La Mort Tragique de Pearl Bryan

Pearl Bryan

Introduction

Construit vers les années 1850, le grand bâtiment situé 44, Licking Pike, à Wilder, dans le Kentucky, était à l’origine l’un des plus grands abattoirs de la région mais depuis que l’établissement avait fermé ses portes, une rumeur courait que des cérémonies occultes, au cours desquelles des enfants handicapés et des animaux étaient offerts en sacrifice au diable, se tenaient au sous-sol et que les adeptes se débarrassaient des restes de leurs victimes en les jetant dans le puits qui permettait autrefois au sang de s’écouler. Apparemment, le groupe satanique était composé de résidents locaux qui se réunissaient dans les locaux abandonnés pour y pratiquer leurs rituels dans la plus grande discrétion mais une sordide affaire allait bientôt dévoiler leur existence.

Pearl Bryan

Le 1er Février 1896, à Fort Thomas, une petite ville située à 3km de l’ancien abattoir, John Hewling, un jeune ouvrier agricole, découvrit une jeune femme affalée dans un champ et sa première pensée fut qu’elle avait trop bu et qu’elle s’était endormie là, ce qui arrivait souvent dans ce coin du verger. La clôture était facile à enjamber, la route aisée à gravir et les soldats du fort voisin venaient souvent s’y divertir en galante compagnie.  » C’était un endroit isolé, et beaucoup l’utilisaient comme un lieu de rendez-vous, » déclara-il aux journalistes.  » Nous avons dû faire sortir beaucoup de femmes qui étaient ivres. »
Cependant, quelque chose dans son attitude l’empêcha d’essayer de la réveiller. Elle était couchée sur le dos, le corps vers le bas de la pente, les bras étendus, ses vêtements étaient en désordre et sa longue jupe verte était remontée vers le haut, dissimulant son torse et sa tête. En ce matin brumeux le jeune homme n’en vit pas d’avantage, mais ce tableau le convint de ne pas approcher et il courut jusqu’à la maison de son employeur. John Lock, le fermier qui possédait la terre, envoya son ouvrier prévenir la police de Newport, lui demandant également d’alerter le colonel Cochran, qui commandait le régiment d’infanterie de Fort Thomas. Peu de temps après, le shérif Plummer, le Coroner Tingley et le colonel Cochran se présentaient à la ferme, et vers 10h30, le Jock Lock emmenait les trois hommes jusqu’au petit verger.

Le Verger de John Lock

Le Verger de John Lock

Comme ils approchaient de l’endroit, ils remarquèrent que le sol avait été remué, les feuilles dispersées et les buissons foulés aux pieds. Des taches de sang encore frais pailletaient les buissons de troènes à une hauteur de presque un mètre. La femme gisait sur l’herbe et sa robe vert pâle recouvrait sa tête. Près d’elle, était un gant de chevreau couleur bronze et à courte distance était son corset blanc, dont la sangle de l’épaule gauche était coupée.
Le Coroner Tingley lui saisit un pied, et, à ce moment-là, le corps dévala la pente jusqu’à la route. Le petit groupe recula brusquement, horrifié. La robe de la femme avait glissé vers le bas de son cou, révélant un corps sans tête.  » Quand je l’ai vue, je me suis faible et malade « , dit Hewling.  » C’était le spectacle le plus horrible que j’avais jamais vu.  »
La jeune fille était à moitié dénudée et, tout naturellement, ils crurent qu’elle avait été violée avant d’être assassinée. Sa jupe était arrachée, la partie supérieure de sa robe était ouverte, tout comme le vêtement en-dessous et sa poitrine était nue. La ceinture était déliée, et le jupon de la robe était remonté au-dessus de la taille. Sous le moignon de son cou, se trouvait un grande mare de sang qui imbibait la terre jusqu’à 20 centimètres de profondeur.

Le Shérif Plummer

Le Shérif Plummer

Le shérif Plummer et ses hommes envoyèrent le corps à Newport pour une autopsie puis ils se commencèrent à collecter toutes les preuves qu’ils pouvaient. Un morceau de la robe de la malheureuse se trouvait encore suspendue à une branche à plusieurs mètres de son corps et des empreintes montraient qu’un homme et une femme avaient marché côte à côte jusque là puis, selon le rapport de police:  » Pour une raison quelconque, la femme avait tenté de fuir, l’homme l’avait suivie et même dépassée. Les pistes étaient particulièrement distinctes ici, la femme avait couru à travers un endroit très boueux, qu’elle aurait évité si elle avait été en mesure de choisir son chemin.  »
M. Plummer, qui pensait que cette affaire était trop importante pour un shérif, téléphona alors au chef de la police de Cincinnati, qui décida de lui envoyer John McDermott et Cal Crim, deux de ses meilleurs hommes, pour l’épauler dans son enquête.

Lorsqu’ils se présentèrent à son bureau, à environ 13 heures, le shérif les emmena sur le terrain et immédiatement, les deux inspecteurs se mirent à la recherche d’indices.  » Quand le shérif et moi nous sommes arrivés, le corps avait été enlevé par un entrepreneur des pompes funèbres de Newport, mais le terrain montrait des signes de lutte et il était imbibé de sang coagulé,  » rapporta Crim. Le meurtre était récent car les feuilles des buissons était tachées de sang humide qui collait encore aux doigts.
L’un des soldats qui aidait le groupe de recherches découvrit alors que quelqu’un avait plongé un couteau dans la terre pour le nettoyer du sang. Creusant avec la lame de son propre couteau de poche, il déterra un caillot et de longs cheveux blonds. Comme les vêtements de la jeune fille étaient secs, les deux inspecteurs en conclurent qu’elle était arrivée sur les lieux après l’averse, qui avait cessé à 22h30. En suivant les empreintes laissées dans la terre boueuse, ils découvrirent la trace sanglante d’une main sur une citerne abandonnée, et, un peu plus loin, la chemise et le chapeau de la victime. Par contre, sa tête restait introuvable.

Quand Robert Carothers, médecin et professeur au College Medical de l’Ohio arriva en vue du salon funéraire, il comprit que quelque chose d’inhabituel venait de se produire. La foule s’agglutinait autour du bâtiment, les hommes criaient, gesticulaient, et les femmes semblaient hystériques. Le shérif l’avait fait appeler, mais sans lui donner de détails. Les deux inspecteurs qui se tenaient à l’entrée de l’édifice se chargèrent de lui expliquer toute l’histoire et peu de temps après, le docteur Carothers commençait à examiner le cadavre.
L’autopsie détermina que la femme était jeune, probablement 20 ou 21 ans, qu’elle était vivante au moment où sa tête avait été sectionnée et qu’elle était enceinte de quatre mois et demi ou cinq mois. Ses bagues avaient été enlevées, probablement pour empêcher toute identification et, avant sa mort, elle avait ingéré une grande quantité de cocaïne.

Une rumeur courut bientôt dans la région que la victime était enceinte, et la curiosité du public s’enflamma un peu plus encore. Pensant que cela pourrait être utile, le Dr Carothers avait décidé de conserver le bébé et il avait envoyé un message à son ami John Youngblut, qui tenait une pharmacie tout près de là, lui demandant s’il possédait un récipient pouvant contenir un fœtus humain. Quand il reçut le message, M. Youngblut regarda autour de lui en songeant qu’il n’avait rien de tel mais soudain, son regard se posa sur son étagère à bonbons et il remarqua les grands bocaux qui contenaient les bâtons de menthe poivrées.
Il prit un pot, vida les bâtons de menthe sur le comptoir et le remit aussitôt au messager, qui le livra aussi vite qu’il le pouvait au funérarium. Le Dr Carothers mit le fœtus dans le récipient, y ajouta un conservateur et aussitôt il partit pour la pharmacie le montrer à son ami. Mais dès qu’il déposa le bocal sur le comptoir, ce dernier eut un effet inattendu: il suscita une telle curiosité que durant quelques heures, l’officine de M. Youngblut connut une activité inespérée.

Pendant ce temps, le shérif avait fait venir un limier réputé et ses trois chiens. A leur arrivée, vers 18h30, les deux hommes prirent quelques vêtements appartenant à la jeune fille et ils partirent sur le terrain. Les conditions étaient loin d’être idéales. Il faisait déjà nuit et la foule avait piétiné le sol toute la journée, détruisant probablement de nombreuses preuves. Les chiens les menèrent jusqu’à la rivière à la lueur des lanternes, puis, renversant leurs têtes vers l’arrière, ils se mirent à hurler de concert. Le limier se tourna vers le shérif et déclara:  » Vous trouverez la tête de la femme juste ici.  » Malheureusement, les recherches furent vaines.

Le lendemain, les journaux reprenaient l’histoire, en rapportant les plus sordides détails. M. Poock, propriétaire d’un magasin de chaussures à Newport, avait regardé la police emporter le corps de la jeune fille et il avait remarqué qu’elle portait des chaussures exceptionnellement étroites. Il supposait qu’elles devaient être d’une taille relativement rare et, comme il pensait que cette particularité pourrait aider à identifier leur propriétaire, aussi se présenta-t-il aux inspecteurs pour leur soumettre ses observations.  » Chaque chaussure a un numéro gravé sur elle par le fabricant pour ses dossiers, » leur expliqua-t-il. Les enquêteurs avaient déjà relevé le numéro à l’intérieur des chaussures, mais ils n’avaient pas réalisé à quel point il était important. Le samedi soir, ils savaient dans quel magasin avait été vendues les chaussures mais, faute de moyens, ils ne purent s’y rendre sur le champ.

Pourtant, il devenait urgent de parvenir à identifier le corps car en une seule journée, 24 personnes s’étaient présentées pour signaler la disparition de petites amies, sœurs ou épouses. Certains, qui avaient vu la photo du cadavre dans les journaux, avaient cru y reconnaitre la forme particulière des jambes, de la poitrine ou de la taille de leur disparue, et à chaque nouvelle déposition, la police rajoutait leur nom sur la liste des possibles. Malheureusement, cette liste devenait de plus en plus longue, ce qui ne les aidait en rien. Cependant, malgré toutes ces déclarations, les enquêteurs, comme la plupart des gens, pensaient que la jeune fille était une prostituée et qu’elle avait été assassinée par un soldat, ce qui entachait gravement la réputation de Fort Thomas.
Le colonel Cochran rassura alors la population, expliquant qu’il allait faire fouiller les affaires personnelles des soldats et examiner leur emploi du temps la nuit du meurtre. En fin psychologue, il invita les forces de police à se joindre aux recherches et bientôt les inspecteurs furent convaincus qu’aucun soldat n’était mêlé au crime.
Pendant quelques jours, ils s’intéressèrent également à un homme, un docteur qui avait disparu d’une pension de famille mais il s’avéra qu’il avait seulement fui en voyant sa légitime épouse arriver en ville.

Le lundi matin, John McDermott, Cal Crim, et le shérif Plummer obtinrent l’avance pour leurs billets de train et aussitôt ils partirent pour Greencastle, où se trouvait Lewis and Hayes, le magasin de chaussures qui avait vendu la fameuse paire. Une fois sur place, ils découvrirent que deux paires de cette taille avaient été vendues, l’une à la femme d’un soldat, qui se portait fort bien, l’autre à Pearl Bryan, la fille de M. et Mme Alexander S. Bryan, des fermiers aisés qui vivaient dans une ferme à la périphérie de la ville.

pearl-bryan-dessin

Pearl Bryan

Pearl, née le 12 octobre 1872, était la plus jeune des sept enfants de la famille Bryan et elle avait été diplômée de l’école secondaire de Greencastle à l’âge de 19 ans. La jeune fille était mince, grande, elle avait des yeux bleus lumineux, des cheveux blonds, un joli visage et le teint impeccable d’une fille de la campagne.
Si elle était réputée pour ses vêtements, Pearl l’était aussi pour sa personnalité attrayante, sa joie de vivre et sa modestie. De plus, son comportement était jugé irréprochable et à l’église, où elle enseignait à l’école du dimanche, elle était aimée de tous. Les parents de Pearl avaient entendu parler de cette fille décapitée retrouvée à Fort Thomas et ils avaient peur car depuis qu’elle était partie voir les Bishop, qui étaient de ses amis, ils n’avaient plus aucune nouvelle de leur fille.

Les enquêteurs se présentèrent à la ferme à deux heures du matin et, à la lueur de la lampe à pétrole du petit salon, la mère de Pearl identifia les vêtements qu’ils avaient apportés avec eux. Quand ils mentionnèrent les pieds palmés de la jeune fille, alors Mabel, la sœur de Pearl, s’effondra en sanglots, disant que les autres enfants et elle s’étaient souvent moqués de ses pieds lorsqu’elle était petite.

La Maison Familiale

La Maison Familiale

Les inspecteurs demandèrent à la malheureuse mère qui leur fille pouvait être allée voir à Cincinnati, et elle répondit que Pearl ne connaissait personne là-bas, à part un jeune homme du nom de Scott Jackson.
Maintenant assuré de l’identité de la victime, Cal Crim  fit envoyer un télégramme à son bureau, disant qu’il avait identifié le corps avec certitude comme étant celui de Pearl Bryan. Un peu plus tard, AW Early, le directeur du bureau, lui répondit que William Wood, le fils d’un pasteur de la région, savait peut-être quelque chose sur le meurtre car il était le cousin au second degré de Pearl et un ami de Scott Jackson.

Will était le cousin de Pearl mais il était également son confident. Au printemps 1985, il avait présenté la jeune fille à Scott Jackson, un étudiant qui fréquentait l’école de chirurgie dentaire de l’Ohio, à Cincinnati. Les deux hommes se connaissaient depuis peu mais leur gout commun pour les dames aux mœurs légères les avait rapidement rapprochés. Souvent ils se montraient en des lieux peu recommandables et ils ne devaient leur bonne réputation qu’à l’usage de faux noms. William ignorait alors que son nouvel ami fréquentait les sous-sols de l’ancien abattoir de Wilder, et qu’il y participait à des cérémonies occultes.
Scott était un jeune homme agréable, raffiné physiquement et dans ses gestes. Ses manières fascinaient la jeune fille de la campagne qui avait été rapidement séduite par ce gentleman. Il avait une si grande influence sur elle qu’elle se rendait régulièrement au cabinet dentaire où il faisait son apprentissage pour passer du temps avec lui, en toute discrétion.

Mais en octobre 1895, Scott avait été transféré au collège dentaire de Cincinnati et ses visites à Greencastle s’étaient faites plus rares. Peu après, il avait envoyé une lettre à William, lui confiant que Pearl était enceinte. De nombreuses autres lettres avaient suivi dans lesquelles Scott avait conseillé à son ami d’obtenir divers médicaments et potions et de les donner à Pearl dans l’espoir de mettre fin à sa grossesse. Le jeune homme avait scrupuleusement suivi les instructions de Scott, en vain. Comme les diverses mixtures n’avaient pas eu les effets escomptés, Will avait écrit à son ami, l’informant que Pearl commençait à montrer  » les effets de son indiscrétion « . Scott avait exprimé le regret que ses recettes aient échoué et il avait alors suggéré que la jeune fille soit envoyée à Cincinnati, déclarant qu’il prendrait les dispositions nécessaires pour un avortement. Le 27 janvier, Pearl avait dit à ses parents qu’elle allait visiter des amis à Indianapolis et jamais ils ne l’avaient revue. Ce jour-là, elle avait emporté de l’argent avec elle, suffisamment pour couvrir tous les frais d’une telle entreprise.

Ces informations étaient suffisantes pour lancer un mandat d’arrêt aussi l’inspecteur Crim décida-t-il de diffuser un avis de recherche:  » Arrestation et inculpation pour le meurtre de Pearl Bryan de Scott Jackson, étudiant au collège dentaire. Environ 24 ans. 1m70 61 kilos. Blond, moustache presque sable, teint clair, peut porter une barbe de six mois. Apparence efféminée « . L’enquêteur y rajouta la description de William Wood, indiquant qu’il devait être arrêté comme complice s’ils parvenaient à le retrouver.

William Wood

William Wood

Jeudi matin, au premières heures, prévenus que William rendait visite à son oncle, les trois policiers se présentèrent aux environs de 4 heures, et trainèrent le jeune homme hors de son lit pour l’interroger. Au début, William se montra très réticent mais bientôt l’inspecteur Crim le fit changer d’avis, lui donnant un choix très simple: ou il collaborait avec eux ou il se retrouvait inculpé d’assassinat. Judicieusement, le jeune homme choisit la première option et dans le train qui roulait vers Cincinnati, il leur expliqua qui était Scott Jackson.

A l’âge de 14 ans, Scott Jackson avait commencé à travailler comme coursier puis comme commis pour la compagnie de chemins de fer de Jersey. Là, avec la complicité de son chef de service, il avait volé plus de 32 000$ (750 000$ actuels) qu’il avait dépensé en bringues et en paris. Bien évidemment, la société s’était rapidement rendu compte des irrégularités et les deux hommes avaient été accusés de détournement de fonds. Scott avait choisi de témoigner comme son patron, aussi était-il ressorti libre de prison sitôt le procès terminé.
Il avait travaillé un an ou deux à New York, puis il avait suivi sa mère à Indiana et enfin à Greencastle, où ils s’étaient installés. Là, le charme et les bonnes manières du jeune homme avaient rapidement assuré sa popularité. Scott suivait des études à Indianapolis, mais il passait la plupart de son temps libre à Greencastle. L’une des attractions de la ville était Pearl, qu’il rencontrait souvent dans les bals. Il lui racontait les aventures de son père, qui avait été capitaine dans la marine, et ses contes sur les contrées lointaines fascinaient la jeune fille.

Scott Jackson

Scott Jackson

Le jeune homme était élégant, sa voix était agréable, il prenait soin de son apparence, son discours était éclairé et très rapidement, toutes les jeunes femmes de la ville en étaient devenues folles. Pearl l’avait adoré dès leur première rencontre et elle était rapidement tombée sous son emprise.

Alors qu’il venait d’apprendre que Pearl était enceinte, et qu’il lui écrivait combien elle lui manquait, Scott jonglait entre plusieurs autres femmes. Au nouvel an, quand il avait appris que les diverses lotions préconisées n’avaient eu aucun effet, il avait parlé d’avortement pour la première fois, expliquant qu’il s’en pratiquait tous les jours et que lui-même pouvait s’en charger. Il avait alors demandé à Will de convaincre sa cousine de venir à Cincinnati pour y subir l’opération, mais ce dernier avait refusé d’intervenir. Un mois plus tard, Scott écrivait à William pour lui signaler qu’il avait trouvé une chambre en ville pour Pearl et, après avoir lu cette lettre, la jeune fille avait exprimé son intention de s’y rendre le lundi suivant. Le 27 janvier, elle quittait Greencastle par le train de 1h35. Pour une obscure raison, elle n’avait jamais semblé aussi heureuse.

Scott Jackson occupait une chambre dans une pension de famille, mais il s’y était pas montré depuis le meurtre et la police commençait à penser qu’il avait pris la fuite. Cependant, vers 22h, un homme correspondant à son signalement fut arrêté. Le détective Bulmer le remarqua alors qu’il marchait lentement dans la rue de la pension de famille. En arrivant devant le bâtiment, le jeune homme leva les yeux et regarda l’immeuble puis il s’arrêta  à nouveau un peu plus loin et se retourna pour regarder une seconde fois. Quand le policier lui demanda si son nom était bien Jackson, alors l’individu devint livide et se mit à trembler.

Une fois au poste de police, Scott réfuta farouchement les accusations portées contre lui et donna sans hésiter son emploi du temps des derniers jours. Il expliqua qu’il avait lu des articles de journaux sur cette fille assassinée, et qu’ils l’avaient rendu malade. Il prétendait ignorer que Pearl était descendue en ville et il niait s’être rendu récemment à Newport.
Les officiers s’aperçurent rapidement que le jeune homme avait des nerfs d’acier et qu’il semblait dépourvu de sentiments. S’il avait tremblé au moment de son arrestation, il se montrait extrêmement calme et répondait rapidement à toutes les questions. Il avait des alibis pour tout, et même si ses réponses semblaient parfois vagues, elles lui venaient facilement. Cependant, lors de la fouille qui s’en suivit, les enquêteurs s’aperçurent que, contrairement à ce qu’il avançait, dans ses poches, deux billets de transport témoignaient que le jeune homme avait récemment traversé Newport. De plus, sur son bras et sur son poignet droit se trouvaient encore les traces de longues griffures, de celles qu’aurait pu faire une femme, et son maillot de corps était recouvert des taches de sang délavées. Interrogé à ce sujet, Scott répondit qu’il avait été piqué par des insectes et qu’il s’était lui-même griffé en se grattant.

Tous les journaux de la région reprenaient la nouvelle de l’arrestation de Scott Jackson. Dans les rues et les salons, des hommes parlaient de  » lyncher ce bâtard  » et un stand de tir proposait de tirer une balle dans la tête du meurtrier pour gagner un cigare à 5 cents.
La police prenait ces menaces très au sérieux, tout comme le principal intéressé. Vers minuit, le vendredi, Scott appela le garde, demandant à ce qu’il reste assis en face de sa cellule toute la nuit. L’homme lui demanda alors s’il avait peur d’être lynché mais Scott répondit qu’il voulait être bien gardé, qu’il y ait du danger ou pas. Un peu plus tard, vers 2h du matin, il l’appela une seconde fois et demanda si son colocataire avait été arrêté.
Les enquêteurs savaient que Jackson partageait sa chambre de Ninth Street avec Alonzo Walling, un autre étudiant, mais jusqu’à présent, ils n’avaient aucune raison de penser que ce dernier était impliqué dans l’affaire. Quand le garde rapporta à son chef, le lieutenant Corbin, les propos du prisonnier, le lieutenant fila à la pension et à 3H du matin, Alonzo Walling était en garde à vue.

Alonzo Walling

Alonzo Walling

Scott et Alonzo s’étaient rencontrés à la faculté de médecine dentaire d’Indianapolis et, lorsqu’ils s’étaient retrouvés à Cincinnati, en octobre 1895, ils avaient décidé de partager une chambre. Alonzo avait sept ans de moins que Scott, et il n’avait pas le charme, la ruse ou l’esprit de son ami. Il était même son opposé. Selon l’un de ses connaissances:  » Son esprit était lent, son expérience limitée. Il avait un corps fort mais il manquait d’amabilité. Il avait peu de volonté et il pouvait être facilement influencé par quelqu’un avec un esprit fort.  »

A leur retour de Newport, John McDermott, Cal Crim, et le shérif Plummer fouillèrent l’appartement des deux hommes et ils y découvrirent une paire de bas dissimulé dans un coffre, un roman à l’eau de rose et un morceau de chaine en or. Tout le monde savait maintenant qu’un suspect avait été arrêté et des témoins se présentaient spontanément au poste de police. Les tenanciers de divers saloons de la ville rapportèrent que le soir du meurtre, l’homme avait erré de bar en bar, trainant avec lui une sacoche de cuir beige, tout d’abord pesante et penchant vers le bas, puis vide. Le doublure de ce sac, que l’un des témoins avait rapporté, était méchamment tachée de sang, et, à l’intérieur, se trouvaient de nombreuses feuilles de troène, qui poussaient à profusion sur le lieu du crime. Quand les enquêteurs le questionnèrent à ce propos, Scott accusa son colocataire d’avoir assassiné Pearl pour protéger William, qui entretenait, d’après lui, une relation avec la jeune femme et dont elle était enceinte.

Depuis son interpellation, Alonzo Walling avait tenté de protéger Scott aussi bien que lui-même mais quand les policiers l’informèrent que son ami l’accusait, alors il leur délivra un récit des plus crédibles. Alonzo leur avoua qu’il avait appris que Pearl était enceinte le jour de Noël 1895:  » Jackson m’a emmené dans un coin de la pièce et m’a dit que lui et Billy Wood avaient mis Pearl en difficulté et qu’il devait se débarrasser d’elle. Il a suggéré deux façons dont cela pourrait être fait. Un des plans qu’il proposait était de l’emmener dans une pièce, de la tuer et de la laisser. Puis, tout à coup il a dit: Non, je vais plutôt la couper en morceaux et déposer les morceaux sous différentes voûtes autour de la ville.  »
Quelques jours plus tard, alors qu’il buvait à la taverne, Scott avait demandé aux étudiants en médecine qui se trouvaient là quel poison pouvait tuer une personne le plus rapidement et ils avaient alors répondu que l’acide cyanhydrique ou acide prussique seraient les plus rapides, mais qu’une forte dose de cocaïne n’était pas loin derrière. Une fois rentré chez lui, Scott s’était assis dans leur chambre, puis il avait consulté un dictionnaire médical pour tout savoir sur les poisons et il avait finalement choisi la cocaïne. Fin janvier, Scott avait demandé à Alonzo s’il était prêt à l’aider, et le jeune homme lui avait dit que oui. Le jour du meurtre, il avait préparé une solution avec quatre grains de cocaïne dans 16 gouttes d’eau, espérant qu’elle lui paralyserait les cordes vocales. Scott lui avait alors expliqué que Pearl serait incapable de crier ou de parler et qu’il lui couperait la tête. Par contre, Alonzo ignorait ce qu’il avait fait de cette tête. Peut-être l’avait-il enterrée quelque part…
A cette époque, les dentistes étaient bien plus que des dentistes, ils étaient également des médecins et ils travaillaient sur des cadavres qu’ils brûlaient dans de grands fours. De ce fait, la police se demandait si les deux hommes n’avaient pas ramené la tête à l’université dentaire pour la mettre dans l’incinérateur.

Scott Jackson et Alonzo Walling

Scott Jackson et Alonzo Walling

Quand les enquêteurs lui demandèrent de prouver ses dires, Alonzo les conduisit en différents endroits de la ville où avaient été dissimulés les vêtements que Scott portait le jour du meurtre. Un pantalon et une veste lui appartenant furent ainsi retrouvés, tâchés de sang et de boue.
Le même jour, de nouveaux témoins se présentèrent à la police, rapportant que le vendredi 31 janvier, alors qu’elle se trouvait dans la rue, Pearl s’était disputée avec Scott, lui criant qu’elle prendrait le train de midi, qu’elle dirait à son frère qui était responsable de son trouble et qu’alors il verrait. Beaucoup de gens supposaient que la jeune femme était venue en croyant que son bien-aimé allait lui proposer le mariage.
Dans la soirée, le propriétaire du Wallingford rapporta que Pearl s’était rendue dans son établissement le soir du meurtre. Il expliqua que Scott l’avait amenée à l’arrière-salon, où s’asseyaient en général les dames, et qu’il portait un sac beige avec lui. Là, Allen Johnson, un portier, l’avait vu glisser quelque chose dans la boisson de la femme alors qu’elle ne regardait pas. En sortant, le couple était monté dans une voiture où se trouvait déjà Alonzo et qui était conduite par l’un de ses amis.
De plus, les enquêteurs avaient appris que quelques heures avant son arrestation, Scott s’était rendu à l’Hôtel Palace et qu’il avait écrit une lettre à William lui demandant de rédiger un message à la mère de Pearl et de lui raconter quelque mensonge pour l’égarer. Il lui suggérait d’imiter l’écriture et le style de la jeune fille et de lui dire, par exemple, qu’elle était partie à Chicago, ou dans une autre ville, parce qu’elle était fatiguée de vivre chez eux ou qu’elle y avait trouvé un travail.

Quelques jours plus tard, un vieux jardinier noir, George Jackson, avoua nerveusement qu’un homme lui avait proposé 5$ pour les conduire, lui et un ami, à Newport. L’homme prétendait être médecin, tout comme son ami, et il disait qu’il devait amener un patient de l’autre côté de la rivière. George avait alors attendu à l’angle d’une rue, comme il le lui avait été demandé, et 45 minutes plus tard, le même homme était arrivé, menant une voiture tirée par un cheval gris. Il avait passé les rênes à George, qui avait alors pris position sur le siège du conducteur, puis l’homme avait rejoint son confrère et la malade qui se trouvaient déjà dans la cabine.  » Quand nous sommes arrivés à Newport, l’homme qui m’avait embauché est sorti de l’arrière et il est venu sur le siège avec moi. A ce moment-là, j’ai entendu une femme gémir dans la cabine, comme si elle avait des douleurs terribles. J’ai eu peur et j’ai voulu partir mais le garçon a tiré un pistolet et a dit: Vous, si vous descendez de cette voiture, je vous souffle en enfer. »
Une fois arrivés, l’inconnu avait menacé George une nouvelle fois, lui promettant que ses amis le tuerait s’il parlait de ce voyage, puis, alors qu’il les attendait, le vieux jardinier avait entendu la jeune fille pousser un cri terrible, ce qui avait transformé sa peur en vétable panique. Comprenant que les deux hommes ne le laisseraient jamais repartir vivant, il avait alors sauté de la voiture et il s’était mis à courir, ne s’arrêtant qu’à Cincinnati.

George Jackson

George Jackson

Lors de la séance d’identification qui s’en suivit, George reconnut formellement Alonzo comme l’homme l’ayant menacé et Scott comme celui qui était assis à l’arrière. Au cours d’une reconstitution très éprouvante, le vieil homme, dont le témoignage pouvait facilement être remis en question du fait de sa couleur, dut refaire le trajet pour prouver aux enquêteurs qu’il ne mentait pas et des riverains confirmèrent avoir vu passer une calèche menée par un homme noir. La preuve la plus solide du dossier venait d’être apportée.

Pendant des jours et des jours, la mère de Pearl avait refusé d’enterrer sa fille, espérant que sa tête serait retrouvée, puis finalement elle avait du s’y résoudre. Cincinnati avait bloqué la demande d’audition de Scott Jackson et d’Alonzo Walling aussi longtemps que possible, espérant que les esprits se calmeraient, mais comme l’indignation ne semblait pas s’apaiser, fin février, il avait enfin été décidé d’amener les prisonniers au palais de justice tout proche afin qu’une date soit fixée pour l’audience. Ce court voyage semblait tellement risqué aux autorités qu’elles décidèrent de les faire passer par un tunnel construit à cet effet par le concepteur de la prison. Malheureusement, quand ils arrivèrent à l’entrée du tunnel, la clef de la porte massive qui en bouchait l’entrée ne put être retrouvée. Le colonel Robert Nelson, qui avait la réputation d’être l’un des plus énergiques procureurs du Kentucky, proposa alors ses services pour faire traverser et condamner les deux hommes, qui étaient, selon lui, des  » méchants de la pire engeance « .

La tête de Pearl n’avait toujours pas été retrouvée, la presse s’impatientait et des messages anonymes parvenaient au poste de police, rapportant les plus folles rumeurs.

Le 7 mars était un samedi et, afin d’éviter tout débordement, le tribunal avait décidé que personne ne serait admis dans la salle d’audience. Devant le palais de justice, un chariot à 6 places tiré par deux chevaux rapides attendait les prisonniers qui devaient traverser la frontière d’état à une vitesse folle dès la fin de l’audience.
Ce jour là, le tribunal ouvrit ses portes plus tôt et les deux accusés purent être amenés sans aucun problème. Malheureusement, la rumeur que l’audience venait de commencer vint soudain à se répandre et de partout accoururent des curieux qui envahirent les couloirs du palais de justice. Dans la cour attendaient Alexander Bryan, le père de Pearl, et ses trois fils, Fred, Frank et James. Ils avaient amené avec eux dix hommes qui devaient aider au transport des prisonniers. A la fin de la séance, le juge Buchwalter trancha en faveur de la demande de réquisition du Kentucky et quand il entendit ce verdict, Scott devint  » pâle comme la mort.  » Aux journalistes qui l’interrogeaient, il répondit:  » Bien sur, je ne veux pas aller au Kentucky. Je ne crains pas seulement que nous soyons assaillis, mais je ne crois pas que nous aurions un procès équitable. Comment puis-je penser autrement alors qu’une autorité comme le shérif Plummer nous a dit que si nous avions été pris à Newport, les gens nous auraient lynchés. Depuis qu’il m’a dit ça, je n’ai pas grande envie de visiter son état.  »

Le transfert devait s’effectuer la semaine suivante et l’attente fut particulièrement longue. Tous les jours, des spectateurs et de journalistes s’amassaient près des cellules des deux prisonniers, mais il n’y avait jamais rien à voir. Le 10 mars, Alonzo rapportait être gêné par des rats dans sa cellule, mais étrangement, les mêmes animaux semblèrent laisser Scott en paix.

Mais le mardi 17 mars au matin, un fourgon de la police vint se placer aussi près qu’il le pouvait de l’entrée de la porte qui s’ouvrit brusquement et cinq hommes en sortirent. Ils se précipitèrent vers le véhicule, sautèrent à l’arrière et refermèrent immédiatement les portes derrière eux. La foule stupéfaite eut tout juste le temps de reconnaitre le shérif Plummer, suivi des prisonniers menottés à deux policiers. Soudain un cri éclata:  » Ils vont au Kentucky!  »
La foule s’anima brusquement. Les reporters se précipitèrent vers le téléphone le plus proche pour commander un taxi et tous les moyens de locomotions qui passaient à proximité furent réquisitionnés, de gré ou de force. Au moment où le fourgon cellulaire traversait la foule enthousiaste, il y avait déjà une douzaine de véhicules prêts à le suivre. Ayant enfin atteint le bout de la rue, le cocher fouetta ses rênes, forçant les chevaux à courir et très vite, il distança ses poursuivants.
A Newport, une foule nombreuse attendait le convoi et, comprenant qu’ils n’attendraient jamais la prison, le shérif choisit d’amener les deux détenus jusqu’au poste central où, dès leur arrivée, ils furent jetés dans une cellule. C’était la première fois que Scott et Alonzo se retrouvaient ensemble depuis leur arrestation et ils ignoraient alors qu’ils étaient sur écoute grâce à un ingénieux système de fils et de conduite d’eau. Leurs propos cette après-midi là confirmèrent leur culpabilité à bien des égards.
Il restait encore à les transférer à la prison. De nombreuses personnes les attendaient à l’extérieur du poste de police lorsque les grandes portes de fer s’ouvrirent. Un fourgon se précipita dans la cour et aussitôt, Plummer, Crim, McDermott et les deux suspects se regroupèrent à l’intérieur. Les magnifiques chevaux de course de la police traversèrent la ville à une vitesse folle. Partout les gens s’arrêtaient et regardaient l’étrange équipage qui jetait de la neige et de la boue dans toutes les directions. Bientôt, une foule houleuse envahit les rues et tenta de les bloquer, mais elle n’était pas assez rapide pour les chevaux.

Les geôliers de la prison de Newport avaient été avertis que les prisonniers étaient en chemin, mais ils ne les attendaient pas aussi vite. Comme la voiture approchait, la police avait du mal à contenir la foule qui rassemblait au moins un millier de personnes. Vers 16h, quelqu’un cria  » Ils arrivent!  » et, quelques secondes plus tard, le convoi était en vue. La foule se précipita pour essayer de l’arrêter, formant un bouclier humain, mais la voiture réussit tant bien que mal à se frayer un chemin jusqu’à l’entrée de la prison. Le shérif Plummer en sortit le premier, suivi des prisonniers menottés aux enquêteurs. Scott et Alonzo, qui pensaient que la foule avait des intentions hostiles, étaient pâles et tremblants. Mais les gens agglutinés là les regardèrent en silence rentrer dans le bureau des admissions puis la porte se referma derrière eux.

Scott Jackson et Alonzo Walling furent officiellement mis en accusation pour l’assassinat de Pearl le 23 mars à Newport. Tout le monde voulait assister au procès et les curieux se disputaient désespérément les 300 billets officiels qui avaient été distribués.
Ce jour-là, le juge Charles Helm expédia les affaires courantes en une quinzaine de minutes puis il appela les deux hommes à comparaitre. Leonard Crawford représentait Jackson et le colonel George Washington parlait au nom de Walling. Les accusés, livides, plaidèrent non coupable par la voix de leurs avocats, ce qui signifiait que les procureurs étaient obligés de prouver leur implication dans l’affaire. Le juge demanda à chaque avocat si leur client souhaitait être jugé séparément, et le colonel Washington régla la question en demandant immédiatement à ce que son client soit jugé seul. Le juge fixa la date du procès de Scott au 21 avril et une grande partie de ce temps fut consacré à trouver 12 jurés de Newport qui n’étaient pas convaincus de sa culpabilité.

Le 21 avril, plus de 5000 personnes se rassemblèrent devant le palais de justice de Newport en sachant pertinemment qu’ils ne pourraient pas y rentrer. La plupart des billets disponibles avaient été saisis par des avocats, qui souhaitaient assister au procès comme tout le monde, et par des politiciens locaux qui avaient utilisé leur accès privés pour faire permettre à leurs parents ou à des hommes de pouvoir dont ils souhaitaient s’assurer le soutien de profiter du spectacle. Comme ce public étaient moins susceptible que d’autres de causer des problèmes, cet arrangement convenait aux autorités.

Le Juge Helm

Le Juge Helm

M. Helm présidait la séance, soutenu par M. Lockhart et Ramsey Washington, tous deux procureurs, et M. Robert Nelson, avocat de l’accusation. Silas Hayes représentait la famille Bryan, et la défense de Jackson était assurée par Leonard Crawford, un avocat de 37 ans. George Washington assistait également au procès, et il était chargé de contrer les mensonges que Scott pourrait proférer envers son client.
Les reporters naviguaient à travers la foule massée à l’extérieur, récoltant les commentaires en attendant que l’accusé se présente. Si de nombreux assassins avaient déjà gagné la sympathie du public, tel n’était pas le cas pour Scott Jackson et une hostilité profonde agita la foule quand il la traversa, impassible.

M. Lockhart commença son discours en se référant à un sensationnel roman de 1886:  » Nous allons montrer que cet homme est un véritable Dr Jeckyll et Mr Hyde. Nous allons vous montrer que cet homme menait une double vie. A Greencastle, il était un gentleman, mais à Cincinnati, sa réputation était terrible. Nous allons vous montrer que, une semaine ou deux avant que le crime ne soit commis, il affichait un couteau fin de dissection, et qu’il expérimentait l’utilisation de ce couteau, qui a pu faire ce genre de travail. Nous allons vous montrer que, après avoir dévasté sa vie, il a délibérément séduit cette jeune fille de sa maison à la campagne, l’amenant à Fort Thomas et lui coupant la tête alors qu’elle luttait contre ce monstre.  »

Cette tirade donna le ton de la première journée. Allen Johnson expliqua comment l’accusé était sorti du salon du Wallingford en compagnie de Pearl, George Jackson rapporta avoir été forcé de leur faire traverser le fleuve à la pointe d’une arme, le coroner Tingley fournit la preuve médicale que la jeune fille était en vie au moment où sa tête avait été coupée, et John Hewling décrivit l’état de son corps lors de sa découverte.
A un certain moment de la journée, Scott quitta son siège pour se rendre dans l’antichambre attenante à la cour. Pour se faire, il dut passer près de trois femmes bien habillées assises sur un banc et pour ces femmes respectables, la provocation fut de trop: l’une d’elles donna deux coups de pieds à l’accusé, y mettant toutes ses forces. Scott rougit et esquissa un sourire qui, espérait-on, masquait sa gêne.

Le deuxième jour connut son moment théâtral quand l’accusation produisit un mannequin sans tête habillé des vêtements ensanglantés de Pearl et le dressa face au jury. Nelson insista innocemment en disant qu’il avait été conçu dans un but pédagogique, mais le colonel Crawford en constata la légitimité et le juge donna l’ordre que le mannequin soit enlevé. Les vêtements furent alors pudiquement posés sur une table et la sœur et la mère de Pearl les identifièrent, tout comme elles reconnurent les mouchoirs qui avaient été retrouvés dans la veste de Scott.
Des enquêteurs et des tenanciers rapportèrent comment l’accusé avait transporté la sanglante valise de bar en bar et, en les écoutant parler, Scott devint rouge et nerveux. L’inspecteur Cal Crim vint ensuite témoigner, s’en tenant aux faits et évitant soigneusement de donner son opinion, puis ce fut au tour de la défense.

Le colonel Crawford fit monter Scott Jackson sur l’estrade, l’invitant à donner au tribunal sa version des événements. Là, selon les journalistes:  » Toute la finesse de l’homme est venue à son aide alors qu’il était sur l’estrade. Ses paroles étaient claires, franchement dites, et il n’y avait aucune hésitation dans sa manière. Il jouait l’innocent à la perfection.  »

Scott raconta que William Wood était responsable de la venue de Pearl à Cincinnati. Lui, il avait simplement essayé de trouver à la jeune fille un meilleur logement quand il l’avait découverte à l’hôtel Indiana. Il avait été vu avec sa valise car il l’avait prise avec lui alors qu’il lui cherchait un endroit, pensant la déposer dans sa nouvelle chambre avant de retourner voir Pearl. Alonzo Walling, son compagnon de chambre, avait été pris de panique en lisant les premiers articles rapportant la découverte du corps de Pearl et il avait alors insisté pour qu’il l’aide à se débarrasser des biens de la jeune fille. Il refusa de parler du rôle de William ou de celui d’Alonzo, mais, dans son récit, leur implication était claire. Son récit était excellent. Il n’accusait personne, il sous-entendait.
Les deux principaux témoins de la défense semblaient avoir été soudoyés par ses amis ou sa famille, et avoir répété leurs propos avant de venir à la barre. Rose McNevin, la propriétaire de la pension de famille où Scott résidait, déclara que l’accusé n’avait pas bougé de ses appartements la nuit du meurtre, insistant sur le fait qu’elle savait toujours si ses quatorze pensionnaires se trouvaient dans leur chambre. Des exclamations émerveillées et sarcastiques fusèrent alors devant cette extraordinaire mémoire, et son témoignage ne fut pas pris au sérieux.

Le deuxième témoin était un certain William Trusty, d’Urbana, dans l’Illinois, que le colonel présenta à la dernière minute. M. Trusty jura sous serment qu’il avait conduit Pearl jusqu’au verger de John Lock, mais qu’elle était déjà morte au moment où il l’avait prise en charge près de Cincinnati. Il rapporta que Jackson et Walling lui avait dit qu’elle avait perdu la vie lors d’un avortement bâclé effectué par un médecin âgé. Cet homme les avait d’ailleurs accompagnés jusqu’à Fort Thomas.
Celui qui avait payé le témoin devait espérer laisser planer un doute, mais malheureusement, lors du contre-interrogatoire, M. Trusty s’effondra, révélant que cette histoire lui avait été soufflée par son oncle, John Seward. A la fin du procès, les deux hommes avouèrent et furent condamnés l’un pour parjure, l’autre pour subornation.

Le 12 mai, les deux parties firent leurs déclarations de clôture. Robert Nelson se montra  » intensément dramatique et envoutant dans son éloquence  » et le colonel Crawford répondit habilement. Le 14 mai, alors que le jury se retirait pour délibérer, la police stationna des gardes tout le long de la salle d’audience et autour du bâtiment afin d’éviter tout problème si l’accusé était acquitté. Mais les membres du jury n’allaient pas être inquiétés car après une courte délibération, Scott Jackson fut déclaré coupable de meurtre au premier degré et condamné à être pendu. En entendant le verdict, il s’effondra dans son fauteuil et toutes les couleurs se retirèrent de son visage. Quand Alonzo Walling apprit la nouvelle, il déclara:  » Je ne suis pas surpris. Voila la façon dont je pensais que cela se finirait.  »

Le Shérif Plummer et les membres du Jury.

Le Shérif Plummer (devant, 3ème en partant de la gauche) et les membres du Jury.

Après le procès, Scott rejoignit son ancien colocataire à la prison de Newport. Deux jours plus tard, le 16 mai, aux environs de 20h les autres détenus scièrent les charnières de la porte arrière de la petite prison et s’enfuirent dans la nuit.  » Tous se sont échappés sauf Jackson et Walling,  » rapportait le New York Times le lendemain.  » Les assassins présumés de Pearl Bryan ont refusé de partir, pensant qu’ils pourraient être lynchés.  »
Comme la prison de Newport n’avait plus de porte de derrière, ses deux derniers prisonniers furent transférés dans une autre prison. A ce moment-là, le soucis était moins de les empêcher de fuir que d’éviter qu’ils ne se fassent lyncher.

La sélection du jury pour le procès d’Alonzo Walling eut lieu fin mai et l’audience débuta le 2 juin. L’accusé était toujours défendu par George Washington qui était, cette fois, secondé d’un éminent avocat, M. Shepherd. La cour était remplie de curieux, qui se battaient pour les meilleures places. Scott Jackson ayant jeté la suspicion sur son ami, sa défense fut particulièrement difficile, pour ne pas dire impossible. Si ces allégations n’avaient en rien aidé Scott, elles allaient être fatales à Alonzo, ce qui était probablement été le but de la manœuvre. Le 19 juin, après quelques minutes de délibération, le jury rendit son verdict, déclarant Alonzo Walling coupable de l’assassinat de Pearl Bryan et condamné à la peine de mort. En entendant le verdict, Alonzo regarda droit devant lui, sans daigner jeter un regard au jury ou aux spectateurs qui attendaient avidement un signe d’émotion. Il était visiblement l’homme le plus indifférent de la salle. Puis il sourit, et quand on lui demanda s’il avait quelque chose à dire, il répondit par un serment.

Cal Crim

Cal Crim

Ses frères, qui étaient présents, s’effondrèrent en larmes et pleurèrent pendant près d’une heure. Sa vénérable mère, qui attendait le verdict à son domicile d’Hamilton, en fut complétement dévastée. La plupart des gens approuvaient la sentence, mais certains pensaient qu’il ne méritait pas la peine capitale. Cal Crim était l’un d’eux:  » Je suis content de ne pas être l’instigateur de l’arrestation de Walling. J’ai toujours pensé qu’il était seulement un simple garçon de la campagne qui était tombé sous la mauvaise influence d’un homme plus âgé et beaucoup plus sinistre, pour qui il était plus ou moins devenu un outil. Sa faiblesse était son ennemie.  »

Les avocats des deux condamnés tentèrent de demander de nouveaux procès pour les clients, ce que le juge Helm refusa. La bataille juridique n’était pas finie et, d’appel en appel, les deux avocats firent reporter les dates d’exécution à de multiples reprises. Au début de l’année 1897, juste après le Nouvel An, Robert Laughlin, un tueur condamné, déclara au Bourbon County News qu’il prévoyait de revenir sous la forme d’un esprit après son exécution pour assister à la pendaison de Jackson et Walling. Quand l’homme fut pendu, le 9 janvier, l’attention du public se tourna vers les assassins de Pearl Bryan dont tout le monde attendait l’exécution.

Les autorités, qui auraient voulu offrir une sépulture décente à la jeune fille, proposèrent alors aux deux condamnés un emprisonnement à vie s’ils acceptaient de révéler l’emplacement de la tête de leur victime, mais ils s’y refusèrent obstinément et de nouvelles dates d’exécution furent décidées. Dès que la nouvelle de ce refus devint publique, des rumeurs se propagèrent affirmant que les deux hommes avaient peur de subir la colère de Satan si jamais ils parlaient. La tête de Pearl n’avait pas été retrouvée et de l’avis général, elle ne le serait jamais car elle avait été utilisée lors de l’un de ces rituels sataniques qui se tenaient au sous-sol de l’ancien abattoir et jetée dans le puits.

Finalement, le gouverneur Bradley refusa de leur accorder la grâce, et les accusés furent condamnés à être pendus le même jour, le 20 mars 1897.

Scott et des Journalistes

Scott donnait des interviews depuis sa Cellule.

N’ayant plus rien à perdre, Scott fit une déclaration au New York Times que le journal publia le 28 février. Dans cette déclaration, il accusait les policiers de parjure et expliquait que toute l’affaire n’était qu’une machination. D’après lui, des preuves avaient été supprimées, mais il ne pouvait expliquer lesquelles, et il refusait de dire en quoi les représentants des force de l’ordre avaient menti. De ce fait, personne ne prit sa déclaration très au sérieux.
Le journal révélait également, que Walling avait confié une lettre contenant ses aveux complets au révérend Lee, l’aumônier de la prison, en lui demandant de la remettre à la famille Bryan. Quand les parents de Pearl auraient lu cette confession, alors le révérend devait demander au gouverneur Bradley de commuer sa peine.
Malheureusement, quand le révérend Lee s’était rendu chez les Bryan, il avait rencontré Fred, l’un des frères de Pearl, qui lui avait demandé très clairement s’interrompre sa mission car sa famille ne tiendrait pas compte de cette confession et le révérend était retourné à Cincinnati.

Le 3 mars, la prison dans laquelle Scott et Alonzo étaient détenus connut quelques problèmes et les deux hommes durent être déplacés à quelques kilomètres de là. Un journaliste avait été autorisé à assister à leur transfert et il les regardait, alors que le coiffeur de la prison les rasait. Les prisonniers ignoraient encore que leur voyage allait les conduire à traverser le verger de John Lock et ils étaient de bonne humeur. Le reporter écrivit que le visage d’Alonzo semblait plus jeune et plus innocent encore. Il souriait, plaisantait avec les gardes, et il était difficile de croire qu’il était destiné à la potence. Scott avait été rasé, il avait le regard vif, des mouvements rapides, agiles et un air calme. Il portait un chandail rouge, un petit bonnet de velours que lui avait prêté le garde Murray et il fit ses adieux bruyamment, avec beaucoup de petits rires. Murray avait apporté avec lui son petit Yorkshire, qui s’était pris d’affection pour Alonzo et se réfugiait souvent dans sa cellule.

Le shérif Plummer et ses hommes chargèrent les deux prisonniers dans une voiture vers 8h30 et ils partirent pour la prison d’Alexandria. Comme d’habitude, il y avait une foule de gens à l’extérieur du bâtiment, qui espéraient tous voir les tueurs, et le véhicule dut forcer le passage à travers la foule. Puis, comme ils arrivaient devant l’endroit où Pearl Bryan avait été assassinée, Scott et Alonzo jetèrent un regard nerveux vers l’endroit isolé où ils étaient soupçonnés d’avoir commis le crime.
Ce soir-là, après le souper, Scott se mit à arpenter nerveusement sa cellule et annonça qu’il avait quelque chose à révéler. Au cours du procès, son avocat avait tenté de discréditer sans succès le témoignage de George Jackson, le cocher, et Scott répéta les mêmes accusations à un journaliste, expliquant que l’histoire de George Jackson n’était qu’une affabulation infâme. Une fois sa déclaration terminée, il demanda à Alonzo de l’approuver, ce que fit le jeune homme en hochant vigoureusement la tête.

Pendant que les condamnés roulaient vers Alexandria, leurs mères voyageaient elles-aussi, soucieuses d’apporter quelque réconfort à leurs fils durant leurs derniers jours. Sarah Walling savait qu’un recours en grâce des Bryan pouvait encore convaincre le gouverneur Bradley de sauver la vie de son fils, aussi, demanda-t-elle à la mère de Pearl de la laisser venir à la ferme, et Susan accepta. Elle accueillit sa visiteuse avec hospitalité, l’invitant même à passer la nuit quand se leva la tempête. Les deux mères se réconfortèrent comme elles le purent et pleurèrent dans les bras l’une de l’autre. Susan reconnut que la mort de Walling ne ramènerait pas sa fille, elle exprima sa conviction que Jackson était le vrai auteur du crime, mais même après cette touchante rencontre, elle refusa d’intervenir.
La malheureuse Sarah tenta alors de parler à Scott Jackson, qui lui répondit qu’il n’avait rien à rajouter. Quelques jours plus tard, Malbel, la sœur de Pearl, se risqua à l’appeler pour lui demander ce qui était arrivé à la tête de sa sœur, mais le jeune homme lui répondit de la même manière.

Les deux hommes semblaient maintenant résignés à leur sort, mais 48 heures avant la date prévue, ils signèrent une confession, prétendant que Pearl avait été tuée par un certain Dr George Wagner, qui avait une maison à Cincinnati. Selon eux, la jeune fille avait été confiée aux bons soins du Dr Wagner par Scott, mais, alors qu’elle se trouvait dans la maison du médecin, elle avait prit un médicament qui lui avait été fatal. Peu après sa mort, le Dr Wagner lui avait coupé la tête, il l’avait mise dans un cartable, puis il l’avait emportée. Ni Scott ni Alonzo ne savaient ce qu’il en avait fait par la suite.
Le Dr Wagner, qui était un homme fragile, se trouvait maintenant enfermé dans un asile d’aliénés. Lorsque la police et les journalistes vinrent l’interroger, il déclara qu’il ne savait pas qui était Scott Jackson, Alonzo Walling ou Pearl Bryan car il n’était pas chez lui au moment du drame. Il se trouvait dans la maison de son beau-père, un homme très malade, et il ignorait tout de l’affaire. Le gouverneur Bradley étudia la nouvelle déclaration, puis considérant qu’elle était désespérément incompatible avec les autres éléments, il confirma l’exécution du lendemain.

A Newport, les préparatifs étaient bien avancés. Un charpentier de l’Ohio avait offert de construire la potence et, loin de vouloir se faire payer, il était prêt à donner 25$ juste pour avoir le privilège de le faire. Les seules conditions qu’il y mettait était d’utiliser son bois, et de pouvoir le récupérer immédiatement après. Son plan était de couper tous les éléments de la potence en petits morceaux et de les revendre comme souvenir unique de la pendaison. Sans doute aurait-il pu faire fortune mais le conseil de la ville opposa son véto, et donna le contrat à un entrepreneur local. L’excitation pour la pendaison était si grande que même l’atelier du charpentier était assiégé par la foule des curieux qui espéraient apercevoir l’échafaud. Si les habitants de la petite ville se montrait passionnée pour ce spectacle, le shérif Plummer, qui était responsable de son organisation, l’appréhendait. Il n’y avait pas eu d’exécution depuis 12 ans, et il s’en serait bien passé, mais il pensait néanmoins qu’il devait assumer sa charge, même quand elle était désagréable.

La Potence

La Potence

Dans la matinée du 19, les deux condamnés firent leurs adieux à leurs mères puis ils montèrent dans la voiture qui devait les amener à Newport. Une fois dans leur cellule, Scott et Alonzo fumèrent une cigarette en silence puis ils dirigèrent vers la fenêtre et, regardant la foule béate qui se pressait devant le bâtiment, ils saluèrent leurs amis.
Le shérif Plummer s’arrêta à leur cellule à 19h, il leur demanda s’ils avaient une déclaration à faire, mais les deux hommes lui dirent que non puis ils se mirent à chanter à chanter des airs connus d’une voix forte et un silence terrible s’abattit sur la foule, à la grande satisfaction de Scott. A minuit, ils interrompirent leur concert pour manger puis ils fumèrent les deux cigares qui leur avaient été offerts et discutèrent tranquillement. Aux environs de 1h30, Alonzo décida d’aller dormir, mais Scott veilla une grande partie de la nuit. Vers 1h40, le shérif vint livrer les sangles des cagoules noires dont devaient être recouvertes les têtes des condamnés, puis, apercevant Scott, il lui demanda s’il pensait faire une déclaration avant l’exécution. Le shérif Plummer espérait qu’il innocenterait son ami à la dernière minute, mais cet espoir fut vite déçu:  » Je ne pense pas que j’aurai quoi que ce soit à faire.  »

Au petit matin, deux cercueils arrivèrent dans la cour du palais de justice. A 7h15, après avoir donné ses instructions, le shérif Plummer donna aux condamnés les costumes neufs qu’ils devaient porter sur l’échafaud et, alors qu’ils se changeaient, les deux hommes plaisantèrent sur leur mauvaise coupe. Le révérend Lee se présenta juste après le petit déjeuner. Il proposa à Scott et à Alonzo de prier avec lui, après quoi il se mit à chanter des cantiques. A ce moment-là, Scott s’approcha de la fenêtre, il mit une chaise juste en-dessous, et, montant sur elle, il chanta les hymnes à la foule interdite. Le 20 mars 1897, à 11h40, Scott Jackson et Alonzo Walling étaient pendus à la potence qui avait été dressée à cet effet derrière le palais de justice de Newport. Cette pendaison fut la dernière exécution publique du comté de Campbell.

Un journaliste témoin de la scène écrivit qu’au moment où la corde glissait sur sa tête, Walling avait menacé de revenir hanter la région après sa mort. Quelques jours plus tard, il rapportait dans un article du journal le Kentucky Post que le mauvais œil était tombé sur un grand nombre de personnes connectées à l’affaire. Par la suite, la plupart des fonctionnaires de police et des avocats impliqués dans l’affaire auraient été frappés de malchance ou auraient connu une fin tragique.

crim-mcdermott

Crim et McDermott

Des années plus tard, les détectives Cam Crim et John McDermott posèrent pour les journalistes avec, dans leurs mains, les cordes qui avaient servi à pendre les meurtriers de Pearl Bryan.

Source Principale: Pearl Bryan

Pour marque-pages : Permaliens.

Les commentaires sont fermés

  • A Découvrir Également: