L’Emprise des Ténèbres, la Vraie Histoire

Affiche L'Emprise des Ténèbres

Le film L’Emprise des Ténèbres (The Serpent and the Rainbow), de Wes Craven, est basé sur un ouvrage de l’ethnobotaniste et anthropologue Wade Davis, qui en a par ailleurs écrit le scénario. Son livre relate les études qu’il a menées sur les pratiques vaudou, et plus précisément sur les zombies en Haïti. L’idée d’enquêter sur le processus de zombication lui était venue après avoir pris connaissance de l’histoire de Clairvius Narcisse.

Clairvius Narcisse avait été déclaré officiellement mort le 2 mai 1962 des suites d’une maladie à l’hôpital Deschapelles d’Haïti et on l’avait mis en terre dès le lendemain, dans un petit village près d’Esther. Selon son témoignage, après avoir été frotté avec de la poudre de zombie, il avait assisté impuissant à son propre enterrement. Il pouvait voir et entendre mais il n’arrivait pas à parler et il ne ressentait rien. On l’aurait ensuite déterré et forcé à travailler en tant qu’esclave dans une plantation en compagnie d’autres zombies.
Les propriétaires de la plantation droguaient régulièrement leurs esclaves afin de les conserver dans cet état de mort-vivants. Clairvius Narcisse n’avait du son salut qu’à l’erreur d’un surveillant qui avait oublié de lui donner sa drogue journalière. Il avait repris conscience 2 ans après sa mort mais il n’avait pas osé rentrer lui car il savait qu’il avait été victime de zombification par un hougan (sorcier vaudou) à la demande de son propre frère, pour une sombre histoire d’héritage, et il craignait de le rencontrer. Il avait donc erré dans le pays durant 16 ans, jusqu’à la mort de son frère. Il avait ensuite retrouvé sa sœur et lui avait raconté son histoire. L’année suivante Wade Davis se pencha sur son cas, dans l’idée d’en écrire un long reportage. Voici un exposé où le il nous parle ses recherches sur les zombies, tiré d’une interview qu’il donna en 1983 au Journal of Ethnopharmacology.

Clairvius Narcisse montre sa tombe

Clairvius Narcisse montre sa tombe

 » La littérature anthropologique et populaire sur Haïti regorge de références aux zombies. Dans ces histoires, les zombies sont des victimes innocentes, des morts-vivants extirpées de leurs tombes par des prêtres vaudou malveillants (les Bocors). Ils errent dans un état de transe comateux et ils sont obligés de peiner indéfiniment comme esclaves. La plupart des auteurs ont publiquement estimé que le phénomène était folklorique néanmoins il reconnaissent aussi que la majorité de la population haïtienne croit en à la réalité des zombies.

Il y a longtemps de cela, en 1938, Zora Hurston, une élève de Franz Boas à l’université de Columbia, suggéra qu’il pouvait y avoir une base matérielle dans le phénomène des zombies. Après avoir visité ce qu’elle pensait être un zombie dans un hôpital près de Gonaïves, dans le centre-nord d’Haïti, elle en avait conclu qu’il ne s’agissait pas de réveiller les morts, mais qu’il était question d’une apparence de mort induite par une drogue connue de quelques-uns: un secret probablement ramené d’Afrique et transmis de génération en génération. Les Bocors savaient se servir de la drogue et ils connaissent son antidote. Selon ses conclusions, il était évident que cette drogue détruisait la partie du cerveau qui réagissait la parole et la volonté. La victime pouvait se déplacer et agir, mais elle ne pouvait plus formuler de pensées.
L’intérêt scientifique pour le poison de zombie a été récemment ravivé récemment par des cas signalés de zombies sous la garde du psychiatre haïtien Lamarque Douyon. Dans l’un des cas, il a été suggéré que le patient avec été zombifié par un bocor qui avait utilisé un poison. Les médecins qui s’occupaient du dossier ont reconnu que le dosage correct du médicament approprié pourrait réduire le seuil métabolique d’un individu à tel point qu’il pourrait sembler mort. Conscients du potentiel médical profond d’un tel médicament, ils m’ont demandé, en 1982, d’enquêter sur la composition du poison de zombie en Haïti.

Zora Neale Hurston et Wade Davis

Zora Neale Hurston et Wade Davis

Au cours de trois expéditions, les formules complètes de cinq poisons utilisés pour faire des zombies ont été recueillis dans quatre villages perdus en Haïti. Bien qu’un certain nombre de lézards, de tarentules, de serpents venimeux et de mille-pattes rentrent dans la composition de diverses préparations, il y a cinq ingrédients d’origine animale qui reviennent constamment:
Des restes humains brûlés et enterrés, une petite grenouille d’arbre, un ver polychète, un grand crapaud du Nouveau Monde, et une ou plusieurs espèces de poisson-globe. L’ingrédient le plus puissant est le poisson-globe, qui contient des toxines neurotoxiques mortelles connues comme la tétrodotoxine.
Les effet de l’intoxication à la tétrodotoxine ont été bien étudiés. La source la plus connue d’empoisonnement étant le poisson fugu japonais. Les Japonais acceptent les risques en consommant ces poissons car ils aiment les effets physiologiques secondaires exaltants qui en découlent, comme les sensations de chaleur, les rougeurs de la peaux, les légères paresthésies de la langue et des lèvres et l’euphorie qu’il procure.
Dans la littérature japonaise, les cas d’empoisonnement au fugu ressemblent à des histoires de zombies. Par exemple, un homme était mort après avoir mangé du fugu et il reprit conscience sept jours plus tard dans une morgue. Il affirma qu’il se rappelait tout de l’incident et il déclara qu’il craignait d’être enterré vivant. Un autre cas concernait un homme qui avait quitté un cercueil que l’on portait au crématorium. L’été dernier, un Japonais empoissés par du fugu est revenu à la vie après qu’on ait cloué son cercueil.

Un des patients zombie qui décrivit ses expériences m’a dit qu’il était resté conscient tout le temps, mais complétement immobilisé. Lorsqu’on l’avait déclaré mort, il avait entendu les pleurs de sa sœur et, pendant son enterrement, il avait eu l’impression de flotter au-dessus de sa tombe. Il se souvenait aussi que le premier signe de malaise qu’il avait ressenti avant de rentrer à l’hôpital avait été une difficulté à respirer et puis, ses lèvres avaient viré au bleu. Il ne savait pas combien de temps il était resté enterré avant que le responsable de sa zombification ne le relâche. D’après son témoignage et son dossier médical, au moment de sa mort apparente, il présentait clairement vingt et un, ou presque, des symptômes importants associés à l’empoisonnement à la tétrodotoxine.
Les poisons que j’ai recueillis au cours de mes deux premières expéditions sont en cours d’analyse. Les expériences préliminaires sur des rats et des singes ont été des plus prometteuses. Vingt minutes après avoir appliqué le poison sur l’abdomen d’un singe, le comportement agressif de l’animal avait nettement diminué et il avait adopté une posture catatonique. Il était resté prostré durant neuf heures. Sa récupération avait été complète.

Ces résultats préliminaires en laboratoire, ainsi que la documentation et les données recueillies dans le domaine du biomédical indiquent qu’il existe bien une base ethnopharmacologique dans le phénomène des zombies. Les toxines contenues dans le poisson-globe sont capables d’induire des d’états physiques pharmacologiquement similaires à celles qui caractérisent les zombies en Haïti. Que les symptômes décrits par l’état d’un patient zombie ressemblent aussi étroitement aux symptômes d’une intoxication à la tétrodotoxine tels qu’on peut les trouver dans la littérature japonaise suggère que le sujet a été exposé au poison.
Des enquêtes ethnopharmacologiques, nous savons que le poison abaisse le taux métabolique de la victime pratiquement au point mort. Déclaré décédé par les médecins traitants qui vérifient ses signes vitaux superficiels, considéré comme mort par sa famille et par son créateur, la victime est alors enterrée vivante. L’on peut supposer que dans de nombreux cas la victime succombe au poison ou d’avoir suffoquer dans son cercueil. La croyance largement répandue de l’existence de zombies en Haïti, cependant, est basée sur les cas où la victime reçoit la bonne dose de poison, se réveille dans le cercueil avant d’être déplacé de sa tombe par son créateur.
La victime, affectée par la drogue et traumatisée par la situation est ensuite immédiatement frappée par les assistants du fabricant de zombie. Il est ensuite attaché et conduit devant une croix afin d’être baptisé d’un nouveau nom de zombie. Après le baptême, on lui fait manger une pâte contenant une forte dose d’un psychotrope (Daruta Stramonium) connu en Haïti sous le nom de  » concombre de zombies « , qui induit un état de psychose lors de son ingestion. Ainsi intoxiqué, il devient alors un zombie que son créateur peut aisément contrôler.  »

Mimerose Casimir

Mimerose Casimir

Le cas le plus récent de zombification que nous connaissons est celui d’une jeune femme, Mimerose Casimir.  Au cours du printemps 2008, Mimerose Casimir était souffrante et elle s’était rendue à Tiburon, localité d’où elle était originaire. La jeune femme, qui était mère de trois enfants, fut supposée morte des suites de sa maladie par ses proches qui l’enterrèrent à Tiburon le 8 avril 2008 avant de retourner à Port-au-Prince. A leur grande surprise, sept mois plus tard, ils aperçurent Mimerose à la célébration du Bicentenaire de Port-au-Prince. Elle était bien en vie, et, étrangement, elle portait toujours la robe mauve avec laquelle elle avait été enterrée. Elle semblait cependant très confuse.

Les membres de sa famille l’avaient alors amenée chez le pasteur Joseph Maxo, qui était connu pour s’occuper de cas de ce genre. Mimerose avait expliqué par la suite que durant sa détention, elle avait été contrainte de travailler dans des bus de Tiburon et dans d’autres villes du pays. Afin de s’assurer de sa soumission, ses nouveaux maitres lui avaient infligé d’horribles traitements. Après lui avoir fendu la plante des pieds avec des lames de rasoirs, ils l’avaient battue fréquemment et violemment, comme en témoignaient ses nombreuses cicatrices. Elle avait réussi à s’enfuir, ainsi que d’autres zombies, au cours du mois d’aout, durant l’incident qui avait lieu au Cap-Haïtien.

Selon une interview donnée par le pasteur Joseph en 2008, plusieurs entreprises de Port-au-Prince emploieraient des personnes zombifiées qui ne demanderaient qu’à être libérées de leur condition. Les victimes seraient tellement nombreuses qu’il projetait même d’ouvrir un centre de réhabilitation pour zombies.

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