La Possession de Maria Talarico

Catanzaro

En 1939, l’esprit de Giuseppe Veraldi prit brièvement possession du corps de Maria Talarico afin de révéler à sa mère qu’il ne s’était pas suicidé mais qu’il avait été assassiné. Neuf ans plus tard, Mme Veraldi reçut une lettre du meurtrier, qui confirmait chacun des détails que la jeune fille avait donné durant la possession.

Petite DécorationLe 13 février 1936, à Catanzaro, dans le sud de l’Italie, le corps de Giuseppe Veraldi, un jeune homme d’une vingtaine d’années que tout le monde surnommait Pepe, fut retrouvé sous le pont Morandi. Une enquête de police fut alors menée, qui en conclut à un suicide. Apparemment, le jeune homme avait sauté du pont, sa tête s’était ouverte sur le lit rocheux neuf mètres plus bas, et il s’était noyé dans l’eau peu profonde. Sa famille exprima vivement son désaccord, affirmant que Giuseppe n’avait aucune raison de vouloir mourir, mais tout le monde supposa que le chagrin les égarait et l’affaire fut rapidement classée.

Pont Morandi

Pont Morandi

Trois ans plus tard, la plupart des habitants de Catanzaro ne se souvenaient plus du malheureux Giuseppe Veraldi et seule sa mère, qui était veuve, et quelques parents proches pleuraient encore sa mort tragique, qu’ils ne parvenaient toujours pas à s’expliquer. Un matin du mois de janvier 1939, Maria Talarico, une solide jeune fille de dix-sept ans qui étudiait pour devenir ouvrière agricole, traversait le pont avec sa grand-mère, quand soudain elle s’arrêta et fixant le lit de la rivière, elle s’effondra, inconsciente. Un agriculteur qui passait par là proposa de la ramener chez elle et durant tout le trajet la jeune fille resta évanouie sans que rien ne puisse la réveiller. Elle venait de franchir le seuil de sa maison dans les bras de son bienfaiteur quand brusquement elle sembla revenir à elle et regardant sa mère d’un air étrange elle s’écria d’une voix profonde qui ne se ressemblait en rien à la sienne:  » Tu n’es pas ma mère. Ma mère vit dans un chalet en bois, et son nom est Catarina Veraldi. Je suis Pepe.  »

En apprenant la nouvelle, qui fit rapidement le tour du quartier, les voisins se précipitèrent pour observer Maria et constatant qu’elle parlait avec la voix d’un homme, ils en conclurent qu’elle était possédée par le diable. Afin de prouver ses dires, la jeune fille demanda alors une feuille de papier et un crayon, puis elle écrivit quelques mots d’une écriture qui n’était pas la sienne et qui se révéla plus tard être celle du jeune homme disparu trois ans plus tôt:  » Je suis Giuseppe Veraldi.  »

Ignorant les larmes de sa mère, Maria exigea ensuite de sa voix masculine que sa vraie mère lui soit amenée et en attendant son arrivée, elle demanda qu’une bouteille de vin, quelques cigarettes et un paquet de cartes lui soient apportés. Buvant et fumant, ce qui n’était pas dans ses habitudes, elle commença alors à jouer aux cartes avec certaines des personnes présentes, surnommant ses partenaires Toto, Elio, Rosario et Damiano, des prénoms qui n’étaient pas les leurs mais ceux des anciens amis de Giuseppe.

Quand Mme Veraldi se présenta enfin, Maria arrêta de jouer et elle lui dit:  » Mes amis m’ont assassiné. Ils m’ont jeté dans la rivière. Puis, comme je gisais là, ils m’ont frappé avec une barre de fer et ils ont tenté de faire ressembler la chose à un suicide.  »

Reconnaissant la voix de son fils, la pauvre femme devint livide mais soudain Maria se leva et avant que quiconque n’ait pu esquisser un geste, elle s’enfuit précipitamment de la maison. La jeune fille courut jusqu’au pont, et enjambant le parapet, elle se jeta dans le lit de la rivière. Quand sa famille affolée la retrouva, elle était couchée sur le sol, exactement dans la position de Giuseppe au moment de sa mort, et elle suppliait de sa voix d’homme:  » Laissez-moi. Pourquoi me frappez-vous?  »

La mère de Giuseppe, qui en avait suffisamment entendu, s’approcha de Maria et elle demanda à son fils de la laisser tranquille:  » Pepe, cesse de tourmenter cette pauvre fille. Sors de son corps.  » Alors soudain, la jeune fille ouvrit les yeux et elle regarda autour d’elle, affolée. Maria était redevenue elle-même, mais elle ne se souvenait plus de rien. L’histoire était troublante, et si Mme Veraldi avait reçu l’assurance que son fils ne s’était pas suicidé, elle ne pouvait rien prouver.

Neuf ans s’étaient écoulés lorsqu’en 1948 une lettre arriva à Catanzaro, qui était adressée à Mme Catarina Veraldi. Elle venait de Tucuman, en Argentine, et elle était signée Luigi Marchete, qui était plus connu sous le surnom de Toto, l’un des anciens amis de Giuseppe. Dans cette lettre, que Luigi avait écrite depuis longtemps mais qu’il avait gardée dans ses papiers jusqu’à sa mort, il avouait à Mme Veraldi avoir tué son fils en le frappant à la tête avec une barre de fer. Ses trois amis, Elio, Rosario et Damanio, l’avaient aidé à maquiller le crime en suicide mais il se considérait comme le seul responsable de la mort de Giuseppe, qu’il avait assassiné par jalousie, pour les beaux yeux d’une femme prénommée Lillina, qui semblait préférer les attentions de Pepe aux siennes. Une fois son forfait accompli, Luigi s’était enfui en Argentine et il avait recommencé une nouvelle existence sous un faux nom. Malheureusement depuis sa conscience ne cessait de le tourmenter et il suppliait Catarina de bien vouloir lui accorder son pardon. Pour lui prouver la sincérité de son repentir, il avait fait d’elle d’unique héritière de tous ses biens, ce qui représentait une jolie somme d’argent car il avait fort bien réussi sa vie et il était le propriétaire d’un grand domaine.

Stupéfaite, Mme Veraldi réalisa alors que chacun des détails que lui avait donnés Maria Talarico lors de sa possession étaient confirmés par les aveux de Luigi. Forte de ce nouvel élément qui prouvait que son fils ne s’était pas suicidé, la malheureuse mère s’empressa d’apporter la lettre à la police, qui décida de rouvrir l’enquête. Sur les trois complices restants, Elio était mort, mais Rosario et Domiano étaient toujours en vie, aussi furent-ils arrêtés et condamnés à une certaine peine de prison.

Cette histoire extraordinaire fut rapportée dans différents journaux européens mais personne ne sut jamais pourquoi l’esprit de Giuseppe avait choisi Maria Talarico, qui n’avait aucun lien avec l’affaire, pour s’exprimer. La jeune fille aurait éventuellement pu  » capter  » certains événements passés, mais elle n’avait jamais montré de talent de médium, et elle ne s’intéressait guère à toute ces choses.

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