Les Mains Velues du Dartmoor

Depuis plus de cent ans, sur une route du Dartmoor, au Royaume-Uni, deux mains spectrales, velues et occasionnellement pourvues de griffes, se matérialiseraient parfois au passage des voyageurs et luttant pour leur arracher le volant, elles prendraient le contrôle de leurs véhicules et les précipiteraient sur le bas-côté de la chaussée. Ces mains, qui apparaitraient toujours la nuit entre le village de Postbridge et celui de Two-Bridges, posséderaient une force prodigieuse et de nombreux témoins ont assuré avoir lutté en vain pour éviter le pire. Cette histoire pourrait prêter à sourire si certaines victimes n’avaient pas été retrouvées sur le bord de la route, grièvement blessées ou pire encore.

Les mains velues du Dartmoor, résolument maléfiques, n’apporteraient avec elles que mort et destruction et afin d’assouvir leurs sombres penchants elles s’en prendraient sans distinction à tous les véhicules, des voitures aux vélos en passant par les motos. Pendant une dizaine d’années, des témoins rapportèrent avoir été terrorisés par des mains désincarnées alors qu’ils parcouraient la route B3212 puis en 1921, ce fut le drame. Au cours du mois de juin, E.H. Helby, un docteur qui travaillait à la prison de Dartmoor, roulait en sidecar sur la route qu’il empruntait tous les jours depuis des années quand il perdit inexplicablement le contrôle de son véhicule. Les deux petites filles qu’il transportait avec lui, qui étaient les enfants du directeur de la prison, expliquèrent que le Dr Helby leur avait brusquement crié de sauter, ce qu’elles avaient fait, puis qu’il avait été éjecté du véhicule. Le malheureux était mort instantanément, le cou brisé.

Le 26 août de la même année, un jeune capitaine de l’armée britannique, qui était un motard particulièrement expérimenté, perdit le contrôle de son véhicule qui sortit inexplicablement de la route. Le jeune homme survécut, mais de justesse. Plus tard, répondant aux questions de la presse que ces étranges accidents intriguaient, le capitaine déclara:  » Ce n’était pas de ma faute. Croyez-le ou non, quelque chose m’a poussé hors de la route. Une paire de mains velues s’est refermée sur la mienne. Je les sentais aussi clairement que tout ce que toutes les choses que j’ai jamais senties dans ma vie. De grandes mains musculeuses et velues. Je les ai combattues autant que je le pouvais, mais elles étaient trop fortes pour moi. Elles ont forcé la machine à aller dans le gazon au bord de la route, et je ne me souviens plus de rien jusqu’à ce que je revienne à moi, couché à quelques mètres de là, le visage dans l’herbe.  »

Le même jour, sur la même portion de route, un chauffeur de car perdit le contrôle du bus qu’il conduisait, propulsant ses passagers hors de leurs sièges. Peu de temps après, le témoignage du Capitaine était repris par le Daily Mail, un journal national, faisant ainsi connaitre l’existence des mains spectrales dans tout le pays, et diverses théories furent alors émises quand à leur origines. Certains pensaient qu’elles appartenaient à la victime d’un accident fatal ou à une ancienne entité qui refusait de voir son territoire envahit par les automobilistes mais d’autres se refusaient à croire en une hypothèse surnaturelle et l’enquête qui s’en suivit, déterminant que la route présentait une certaine cambrure qui pouvait se révéler dangereuse pour ceux qui ne la connaissaient pas et qui roulaient trop vite, sembla leur donner raison. La cambrure fut alors aplanie et pendant quelques temps les mains disparurent.

Au cours de l’été 1924, une nouvelle manifestation spectaculaire eut lieu, qui put être observée par une personnalité, Mme Theo Brown, une folkloriste connue et respectée du Devonshire. Cette année-là, Mme Brown et son mari faisaient du camping dans le Dartmoor. Ils avaient garé leur caravane à environ 300 mètres de la route où s’étaient déroulés la plupart des incidents, quand une nuit elle se réveilla brusquement, inexplicablement terrifiée. Sans parvenir à en déterminer l’origine, elle sentait la menace d’un danger et quelque chose lui criait d’agir au plus vite. Soudain, alors qu’elle regardait par la petite fenêtre au bout de la caravane, apparut une main dont les doigts velus se mirent à griffer la partie supérieure de la vitre, qui était restée entrouverte. La main cherchait apparemment à atteindre son mari, qui dormait juste en-dessous et la haine qui irradiait de son propriétaire était telle qu’elle en devenait presque palpable. La jeune femme comprenait que cette main n’était pas ordinaire et qu’un coup de feu n’aurait aucun pouvoir sur elle alors, presque inconsciemment, elle fit le signe de la croix et commença à prier. L’étrange main commença alors à reculer, lentement, et quelques instants plus tard elle disparut de sa vue. L’angoisse qui enserrait son cœur se volatilisa au même moment. Soulagée, Theo fit une nouvelle prière pour exprimer sa reconnaissance et aussitôt après elle s’endormit d’un sommeil paisible.

Le couple séjourna au même endroit pendant plusieurs semaines, mais jamais plus la jeune femme ne sentit cette maléfique présence près de la caravane. Par contre, il lui semblait parfois la percevoir, dans certains endroits proches, et pour rien au monde elle n’aurait marché toute seule sur la lande à la nuit tombée. Au cours des années qui suivirent, de nombreuses personnes furent victimes d’un accident au même endroit, qui rapportèrent que de grandes mains recouvertes de poils étaient apparues et les avaient forcées à sortir de la route. En 1960, un accident de car tragique dérouta les enquêteurs, mais comme le chauffeur n’était plus en vie pour en expliquer la raison, jamais elle ne put être établie. En 1961, un jeune homme se rendit à Princetown pour faire une course pour sa logeuse. Une heure plus tard, il retourna à Penlee, et en arrivant, il expliqua qu’il avait eu une curieuse expérience. Pendant qu’il roulait, deux mains rugueuses et poilues s’étaient posées sur les siennes, tentant de lui faire lâcher le guidon, ce qu’il avait obstinément refusé de faire.

Florence Warwick, qui était originaire du Devon, n’avait jamais entendu parler des mains velues du Dartmoor mais au début des années 1970, celles qu’elle n’aurait jamais voulu voir lui apparurent. Une nuit, elle conduisait sur la route B3212 lorsque sa voiture commença à avoir des ratés. La jeune femme se rangea sur le côté de la route et comme elle n’y connaissait pas grand chose en mécanique, elle prit le manuel de la boite à gants et commença à le lire à la lueur vacillante du plafonnier. Mais brusquement, l’atmosphère sembla se glacer et un inexplicable malaise l’envahit, qui se changea bientôt en certitude: quelqu’un était là, qui l’observait. Levant alors les yeux, elle aperçut la créature:  » Une paire d’énormes mains poilues appuyées contre le pare-brise. J’ai essayé de crier, mais je n’ai pas pu. J’étais pétrifiée par la peur. C’était horrible, elles étaient à quelques centimètres. Après ce qui m’a semblé une éternité, je me suis entendue crier et les mains ont semblé disparaitre.  » Terrifiée, Florence tourna alors la clef de contact et la voiture, qui refusait d’avancer quelques minutes plus tôt, démarra immédiatement, mais la peur l’empêcha de réaliser l’étrangeté de ce fait. Elle parcourut les 30 kilomètres qui la séparait de Torbay, où elle séjournait avec des amis, à une vitesse folle, mais en arrivant devant la maison ses certitudes s’envolèrent et elle commença à penser qu’elle avait imaginé toute la scène. Une fois à l’intérieur, quelque peu embarrassée, elle décrivit néanmoins sa mésaventure à ses camarades qui lui racontèrent alors l’histoire des mains velues du Dartmoor, qui était une légende célèbre de la région. La jeune femme en fut particulièrement troublée. Finalement, elle aurait préféré avoir rêvé.

Dans son livre Supernatural Dartmoor, Michael Williams rapportait que le journaliste Rufus Endle avait été, lui-aussi, victime des mains évanescentes à une période indéterminée:  » Une paire de mains a saisi le volant et j’ai du lutter pour le contrôler.  » Fort heureusement, il était parvenu à éviter l’accident, et les mains s’étaient évaporées dans les airs. Cependant, comme il craignait pour sa réputation, il avait demandé à ce que l’anecdote ne soit publiée qu’après sa mort, et ce souhait avait été respecté.

Michael Anthony travaillait pour le plus grand fournisseur de photocopieuses de Grande-Bretagne et il voyageait fréquemment pour vendre ses marchandises. Le 16 janvier 2008, Michael avait rendu visite à un client à Postbridge, qui voulait louer plusieurs photocopieuse pour sa nouvelle entreprise, et il rentrait chez lui quand brusquement, vers 23 heures, sa peau devint froide et moite, apparemment sans raison. Une peur sourde et irraisonnée sembla alors monter en lui, ce qui accentua encore son angoisse, et soudain ses mains s’engourdirent:  » En fait, je pensais que je faisais un accident vasculaire cérébral.  »
Alors, une énorme paire de pattes, selon ses propres termes, surgirent du néant et se posant fermement sur ses mains, elles tentèrent de faire sortir la voiture de la route. Horrifié, Michael lutta comme il ne pouvait, réussissant ainsi à contrer leurs sordides desseins. Alors brusquement, les mains disparurent dans un éclair de lumière qui illumina l’habitacle, laissant derrière elles une abominable odeur de souffre. Michael accéléra puis, après avoir roulé pendant des kilomètres sans ralentir, il s’arrêta à une station-service sur l’autoroute M5.

Dans son livre Haunted Dartmoor, Kevin Hynes racontait que son beau-frère avait eu une expérience similaire en 2012, alors qu’il roulait sur la B3212. Pendant un bref moment, il avait complètement perdu le contrôle de sa voiture, qu’il ne parvenait plus à maintenir sur la route, et qu’il avait eu terriblement peur d’avoir un accident. Toutefois, au bout d’un moment, il était parvenu à la reprendre en main et il s’était empressé de l’amener au garage, pour un contrôle. Étrangement, le véhicule était en parfait état de marche.

Pont de PostbridgeS’il n’existe aucune certitude quand à l’origine des Mains Velues du Dartmoor, la plupart des gens pensent que son propriétaire est un fantôme maléfique, celui d’un inconnu mort sur la route, celui d’un détenu de la prison toute proche, ou celui d’un forgeron, dont voici la curieuse histoire.

Au début des années 1800, une société possédait un certain nombre d’usines dans le Dartmoor. Ces usines étaient spécialisées dans la fabrication de poudre qui était utilisée dans les carrières locales. L’affaire était florissante, l’entreprise avait énormément de travail et elle employait une centaine de personnes. Pourtant, leur tâche était extrêmement dangereuse car la moindre étincelle pouvait déclencher une énorme explosion, occasionnant des blessés graves et parfois même des morts. Pour réduire le risque, les ouvriers devaient porter des espadrilles à la place de leurs bottes habituelles dont les crampons d’acier auraient pu créer des étincelles.

Parmi les employés de l’usine de poudre, se trouvait le forgeron local, un grand homme costaud aux gros bras et aux mains velues qui entretenait les différentes machines. L’homme était travailleur, sympathique et il était aimé de tous mais un soir d’été, après avoir vidé quelques chopes de bière avec des amis, le forgeron décida de s’arrêter en bas de l’usine, oubliant qu’il portait ses bottes à crampons d’acier. Malheureusement, sa démarche étant peu assurée, l’homme fit un faux-pas et une effroyable explosion s’en suivit, qui retentit à des kilomètres à la ronde. Lorsque la poussière retomba sur le sol, il ne restait du forgeron que ses grandes mains velues. La légende raconte qu’à la nuit tombée, ses mains parcourent la lande, cherchant désespérément le reste de son corps.

Si la théorie du fantôme est la plus prisée, selon certains, les mains velues du Dartmoor seraient une manifestation démoniaque, ce qui expliquerait l’étrange odeur de souffre et l’histoire de Theo Brown, qui a vu l’entité disparaitre quand elle a fait le signe de la Croix. Outre ces deux hypothèses, qui restent très classiques, il en existe de nombreuses autres, plus originales, qui attribuent les mains à un homme-bête spectral, à un gobelin, à un gremlin, à un changeur de forme, ou à un Kelpie, une créature surnaturelle supposée hanter les lacs et les rivières d’Écosse. Curieusement, malgré les différents témoignages qui ne prêtent guère à confusion quand aux intentions visiblement hostiles de l’entité, il en est qui la pensent bénéfique, reconnaissant dans ces mains spectrales les anciens feux de Saint-Elme qui apparaissaient parfois pour guider les voyageurs ou les prévenir d’un danger. Quand aux sceptiques, leur avis n’a pas changé et ils soutiennent toujours que les accidents ne sont dus qu’à la route, qui reste toujours aussi mauvaise en certains endroits. Quand aux apparitions…

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