulait pas le savoir. La seule chose qui lui importait était le bonheur qu’elle connaissait auprès de son mari et de ses trois enfants. Alors, toutes ces histoires…

Source: The Black Book of Modern Myths: True Stories of the Unexplained d’Alasdair Wickham

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