Témoignage d’Outre-Tombe

Tombe Zona Heaster ShueEn 1897, le fantôme de Zona Heaster Shue apparut à sa mère et lui expliqua qu’elle avait été assassinée par son mari. Ce témoignage de l’au-delà allait permettre à la justice de condamner le meurtrier.

Petite DécorationEn 1896, à Greenbrier, en Virginie-Occidentale, Zona Heaster, une jeune femme de 20 ans, fit la connaissance d’ Erasmus Shue, que tout le monde appelait Edward, un vagabond qui s’était installé en ville peu de temps auparavant et qui travaillait comme forgeron dans la boutique de James Pattenrond. Les deux jeunes gens se sentirent rapidement attirés l’un vers l’autre, et très vite, ils décidèrent de se marier, au grand désespoir de Mary Heaster, la mère de Zona, qui éprouvait une terrible aversion pour son gendre.

Zona et Edward Shue

Photo présumée du mariage de Zona et Edward

Les jeunes mariés vécurent heureux pendant une courte période, puis brusquement, trois mois après la cérémonie, un drame survint. Au cours de l’après-midi du 23 janvier 1897, Edward, qui travaillait à la forge, demanda à Andrew Jones, un jeune voisin, de passer voir si sa femme avait besoin qu’il lui ramène quelque chose du magasin mais quand il poussa la porte de la maison, le garçon découvrit le corps de Zona inanimé au pied de l’escalier. Stupéfait, il resta un moment à regarder la scène, sans savoir ce qu’il devait en penser. La jeune femme était allongée sur le sol, les jambes tendues, un bras replié sur son ventre, la tête légèrement tournée sur le côté.

Au début, il se dit que la femme s’était tout simplement endormie sur le plancher et s’avançant vers elle, il l’appela calmement:  » Mme Shue?  » Puis, comme elle ne répondait pas et que ses yeux étaient grands ouverts, le garçon, brusquement paniqué, se précipita hors de la maison et courut prévenir sa mère. Cette dernière comprit immédiatement la situation et elle s’empressa d’en faire part au médecin local, qui était également le coroner de la ville, M. George W. Knapp. Probablement était-il occupé car il lui fallut une heure pour se rendre au domicile des Shue. Durant cette période, Edward, averti du drame, s’était précipité chez chez lui, il avait porté le corps de sa femme dans la chambre à coucher, il l’avait lavé, habillé et l’avait déposé sur le lit. Quand le Dr Knapp pénétra dans la chambre, la défunte était déjà prêtre pour son enterrement, elle portait ses plus beaux vêtements, une robe à col haut et raide, et un voile recouvrait pudiquement son visage. Assis près d’elle, Edward, accablé de chagrin, sanglotait en berçant sa tête.

Le coroner demanda à examiner le corps de Zona, ce à quoi Edward consentit, mais quand il s’approcha du cou de la jeune femme, où il lui avait semblé apercevoir des ecchymoses, son mari devint brusquement hystérique et ne voulant pas aggraver sa peine, M. Knapp n’osa pas insister. Il n’avait rien remarqué de spécial sur les différentes parties du corps qu’il avait pu inspecter, aussi écrivit-il qu’elle était morte de  » faiblesse éternelle « , qui était le terme utilisé pour désigner une crise cardiaque. Puis, se ravisant pour une obscure raison, il indiqua  » complications dues à la grossesse  » comme cause du décès. Zona avait eu un enfant illégitime deux ans auparavant, une histoire qui avait créé un scandale car l’homme avait refusé de l’épouser, et peut-être était-elle à nouveau enceinte car le médecin l’avait visitée deux semaines plus tôt pour  » troubles féminins.  »

La Maison de Zona et Edward

La Maison de Zona et Edward

Le Dr Knapp avait prévu d’envoyer quelqu’un pour prévenir les parents de Zona mais il n’eut pas à chercher de volontaires car en fin d’après-midi, deux jeunes hommes, des amis de la défunte, se proposèrent de traverser Meadow Bluff pour annoncer la triste nouvelle à sa famille, qui habitait un endroit isolé, à environ 25 km de là. Quand ils lui annoncèrent la mort de sa fille, le visage de Mary Heaster s’assombrit et aussitôt elle s’écria, parlant de son beau-fils:  » Le Diable l’a tuée!  »

Le samedi 24 janvier, le corps de Zona fut amené jusqu’à la maison de ses parents et durant tout le trajet son mari se montra d’une grande dévotion, veillant attentivement sur le cercueil, qui était resté ouvert. Le cercueil fut ensuite déposé dans la ferme familiale afin d’y être exposé et durant les deux jours qui suivirent, des visiteurs vinrent présenter leurs derniers hommages. Le comportement d’Edward commença alors à changer, passant d’une tristesse écrasante à une incroyable excitation. Il s’agitait autour du corps, ne laissant personne s’en approcher. Il déposa un coussin près de la tête de Zona, cala un drap enroulé de l’autre côté, et à ceux qui s’en étonnèrent, il répondit que ces préparatifs aideraient sa femme à se reposer plus facilement. Il attacha ensuite un grand foulard autour du cou de la défunte, expliquant en pleurant qu’il était son préféré, et si certains trouvèrent son comportement étrange, il fut mis le compte de son grand chagrin. Puis vint le moment de l’enterrement et lorsque le cercueil fut déplacé au cimetière plusieurs personnes remarquèrent que la tête de la défunte semblait montrer un curieux relâchement, sans oser souligner ce détail.

Dès qu’elle avait appris la nouvelle du drame, Mary Jane Heaster avait suspecté Edward d’avoir assassiné sa fille et son comportement étrange au cours de ces derniers jours avait encore renforcé ses doutes. Cependant, même si elle restait persuadée de sa culpabilité, elle n’avait aucun moyen de la prouver. Elle songeait à tout cela, pliant machinalement le drap qu’elle avait récupéré dans le cercueil de sa fille à la fin de la veillée, quand elle s’aperçut que le tissu avait gardé une odeur étrange. Décidant de le laver, elle le plongea alors dans un bassin d’eau claire mais aussitôt, l’eau se teinta d’un rouge profond, puis le drap se couvrit d’étranges taches roses et l’eau redevint translucide. Surprise, elle tenta alors d’enlever ces taches, mais comme rien ne semblait pouvoir en venir à bout, bientôt la malheureuse mère y vit le signe que sa fille avait bien été assassinée, comme elle le craignait, et qu’elle le lui faisait savoir par ce moyen.

Suite à cet étrange phénomène, Mary Jane commença à prier avec ferveur. Chaque soir, pendant quatre semaines, elle demanda à sa fille de venir à elle et de lui révéler la vérité puis brusquement, une nuit sans lune, l’esprit de Zona se manifesta. Une lumière apparut, qui se transforma peu à peu en silhouette, et l’air de la chambre devint brusquement glacé. La jeune femme expliqua à sa mère que son mari, qui se montrait souvent violent et cruel, l’avait assassinée. Il s’en était pris à elle dans un accès de rage, car elle n’avait pas préparé de viande pour le souper. Alors, il lui avait sauvagement brisé le cou et joignant le geste à la parole, le fantôme fit tourner complétement sa tête, montrant l’arrière de son crâne à sa mère. L’esprit de Zona vint ainsi la visiter durant quatre nuits, et Mary Jane sut ce qu’elle devait faire.

Zona Heaster

Zona Adolescente et Jeune Femme

Armée de son histoire, elle visita le procureur local, John Alfred Preston, et elle passa plusieurs heures dans son bureau, tentant de le convaincre de rouvrir le dossier sur la mort de sa fille. Personne ne sut jamais ce qu’il en pensait vraiment, mais M. Preston se montra des plus polis et à la fin de l’entretien, il décida d’envoyer plusieurs représentants de l’ordre interroger le Dr Knapp et certains des témoins. Informés de la réouverture de l’enquête, les journaux locaux rapportèrent alors que Mme Heaster n’était pas la seule à trouver suspecte la mort de Zona et que  » certains citoyens  » avaient commencé à se poser des questions, comme le prouvaient les rumeurs croissantes.

Le procureur Preston visita lui-même le Dr Knapp, qui lui expliqua que vu les circonstances, l’examen de la défunte avait été des plus superficiels. Cet aveu fut considéré comme un élément suffisamment important pour ordonner l’exhumation et l’autopsie du corps de Zona Shue. Le 22 février 1897, la tombe fut ouverte. Le journal local rapporta que son mari s’était vigoureusement opposé à cette exhumation, mais qu’il lui avait été répondu que s’il ne voulait pas aider les enquêteurs de son plein gré, alors il serait forcé de le faire. L’autopsie se déroula à l’école Nickell, qui se trouvait non loin du cimetière où Zona avait été enterrée, et elle dura trois heures. Grâce aux températures particulièrement froides de ce mois de février, le corps de la jeune femme se trouvait dans un état de parfaite conservation, ce qui facilita grandement le travail des médecins.

Le procureur avait formé un jury d’enquête, constitué de cinq hommes, qui attendaient la fin de l’examen dans le grand bâtiment glacial, en compagnie d’Edward Shue, d’Andy Jones, le jeune garçon qui avait découvert le corps, et de divers témoins. A un certain moment, les médecins constatèrent que le cou de Zona avait été brisé et l’un d’eux, se tournant vers son mari, lui dit alors:  » Nous avons découvert que votre femme avait été étranglée.   » Edward pencha brusquement la tête et regardant le sol, il murmura d’une stupéfiante manière:  » Ils ne seront pas en mesure de prouver que je l’ai fait.  »

Selon le rapport d’autopsie, publié le 9 mars 1897 dans le journal The Pocahontas Times:  » La découverte a été faite que le cou avait été brisé et la trachée écrasée. Sur la gorge, des traces de doigts ont été trouvées, indiquant qu’elle a été étranglée. Le cou a été disloqué entre la première et la seconde vertèbre. Les ligaments étaient déchirés et rompus. La trachée avait été écrasée à un certain endroit à l’avant du cou.  »

Les conclusions de l’autopsie ne laissaient aucun doute quand aux circonstances de la mort de Zona, et ils provoquèrent un grand émoi au sein de la petite communauté. Edward Shue, qui s’était fait remarqué par son comportement étrange tout au long de l’enquête, fut alors arrêté et bien que les preuves contre lui aient été, tout au mieux, circonstancielles, un Grand Jury le mit formellement en accusation pour assassinat. Edward plaida immédiatement non-coupable mais il fut néanmoins enfermé dans la petite prison située de Lewisburg.

Alors qu’il attendait son procès, des informations embarrassantes furent mises en lumière, dont il se serait bien passé. Ainsi il apparut qu’avant d’épouser Zona, Edward avait été marié à deux reprises. Il avait eu un enfant avec sa première femme, Allie Estelline Cutlip, qui avait demandé le divorce en 1889, alors qu’il se trouvait en prison pour vol de chevaux, expliquant que son mari se montrait violent et la battait souvent. En 1894, Edward avait épousé Lucy Ann Tritt, qui était morte huit mois plus tard dans des circonstances mystérieuses. Il avait alors affirmé que sa femme était tombée et que sa tête avait heurté un rocher, mais peu l’avaient cru et il avait rapidement disparu avant que les choses n’aillent plus loin. En automne 1896, il s’était installé à Greenbrier, où il avait rencontré Zona, pour son plus grand malheur.

En prison, Edward se montrait optimiste, expliquant que son deuil pour Zona avait pris fin. Souvent il se flattait d’avoir un grand objectif grand la vie, celui d’épouser sept femmes, et comme Zona avait été la troisième et qu’il était encore un jeune homme, il estimait avoir toutes ses chances. Il semblait se penser invulnérable et interrogé par les journalistes parfois il se vantait, déclarant insolemment que sa culpabilité ne pourrait être prouvée.

Dessin d'Edward Shue

Dessin d’Edward

Le procès débuta le 22 juin 1897 et de nombreuses personnes témoignèrent contre lui. Le point culminant du procès fut, bien entendu, l’apparition de Mary Jame Heaster, que le procureur présenta comme la mère de la victime, mais également comme la première personne à avoir remarqué les circonstances inhabituelles de la mort de Zona. Il tentait de préserver son image et pour cette raison, il évita soigneusement la question du fantôme, qui pouvait sembler irrationnelle aux membres du jury et qui, de toutes façons, n’était pas une preuve recevable vu que le témoin, dans ce cas l’esprit de Zona Shue, ne pouvait pas être soumis à un contre-interrogatoire par la défense, comme l’exigeait la loi.

A un certain moment, l’avocat d’Edward, pensant ridiculiser Mme Heaster devant le jury, parla de son observation fantomatique, qualifiant ses ses visions de  » divagations d’une mère.  » Il la harcela pendant un certain temps, cherchant à lui faire admettre qu’elle avait pu se tromper, mais comme la malheureuse ne variait jamais dans ses propos, il se rendit compte que son témoignage n’allait pas dans le sens qu’il avait espéré et il finit par le rejeter.

Cependant, il était déjà trop tard. L’avocat de la défense avait introduit l’idée du fantôme dans l’esprit des membres du jury, et même si le juge leur ordonna de ne pas en tenir compte, le mal était fait. La plupart des gens croyaient maintenant que Mary Jane avait vu le fantôme de sa fille. Edward tenta alors de se défendre lui-même, et malgré un témoignage éloquent, les membres du jury le déclarèrent coupable. Dix d’entre eux votèrent même pour qu’il soit pendu, ce qui en disait long sur la crédibilité de Mme Heaster. Fort heureusement pour lui, la peine de mort ne fit pas l’unanimité, et Edward Shue fut donc condamné à la prison à vie.

Si les membres du jury s’étaient exprimés, certains citoyens trouvaient probablement le verdict trop clément car le 11 juillet 1897, un groupe composé de 15 à 30 hommes bien armés se rassembla à l’ouest de Lewisburg, et munis de la corde qu’ils venaient d’acheter, ils se dirigèrent vers la prison. Sans l’intervention de M. George M. Harrah, qui alerta le shérif, Edward aurait surement été lynché. Le shérif s’empressa de prévenir son adjoint, qui se trouvait à la prison, et dès qu’il apprit la nouvelle, Edward devint si nerveux qu’il lui fut impossible de lasser ses chaussures. L’adjoint du shérif cacha le condamné dans les bois, non loin de la ville, jusqu’à ce que les policiers démantèlent le groupe, forçant les hommes à regagner leurs maison. Quelques temps plus tard, quatre des meneurs furent jugés pour cette tentative.

Le 14 juillet, Edward Shue fut transféré au centre pénitencier de Moundsville où il passa les trois années suivantes. Puis, le 13 mars 1900, il succomba à l’une des épidémies qui balaya la prison. A cette époque, les corps des prisonniers non réclamés étaient enterrés dans le cimetière de Tom’s Run, pour lequel aucun registre ne fut conservé jusqu’en 1930. Mary Jane Heaster vécut assez longtemps pour raconter son histoire à qui voulait l’entendre. Elle mourut en septembre 1916, sans jamais la renier.

Panneau Histoire ZonaRécemment, l’état de Virginie-Occidentale a fait mettre un panneau près du cimetière où repose Zona. Il dit ceci:  » Zona Heaster Shue est enterrée dans un cimetière à proximité. Sa mort, en 1897, a été présumée naturelle jusqu’à ce que son esprit apparaisse à sa mère pour décrire la façon dont elle avait été tuée par son mari Edward.
L’autopsie sur le corps exhumé confirma le compte de l’apparition. Edward, reconnu coupable d’assassinat, fut condamné à la prison d’État. Ce cas est le seul connu où le témoignage d’un fantôme a aidé à faire condamné un meurtrier. « 

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