La Malédiction des Têtes d’Hexham

Les têtes maudites d'Hexham

En décembre 1904, un journal anglais, le Hexham Courant, fit paraitre un article qui portait comme titre: Un Loup au large d’Allendale.
 » Les agriculteurs du village d’Allendale, près d’Hexham, ont rapporté que les pertes affectant leur bétail sont si graves que beaucoup font rentrer leurs moutons à l’écurie durant la nuit pour les protéger. Un berger a découvert que deux de ses bêtes avaient été abattues. Les entrailles de l’une sortaient de son ventre et tout ce qui restait de l’autre étaient la tête et les cornes. De nombreux moutons avaient été mordus au cou et aux pattes, ce qui ressemblerait aux attaques d’un loup.  »

L’hystérie gagna tous les esprits. La nuit, des lanternes étaient maintenues pour effrayer le loup, les femmes et les enfants avaient reçu pour consigne d’éviter les chemins peu fréquentés et de regagner leurs maisons avant le crépuscule. Néanmoins, les massacres de bétail continuaient aussi un comité spécial fut-il bientôt mis en place et de nombreuses battues organisées en vain. Bien que le loup ait été aperçu à plusieurs reprises, il semblait toujours échapper à ses poursuivants aussi bien qu’à leurs balles.
Le comité engagea alors M. W. Briddick, un pisteur d’origine indienne, mais l’homme ne put rien découvrir malgré tous ses efforts. Selon lui, d’une façon surprenante, ce loup ne laissait aucune trace ni odeur sur son passage. Les attaques durèrent toute l’année 1905 puis elles commencèrent à se raréfier et peu à peu, les habitants retournèrent à leur vie paisible et l’oublièrent… jusqu’à l’hiver 1971

Un après-midi de février 1971, à dix minutes de l’endroit où errait autrefois le légendaire loup d’Allendale, un petit garçon de 11 ans, Colin Robson, coupait des mauvaises herbes dans le jardin de ses parents au 3 Rede Avenue, à Hexham, en Angleterre, quand soudain il découvrit une petite pierre ronde de la taille d’une balle de tennis. Intrigué, l’enfant essuya sommairement la terre qui la recouvrait et il aperçut alors les traits d’un homme grossièrement sculpté dans la pierre. Euphorique, il appela son frère cadet Leslie, qui le regardait depuis la fenêtre de l’étage, et lui montra sa trouvaille. Les deux garçons commencèrent alors à ratisser le jardin, dans l’espoir d’en trouver d’autres, et bientôt, Leslie en découvrit une lui-aussi.

De couleur gris-vert, la première Tête était enchâssée de petits cristaux de quartz et elle semblait particulièrement lourde, bien plus lourde que du ciment ou du plâtre. Semblable à un crâne, elle présentait une figure masculine, aussi fut-elle surnommée Le Garçon. La seconde, que l’on appela La Fille, avait des yeux globuleux et ses cheveux, parsemés de traces jaunes et rouges, paraissaient attachés par quelque nœud. Elle ressemblait à une sorcière. Les deux Têtes possédaient une sorte de saillie à la base du cou, ce qui laissait à penser qu’elles étaient autrefois reliées à quelque chose, peut-être un corps ou un piédestal. Après les avoir nettoyées, les garçons les emportèrent dans la maison mais peu de temps après, d’étranges phénomènes commencèrent à se produire.

Durant la nuit, les têtes semblaient tourner toutes seules, présentant des positions différentes au petit matin, et des objets étaient régulièrement et inexplicablement retrouvés brisés dans la maison. Un jour, alors qu’elle se trouvait dans sa chambre en compagnie de sa sœur, l’une des petites filles de la famille vit une pluie de petits morceaux de verre s’abattre sur son lit mais ce fut néanmoins l’une des voisines des Robson, Mme Ellen Dodd, qui connut l’expérience la plus troublante. Selon elle:  » J’étais allée dans la chambre des enfants pour dormir avec l’un d’eux, qui était malade. Mon fils de dix ans, Brian, n’arrêtait pas de me dire qu’il sentait quelque chose le toucher. Je lui ai dit d’arrêter de dire des bêtises. Puis j’ai vu cette forme. Il est venu vers moi et j’ai vraiment senti qu’il me touchait les jambes. Puis, il a quitté la pièce à quatre pattes.  »

En l’apercevant, Mme Dodd et son fils se mirent à hurler, mais l’intrus les ignora et partit par les escaliers. Elle le décrivit comme une créature  » à moitié homme, à moitié bête « . Elle se rappelait également que la nuit précédant l’incident, elle avait entendu un fort craquement et des cris qui semblaient provenir de la porte d’à côté. Puis, en descendant au rez-de-chaussée, elle s’était aperçue que sa porte d’entrée était grande ouverte. Quand elle en parla à son voisin, celui-ci lui  répondit que les hurlements qui avaient troublé le silence cette nuit-là ressemblaient à ceux d’un loup-garou. Terrifiée, Ellen Dodd fut rapidement relogée par la municipalité.

Dessins des Têtes d'Hexham

Dessins de Mary Hurrell du Musée des Antiquités

Les événements entourant les mystérieuses têtes commençaient à être connus  dans la région et bientôt la presse locale s’empara de l’affaire. Les Têtes furent laissées quelques temps à abbaye de Hexham pour une expertise, puis elles furent prises en charge par le Musée des Antiquités de la ville avant d’être confiées au Dr Anne Ross, experte en objets celtiques. Le Dr Ross estima que les Têtes devaient avoir dans les 1800 ans et qu’elles servaient probablement lors de rituels celtiques. Comme elle en possédait de semblables chez elle, aussi décida-t-elle de les emporter afin de pouvoir les comparer. Une fois chez elle, le Dr Ross déposa les Têtes avec le reste de sa collection mais quelques jours plus tard, à 2h du matin:

 » Je n’ai pas fait le lien avec les Têtes à ce moment-là. Nous gardions toujours une lumière allumée et les portes ouvertes car notre petit garçon était un peu effrayé par l’obscurité. De ce fait, il y avait toujours une certaine quantité de lumière entrant donc notre chambre et cette nuit-là, quand je me suis réveillée, j’ai eu très peur. En fait, j’étais paniquée et j’avais terriblement froid. Il y avait une sorte de terrible atmosphère glaciale tout autour de moi. Quelque chose m’a fait regarder vers la porte, mais alors que je regardais, j’ai vu cette chose sortir.
Il faisait environ 2 mètres de haut, légèrement vouté, et il était noir sur la porte blanche. Il était moitié-animal, moitié-homme. La partie supérieure, dirais-je, était celle d’un loup, et la partie inférieure était humaine. Il était recouvert d’une sorte de fourrure noire très sombre. Je l’ai vu très clairement alors qu’il sortait puis il a disparu et quelque chose m’a fait courir derrière lui. Une chose que je n’aurais pas fait normalement, mais je me sentais obligée de lui courir après. Je suis sortie du lit et j’ai couru, je pouvais l’entendre descendre les escaliers. Puis il a disparu vers l’arrière de la maison. Quand je suis arrivée en bas des escaliers, j’étais terrifiée.  »

Quelques jours plus tard, alors que le Dr Ross et son mari revenaient de Londres, ils découvrirent leur fille Berenice, une adolescente, en état de choc. Elle leur expliqua qu’en rentrant de l’école, elle avait vu quelque chose de terrifiant. Le Dr Ross rapporta l’expérience de sa fille ainsi:
 » Elle venait d’ouvrir la porte d’entrée quand une chose noire, qu’elle décrit comme plus proche d’un loup-garou que d’autre chose, a sauté par-dessus la rampe et a atterri avec une sorte de plop sur ses lourds pieds d’animaux. Puis le loup-garou s’est précipité vers l’arrière de la maison et elle s’est sentie obligée de le suivre. Il s’est engouffré dans la salle de musique, à droite au bout du couloir, et quand elle est arrivée là, il avait disparu. Alors soudain, elle s’est sentie terrifiée.  »

loup-garou-hexhamLe loup-garou fut rapporté un certain nombre de fois dans la maison. Il apparaissait souvent dans les escaliers. Il semblait courir jusqu’à mi-chemin, puis sauter la rambarde pour atterrir dans le hall. Parfois, le Dr Ross l’entendait courir sans le voir, parfois elle remarquait une étrange silhouette sombre et elle put observer à plusieurs reprises la porte de son bureau s’ouvrir sans raison apparente.

Comme elle avait entendu parler de la mésaventure de Nelly Dodd, le Dr Ross finit par comprendre que tous ces phénomènes étaient reliés aux Têtes de pierre et elle décida de s’en débarrasser, mettant également en vente tout sa collection. D’après elle:  » Le jour où les têtes ont été enlevées de la maison, tout le monde, même mon mari, a dit que c’était comme si un nuage s’était dissipé. Depuis, il n’y a plus vraiment de manifestations.  »
Le Dr Ross soulignait que la créature qu’elle avait vue durant ces mois éprouvants était bien réelle, qu’elle n’était pas une ombre vague que l’on entrevoit du coin de l’œil mais quelque chose de bruyant et que toutes les personnes qui venaient chez elle lui parlaient de la présence certaine du mal. Bien qu’il n’ait jamais pu l’observer directement, le mari du Dr Ross était, lui-aussi, pleinement conscient de la présence de leur hôte indésirable, alors qu’habituellement il se montrait peu sensible aux phénomènes psychiques.

La collection de têtes celtiques du Dr Ross fut achetée par un collectionneur et les deux Têtes d’Hexham se retrouvèrent bientôt exposées au British Museum. Cependant, peu après leur arrivée, elles durent être retirées de la salle d’exposition suite aux troublants témoignages des visiteurs. Durant cette période, les Têtes furent analysées à deux reprises par le professeur Dearman de l’université de Newcastle, et par le Dr Don Robins, chimiste, mais aucun n’aurait réussi à les dater. Le professeur Dearman estima qu’elles avaient été moulées plutôt que gravées, et ce fut tout. Quand au Dr Robins, il supposa que comme elles recelaient de grande quantité de quartz et que de ce fait, elles étaient capables, un peu comme un ordinateur, de lire les images du passé, ce qui donnait l’impression de phénomènes paranormaux.

En 1972, Desmond Craigie, un chauffeur de camions qui avait autrefois habité la maison où avaient été trouvées les Têtes, déclara dans un journal, le Evening Chronicle, qu’il avait fabriqué ces fameuses statues en 1956:  » Je les ai faites il y a environ 16 ans. J’ai fait les Têtes avec des morceaux de pierre et de mortier, tout simplement pour amuser ma fille quand elle était petite. En fait, j’en ai fait trois, mais la dernière me semble avoir été perdue. Elles ont trainé dans le jardin pendant des années. Je les ai vraiment faites. J’ai ri dans ma tête, je ne comprenais pas pourquoi toute cette attention leur était accordées.  »
Cherchant à prouver ses dires, il fabriqua ensuite un couple de têtes ressemblant vaguement aux originales, utilisant des pierres, de l’eau et du sable.

Desmond Craigie et ses reproductions

Desmond Craigie et ses reproductions

Desmond Craigie avait-il vraiment réussi à duper des scientifiques avec de petites statues fabriquées par ses soins? Comment expliquer les différents phénomènes rapportés par les témoins dans ce cas? Si l’idée d’effectuer de nouvelles analyses peut sembler séduisante, il faut malheureusement en faire le deuil: les Têtes d’Hexham ont mystérieusement disparu à une certaine période et elles n’ont jamais été retrouvées.

Dans la région d’Hexham, les deux histoires de loups, celle de 1904 et celle de 1972, ont depuis longtemps été reliées entre elles et le loup-garou d’Hexham est devenu l’une des légendes les plus populaires.

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