Au nord-ouest des côtes écossaises se dressent sept petites îles de l’archipel des Hébrides, les Iles Flannan. Elles tiendraient leur nom d’un évêque du VIIIe siècle, Saint Flannan, qui avait fait construire une petite chapelle de pierre sur la plus vaste d’entre elles, Eilean Mor. Autrefois, les bergers amenaient leurs moutons brouter les riches pâturages qui recouvraient ces terres mais aucun d’eux n’aurait accepté de passer la nuit sur l’un de ces îlots maudits qui étaient réputés hantés par des esprits et par des êtres du petit peuple.
Vers la fin du XIXe siècle, le commerce maritime anglais prit une ampleur nouvelle et de nombreux bateaux vinrent s’échouer sur les îles Flannan, que les marins surnommaient les Sept Chasseurs. En 1895, la Northen Lighthouse Board, qui souhaitait résoudre le problème, annonça qu’un phare allait être construit sur Eilean Mor, qui serait terminé en deux ans. Malheureusement, la mer se montra si capricieuse et acheminer des pierres et des poutres en haut de la falaise de 60 mètres se révéla si compliqué qu’il fallut quatre ans pour le terminer. En décembre 1899, le nouveau phare fut officiellement mis en service et quatre hommes furent engagés pour le faire fonctionner. Trois des gardiens habitaient sur l’île en permanence mais toutes les six semaines l’un d’eux partait pour quinze jours de repos et un autre venait le remplacer.
Durant toute une année la lumière rassurante du phare éclaira les eaux glacées des Iles Flannan puis brusquement, dix jours avant Noël, elle s’éteignit. Le 15 décembre, le capitaine Holman, dont le navire venait de Philadelphie et se rendait à Leith, remarqua que la lumière du phare des Iles Flannan n’était pas allumée et en arrivant au port il envoya aussitôt certains de ses hommes prévenir les autorités, que personne n’avait encore alertées. Pourtant un homme, Robert McKenzie, était payé 8£ par an pour surveiller le phare avec un télescope mais depuis cinq jours la brume était si épaisse qu’il ne voyait plus rien. Comme le bateau l’Hesperus, qui amenait toutes les deux semaines le courrier et les vivres aux trois gardiens devait justement faire le voyage, la Northen Lighthouse Board demanda au capitaine de s’enquérir du problème mais par un malheureux hasard des vents violents se levèrent, empêchant le navire de prendre la mer.
En attendant de pouvoir repartir sur l’île, Joseph Moore, un gardien qui venait de terminer ses quinze jours de congés, marchait souvent sur la plage de Loch Roag, regardant sans cesse vers les Flannan et tentant vainement de lutter contre l’angoisse qui rongeait. Il lui semblait inconcevable que de ses trois camarades, James Ducat, Thomas Marshall et Donald McArthur, aucun n’ait allumé la lumière du phare. Il était persuadé que quelque chose de terrible leur était arrivé et ses pensées se perdaient en suppositions plus invraisemblables les unes que les autres.
Le 26 décembre 1900, quand le soleil se leva, la mer était moins forte et le capitaine James Harvey, qui était en charge du navire l’Hesperus, profita de cette accalmie pour quitter le port. A son bord se trouvait Joseph Moore, qui était tellement nerveux qu’il refusa de toucher à son petit-déjeuner, fixant obstinément les îles Flannan et imaginant le pire. Le mystère le tourmentait depuis des jours, et maintenant qu’il s’approchait d’Eilean Mor, un violent sentiment de panique le submergeait.
La tempête s’était calmée mais la houle restait dangereuse et malgré les deux débarcadères qui avaient été construits de chaque côté de l’île, un à l’ouest l’autre à l’est, l’Hesperus dut s’y prendre à trois reprises avant de parvenir à accoster. Aucun drapeau n’avait répondu à leurs signaux et le capitaine Harvey fut surpris de constater que personne ne les attendait sur le ponton de pierre. Il fit souffler dans la corne de brume, demanda à ce qu’une fusée soit envoyée, mais aucun des trois hommes ne vint à leur rencontre. Il fut alors décidé que Joseph Moore irait inspecter le phare et une barque, qui était manœuvrée par deux marins, l’amena jusqu’à l’île. A peine l’embarcation avait-elle touché la jetée que le gardien en bondit et ignorant les cris qui fusaient derrière lui, il courut jusqu’au phare.
Une fois devant la grille il s’arrêta quelques instants, semblant hésiter, puis il tenta d’appeler ses camarades et comme personne ne lui répondait il se précipita dans les escaliers. Dans la salle principale, l’horloge s’était arrêtée, les cendres de la cheminée étaient froides et une chaise gisait sur le sol, comme si quelqu’un l’avait renversée en se levant précipitamment. Dans la cuisine, un repas à demi-consommé composé de mouton et de pommes de terre salées trônait encore sur la table, et dans un coin de la pièce, un canari famélique enfermé dans une cage semblait l’interroger du regard.
Brusquement effrayé par ce qu’il risquait de trouver s’il continuait à monter, Joseph Moore attendit que les deux marins le rejoignent puis s’obligeant à avancer, il commença à grimper les marches de pierre qui menaient aux dortoirs. Il craignait de découvrir les cadavres de ses camarades couchés dans leurs lits, mais contrairement à ce qu’il avait imaginé la pièce était déserte et parfaitement en ordre. Sur une petite table se trouvait le journal de bord que remplissait régulièrement James Ducat, le gardien en chef, et la dernière entrée datait du 15 décembre à 21 heures, le soir où le phare s’était arrêté. Ce jour-là, les trois hommes avaient visiblement effectué leurs tâches comme à leur habitude, l’huile et les mèches avaient été préparées, puis la nuit était venue et d’une inexplicable manière, personne n’était monté allumer la lumière du phare.
Les trois hommes ressortaient du bâtiment, perplexes, quand Joseph Moore s’aperçut que deux paires de bottes et deux cirés avaient disparu, ceux de James Ducat et de Thomas Marshall. Ils fouillèrent rapidement les alentours sans découvrir personne puis, comme l’après-midi tirait à sa fin et qu’ils ne pouvaient rien faire de plus, ils décidèrent de retourner au bateau pour faire leur rapport au capitaine. L’Hesperus repartit alors à Lewis et à son arrivée le capitaine Harvey fit immédiatement envoyer un télégramme au siège de la Northern Lighthouse Board, à Édimbourg:
« Un terrible accident est arrivé aux Flannan. Les trois gardiens ont disparu de l’île. Les horloges arrêtées et d’autres signes indiquent que l’accident a du se produire il y a environ une semaine. Pauvres gens, ils ont du être emportés sur les falaises ou noyés en tentant de sécuriser une grue ou quelque chose comme ça.
J’ai tiré une fusée mais comme aucune réponse n’a été faite j’ai réussi à faire descendre Moore qui est allé jusqu’au phare et n’a trouvé aucun gardien. La nuit allait tomber, nous ne pouvions rien changer à leur sort. J’ai laissé Moore, MacDonald, Buoylaster et deux marins sur l’île pour garder la lumière allumée jusqu’à ce que vous preniez d’autres dispositions. «
Deux jours plus tard, Robert Muirhead, le surintendant de la compagnie, qui connaissait les trois hommes pour les avoir personnellement recrutés, débarqua à Eilean Mor afin d’enquêter sur leur disparition.
M. Muirhead commença par faire le tour de l’île et constatant que des vents violents avaient ravagé le débarcadère ouest, il en déduisit que deux des gardiens, ceux qui avaient pris leurs cirés, étaient probablement allés vérifier l’état de la jetée et qu’ils inspectaient les dommages quand brusquement une vague, aussi gigantesque que soudaine, les avait emportés. Cette explication, qui lui semblait des plus pertinentes, fut celle qu’il soumit à la Northern Lighthouse Board quand il écrivit son rapport. Cependant, si l’hypothèse pouvait sembler plausible au premier abord, elle n’expliquait en rien ce qu’il était advenu de Donald McArthur, qui avait disparu lui-aussi mais dont l’imperméable se trouvait toujours suspendu au porte-manteau dans le phare.
Avant de clore son enquête M. Muirhead survola le journal de bord, mais le compte-rendu des derniers jours des trois hommes semblait tellement incroyable qu’il ne sut qu’en penser. Le 12 décembre, Thomas Marshall parlait de vents violents et de vagues gigantesques comme il n’en avait jamais vus en vingt ans, rajoutant que si James Ducat avait réussi à garder son calme, William McArthur avait pleuré. Cette dernière information était tout à fait surprenante car l’homme était connu dans toute l’Écosse comme un marin chevronné et un solide bagarreur.
Le 13 décembre, il était signalé que les trois gardiens, qui n’étaient pas vraiment réputés pour leur piété et qui se trouvaient en sécurité à 45 mètres au-dessus niveau de la mer, avaient prié ensemble, apparemment terrifiés par la tempête, ce qui était absolument impossible vu qu’elle n’avait touché les Iles Frennan que le 17 décembre. Selon tous les rapports les jours précédents le temps était clément et la mer était calme. La dernière phrase du journal, celle du 15 décembre, était plus obscure encore, et M. Muirhead se demanda ce que son auteur avait voulu dire en faisant ainsi référence à Dieu: » La tempête a pris fin, la mer est calme. Dieu est au-dessus de tout. «
Des recherches furent alors organisées pour tenter de retrouver les corps des trois hommes, mais ce fut en vain. De nombreuses rumeurs commencèrent alors à courir que les gardiens étaient devenus fous, qu’ils avaient sauté de la falaise et qu’ils s’étaient noyés, que l’un d’entre eux avait tué les deux autres et que pris de remords il s’était suicidé, qu’un serpent de mer les avait dévorés, qu’une malédiction les avait terrassés, que des espions étrangers -des extraterrestres dans une version plus moderne- les avaient enlevés etc…
Cependant, il existait une autre explication, qui avait la faveur des habitants de la région. Selon une certaine légende Eilean Mor était autrefois un avant-poste viking et un bateau fantôme hantait les abords de l’île. Peu de temps après la disparition des trois gardiens, les hommes du Fairwin, un navire qui avait été envoyé sur place pour effectuer des recherches, avaient affirmé qu’une mystérieuse embarcation leur était apparue, dont l’équipage était composé de guerriers aux visages blanchâtres, de la couleur de l’os. A son bord, trois hommes étaient en train de ramer, dont deux portaient des cirés.
Au cours des années suivantes, les gardiens du phare d’Eilean Mor rapportèrent avoir entendu de mystérieuses voix dans le vent, qui semblaient appeler les disparus par leurs noms. Le phare est automatisé depuis le début des années 1970, plus personne n’habite l’île, mais la disparition des trois gardiens des Iles Flannan reste toujours un mystère.




2 commentaires sur “Le Phare d’Eilean Mor”
Les indices peu nombreux sont pourtant suffisants pour monter une histoire et si c
est le cas , est-ce possible que lhistoire théorique soit fausse si tous les indices cohabitent harmonieusement ? Les voici : 1- Les notes du carnet du phare indiquent des tensions pssychologiques . 2- Lhorloge ( Deux selon certains sites ) était arrêtée . 3 - Un seul ciré était sur les crochets au lieu des trois .4- Une chaise à la table était renversée . En premier , je ferai remarquer quil est mathématiquement quasiment impossible quil y ait eu 3 voire même deux fous sur les trois hommes au phare . Si on suppose un seul alors cela devient plausible . Les notes disent que Mcarthur aurait pleuré et le lendemain il aurait prié . Cest le seul selon les notes qui semble avoir un problème car celui qui rédige ces notes , Marshall , indique aux deux fois que lautre gardien , Ducat ,était , lui , tranquille . Ces notes ressemblent à une sorte de suivi ou de méfiance envers Mcarthur . Les notes disent aussi que tout le groupe aurait prié le troisième jour . Étonnant car on se foutait de la religion alors ? Mais si on suppose que ces gardiens sains auraient mis du vin dans leur verre ,histoire dacheter une certaine paix avec Mcdonald qui aurait peut-être insisté pour que tous prient ? Ou que ces gardiens auraient voulu le conforter en le sécurisant de cette maniêre ? Donc , on se sera accomodé de cela mais cest larrêt de lhorloge qui aurait mis le feu aux poudres car le problème psychologique versait dans le technique !! Il ny avait que deux réponses possibles : ou bien une force mystérieuse lavait arrètée ou bien cétait une personne ? A-t-on vu Macarthur larrêter ou bien on aura déduit que ça ne pouvait être que lui ? En tous cas , on laura pensé et bien sûr on devait agir car le temps pour un phare est primordial . Assis entrain de manger , Mcarthur était vulnérable et les gardiens auront mis leur ciré en prétextant une sortie et se seront rué sur Mcarthur qui aura esquivé lattaque illico et se sera enfui à lextérieur car sur les nerfs avec ladrénaline aidant . Les gardiens voulaient le menotter en lattachant pour le mettre dans la remise extérieure en attendant les secours avec la relève quelque 10 jours plus tard . Donc , le plan échoué , on aura compris quon devait absolument le ramener car ceut été un luxe de simplement attendre car il pouvait revenir nimporte quand pour se venger voire les tuer peut-être . La nécessité absolue de le ramener avec le froid , le vent , les vagues et le vent auront eu raison de tout le groupe . Les corps ne peuvent être que dans la même crevasse ou deux crevasses voisines . Voila . tous les indices y trouvent leur compte . Je ne dis pas que cest forcément ce qui est arrivé mais ça doit beaucoup y ressembler donc ma théorie doit être une référence raisonnable .Tout le problème avec cette histoire c
est que depuis près de 125 ans cest un casse-tête mais qui rapporte ( Visiter lÉcosse / maints sites Web qui vivent par ce mystère / ainsi que la jalousie de bien des gens qui essayent dexpliquer ce cas et dautres car jai envoyé un courriel à une personne connue au Québec pour len informer sur ce sujet ainsi que 2 autres et sa réponse fut vague avec des arguments peu crédibles . . . . une véritable personne qui sait tout mais nexplique rien ! /…et sans compter leur ego car de mon fauteuil chez moi je vois plus clair que ce supposé spécialiste qui sest rendu sur place .) Ai-je la vérité ? Non . Mais jai la meilleure histoire et le fameux Rasoir dOccam avec moi puisque il relie harmonieusement tous les indices de manière relativement cohérente . . . .alors au Diable les serpents de mer et les pirates qui iraient faire quoi sur ce rocher perdu alors quen temps normal cest déjà très dangereux de sy approcher ?