Les Dossiers Warren: La Hantise de West Point

Ed et Lorraine WarrenEn octobre 1972, le directeur de la United States Military Academy de West Point téléphona à Ed et Lorraine Warren, tous deux enquêteurs du paranormal, un jour avant la conférence qu’ils devaient faire aux cadets. Bien que ses explications soient délibérément vagues, il leur dit néanmoins qu’un étrange problème de sécurité était survenu et qu’il voulait savoir s’ils étaient prêts à les aider, à titre professionnel, lors de leur venue. Sans même savoir de quoi il s’agissait, les Warren lui promirent de lui prêter assistance.  »  Bien, soupira le directeur, visiblement soulagé. Je vous enverrai une voiture demain à quinze heures.  »

Le lendemain après-midi, peu après seize heures, Ed et Lorraine passaient les portes de l’académie. Un sergent conduisit la voiture devant l’entrée des locaux, puis il ouvrit la portière arrière et escorta les Warren jusqu’au bureau du directeur. Le major Donald Bolling, un homme ordonné de nature joviale, offrit un siège aux enquêteurs puis il les informa de leur programme de la journée: diner avec les officiers de la faculté à dix-huit heures, suivie d’une conférence pour toutes les classes de cadets à vingt.  » Autre chose  » , leur dit-il. Il leur expliqua alors qu’une violation de la sécurité incompréhensible se produisait dans la maison du commandant-général, le surintendant de West Point.
Naturellement, la police militaire s’était déjà penchée sur le problème, mais il n’avait rien trouvé et les choses avaient même empiré. Par conséquent, le major se  demandait si le phénomène avait vraiment une explication naturelle.  » Donc, si vous n’avez pas d’objection, le surintendant voudrait vous parler avant le diner « , conclut-il.  » Nous serons heureux de vous aider « , répondit Ed. Connaissez-vous la nature du problème? « . Le directeur eut alors un sourire, et leur dit:  » Il y a un fantôme au quartier général.  »

Lors de cette discussion, des limites strictes furent posées et le major les prévint que tous les enregistrements qu’ils feraient seraient la propriété du gouvernement américain. Puis, après avoir éteint les lumières, il prit sa casquette, escorta les Warren jusqu’à la porte du bureau et les présenta à un photographe de l’armée qui attendait dans le couloir.

A l’extérieur, seul l’appel des cadet qui défilaient en cet après-midi grisâtre brisaient le silence. Le groupe se rendit jusqu’aux quartiers du surintendant, qui étaient officiellement connus comme la Sylvanus Thayer Mansion, une structure de brique imposante, construite dans le style fédéral. Un serviteur répondit à la porte d’entrée de la maison et fit rentrer le groupe à l’intérieur. Quelques instants plus tard, le commandant général et son épouse pénétraient dans le hall d’entrée où on leur présenta les Warren.

Lorraine Warren, le général et sa femme

Lorraine Warren, le général et sa femme

Le général impressionna Lorraine. Elle le trouvait gentil, compatissant, d’une grande sagesse et d’une grande intelligence. La femme du général pria ses invités de se diriger au salon, une pièce magnifique qui avait été décorée de meubles d’époque, puis le général commença à parler:  » Rien de macabre ne s’est déroulé ici « , déclara-t-il, assis dans ce qui semblait être son fauteuil préféré.  » Néanmoins, un certain nombre d’incidents arrivent continuellement dans cette maison et, jusqu’à présent, personne n’a été en mesure de me les expliquer. Un peu d’histoire: dans le sous-sol, il y a un bureau d’étude privé. Cette pièce est fermée à clef et elle est sécurisée. Mais, quoi qu’on fasse, le lit qui se trouve là se trouve toujours défait et des fantômes ont été vus voltigeants à l’étage. Je n’en ai pas vu, mais ils sont signalés depuis des années, et apparemment, ils vont avec la maison. Maintenant, je ne vous aurais jamais parlé de tout ça si nous n’avions un problème persistant et inhabituel: des objets personnes et d’autres articles importants sont souvent rapportés manquants. Pas volé, mais temporairement manquants.  »
Le général s’arrêta un instant et mit ses lunettes.  » Je vous l’accorde, rien de tout cela n’est extrêmement important, c’est juste une question de perspective.
L’une des responsabilités du commandant est le protocole social. Dans cette maison, nous recevons souvent des chefs de gouvernements et des gradés haut placés de l’Armée. Récemment, en des occasions spéciales, des événements potentiellement graves sont survenus. Des portefeuilles ont été volés, de l’argent et des objets personnels ont été dérobés à d’éminents dignitaires et à leurs épouses. Plus tard, tous les objets volés ont été retrouvés à l’étage, rangés de manière ordonnée sur la commode de notre chambre à coucher principale. Cette folie ne peut pas continuer, dit le général avec force. Pourtant, nous savons que personne n’a commis ces actes. Donc ma question pour vous, M. et Mme Warren, est la suivante: si c’est un fantôme, et j’insiste, si c’en est un, dites-moi: un fantôme peut-il manipuler des objets physiques?  »
 » Oui, c’est possible « , répondit Ed. Si les objets sont légers, comme ceux que vous décrivez.  » Immédiatement, le général demanda,  » Est-ce que ça ressemble à un fantôme, d’après vous?  »  » D’après ce que vous dites, oui, répondit Ed. En fait, il est fort probable qu’un esprit humain soit ici à l’oeuvre car les objets ne disparaissent pas complétement.  »
Surpris par la réponse, le général regarda Ed un instant.  » Seriez en mesure de dire s’il y a un fantôme qui vole les portefeuilles dans cette maison?  »
Lorraine lui proposa alors:  » Monsieur, je suis clairvoyante. La meilleurs des choses à faire serait de marcher dans la maison. Cela me permettrait de déterminer si, en fait, un esprit est à l’origine des perturbations. C’est le meilleur test.  »

Le général et sa femme acceptèrent et tout le monde se leva. Ed et le major Bolling se dirigèrent vers le sous-sol avec la clef de l’étude afin d’inspecter la pièce. Comme d’habitude, le fait était défait, et il donnait l’impression que quelqu’un avait dormi dedans. Pourtant, rien d’autre n’avait été dérangé. Ils fermèrent la porte et se dirigèrent alors vers l’étage. Dans la cuisine du premier étage, le Major montra une planche à découper qui portait une tache humide.  » Elle sèche presque, puis chaque après-midi, elle redevient humide! « , lui expliqua-t-il.

Accompagnée du général et de sa femme, Lorraine se tenait les yeux fermés au centre du salon qui se trouvait en bas des escaliers, essayant de percevoir une présence invisible. Rien ne semblait hanter le premier étage, bien que Lorraine se soit sentie transpercée dans l’une des chambres à l’arrière du manoir. Soudain, elle déclara:  » Cette chambre, cette chambre là, c’est là que John Kennedy est resté quand il a visité West Point. Les vibrations sont vraiment belles ici.  » Un peu surprise, l’épouse du général dit à Lorraine qu’elle avait raison:  » C’était la chambre à coucher du président: il ne pouvait monter les escaliers à cause de son dos.  »

Quittant le premier étage, la femme du général ouvrit la voie jusqu’au deuxième. Lorraine s’arrêtait dans chaque chambre, s’imprégnant des vibrations laissées par les puissantes personnalités qui avaient passé du temps dans la maison, sans découvrir aucun esprit malicieux. Puis, dans l’une des chambres, elle resta immobile un long moment, silencieuse.  » Une femme âgée a passé un long moment dans cette pièce « , songea-t-telle. Elle se dirigea vers la fenêtre et, regardant les cadets en formations qui s’agitaient sur le terrain, elle déclara:  » C’était une femme très sage qui partageait une charge avec un homme qui était dans sa vie. Elle le conseillait, mais l’homme n’était pas son mari.  »
 » L’homme était Douglas Mac Arthur, acquiesça le général. La vieille femme était sa mère. Cette chambre était celle de Mme Mac Arthur quand son fils était surintendant ici.  »
Le groupe redescendit au salon et tout le monde se retrouva réunit.

Là, Lorraine admit qu’elle ne sentait pas la présence de l’esprit qui causait les phénomènes mais, d’un autre côté, il était possible que l’entité les ait délibérément évités.  » Est-il possible de découvrir cela? « , demanda le major.  » Oui, lui répondit Lorraine. Ça peut être déterminé en état de transe.  »
Le directeur la regard, l’air inquiet:  » Est-ce à dire que nous devons tenir une séance?  »  » Non, répondit-elle en riant. Je vais juste m’asseoir à un moment de la soirée, une fois que le brouhaha et les vibrations de la journée auront diminué.  » Il avait été décidé de tenir une réunion dans la maison après la conférence du soir. Si le problème pouvait être résolu une fois pour toutes, alors ça valait la peine d’essayer.

Lors du diner qui se tint à dix-huit heures, les Warren furent introduits auprès des membres du personnel de l’université de West Point, qui, avec leurs épouses, se montrèrent extrêmement curieux des questions surnaturelles.
A vingt heures, Ed et Lorraine présentèrent leur exposé sur les esprits à l’auditoire. Ils leur parlèrent comme d’habitude, leur présentant des diapositives de fantômes, d’apparitions et autres manifestations inhabituelles et tous se montrèrent impressionnés. Bien que la conférence soit un succès et que tout le monde se soit montré enthousiaste, aucun des cadets n’imaginait un instant que de telles choses se produisaient à West Point. Au cours de la séance de questions qui clôturait la conférence, une jeune femme d’une trentaine d’années se leva et elle dit aux Warren qu’elle sentait que c’était le bon moment pour raconter quelque chose qu’elle avait gardé toute sa vie. Elle voulait que chacun sache que ce qu’ils disaient était vrai, que ces choses étranges existaient. Son père était chef de vol dans cet escadron de chasseurs qui avait disparu dans le triangle des Bermudes en 1945 et jamais il n’était retourné chez lui. Lui et ses hommes avaient tous disparu en mer. Et si des gens aimaient à penser que c’était une sorte de canular, ça n’était pas le cas. Quand elle se rassit, l’ensemble des auditeurs se levèrent et l’acclamèrent. Puis la conférence prit fin et, après avoir salué les cadets, Ed dit bonne nuit à tout le monde.

Les Warren retournèrent vers la Thayer Mansion en compagnie du directeur, plus quelques officiers et leurs épouses dont ils avaient fait la connaissance au diner. Lorraine expliqua au major qu’elle sentait que la chambre de Mme MacArthur était le lieu le plus favorable pour tenter d’établir une communication et il lui apprit que le général et son épouse devaient se rendre à New York en hélicoptère à dix heures mais qu’ils passeraient les voir avant de partir.  » Très bien « , répondit-elle.
Après que les serviteurs lui ait ouvert la porte, le groupe monta jusqu’au premier étage. Une fois dans la chambre de MacArthur, les officiers et leurs épouses s’assirent sur le plancher et Lorraine leur expliqua que les gens passaient un tiers de leur vie à dormir, ce qui laissait une excellente source de vibrations.

Toutes les lumières étaient éteintes, sauf une. Lorraine ferma les yeux et commença à parler à haute voix:  » Je vois un homme noir approcher. Il porte un uniforme sombre, sans tresse ni décoration. Cet homme est avec nous maintenant.  »
Tous les yeux fouillèrent alors la chambre, mais rien n’était visible.  » Cet homme est dominé par un sentiment de peur, de culpabilité, et il n’arrive pas à accepter. Il se sent désolé pour quelque chose.  »
Lorraine s’arrêta, le corps et les bras tétanisés.  » Il me parle maintenant. Il me dit qu’il a été accusé d’assassinat. Sa cellule était au sous-sol. Mais l’armée l’a exonéré. Il se sent désolé, vraiment désolé, mais il ne peut retenir sa douleur plus longtemps. C’est pourquoi il a pris les portefeuilles, il veut que l’armée connaisse son chagrin. »
Tout le monde était silencieux dans la pièce, attendant la suite.  » Quel est votre nom, jeune homme?, demanda Lorraine. Donnez-moi votre nom. Il me dit que son nom est Greer. Il l’épelle G R E E R. A quelle date? C’était au début du XVIIe siècle, il n’en sait pas plus. Il dit qu’il veut juste que sa peine soit reconnue. Il veut savoir qui je suis.  »
Lorraine, en transe profonde, commença à se pencher en avant mais Ed lui conseilla de se basculer en arrière.  » M. Greer, dit-elle. J’ai été envoyée par l’armée pour découvrir votre problème. Non, M. Greer, vous n’êtes pas obligé de rester dans le déshonneur. Votre exonération était un but. C’est écrit dans les dossiers que la mort que vous avez causée n’était pas un meurtre. Votre exonération existe encore. Écoutez-moi, M. Greer. Votre douleur a été entendue par l’armée, mais il faut que votre tristesse cesse. Il n’y a rien que nous pouvions faire pour vous. Vous êtes celui qui vous retient; vous devez vous disculpez. Il s’est écoulé assez de temps. Nous sommes au XXe siècle. ce sont les années soixante-dix. Vous ne comprenez pas le présent. Chaque fois que vous prenez des biens d’une personne importante, vous mettez l’armée dans une position très dangereuse. Il me dit qu’il n’a plus besoin de le faire. Il se sent confus. Il veut revenir à la vie.  »

Les bras de Lorraine se relâchèrent, et elle commença à sortir de la transe.  » Lorraine, lui dit Ed avec force, reste avec lui. Essaie de le guider.  » Lorraine resta silencieuse un long moment puis sa voix s’éleva à nouveau:  » Pour vivre une nouvelle fois, M. Greer, vous devez aller vers la lumière. Il est temps pour vous d’abandonner et de recommencer. Tout le monde doit le faire. Concentrez-vous sur la lumière et faites un pas vers elle. Allez vers vos amis et votre famille. Retournez dans la lumière, M. Greer. Concentrez-vous sur la lumière et allez vers elle.  »
Puis brusquement, Lorraine se réveilla et ouvrit grand les yeux.  » Il est parti. Je l’ai perdu « , déclara-t-elle.

Les lumières furent rallumées et les officiers et leurs épouses se levèrent, parlant à voix basse. Lorraine, debout au centre du groupe, donna une description complète de l’homme et expliqua à la fin:  » Greer a tout simplement disparu.  »
Peu après, tout le monde se mit à partir et bientôt il ne resta que les Warren et le directeur dans le salon. Quelques minutes plus tard, le général et son épouse arrivèrent. Lorraine leur résuma brièvement la conversation qu’elle avait eue, expliquant, en conclusion:  » Je n’ai pas eu l’impression que Greer avait vraiment envie d’être ici. D’une certaine façon, je pense qu’il attendait juste d’être rejeté. Après cela, je doute que de nouveaux portefeuilles soient dérobés. Mais si cela se reproduisait, faites-le moi savoir s’il vous plait. Il y a des choses que je peux faire à distance.  »
 » C’est très gentil de votre part, déclara le général. Cependant, il y a un petit problème. Aucun homme noir n’a jamais servi à West Point jusqu’à ce siècle. Mais je vous promets que le major vérifiera complétement ce détail au cours des prochaines semaines.  »
Comme ils parlaient dans le hall d’entrée, le bruit d’un hélicoptère se fit entendre. Il était temps de partir. Après des remerciements et les politesses d’usage, le général et sa femme traversèrent la pelouse et montèrent à bord du grand hélicoptère à destination de New York. Les Warren se glissèrent sur le siège arrière de la limousine qui les attendait, se demandant si Greer avait enfin terminé le voyage qu’il avait commencé depuis plus d’un siècle.

Quelques semaines plus tard, alors qu’ils donnaient des cours à l’Université de Boston, Ed et Lorraine Warren durent quitter l’estrade pour réponde un appel téléphonique en provenance de West Point. Leur interlocuteur leur dit:  » S’il vous plait, pourriez-vous faire quelque chose? Le fantôme d’un cavalier de la guerre civile refuse de quitter le dortoir où se trouvent nos chambres????  »

Source: The Demonologist: The Extraordinary Career of Ed and Lorraine Warren.

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