Le Fantôme de John Weston

Tempête Minnesota 1873En janvier 1873, une tempête de neige balaya le Minnesota pendant trois jours, qui fut la plus terrible de son histoire et coûta la vie à soixante-dix personnes. Le soir du second jour John Weston, un homme qui était mort de froid et que personne n’était parvenu à retrouver, vint visiter ses proches et il leur indiqua l’endroit où se trouvait son corps.

Petite Décoration

Le 13 novembre 1872, une tempête commença à souffler sur le Minnesota, qui dura trois jours et recouvrit les plaines et les chemins d’une épaisse couche de neige. L’état resta ainsi figé dans le froid pendant presque deux mois puis le 7 janvier 1893 un soleil éblouissant vint illuminer le comté de Nobles, au grand soulagement de ses habitants qui crurent voir dans ce ciel dégagé un signe du Dégel de Janvier. Pourtant, depuis plus de vingt-quatre heures, un instituteur de Worthington, la capitale du comté, répétait à qui voulait l’entendre que la pression de son baromètre anéroïde s’était effondrée, atteignant un niveau qu’il n’avait jamais vu auparavant. Malheureusement, ses mises en garde ne semblèrent inquiéter personne.

En début de matinée John Weston, un fermier qui habitait la petite ville de Seward, et deux de ses voisins décidèrent de profiter de cette journée prometteuse pour aller chercher du bois près de Graham Lakes, à vingt-cinq kilomètres de là. Quelques heures plus tard, une légère pluie commença à tomber, qui se transforma rapidement en neige, mais l’air était chaud et humide avec un léger vent du sud et leur voyage ne s’en trouva guère affecté. Vers midi, les deux voisins ayant fini de remplir leurs traineaux ils se mirent en route pour retourner chez eux et John, qui avait eu besoin d’un peu plus de temps pour charger le bois sur son chariot à bœufs, les suivit à trois kilomètres de distance.

A quinze heures, les trois hommes étaient toujours en chemin quand soudain un vent glacial commença à se lever, qui se transforma rapidement en ouragan, puis les températures s’effondrèrent brutalement pour atteindre dix-huit degrés au-dessous de zéro et l’air se remplit d’une neige aussi fine que de la farine. Elle tourbillonnait dans le vent violent et s’infiltrant dans tous les orifices elle aveuglait les voyageurs, masquant le paysage au-delà de cinq mètres de distance. John Weston finit par atteindre sa propriété mais il en fit deux fois le tour sans parvenir à trouver sa maison et complétement désorienté il repartit vers Graham Lakes. Il erra dans le blizzard pendant un certain temps puis il détacha les bœufs de son charriot, qu’il abandonna sur place, et il continua à avancer à pied. Il parcourut environ dix-neuf kilomètres avant de s’effondrer le visage dans la neige. Ses deux compagnons eurent plus de chance que lui. L’un d’eux parvint à retrouver sa maison durant la nuit, et l’autre fut découvert au petit matin, qui était toujours en vie.

Le lendemain, avant même que la tempête soit terminée, M. W. Cosper, l’un des voisins et le meilleur ami de John Weston, rassembla quelques volontaires puis il partit à sa recherche. En inspectant sa propriété, les hommes remarquèrent des traces de roue dans la neige, qui faisaient deux fois le tour de la ferme de John avant de s’éloigner vers l’est, et ils réalisèrent avec effroi que le malheureux avait réussi à retourner chez lui sans jamais parvenir à trouver à sa maison. Suivant les empreintes du chariot, ils découvrirent les cadavres des bœufs, qui s’étaient étranglés eux-mêmes avec leur attelage, puis le chargement de bois, mais malgré tous leurs efforts ils ne purent trouver aucun signe de John.

M. Cosper retourna chez lui peu avant le coucher du soleil puis, comme il devait donner à boire à ses chevaux, il prit le seau dans l’étable et se dirigea vers le puits. Il se trouvait à mi-chemin quand soudain il eut la surprise de voir John Weston qui venait à sa rencontre en souriant, les mains cachées sous la cape de son manteau militaire, et stupéfait il s’écria:

– Hey Weston! Et bien, je pensais que tu étais perdu dans la tempête.
– Je l’étais, lui répondit John. Et tu trouveras mon corps à deux kilomètres au nord de Hersey!

Alors peu à peu, l’image de John Weston commença à s’estomper, un peu comme de la fumée qui se dissipe et disparait, et réalisant brusquement qu’il venait de parler à un fantôme, M. Cosper se mit à trembler. Il resta un long moment debout sur le chemin sans parvenir à bouger puis recouvrant brusquement ses esprits il courut raconter l’histoire sa femme, laquelle s’empressa d’en parler à ses voisins et bientôt tout le monde sut que le fantôme de John Weston était apparu à son meilleur ami.

M. Cosper était un homme d’excellente réputation, intelligent, peu superstitieux et respecté de tous, aussi ses amis et ses proches supposèrent-ils qu’il avait été d’une mauvaise plaisanterie. Cependant, comme il s’entêtait dans son histoire, de nouvelles équipes de recherche furent formées, qui fouillèrent Hersey et ses environs sans succès. Alors, comme la neige semblait avoir englouti le corps du malheureux fermier, il fut décidé d’attendre le printemps pour reprendre les recherches. En avril, après la fonte des neiges, John Weston fut finalement retrouvé au fond d’un marécage, à deux kilomètres exactement au nord d’Hersey, exactement comme son fantôme l’avait indiqué. Avant de mourir, ses mains avaient creusé la neige et plusieurs brins d’herbe arrachés furent retrouvés entre ses doigts.

Mary Weston, la femme de John, n’avait rien osé dire sur le moment, mais le jour où le fantôme de son mari avait visité leur voisin, il était aussi venu la voir, et il s’était présenté à elle d’une étrange manière. Cette nuit-là, elle dormait depuis un moment quand soudain un gros coup avait été frappé contre la porte, qui l’avait brusquement réveillée. La jeune femme s’était redressée dans son lit et elle avait écouté le silence pendant un moment mais comme le coup ne s’était pas répété, elle avait fini par se rendormir. Alors brusquement, un autre coup avait retenti et soudainement effrayée, elle avait crié depuis son lit:

– Qui est là? Que voulez-vous?
– Sais-tu que John est mort de froid? avait alors été la réponse qu’elle avait entendue. D’une étrange manière, la voix ressemblait à celle de son frère, qui vivait non loin de là, et son fils l’avait également reconnu.

– Mère, est-ce que mon oncle a bien dit que papa était mort de froid? avait alors demandé le jeune garçon.

Troublée, la pauvre femme avait rapidement sauté hors de son lit, elle avait allumé la lampe à huile puis elle avait couru vers la porte d’entrée et l’entrouvrant prudemment elle avait jeté un coup d’œil à l’extérieur mais au lieu de trouver son frère sur le perron, comme elle s’y attendait, elle n’avait vu que la neige immaculée. Plus tard, elle raconta que la voix ressemblait étrangement à celle de son frère, mais qu’elle était parvenue à déterminer qu’il se trouvait bien chez lui au moment des faits. Mary pensait que le fantôme de son mari avait imité la voix de son frère pour ne pas l’effrayer, un dernier geste plein de prévoyance et de tendresse pour celle qui avait partagé sa vie pendant de longues années.

A Veritable Ghost, journal le Herald, 10 May 1883.

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