Le Fantôme de Guyra

Minnie Bowen et son PèreEn avril 1921, en Australie, des pierres commencèrent à pleuvoir sur la maison de Minnie Bowen, une fillette de 12 ans, qui affirma avoir reçu un message de sa défunte demi-sœur quelques jours plus tard.

Petite DécorationEn 1921, en Australie, William Bowen, sa femme Catherine et leurs trois enfants habitaient un chalet non loin de Guyra, une petite ville de 1000 habitants principalement composée de fermiers. Le 1er avril, leur fille Minnie, qui était âgée de douze ans, se plaignit d’avoir été attaquée par un inconnu, qui l’avait poursuivie en lui jetant des cailloux alors qu’elle marchait sur un chemin. Terrifiée, la jeune fille avait couru jusqu’à chez elle, mais l’homme avait disparu avant qu’elle n’atteigne la maison. Le soir venu, une pluie de pierres s’abattit les murs du petit chalet, heurtant le bois dans un fracas épouvantable. Pensant que l’inconnu était revenu tourmenter leur fille, M. et Mme Bowen firent le tour du chalet sans découvrir personne.

Au cours des jours qui suivirent, toutes les nuits, des pluies de pierres tombèrent sur la maison, faisant voler les vitres en éclats et terrifiant la famille. Deux agents de la police locale, Messieurs Stennett et Taylor, vinrent surveiller le chalet, puis le sergent Ridge et quatre villageois les rejoignirent, se dissimulant en différents endroits de la propriété, sans succès. Le 4 avril, les policiers se présentèrent chez les Bowen en début de soirée, accompagnés de dix respectables citoyens armés de fusils. Pensant que les pluies de pierres allaient se reproduire, les hommes se placèrent tout autour du bâtiment puis ils attendirent. A 19h30, un caillou fit exploser une fenêtre, juste devant le sergent Ridge. Moins de trois minutes plus tard, la vitre de la chambre de Minnie se brisa violemment et deux pierres atterrirent sur son lit. Sortant de leurs cachettes, les hommes fouillèrent la propriété sans rien trouver mais dans la demi-heure qui suivit, une vingtaine de pierres tombèrent dans la maison, dont certaines étaient aussi grosses qu’une demi-brique.

La Maison des Bowen

La Maison des Bowen

Le lendemain, un ouvrier agricole rapporta avoir vu Mme Doran, une irlandaise de 87 ans, marcher dans les champs avec une pomme de terre dans chaque main avant de disparaitre inexplicablement. Des volontaires ratissèrent toute la région sans parvenir à retrouver la vieille dame et ses pommes de terre, qui s’étaient, apparemment, volatilisées dans les airs. Peut-être cette disparition n’avait-elle rien à voir avec les pluies de pierres, mais elle accentua l’impression que quelque chose d’étrange se produisait à Guyra et l’inquiétude grandit un peu plus encore.

Le cinquième soir, quatre-vingt volontaires se proposèrent d’aider à la surveillance nocturne. Le sergent Ridge déploya la plupart des villageois autour du chalet, leur faisant former un cordon et en plaçant certains, ceux en lesquels il avait le plus confiance, près des murs extérieurs. Lui-même et quelques uns de ses hommes restèrent à l’intérieur, surveillant les membres de la famille Bowen en permanence. Depuis le début des événements, l’obscurité gênait les policiers, ce qui avait inspiré à M. Burgess un certain dispositif constitué d’une puissante batterie et de spots qui éclairaient la maison et ses environs par intermittence. Étrangement, ce soir-là, les manifestations se firent plus violentes encore. Des grattements s’élevèrent de l’intérieur des cloisons et de terribles bruits de coups, qui faisaient trembler les murs, accompagnèrent les chutes de pierres. D’une curieuse manière quand les lumières s’allumaient, tous les bruits s’arrêtaient.

Deux maisons voisines furent également bombardées par des pierres, dont une était habitée par M. Hodder, le beau-fils du premier mariage de Mme Bowen, et sa jeune famille. L’habitation était située à quelques centaines de mètres de la propriété des Bowen, et elle fut tellement endommagée que M. Hodder dut se réfugier chez chez sa belle-mère avec les siens. La seconde maison appartenait à une autre famille, les MacInnes, dont toutes les fenêtres furent explosées.

Personne ne parvenait à comprendre comment, malgré l’infranchissable cordon que les hommes formaient autour du chalet chaque nuit, des pierres pouvaient continuer à tomber dans la maison et des bruits, qui ressemblaient au grondement du tonnerre, en faire trembler les fondations. Des rumeurs commencèrent alors à courir qu’un fantôme lançait les projectiles et les volontaires se firent plus nerveux. Certains, qui ne croyaient pas en cette explication surnaturelle, pensaient que les cailloux étaient jetés par des plaisantins, probablement par des hommes qui gardaient la maison, et ils mirent au point divers stratagèmes visant à les piéger, sans succès aucun.

Ayant remarqué que l’extraordinaire activité semblait se concentrer autour de Minnie, quelques uns en avaient conclu que la fillette était responsable des différents phénomènes et voulant le prouver, le 17 avril, ils lui demandèrent de quitter la maison de ses parents pour une journée. Cette nuit-là, aucune chute de pierres et aucun bruit ne furent à déplorer mais le vendredi après-midi quand Minnie retourna chez elle, à peine avait-elle posé un pied dans sa chambre qu’un caillou passa par la fenêtre et atterrit sur son lit. Au cours de la nuit suivante, semblant se moquer des policiers qui éclairaient la propriété de leurs puissants projecteurs, l’invisible force lança une trentaine de pierres dans la maison et donna de violents coups sur les murs. Curieusement, le bruit semblait venir de l’intérieur à ceux qui étaient dedans, et de l’extérieur à ceux qui s’y trouvaient.

Minnie Bowen

Minnie Bowen

Le samedi soir, alors que tout le monde s’attendait à un déferlement de violence et que soixante-dix villageois entouraient la maison, aucune manifestation ne fut observée. Le lendemain, les phénomènes reprirent et une expérience eut lieu, qui permit d’écarter définitivement la responsabilité de Minnie ou celle de plaisantins. Cette nuit-là, vingt-six volontaires surveillaient l’extérieur et quatre hommes gardaient la fillette dans sa chambre, qui se trouvait au sud de la maison. Comme rien ne se passait, à un moment de la soirée, certains proposèrent d’éteindre les lumières et aussitôt le bruit sourd des pierres tombant sur le mur extérieur de la chambre se fit entendre. Le bombardement continua pendant quelques temps puis Minnie fut rapidement amenée à la cuisine, au nord du chalet. Alors, d’une extraordinaire manière, les attaques sur la chambre cessèrent, et la cuisine devint la nouvelle cible des projectiles.

Un journaliste du Armidale Express qui se trouvait à l’extérieur de la maison des Bowen le 11 avril souligna que la campagne était plane et que rien ne pouvait servir d’abri à d’éventuels fraudeurs aux alentours. Il rapporta également que la violence des coups était telle qu’ils pouvaient être entendus à plusieurs centaines de mètres de là.

Le Fantôme de Guyra faisait maintenant la une des journaux et il était devenu la coqueluche des spiritualistes qui se précipitaient à Guyra pour enquêter. Loin de vouloir communiquer avec l’esprit, le Dr Harris, qui était un homme des plus sceptiques, avait décidé de prouver que l’activité fantomatique n’était qu’une immense supercherie. Sans que personne ne le sache, il recouvrit entièrement les murs de la chambre de Minnie de poudre de réglisse puis il fit un gros trou dans les rideaux, pour pouvoir la surveiller à son insu. Le soir venu, il demanda à quelques volontaires de former un cordon autour de la maison puis il proposa à certains de ses plus fidèles amis de rester avec lui à l’intérieur. Malheureusement, comme le jeudi et le samedi précédents, rien ne se produisit cette nuit-là. L’un de ses compagnons en conclut qu’il avait réussi à chloroformer le fantôme, et le médecin en convint.

Le mercredi 13 avril, lors de sa visite à la maison Bowen, M. Ben Davey, étudiant en théosophie, apprit que la fille que Mme Bowen avait eu d’un premier mariage était morte le 26 janvier, deux mois avant le début des manifestations. La malheureuse avait perdu la vie à 21 ans, » d’un trouble cardiaque dont elle avait souffert durant un temps considérable.  » La jeune femme, qui n’était pas mariée, avait laissé derrière elle un petit garçon de huit mois dont le père n’avait jamais été clairement identifié, et qui avait été confié à la jeune Minnie. Quand il apprit la nouvelle, M. Davey se demanda aussitôt si la défunte n’essayait pas de communiquer avec sa sœur. A 21 heures, Minnie était assise dans le lit de sa chambre, une pièce bien éclairée, en compagnie de deux policiers, de quelques témoins, de sa mère et de M. Davey, quand quand soudain un gros coup fut entendu, qui sembla venir de l’intérieur de la pièce à ceux qui s’y trouvaient et de l’extérieur à la cinquantaine d’hommes qui patrouillaient autour de la maison, éclairés par de fortes lampes et un faible clair de lune.

S’approchant de la fillette, M. Davey lui dit alors:  » Si un coup vient de nouveau, demandez si c’est votre sœur May.  » La pauvre Minnie, qui n’était pas très vive d’esprit, lui répondit alors:  » Je ne peux pas parler à ma sœur, elle est morte.  » Prenant une voix cajoleuse, M. Davey tenta alors de l’amadouer, lui assurant que sa sœur May se trouvait peut-être près d’elle, dans la pièce:  » Parle, ma chérie. Même si ta sœur ne peut pas répondre, elle peut frapper à nouveau.  »

A peine venait-il de prononcer ces mots qu’un autre coup résonna dans la chambre. A ce moment-là, le jeune homme sentit ses cheveux se dresser sur sa tête, mais il continua néanmoins à cajoler Minnie, espérant qu’elle finirait par faire ce qu’il lui demandait. Cinq minutes plus tard, un troisième coup s’éleva dans la pièce. La petite fille se signa et croisant ses mains en signe de supplication, elle dit à voix tremblante:  » Si c’est toi, peux-tu me parler?  »

Pendant un moment elle resta silencieuse, puis brusquement elle se mit à pleurer. Se doutant qu’il venait de se passer quelque chose, M. Davey s’empressa de lui demander:  »
– Est-ce que May t’a parlé?
– Oui, May m’a parlé, répondit-elle.
– Qu’est-ce qu’elle t’a dit?
– Je ne peux pas vous le dire. Le message est pour ma mère.  »

Minnie posa sa tête sur les genoux de sa mère, toujours en larmes, et cette dernière lui dit:  » Eh bien, dites aux messieurs ce qu’elle a dit.  » La petite fille leva alors les yeux et elle expliqua à l’assistance que sa sœur lui avait transmis le message suivant:  » Dites à mère que je suis parfaitement heureuse où je suis. Vos prières quand j’étais malade m’ont amenée en cet endroit, et m’ont rendue heureuse. Dites à mère de ne pas s’inquiéter, je regarderai et je veillerai sur vous.  »

D’une étrange manière, personne ne mit en doute la parole de la fillette, qui était décrite timide et réservée. Le fantôme ayant fait passer son message tout le monde espérait que ses bruyantes manifestations allaient cesser, mais il n’en fut rien. Dans la matinée du vendredi 15 avril, alors que toute la famille Bowen travaillait dans un enclos voisin, quelqu’un, ou quelque chose, arracha toutes les planches de bois et les lattes qui barricadaient grossièrement les fenêtres. D’une étrange manière, avant de partir, le vandale prit soin de rassembler tous les morceaux de bois sous la véranda, et près d’eux, il laissa une grosse pierre, probablement celle qui lui avait servi à accomplir son forfait. Quand ils revinrent chez eux, M. et Mme Bowen furent sidérés de constater que quelqu’un, qu’il soit un homme ou un fantôme, avait réussi à faire quelque chose d’aussi violent et d’aussi bruyant sans attirer leur attention alors qu’ils travaillaient à quelques centaines de mètres de là.

Le même jour, le Sydney Morning Herald fit paraitre un article soulignant le rôle de Minnie dans le phénomène:  » La mère et les autres membres de la famille ont été douloureusement affectés par les communications étranges de la jeune fille. Quoi que l’on puisse penser des derniers développements du mystère, la jeune fille qui a joué un rôle si important depuis le début de l’affaire, est certainement digne d’être étudiée par un psychologue ou un enquêteur scientifique.  »

Alarmé par la situation qui se développait et devenait dangereuse, le gouvernement décida d’envoyer une équipe de policiers de Sydney soutenir ceux de Guyra, et M. H. J. Moors, qui était un ami personnel de Sir Arthur Conan Doyle et qui portait, tout comme lui, un intérêt certain aux phénomènes psychiques, se joignit à eux.

M. Moors

M. Moors

M. Moors se présenta chez M. et Mme Bowen le 18 avril, et il obtint la permission de rester chez eux durant deux nuits. Après avoir fait enlever une partie de la toiture pour y installer des postes de guet, M. Moors aménagea un système complexe de pièges et il demanda à ses cinq assistants de garder la famille sous surveillance constante. Nullement intimidé, le  » fantôme  » continua son chaos infernal. M. Moors et ses cinq assistants en furent tellement déconcertés qu’ils ne parvinrent même pas à déterminer avec certitude si les pierres, qui avaient la taille d’une noix, étaient jetées de l’intérieur ou de l’extérieur de la maison. Le troisième jour, M. Moors était convaincu que le fantôme était un poltergeist et qu’aucun des phénomènes constatés ne pouvait être le fait de fraudeurs. Dans les interviews qu’il donna par la suite, il souligna avec humour que la maison ressemblait tellement à un camp retranché que personne n’aurait osé y rentrer tant le risque était grand de se faire tirer dessus.

Les habitants de Guyra étaient inquiets. Les armes à feu n’étaient pas réputées efficaces contre les fantômes mais faute de mieux beaucoup s’endormaient avec un fusil chargé près de leur lit et durant cette période, plusieurs personnes échappèrent de justesse à la mort. Le 30 avril, le Sydney Morning Herald rapporta cette histoire:  » Un revolver qui avait été posé à portée de main sur une table de la chambre de la maison d’un marchand près de la gare de chemin de fer a été attrapé par un petit garçon. Pensant que le pistolet était un jouet, il a tiré. La balle a pénétré le crâne de sa sœur, âgée de 6 ans, et en raison de sa position dangereuse, elle n’a pu être retirée.  » Fort heureusement, même si elle garda le bout de métal dans la tête, la fillette survécut.

Dans la nuit du 21 avril, alors que toute la famille était sous étroite surveillance policière, la maison résonna du bruit des pierres qui vinrent frapper ses murs et les enquêteurs de Sidney en conclurent qu’il était impossible de truquer le phénomène. Cependant, comme ils ne pouvaient s’expliquer le mystère, ils continuèrent à questionner la jeune Minnie, qui sous la pression, finit par avouer avoir jeté trois petites pierres sur le toit à une occasion, et avoir frappé sur le mur une fois ou deux. Elle s’obstina cependant à nier tout le reste. Cherchant à protéger leur fille, M. et Mme Bowen décidèrent de l’envoyer chez sa grand-mère, qui habitait dans les environs de Glen Innes. Pendant quelques jours, il ne se passa rien mais le 9 mai, le poltergeist réapparut dans la maison de la grand-mère. Peu de temps après le diner, des pierres vinrent frapper les murs extérieurs de la maison et les voisins, intrigués, décidèrent de prévenir les autorités.

Une fois sur les lieux, les policiers décidèrent d’encercler la maison, et aidés des voisins, ils formèrent un cordon autour du bâtiment. A ce moment là, une pierre fracassa l’une des fenêtres, venant se perdre dans le rideau. Durant tout ce temps, Minnie n’avait pas bougé de sa place mais devant cet événement inexplicable les policiers déclarèrent qu’elle avait forcément joué un rôle dans la destruction de la fenêtre, courant probablement vers l’endroit et revenant à sa place sans que personne ne la voit, et ils décidèrent de partir. Cependant, bien que la jeune fille ait été étroitement surveillée, les pierres continuèrent à tomber durant toute la soirée, frappant les murs et le toit jusqu’à minuit. Un voisin, M. Marsden, rapporta:  » Les bruits étaient comme les sons d’une hache qui aurait frappé violemment le mur.  »

La Maison de la Grand-Mère de Minnie

La Maison de la Grand-Mère de Minnie

D’autres voisins, qui avaient connaissance de l’histoire du poltergeist de Guyra, se montrèrent moins conciliants que M. Marsden, menaçant de quitter leurs maisons si le tapage continuait. En août 1921, après des nuits et des nuits de pluies incessantes de pierres, la grande-mère de Minnie, ses voisins et même les officiers de police en eurent assez et ils demandèrent à la fillette de partir. Minnie retourna donc dans la maison de ses parents à Guyra, et d’une incroyable manière, le phénomène commença à faiblir. Les pluies de pierres se firent plus rares puis elle s’arrêtèrent complétement et tout le monde en conclut que l’esprit de la maison des Bowen était enfin en paix.

Personne ne sut jamais si la maison des Bowen était véritablement hantée, ou si Minnie était victime d’un poltergeist. Après cette expérience, plus jamais elle ne connut de chutes de pierres mais selon sa sœur Ellen, une fois adulte, elle développa de fabuleux pouvoirs psychiques, faisant bouger de petits objets sans les toucher. En 1988 ou 1989, Minnie, qui était alors une vieille dame et qui se déplaçait très lentement, aurait été hantée par d’étranges yeux noirs. La malheureuse mourut décapitée par un véhicule alors qu’elle courait sur la route de Grafton, à l’extérieur d’Armidale.

Source: Australian Poltergeist: The Stone-throwing Spook of Humpty Doo and Many Other Cases de Tony Healy et Paul Cropper.

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