L’Esprit de Noël

Père Noël

Laura Brown ne croyait pas aux fantômes, elle n’en avait jamais vu, mais elle ne niait pas non plus leur existence car elle craignait, disait-elle, « que l’un d’eux ne l’entende et qu’il décide de lui donner la preuve de son existence. »

Le 24 novembre 1946, en fin d’après-midi, Laura regardait avec amertume les passants insouciants se bousculer sur les trottoirs enneigés de Chicago, les yeux brillants d’excitation et les bras chargés de cadeaux, en songeant que ses trois enfants, David, deux ans et Emily et Ashley, huit ans, ne fêteraient pas Noël cette année. La Grande Dépression avait pris fin, mais l’Amérique souffrait encore. Michael, son mari, gagnait quinze dollars par semaine, dont neuf servaient à payer le loyer de leur petit appartement de banlieue, et chacun des centimes restants était nécessaire à leur survie.

Assise sur un fauteuil près de la fenêtre, elle guettait Michael depuis une trentaine de minutes, il lui avait promis de l’accompagner à l’épicerie et de l’aider à porter les paquets, quand Mme Smith, une de leurs voisines, frappa à sa porte pour lui annoncer que son mari lui faisait dire de ne pas l’attendre car il rentrerait plus tard que prévu. M. et Mme Brown n’avaient pas le téléphone, et quand il voulait faire passer un message à sa femme, Michael appelait leur voisine, une vieille dame des plus aimables, qui se chargeait de le lui transmettre. Laura, qui n’avait rien pour le repas du soir et qui devait absolument sortir pour aller au magasin, demanda alors à ses deux aînées de se préparer rapidement puis elle attrapa le manteau de son jeune fils pour l’aider à s’habiller mais prenant pitié d’elle, Mme Smith lui proposa de garder ses enfants en son absence et la jeune femme accepta avec reconnaissance. La nuit commençait déjà à tomber et elle savait qu’elle devrait se dépêcher pour arriver à temps. Le propriétaire du magasin, qui était probablement pressé de rejoindre sa famille pour le réveillon, fermait toujours très tôt la veille de Noël.

Les rues étaient pratiquement désertes maintenant. L’hiver est parfois cruel à Chicago et comme elle se dirigeait vers la boutique, qui se trouvait à quatre pâtés de maisons de chez elle, Laura s’en fit la réflexion. La neige s’était arrêtée de tomber mais un vent glacé s’était mis à souffler, qui fouettait ses jambes nues et s’infiltrait à travers les fibres de son vieux manteau distendu. Laura ne portait que des robes, par n’importe quel temps et en n’importe quelle saison, et les bas étaient malheureusement un luxe qu’elle ne pouvait se permettre. Soudain, comme elle arrivait à mi-chemin, quelque chose s’enroula autour de sa cheville, qu’elle prit d’abord pour une feuille de journal déchirée, mais se penchant pour l’enlever elle reconnut les dessins caractéristiques d’un billet de cinq dollars. Laura ramassa rapidement le billet et la pensée lui vint de le glisser furtivement dans sa poche mais pensant que quelqu’un, qui en avait probablement besoin, l’avait laissé tomber par inadvertance, elle commença à chercher son propriétaire des yeux. Elle remarqua alors un homme blotti dans l’ombre d’un porche et s’approchant de lui, elle lui demanda s’il n’avait rien perdu. L’homme s’avança d’un pas et comme il sortait de l’obscurité elle remarqua avec stupéfaction qu’il ne portait pas de manteau mais qu’il ne semblait pas avoir froid. L’homme lui fit un magnifique sourire, le plus beau qu’elle avait jamais vu, et il lui répondit d’une voix douce qu’en effet, il avait quelque chose, cinq dollars pour être exact. La jeune femme lui tendit alors le billet mais il refusa de le prendre : « Gardez-le. Achetez quelque chose de joli à vos enfants. »

La bouche de Laura s’ouvrit tout en grand et elle lui demanda en bafouillant s’il était certain de vouloir lui donner une aussi grosse somme, mais il avait déjà tourné les talons et il commençait à s’éloigner. « Je vous remercie ! Joyeux Noël ! » lui cria-t-elle en courant derrière lui, mais soudain la silhouette de l’homme parut se fondre dans l’obscurité et il disparut brusquement. La rue semblait maintenant déserte mais comme elle le cherchait des yeux Laura remarqua qu’il n’avait laissé aucune empreinte dans la neige fraiche. Stupéfaite elle se retourna, mais d’aussi loin qu’elle pouvait voir, seules ses traces de pas se dessinaient sur le trottoir. Elle resta un moment immobile, se demandant ce qu’elle devait en penser, puis l’idée que l’épicerie allait bientôt fermer lui traversa l’esprit et elle se mit à courir. En arrivant, elle remarqua une longue table recouverte de jouets et elle choisit rapidement deux poupées à habiller pour ses filles et un camion de pompier rouge pour son fils. Elle prit ensuite de quoi préparer un repas qui sorte un peu de l’ordinaire et quand elle passa à la caisse, le propriétaire du magasin, qui connaissait la famille, glissa deux grosses poignées de bonbons dans son sac. Embarrassée par tant de gentillesse, elle tenta de protester mais il lui répondit qu’elle devait lui permettre de « gâter un peu ses petits, » et elle ne put que le remercier. Laura retourna chez elle à pied, mais jamais un sac d’épicerie ne lui avait semblé aussi léger à porter.

A son arrivée, Mme Smith s’éclipsa rapidement mais elle revint quelques minutes plus tard avec des morceaux de tissu, et les montrant à Laura, elle lui dit qu’elle les pensait assez grands pour fabriquer de jolis habits pour les poupées de ses filles. Laura prépara le repas de ses enfants puis elle les envoya se coucher et aidée de la vieille dame, elle commença à coudre de minuscules robes. A ce moment-là, son mari poussa la porte, trainant derrière lui un petit arbre et il expliqua à sa femme que l’un de ses amis vendait des sapins de Noël mais que personne n’avait pris celui-là et qu’il le lui avait offert. En fait, il lui avait même donné la somme fabuleuse de cinquante cents pour l’en débarrasser !

Par la suite, la situation financière de M. et Mme Brown s’améliora, mais jamais Laura n’oublia la magie de ce Noël de l’année 1946. Souvent elle racontait cette histoire à ses enfants et à ses petits-enfants, et elle leur disait toujours : « Vous pouvez prétendre que c’est juste une suite de coïncidences, que les gens étaient gentils à l’époque et tout ce que vous voulez, mais vous ne pouvez pas tout expliquer. Comment cet homme aurait-il pu savoir que j’avais des enfants, et comment a-t-il fait pour disparaitre ainsi, sans laisser aucune empreinte dans la neige, s’il n’était pas un Esprit de Noël ? »

Source : Cette jolie histoire de Noël est inspirée d’un témoignage, et seuls les noms ont été changés.

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