John Haigh, le Vampire de Londres

John Haigh

 » Le hasard m’avait fait revenir, par-delà des siècles de civilisation, à ces temps fabuleux où l’être puisait sa force dans le sang de l’homme. Je me découvrais de la race des vampires. « 

L’Enfance de John Haigh

John Haigh Enfant de Cœur

Né le 24 juillet 1909 à Stamford, en Angleterre, John George Haigh était le fils unique de John Robert Haigh et d’Emily Hudson. Le jeune garçon grandit à Outwood, dans le Yorkshire, où il connut, selon ses propres aveux, une enfance sombre et solitaire. Ses parents appartenaient une communauté religieuse conservatrice qui préconisait un mode de vie des plus austère. Pour protéger leur maison du monde extérieur, qu’il considérait comme maléfique, son père avait élevé une barrière de 3 mètres de haut autour de sa propriété, qui tenait les voisins à distance et garantissait leur tranquillité. L’enfant n’avait pas l’impression d’habiter une maison mais une sorte de monastère, étrangement calme et silencieux.

Ses parents étaient doux et aimants avec lui mais leurs convictions religieuses étaient telles que la vie de John n’était qu’interdictions et condamnations. Quand il disait ou faisait quelque chose qui déplaisait à son père, ce dernier le sermonnait, soulignant la peine qu’il infligeait au Seigneur, et si le jeune garçon manifestait le désir d’aller quelque part ou de rencontrer quelqu’un, alors il le menaçait de la colère divine. Durant toute son enfance, John n’eut que très peu de distraction. Il ne pouvait pas faire de sport, sa religion le lui interdisant, et s’il avait quelques amis il en avait peu, qui n’avaient, de toutes façons pas le droit de rentrer chez lui. Il passait beaucoup de temps enfermé, lisant la Bible, qui était le seul livre autorisé dans la maison, ou jouant du piano, qu’il apprenait seul. John était un garçon calme, qui aimait les animaux, surtout les chiens, qu’il nourrissait parfois, leur donnant son propre repas.

Son père était un homme droit mais pour lui, être heureux en ce monde corrompu par le démon était un péché et souvent il priait le Seigneur de l’emporter au Paradis, demandant à ce que son corps soit rongé par les vers. Ces mots perturbaient John, qui était alors très jeune, et souvent il méditait sur leur sens. Un jour son père lui expliqua que la marque bleutée qu’il portait sur le front était la conséquence de ses erreurs de jeunesse:  » C’est la marque de Satan. J’ai péché et Satan m’a marqué de son signe. Si tu commets le moindre péché, tu seras marqué toi-aussi, pour toujours, et le malheur sera sur toi.  » L’enfant lui fit alors remarquer que sa mère ne présentait pas une telle marque, et son père lui répondit:  » Non, elle est un ange.  »

Ces paroles traumatisèrent le jeune garçon qu’il était alors. Souvent la nuit il restait allongé sur son lit, se demandant s’il avait fait quelque chose de mal dans la journée, et quand il avait quelque doute, il passait sa main sur front, vérifiant si la fameuse marque n’était pas apparue, ne parvenant pas à s’endormir sans en avoir la certitude absolue. John crut en cette histoire pendant quelques années, puis un jour il en parla à l’école et il fut traité par le plus grand des mépris. L’enfant, qui se pensait le fils d’un pécheur et d’un ange, comprit alors qu’il n’était pas l’extraordinaire personne qu’il pensait être mais jamais il ne parvint à oublier les mots de son père. Des années plus tard, alors qu’il savait pertinemment que ses parents lui avaient menti et que son père avait été blessé par un morceau de charbon, il continuait toujours à chercher la marque de Satan sur son front.

John Haigh Enfant

John Haigh Enfant

Parfois, John visitait sa tante, et ces moments étaient pour lui des instants de pur délice car il avait la permission de lire la bande-dessinée qui se trouvait dans le journal. Ses parents refusaient de l’acheter, estimant  » n’avoir jamais assez de temps pour lire la Bible.  » Le jeune garçon aimait aussi les livres proposés à l’école, et L’île au Trésor l’enchanta plus que les autres encore. Malheureusement, son enthousiasme fut rapidement réfréné par son père qui alla trouver l’instituteur, affirmant que le roman de Robert Louis Stevenson n’était pas destiné aux enfants. John, qui avait été bercé depuis son plus jeune âge par les histoires terribles de l’Ancien Testament, protestait vigoureusement contre ces restrictions mais son père lui répondait inlassablement que tout ce qui parlait de Dieu était à considérer différemment, ce qui plongeait l’enfant dans une profonde insatisfaction.

De tous les récits bibliques dont il avait été abreuvé, John avait été marqué par certains, qui parlaient de sacrifice. D’une étrange manière, il éprouvait une fascination morbide pour le sang, dont il aimait le goût. Cette passion lui était venue à l’âge de 6 ans, un jour où, après s’être blessé à la main, il avait léché la plaie. Quand il entendait parler d’un accident de chemin de fer, il imaginait le sang s’écoulant des blessés et il lui arrivait même d’en rêver. Il était fasciné par la Crucifixion et parfois il voyait du sang couler du grand crucifix qui trônait au-dessus de l’autel dans la cathédrale, et cette vision le poursuivait dans ses cauchemars.

Un jour, voyant ses camarades d’école jouer avec les premières radios portatives, John demanda à ses parents pourquoi ils n’en possédaient pas. Son père lui expliqua alors que l’objet était un instrument du diable, un signe des temps, et qu’un jour, l’anti-christ s’en servirait pour parler au monde et organiser l’insurrection contre Dieu et ses Saints. Alors qu’il était âgé de dix ou onze ans, le jeune garçon rejoignit les enfants de cœur, se levant à cinq heures du matin pour parcourir les cinq kilomètres qui le séparaient de la cathédrale de Wakefield à chaque fois qu’il devait chanter. Selon son père:  » John a été élevé dans une stricte atmosphère religieuse, mais il l’acceptait avec délice. Il adorait faire parti du peuple de Dieu.  »

John eut un certain nombre d’amis durant son adolescence, mais il ne savait pas comment se comporter avec eux et souvent, les autres se moquaient de lui. Sur de lui, il semblait se penser supérieur aux autres et il essayait d’avoir l’air d’un gentleman, ce qu’il n’était pas. Ses camarades de classe passaient parfois le chercher pour aller à l’école, mais jamais les parents de John ne leur proposaient d’entrer, même quand il était en retard. Son père pensait que John était un garçon irréprochable, mais certains qui le connaissaient disaient qu’il tyrannisait les filles et les garçons plus petits que lui, courant se réfugier derrière les grilles de sa maison dès que les choses tournaient mal.

Ses parents l’élevaient suivant des règles religieuses strictes mais ils le poussaient également dans ses études, considérant l’éducation comme primordiale. John se montrait courtois avec ses professeurs qui disaient de lui qu’il était un garçon agréable, poli et charmant. Le jeune homme était intelligent mais il n’aimait pas étudier et si le sujet ne lui plaisait pas, il ne faisait aucun effort pour l’apprendre. Il fréquentait activement le club de science, faisant des lectures publiques au cours desquelles il montrait une confiance en lui et une intelligence qui n’était pas donnée à tous. Il possédait également un don certain pour le piano et quand il en jouait son visage se transformait. Il était particulièrement doué pour le classique mais parfois il se mettait à jouer une intelligible musique et soudain, les conversations s’arrêtaient. A ce moment-là, les gens se rassemblaient généralement autour de lui, mais brusquement John sautait sur ses pieds, et refermant le piano, il quittait la pièce sans dire un mot.

La Jeunesse de John Haigh

Voiture John Haigh

John quitta l’école à dix-sept ans, puis il enchaina plusieurs petits boulots sans grande importance. A dix-huit ans, il réussit à se faire engager dans un garage, et même s’il n’était pas toujours à l’heure, son charme jouait en sa faveur. Ses collègues le trouvaient étrange, secret, et personne ne le connaissait vraiment. Il ne parlait jamais de lui ou de sa famille, n’avait pas de vie sociale, mais il possédait un excellent sens de l’humour et semblait passionné par les voitures, même s’il ne semblait n’avoir d’argent ni pour l’essence ni pour un permis. Le jeune homme eut de nombreuses aventures sans lendemain puis à l’âge de 26 ans, il se lassa brusquement et le sexe devint pour lui un objet de dégoût. Il commença alors à développer une étrange phobie pour les maladies vénériennes et se mit à porter des gants en permanence pour se protéger des microbes.

En 1933, John fut engagé comme vendeur par une société qui vendait des assurances automobiles dans les villes de Leed et de Wakefield. Le jeune homme s’habillait toujours en noir, il était d’une rare élégance, et s’il se montrait toujours aussi discret quand à sa vie, il était toujours aussi charmant. Il ne semblait pas très sociable, jamais il ne rejoignait ses collègues pour les repas, mais il était un excellent vendeur, qui gagnait plus que les autres. Durant cette période, il acheta trois voitures, les dissimulant dans son garage et ne les sortant que rarement. A cette époque, posséder une voiture restait relativement rare et il était impossible que le jeune homme se les soit payées avec son salaire de vendeur. A ses collègues, John racontait ne pas avoir besoin d’argent et travailler pour le plaisir, mais la réalité était tout autre. Son modeste salaire ne lui permettant de combler ses passions, il s’était lancé dans une nouvelle carrière bien plus lucrative, celle d’escroc.

Beatrice Hamer

Beatrice

Le 6 juillet 1934, John épousa Beatrice Hamer, une ravissante jeune femme qui travaillait comme modèle et qu’il fréquentait depuis quelques temps, sans inviter personne au mariage. Deux mois plus tard, trois policiers se présentèrent à leur domicile, demandant à John de les suivre. Affolée, sa femme lui demanda alors ce qu’il avait fait, mais John se mit à rire de ce rire sinistre qu’il avait parfois, et il lui répondit:  » Oh, ce n’est rien du tout chérie. J’ai seulement désobéi au 11ème commandement.  »

John, qui avait goût à l’argent facile, ne s’était pas posé pas la question du bien et du mal, il avait juste fait ce qu’il avait envie de faire. Utilisant de faux noms, il avait monté une petite escroquerie avec deux complices, vendant des voitures qu’il ne possédait pas. Malheureusement pour lui, l’un de ses clients s’était méfié et il avait alerté la police. Le 3 décembre, John, qui était considéré comme le chef de la bande, fut condamné à quinze mois de prison et seul son âge lui permit d’échapper aux assises. Peu de temps après, le jeune homme écrivit une lettre à ses parents, qui était peut-être sincère, dans laquelle il exprimait des regrets et s’excusait de la peine qu’il leur causait. Durant son séjour en prison, jamais John ne reçut de nouvelles de sa femme, ni ne s’en inquiéta. A sa sortie de prison, le 8 décembre 1935, il apprit que Beatrice avait donné naissance à une fille, Pauline Mary Haigh. La jeune femme, qui ne travaillait pas et vivait chez ses parents, s’était sentie obligée de la faire adopter, ne voyant aucune autre solution. Étrangement, John n’en fut nullement affecté. Jamais il n’émit le désir de voir sa fille ou ne demanda de ses nouvelles, reniant même sa paternité.

John monta ensuite une entreprise de nettoyage à sec, qui connut un grand succès. Malheureusement, peu de temps après, son associé perdit la vie dans un accident, et la femme de ce dernier refusant de continuer l’aventure, l’affaire fut liquidée. A ce moment-là, le jeune homme décida de faire le tour du monde sans escale en avion, ce qui n’avait encore jamais été réalisé, mais tout le monde jugea l’idée folle et personne ne voulut le financer.

William McSwan

William

En décembre 1936, il se rendit à Glasgow, puis le mois suivant à Londres, où il s’installa. De février à mai, John travailla pour William McSwan, qui était, avec ses parents, propriétaire de parcs d’attractions, et les deux jeunes gens, qui avaient le même âge, devinrent rapidement amis. Les parents de William adoraient John, qui avait déjà été promu à plusieurs reprises, puis une nouvelle idée vint à l’esprit du jeune homme, qui le conduisit tout droit devant la cour de justice.

Le 23 novembre 1937, John Haigh comparut devant le juge Edward Charles, qui le condamna à quatre ans de prison pour une escroquerie de belle envergure, déclarant que s’il n’avait pas eu 28 ans, la sentence aurait été bien pire. John n’éprouvait aucun remord, il se voyait un peu comme un artiste et se sentait incompris. Pour lui, briser les règles faisait parti du jeu, et être sanctionné l’était aussi. Alors qu’il se trouvait en prison à Chelmsford, John commença à tenir d’étranges propos, parlant de meurtres et d’acide pour faire disparaitre les corps. En automne 1940, quand il bénéficia d’une liberté conditionnelle, la Luftwaffe bombardait Londres. Le jeune homme, qui travaillait alors comme pompier, fut témoin de scènes dont il se dit profondément affecté, affirmant que la souffrance des victimes heurtait son âme et son esprit. Un jour, John se blessa accidentellement à la main, et comme il le faisait étant enfant, il lécha le sang qui s’en écoulait:  » Je me suis mis à lécher mon sang et ce fut une révolution dans tout mon être. Ce liquide visqueux, chaud et sale que j’aspirais à fleur de peau, c’était la vie. La vie même!! Je pris l’habitude de me couper volontairement le doigt de la main pour avoir l’honneur et le bonheur de boire mon propre sang…  »

En décembre 1941 John fut arrêté pour des vols de diverse nature, dont il se prétendit innocent. A ce moment-là, il se trouvait toujours en liberté conditionnelle, aussi le juge prononça-t-il une sentence particulièrement lourde, le condamnant à trente-deux mois de travaux forcés. John retourna à la prison de Chelmsford pendant quelques temps, puis il fut transféré à la prison de Lincoln, où il trouva les gardes autrement plus sévères et les détenus nettement moins sympathiques. Durant cette période, il fut employé à l’atelier de métallurgie, où de l’acide sulfurique était disponible, ce qui lui permit de se livrer à certaines expériences. Les prisonniers lui apportaient les mulots qu’ils parvenaient à capturer et le jeune homme les jetait dans l’acide afin d’évaluer le temps nécessaire à la dissolution de leurs corps. John se préparait au crime.

L’Appel du Sang

John George Haigh

Au terme de sa peine, en automne 1943, John s’installa à Crawley, une petite ville de 7000 habitants. Pendant quelques temps, il travailla comme secrétaire dans une firme d’ingénierie, logeant dans la maison de M. Allan Stephens, qui était son employeur. M. Stephens avait deux filles, dont la plus âgée, Barbara, partageait la même passion que John pour la musique et une grande complicité naquit alors entre eux. Ils en vinrent même à parler mariage. John n’avait jamais divorcé de sa première femme, il avait 20 ans que plus qu’elle, mais la jeune fille y croyait.

Au printemps 1944, John fut victime d’un accident de voiture, qui raviva son goût pour le sang:  » J’avais une profonde blessure à la tête, le sang coulait le long de mon visage jusque dans ma bouche. Ce goût merveilleux réveilla tout en moi, de façon définitive. Cette nuit-là, je fis un rêve horrible et terrifiant. Dans mon rêve, je voyais devant moi une forêt de crucifix qui se transformaient peu à peu en arbres. Au début, il semblait y avoir de la rosée où de la pluie qui ruisselait sur les branches, mais comme je m’approchais, je me rendis compte que c’était du sang. Tout à coup, toute la forêt commença à se tordre. Du sang suintait des arbres, tombait des branches. Un homme allait d’arbre en arbre, recueillant le sang dans un calice. Quand sa coupe fut pleine, alors il approcha de moi et me dit: Bois. Mais j’étais incapable de bouger.  »

John pensait avoir besoin de sang, et il se promit d’en trouver. Quelques mois plus tard, il abandonna son travail et retourna à Londres, où il recommença à se livrer à son activité favorite, l’escroquerie. Peu de temps après, il loua un sous-sol au 79 Gloucester Road, qui était autrefois utilisé comme entrepôt par une petite usine, et il y installa des fûts métalliques non-corrosifs, des bonbonnes d’acide sulfurique, une pompe, des outils et des vêtements de protection. Un jour qu’il déambulait dans les rues de la capitale, il rencontra par hasard William McSwan, qu’il n’avait pas revu depuis des années. Les deux hommes se fréquentèrent durant quelques semaines puis le 9 septembre, ils se rendirent dans un pub londonien, The Goat, pour y boire un verre. A cette occasion, ils discutèrent longuement. William lui expliqua qu’il avait peur d’être mobilisé, il n’avait aucune envie de partir à la guerre, et pris d’une inspiration subite, John lui proposa de se cacher dans son nouvel atelier.

79 Gloucester Road

79 Gloucester Road

Une fois dans le sous-sol, John, brusquement animé d’un irrésistible besoin  de sang, frappa son ami d’un coup marteau à la tête, puis il lui trancha la gorge et amenant une tasse sous son cou, il la remplit:  » J’ai pris pris une tasse et après avoir prélevé un peu de sang de son cou dans la tasse, je l’ai bu.  » Il sustenta ainsi pendant trois à cinq minutes, après quoi il se sentit mieux. Il fit ensuite glisser le corps du malheureux dans une grande cuve, puis il versa sur lui une grande quantité d’acide sulfurique mais les vapeurs étaient telles qu’il dut se résoudre à sortir. Deux jours plus tard, quand il retourna à l’atelier pour vérifier l’avancée des opérations, il ne découvrit qu’un tas de boue infâme, qu’il fit disparaitre dans les égouts. John alla ensuite trouver les parents de William, qui avaient gardé une grande tendresse pour lui, et il leur expliqua que fuyant la mobilisation leur fils était rentré dans la clandestinité. Il maintint cette tromperie jusqu’en juillet 1945, leur envoyant régulièrement des fausses lettres de William.

Si la réussite de son plan le laissait euphorique, John avait néanmoins remarqué quelques failles dans son déroulement, qu’il s’empressa de corriger, achetant des masques de bricolage en étain, une pompe et une baignoire en acier. En juillet 1945, la guerre était terminée depuis quelques mois et comme les parents de William s’inquiétaient de ne pas voir revenir leur fils, John décida de mettre fin à leurs tourments. Le 2 juillet, après les avoir attirés dans son sous-sol sous un prétexte quelconque, il procéda à sa manière habituelle, buvant leur sang et faisant disparaitre leurs corps dans un bain d’acide. Par la suite, il affirma avoir tué les deux  » car le sang du père n’avait pas suffi à le satisfaire.  » Il expliqua alors à la propriétaire des McSwan que le couple était allé en Amérique, John demanda à ce que leur courrier lui soit transmis, y compris la pension de M. Donald McSwan. Imitant la signature de William sur un formulaire de procuration et se servant d’un faux nom, John réussit à encaisser les chèques qui leur étaient destinés, vendant également l’une de leur propriété, pour un montant total de 6000£.

Pendant un certain temps, John vécut de cet argent et de celui de ses nombreuses escroqueries puis, comme à son habitude, il vint à en manquer. En automne 1947, se prétendant intéressé par la maison qu’ils avaient mise en vente, John contacta le Dr Archibald Henderson, 52 ans, et son épouse Rose, 41 ans, qui appartenaient à la bourgeoisie et menaient une vie mondaine. John n’acheta jamais leur maison, mais comme les Henderson partageaient le même goût que lui pour la musique classique, durant cinq mois, il les fréquenta activement, jouant souvent du piano pour leur être agréable et se montrant d’une grande gentillesse à leur égard.

Rose et Archibald Henderson

Rose et Archibald Henderson

Peaufinant sa sinistre entreprise, John loua ensuite un nouveau local au numéro 2 de la rue Leopold, à Crawley, et il y déménagea son matériel, y faisant également livrer deux grandes cuves et trois bonbonnes d’acide sulfurique. En février 1948, John visita ses nouveaux amis, passant plusieurs jours en leur compagnie. A cette occasion, il fit de nouveaux cauchemars sanglants, ce qui raviva son obsession. Le 12 février, sous prétexte de lui montrer une nouvelle invention, John, qui se faisait alors passer pour un ingénieur, invita le Dr Henderson à la suivre jusqu’à son atelier mais une fois sur place, se servant d’un pistolet qu’il avait dérobé dans sa maison, il lui tira une balle dans la tête. John ressortit alors chercher sa femme, lui expliquant que son mari se sentait mal, mais à peine était-elle rentrée dans l’entrepôt qu’il l’assassinait de la même manière. Après avoir bu de leur sang comme il aimait à le faire, John plongea les deux corps dans l’acide mais cette fois, le liquide corrosif laissa un pied intact, celui de M. Henderson. Loin de s’en soucier, John vida tous les restes, y compris le pied, dans le coin de sa cour.

John, qui espérait dissimuler leur disparition le plus longtemps possible afin de s’emparer de leurs richesses, écrivit des lettres signées du nom de Rose à certains de leurs proches, dont une à son propre frère. De la vente de leurs biens il tira 8000£ et d’une sinistre manière il fit cadeau de certains des vêtements de Rose à Barbara, dont il restait toujours proche. A un certain moment il frôla la catastrophe, quand M. Burlin, le frère de Rose, se montrant suspicieux, déclara qu’il allait trouver la police. John réussit alors à le convaincre que le couple s’était enfui en Afrique du Sud, suite à un avortement illégal pratiqué par le Dr Henderson. Peu de temps après, avisant l’acte de décès de l’un de ses amis d’école dans un journal local, John écrivit un mot à la mère de ce dernier, l’assurant de sa sympathie et demandant l’autorisation de venir la voir. La pauvre femme, qui était déjà veuve, en fut profondément touchée. Probablement prévoyait-il d’en faire sa prochaine victime, mais la femme déjoua ses plans, perdant la vie de manière inattendue.

Mme Durand-Deacon

Mme Durand-Deacon

Depuis son retour à Londres, John vivait dans des hôtels haut de gamme, ce qui, ajouté à son amour du jeu et à ses goûts de luxe, lui coutait une fortune. Il était souvent endetté, jonglait entre ses créanciers, cherchant sans cesse de nouvelles sources de revenus. Durant cette période, il proposa à plusieurs de ses connaissances une visite de son atelier, mais aucune ne se montra intéressée. Le 18 février 1949, il invita Mme Olive Durand-Deacon, une veuve d’un certain âge qui habitait le même hôtel que lui, à venir dans sa prétendue usine de la rue Leopold afin d’étudier l’idée de faux-ongles en plastique qu’elle avait eue. Elle fouillait dans son sac, cherchant des papiers, quand il lui tira une balle dans la nuque. Après avoir incisé sa gorge avec un canif, John but son sang dans le petit verre qu’il avait prévu à cet effet. Une fois rassasié il s’empressa de la dépouiller de ses biens, puis il glissa péniblement son corps dans la cuve d’acide, la femme faisait bien dans les 90 kg, et brusquement épuisé, il sortit prendre le thé.

Deux jours plus tard, Constance Lane, une amie de Mme Durand-Deacon, signala sa disparition. Le lendemain, John, qui se pensait invulnérable, mit les bijoux de sa victime en gage et il envoya son manteau tâché de sang au nettoyage. Le frère de Rose Henderson, le contacta une nouvelle fois, lui disant que leur mère était gravement malade et que sa sœur devait être prévenue. Il lui expliqua qu’il voulait se rendre à Scotland Yard afin de demander de l’aide, et quand il demanda à John de l’accompagner, ce dernier y consentit, lui proposant même de l’héberger gracieusement lors de son séjour à Londres.

Arrestation et Condamnation

Arrestation John Haigh

Une photo et la description de Mme Durand-Deacon avaient été transmises à tous les postes de police, à la presse et au personnel de l’hôtel où elle résidait depuis deux ans. Avec ses bonnes manières, son élégance, son sourire poli et ses grands yeux bleus John charmait tout le monde et il répondait aux questions des journalistes avec une inquiétude apparente pour la disparue. Cependant, quand le sergent Alexandra Lambourne interrogea le directeur de l’hôtel, il lui fit une description peu flatteuse de M. Haigh, soulignant qu’il leur devait énormément d’argent. Le sergent, qui avait déjà rencontré John, l’avait trouvé habile dans ses réponses mais elle éprouvait un indéfinissable malaise en sa présence, aussi suggéra-t-elle à ses supérieurs de vérifier ses antécédents.

Une heure plus tard, Scotland Yard informa les enquêteurs en charge de l’affaire que l’homme avait été arrêté plusieurs fois pour escroquerie. Une fouille de son atelier s’en suivit, qui révéla des outils, des plateaux, des fils, une feuille de papier de cellophane rouge et un tampon de coton. Trois bonbonnes étaient emballées dans de la paille, non loin d’une pompe, et à un crochet sur la porte, pendait un tablier de caoutchouc auréolé de produits chimiques. Non loin de là étaient rangés une paire de bottes, des gants, un masque à gaz et une étrange mallette qui portait les initiales du suspect. A l’intérieur, se trouvait un ticket de nettoyage à sec pour un manteau d’astrakan, ainsi que divers documents faisant référence aux Henderson et au McSwan, un certificat de mariage, plusieurs passeports, des cartes d’identité, des permis de conduire, un revolver de calibre 38 ayant récemment servi et huit cartouches.

Perquisition à l'Atelier de la rue Leopold

Perquisition à l’Atelier de la rue Leopold

Un bijoutier, un certain M. Bull, contacta les enquêteurs pour leur signaler qu’un homme était passé mettre des bijoux en gage le lendemain de la disparition de Mme Durand-Deacon. L’inspecteur Symes passa chercher les bijoux, qui furent reconnus comme appartenant à la victime. Ils avaient été déposés à la boutique par un certain M. McLean, mais l’assistant du bijoutier se rappelait avoir déjà vu cet homme auparavant, qui se faisait alors appeler M. John Haigh.

Le jeudi 3 mars 1949, le Daily Mirror fit paraitre une histoire macabre qui parlait de chasse au vampire. Le journal ne citait pas de nom mais tout le monde savait maintenant qu’un homme, un certain John George Haigh avait été arrêté, qui était suspecté des plus horribles crimes. Au poste de police, John semblait indifférent. Après avoir fumé une cigarette il lut un journal, puis il s’endormit. Au début, il commença par mentir puis, constatant que la police avait des preuves contre lui, il décida de dire la vérité, se pensant naïvement à l’abri des poursuites:  » Je vais tout vous dire. Mme Durand-Deacon n’existe plus. Elle a complétement disparu et aucune trace d’elle ne pourra jamais être retrouvée. Je l’ai détruite avec de l’acide. Vous trouverez de la boue, et c’est tout ce qu’il en reste, à la rue Leopold. Toute trace a disparu.  » Une fois son monologue terminé, il interpella les enquêteurs, leur demandant avec arrogance comment ils pensaient prouver l’assassinat sans le corps. Dans le cadre de ses lectures, John, qui ne connaissait guère le latin et encore moins le droit, était tombé sur un article qui parlait du  » corpus delicti,  » qui qualifie l’essence même du crime, et se méprenant gravement, il en avait conclu que ce terme désignait le corps de la victime, et qu’en l’absence de cadavre, un meurtrier ne pouvait être condamné.

Le médecin légiste Keith Simpson découvrit la boue dont le suspect avait parlé dans la cour de son atelier. Une analyse fut alors réalisée, qui révéla 12 kg de graisse humaine, trois calculs biliaires, une partie de pied gauche, dix-huit fragments d’os humains, des prothèses dentaires intactes, la poignée d’un sac en plastique rouge et un tube de rouge à lèvre. Du sang fut prélevé sur les murs, qui était le même que celui qui tâchait le manteau de la victime, et la manche de l’une des chemises de John.

John avoua spontanément les meurtres des McSwans et des Henderson, mais également celui d’un jeune homme nommé Max, d’une jeune fille, et d’une femme d’âge moyen. Il décrivit précisément tous les crimes, signalant avoir pris  » son jet de sang de chacune de ses victimes,  » mais comme les trois dernières personnes ne furent jamais identifiées, la police supposa qu’il les avait inventés.

Durant son séjour en prison, de nombreux médecins, parmi lesquels certains psychiatres, vinrent l’examiner, qui en arrivèrent tous à la même conclusion: John était sain d’esprit. Ils pensaient qu’il simulait la folie, qu’il avait inventé ses cauchemars, et ils doutaient qu’il ait réellement bu le sang de ses victimes. Seul le Dr Henry Yellowlees l’estimait malade, probablement atteint de paranoïa. D’après son analyse, John croyait accomplir un certain destin en assassinant ses victimes, et il se pensait au-dessus des lois.

Les parents de John furent terriblement affectés par la nouvelle de son arrestation, tout comme la jeune Barbara, qui n’avait jamais cessé de l’aimer. Lorsqu’elle lui rendit visite en prison, elle s’attendait à trouver un homme brisé, un innocent accusé à tort, mais loin de se trouver dans cet état d’esprit, John semblait se complaire de l’attention qu’il attirait et il admettait tous les faits qui lui étaient reprochés. Comme elle avait lu les articles dans les journaux, la jeune femme réalisait que toutes ses victimes, ou presque, étaient de ses amis. Alors un jour, tourmentée par le doute, elle lui demanda s’il avait déjà pensé à la tuer, elle aussi. John sembla surpris de sa question et il lui assura qu’une telle idée ne lui était jamais venue à l’esprit, que jamais il n’aurait touché un cheveux de sa tête.

Le 18 juillet 1949, s’ouvrit le procès de John Haigh, qui était présidé par le juge Humphries. Quatre mille personnes attendaient dans l’espoir d’obtenir un siège dans le tribunal, et il y eut de nombreuses déceptions. Quelques-uns tentèrent de vendre leur place, mais les policiers qui gardaient la salle d’audience s’en aperçurent, et mirent fin à l’histoire. Comme John n’avait pas les moyens d’engager un avocat pour assurer sa défense, Stafford Somerfield, un journaliste, avait passé un accord avec lui. The News of the World acceptait de payer son avocat s’il leur fournissait en exclusivité l’histoire de sa vie. John, qui aimait à parler de lui-même, avait aussitôt commencé à écrire.

John durant son Procès

John lors de son Procès

John plaida non-coupable, et aucune question ne fut soulevée quand à sa capacité mentale. Pour l’accusation, l’affaire était simple. John Haigh avait prémédité tous ses crimes dans le but de voler les biens de ses victimes, et trente-trois témoins furent appelés à la barre pour tenter de le prouver. L’avocat de la défense souligna le comportement aberrant de son client, puis il expliqua qu’il était en proie à une maladie mentale affectant son jugement, faisant appeler le Dr Yellowlees, qui était le seul témoin de la défense. Le psychiatre rapporta ses entretiens avec l’accusé, comparant ses différents symptômes avec ceux de la paranoïa, mais comme il ne pouvait apporter la preuve que John avait réellement bu le sang de ses victimes et qu’il semblait savoir que ses actes étaient répréhensibles, la défense s’effondra. Tout au long du procès John fit des mots-croisés, apparemment indifférent à son sort, et il ne prêta aucune attention à la procédure jusqu’aux discours de clôture, qualifiant celui du juge de chef-d’œuvre. Il fallut seulement quinze minutes au jury pour décider de sa culpabilité. Le juge lui demanda s’il avait quelque chose à rajouter, et comme John lui répondit que non, il prononça la sentence.

John, qui semblait guère se soucier de mourir, refusa de faire appel. Après le procès, deux médecins vinrent observer le condamné à la prison de Wandsworth, qui en conclurent eux-aussi qu’il jouait la comédie. Le ministre de l’intérieur ordonna alors une enquête spéciale, trois éminents psychiatres se penchèrent sur son cas, qui en arrivèrent aux mêmes conclusions. John Haigh n’était pas fou et il ne souffrait pas d’une maladie mentale qui aurait pu entraver sa responsabilité morale.

John, qui attendait l’exécution de la sentence en prison, termina alors de rédiger l’histoire de sa vie comme il l’avait promis au journal. Il écrivit un mot de remerciement au psychiatre qui était venu le défendre, quelques lettres à sa bien-aimée Barbara et à ses parents, leur confiant son espoir de les retrouver au ciel. Ses parents, qui étaient alors âgés, ne firent pas le déplacement pour venir le voir, mais sa mère envoya un journaliste en prison pour lui parler en son nom. Le Musée de Madame Tussaud lui demanda la permission de faire un masque de mort de son visage, ce que John fut ravi de lui accorder. Il ne craignait pas d’être pendu. Alors qu’il attendait la mort dans sa cellule, il écrivit à sa mère:  » Mon esprit restera attaché à la terre pendant un certain temps. Ma mission n’est pas encore accomplie.  »

John George Haigh fut exécuté le 6 août 1949, le sourire aux lèvres. Il légua ses vêtements au Musée de Madame Tussaud, où une statue de cire le représentant fut érigée. Avant de mourir, il avait demandé à ce que son apparence soit toujours impeccable, ses pantalons plissés, ses cheveux bien coiffés, et que le bout de ses manches de chemise soient apparentes.

La Statue de Cire

La Statue de John

 » J’ai été poussé à tuer par de sauvages démons sanguinaires, l’esprit qui se trouvait à l’intérieur de moi m’ordonnait de tuer. « 

Sources: John George Haigh, the Acid-Bath Murderer: A Portrait of a Serial Killer and His Victims de Jonathan Oates, et Clinical Vampirism: A presentation of 3 cases and a re-evaluation of Haigh, the acid-bath murderer, de R. E Hemphill et T. Zabow.

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