L’Exorcisme de Michael Taylor

Article de Presse sur le meutre de Michael TaylorL’histoire de Michael Taylor est cruelle. Elle parle de possession, d’exorcisme, mais également de folie et de vies brisées. Elle a, en 1975, suscité un débat en Grande-Bretagne sur la responsabilité des prêtres pratiquant des exorcismes et sur les conséquences de tels actes.

En 1974, Michael Taylor vivait avec sa femme Christine et leurs cinq enfants dans la petite ville d’Ossett, en Angleterre. Michael était un homme de 31 ans intelligent, stable et travailleur qui menait une vie des plus ordinaires. Son seul problème venait d’une blessure au dos qui lui occasionnait de fréquentes douleurs et l’empêchait de conserver un emploi. Il s’était toujours montré un mari aimant et attentif pour Christine, et leur mariage était décrit comme heureux. S’ils étaient croyants, Michael et sa femme n’allaient que rarement à l’église car ils trouvaient le service religieux quelque peu intimidant et ils avaient peur de se ridiculiser devant les autres pratiquants, plus avertis. Pensant bien faire, au cours du mois de septembre, l’une de leurs amies, Barbara Wardman, insista pour les présenter à son groupe de prière, les Christian Felloship, qui était présidé par Marie Robinson, une jeune femme de 22 ans, et ils finirent par céder.

Le lendemain, Michael assista à un service présidé par Marie et un peu plus tard dans la soirée, le petit groupe se réunit chez lui. La jeune femme se disait possédée par l’Esprit Saint, dont elle se servait parfois pour guérir certains membres du groupe, et ce soir-là, quand elle se mit à trembler, elle comprit que le moment était venu d’exercer ses talents:  » J’ai commencé à trembler, ce qui signifie généralement que l’Esprit Saint est très actif et que Son pouvoir est prêt à être utilisé pour quelque chose. Je me disais, si seulement ce pouvoir était pour Mike, car je savais qu’il avait mal au dos et qu’il était déprimé parce qu’il ne trouvait pas de travail.  »
Cependant, comme elle n’était pas certaine que ce soit là la volonté du Seigneur et que Mme Mavis Smith, l’une des femmes présentes, pleurait, visiblement déprimée, elle décida d’utiliser le pouvoir divin sur elle. Elle s’agenouilla devant la femme, posa ses mains sur sa tête et se mit à prier en langues mais au même moment, d’une surprenante manière, Michael commença à parler en langues lui-aussi. Si Marie prétendait suivre les voies du Seigneur, certains de ses fidèles pensaient, sans oser le lui dire, que le pouvoir qu’elle possédait était d’origine satanique et quelque part, elle leur faisait peur. D’ailleurs, Mavis la détestait.

Au cours des 12 jours qui suivirent, Michael assista à toutes les réunions du soir et peu à peu, il sembla s’enticher de Marie. Le 1er octobre, durant une nuit de pleine lune, Marie et Michael s’assirent l’un en face de l’autre et ils se signèrent mutuellement jusqu’au petit matin. Pour une obscure raison, ils avaient désespérément peur de l’effet de la pleine lune sur la jeune femme. Puis, le jour suivant, alors que Christine était sortie de la pièce, Michael et Marie s’embrassèrent, ce que la jeune femme regretta immédiatement:  » Tout mon être s’est dressé contre ça. Nous avons juste arrêté. C’était comme un affrontement de volontés, un choc des esprits peut-être. Alors, j’ai dit à Mike: Tu sais que tout ça est mal. Tu sais que tu aimes Chris.  »  Michael l’entendit, mais il ne répondit rien, songeant qu’elle le séduisait de son regard. Pendant qu’elle lui parlait, il la voyait nue devant lui. Et lui aussi était nu.

Quand Christine revint dans la pièce, Marie lui annonça fièrement:  » Nous avons gagné une grande victoire pour le Seigneur. Un miracle est arrivé, nous avons tous les deux surmonté nos passions.  »
Cet aveu inquiéta Christine qui, depuis quelques temps, trouvait la relation entre son son époux et la jeune femme particulièrement suspecte. Ils étaient très proches, trop à son gout, et elle avait l’impression que cette intimité mettait en danger son mariage.

Au cours de la réunion suivante, Michael sentit une force démoniaque s’emparer de lui et soudain les traits de son visage changèrent, devenant presque bestiaux. Il regardait Marie avec dans les yeux une lueur sauvage quand brusquement il se jeta sauvagement sur elle. Effrayée, la jeune femme se mit alors à crier en langues mais il lui répondit de la même manière. Elle était persuadée qu’il allait la tuer et pensant que seul le nom de Jésus pourrait la sauver, alors elle commença à le répéter encore et encore. Lorsque Christine, qui participait à la cérémonie, entendit la jeune femme répéter le nom du Christ, elle se mit à le dire elle-aussi et ce fut, d’après Marie, cet appel à Jésus qui lui sauva la vie. Ce jour-là, Michael était tellement violent que de nombreux membres de la congrégation durent intervenir pour parvenir à le maitriser mais l’incident fut rapidement oublié car dès la réunion suivante il recevait l’absolution. Peu de temps après, alors que Marie  » rentrait en transe,  » le conviant à confesser publiquement ses péchés, ce qui était une pratique habituelle pour le groupe, Michael se mit à trembler et il recommença à parler en langues, prenant cette fois la voix de la jeune femme. Ce jour-là, en rentrant chez eux, Christine remarqua qu’il s’exprimait bizarrement et elle eut du mal à le reconnaitre. Quand elle tenta de le questionner, il lui avoua avoir vu le démon et lui ordonna de brûler toutes les croix de la maison. Pensant qu’elle avait quelque influence sur lui, Christine demanda de l’aide à Marie mais quand la jeune femme se présenta au domicile des Taylor, Michael se jeta une fois de plus sur elle et la leader de la petite communauté spirituelle s’enfuit sans plus insister.

Depuis quelques jours, les membres des Christian Fellowship se demandaient si Michael n’était pas possédé et ils avaient tenté de les convaincre, lui et sa femme, de rencontrer le Père Peter Vincent, un proche de Marie qui s’occupait de la paroisse de Saint-Thomas, sans succès. Le 5 octobre son mari semblant avoir retrouvé ses esprits, Christine lui proposa d’aller se promener en campagne avec l’un de leurs amis, pensant que ça l’aiderait à se détendre. Malheureusement, alors qu’il marchait à travers champs, une incontrôlable rage sembla soudain le submerger et il se mit à vociférer de terribles choses. Brusquement inquiète, Christine demanda à leur ami d’amener Michael voir le père Vincent pendant qu’elle passait déposer leurs enfants chez sa mère. Malheureusement, en apercevant l’ecclésiastique, Michael sembla brusquement devenir fou furieux. Après l’avoir giflé, il renversa volontairement le plat que sa femme venait de lui amener et jeta cruellement le chat de la maison par la fenêtre.

Église Saint-Thomas

Église Saint-Thomas

En le voyant agir ainsi, le révérend comprit immédiatement qu’il se trouvait en face d’un homme possédé. S’il n’était pas exorciste lui-même, par un heureux hasard, le Père Vincent combattait le démon sans relâche et il était réputé pour être un expert dans la délivrance. Vu l’état d’agitation extrême de Michael, le prêtre décida de pratiquer un exorcisme sans tarder et le soir même, à minuit, le possédé était amené à la chapelle. Pour l’aider dans sa tache, le Père Vincent avait fait appel aux services du révérend Raymond Smith, mais étaient également présents Christine, Sally et Margaret, les épouses des deux ecclésiastiques, Donald James, prédicateur, et John Eggins, membre du groupe de prière. Quand à Marie, elle avait prudemment décidé de ne pas se montrer.

Cette nuit-là, le père Vincent et le révérend Smith se livrèrent à un rituel d’exorcisme intensif, maintenant le possédé au sol, l’aspergeant d’eau bénite et lui enfonçant des crucifix dans la bouche. Le malheureux dut alors avouer tous ses péchés, qui étaient qualifiés d’esprits maléfiques par les hommes de Dieu. Alors, l’un après l’autre, le père Vincent et le révérend Smith chassèrent l’Inceste, la Bestialité, le Blasphème, la Luxure, l’Hérésie, le Masochisme et beaucoup d’autres encore du corps de Michael. Au cours de cette opération, la petite croix de bois que le possédé portait sur lui se serait mise à brûler, signe s’il en fallait d’une intense activité démoniaque. Au bout de sept heures, épuisés, les deux ecclésiastiques reconnurent que s’ils étaient parvenus à expulser plus de quarante démons du corps de Michael Taylor, l’homme était toujours possédé par les esprits de de la Violence, de la Colère et de l’Assassinat. A ce moment-là, Margaret Smith aurait alors reçu  » la parole du Seigneur  » qui l’aurait prévenue que l’esprit de l’Assassinat allait s’en prendre à Christine. Malgré cette prédiction, le dimanche 6 octobre, vers 8 heures, Michael et Christine décidèrent de rentrer chez eux.

A 9h45, le téléphone se mit à sonner au poste de police de Broadmoor, une ville voisine. Un agent répondit et se tournant vers Ian Walker, qui venait d’arriver et s’apprêter à partir en patrouille, il lui dit:  » On nous a signalé un homme qui traversait une rue d’Osset nu et recouvert de peinture rouge. Allez y jeter un œil, mais nous pensons que ça pourrait être un canular.  »

En cette matinée, les rues de la petite ville étaient pratiquement désertes et le policier atteignit rapidement l’adresse indiquée. Ian et son collègue John arrivèrent sur les lieux en même temps que l’ambulance qui avait été commandée. Là, sur le petit sentier menant à un bar, se trouvait un homme accroupit en position fœtale qui avait été pudiquement recouvert d’une couverture. Il était entièrement recouvert d’une peinture d’un rouge sombre qui laissait à peine deviner la couleur de ses cheveux roux. Soudain, s’approchant de l’homme, John s’écria:  » Ce n’est pas de la peinture, c’est du sang et il en est recouvert!  » Cet homme s’appelait Michael Taylor et il répétait sans cesse la même phrase:  » C’est le sang de Satan.  » Encore et encore.

Des témoins donnèrent alors l’adresse de Michael aux policiers, mais quand Ian arriva sur place, un inspecteur de police locale et un sergent étaient déjà là.  » Êtes-vous marié? Avez-vous des enfants?  » lui demanda étrangement l’inspecteur. Stupéfait par ces questions, le policier répondit par l’affirmative et son interlocuteur lui déclara:  » Alors vous ne rentrez pas.  » A l’intérieur, gisait le corps de Christine, 29 ans. Son mari lui avait arraché les yeux, la langue, et il avait déchiré son visage de ses mains nues. La malheureuse était morte étouffée par son propre sang. Près d’elle, se trouvait un caniche qu’il avait étranglé. Quand à Michael, il n’avait aucun souvenir de ces deux dernières heures. Il fut immédiatement emmené à l’hôpital psychiatrique de Broadmoor.

Lors procès qui s’en suivit, M. Geoffrey Baker, le procureur général, prévint le jury qu’ils allaient entendre une histoire qui allait les faire revenir au Moyen-Age. Selon lui, Michael Taylor, un homme vulnérable, était devenu un tueur maniaque après avoir rencontré les Christian Fellowship, un groupe d’âmes tourmentées qui se nourrissait de psychoses, qui l’avaient entrainé dans un monde de peur et de manies religieuses. L’accusé expliqua qu’après l’exorcisme il en était venu à croire que sa femme était, elle-aussi, possédée par des démons et son avocat, M. Ognall, déclara que Michael n’était en rien coupable du meurtre mais que les deux ecclésiastiques qui avaient pratiqué l’exorcisme en étaient clairement responsables:  » Je suis conscient qu’il est généralement considéré comme inapproprié pour un avocat d’exprimer son sentiment personnel ou son opinion sur une affaire dans laquelle il est engagé. Mais j’ai peur de trouver impossible d’observer de telles contraintes dans ce cas. Laissons ceux qui sont vraiment responsables de ce meurtre se lever. Nous estimons que Taylor est une simple marionnette. Le vrai coupable est ailleurs. La religion est la clef. Ceux qui sont visés, et ces clercs en particulier, devraient être en esprit avec lui dans ce bâtiment, maintenant et durant chaque journée qu’il passera à Broadmoor. Ils devraient également être présents le jour où il devra endurer les amères retrouvailles avec ses cinq enfants, orphelins de leur mère.  »

Cette hypothèse, qui faisait porter la responsabilité du meurtre au Père Vincent et au révérend Smith, fut reprise par de nombreux journaux, et s’en suivit un débat qui divisa l’opinion. Pour certains, Michael était réellement possédé et les deux hommes avaient agi comme il convenait, alors que pour d’autres, il était instable psychologiquement et le rituel l’avait fait basculer dans la folie. Le révérend Smith, choqué par les accusations portées contre lui, déclara:  » Le psychiatre a dit que ce crime n’aurait pas été commis sans l’exorcisme, mais ça me semble une chose assez étrange à dire. Les gens en tireront leurs propres conclusions.  » Quand au Père Vincent, interrogé lui-aussi, il affirma:  » Je suis tout à fait convaincu que Dieu fera sortir quelque chose de bien de tout ça, à Sa manière.  »

En mars 1975, Michael était jugé non coupable de l’assassinat de Christine pour cause d’aliénation mentale. Incarcéré à l’hôpital psychiatrique de Broadmoor, deux ans plus tard les experts le déclarèrent juridiquement et cliniquement sain d’esprit puis il fut transféré à la prison de Broadmoor et libéré deux ans après. L’exorcisme de Michael Taylor fut le dernier exorcisme officiel de l’Église anglicane qui révisa ses modalités quand à la possession démoniaque.

Michael Taylor

Michael Taylor

Malheureusement, en 2005, Michael Taylor se retrouva une nouvelle fois devant la cour pour répondre de ses actes. Lors de son arrestation, pour attouchements sur une adolescente, Michael avait déclaré au policier que tout était de sa faute puis il lui avait demandé:  » Vais-je à Boadmoor pour le meurtre de ma femme? « Apparemment, une semaine avant les faits, des symptômes identiques à ceux qui l’avaient amené à tuer Christine en 1974 étaient réapparus. Peter Moulson, son avocat, tenta alors d’expliquer que l’histoire de Michael n’était en aucun cas celle d’un prédateur pédophile, mais celle d’un homme malheureux:  » Il a fait un certain nombre de tentatives de suicide. Dont l’une d’elle en se coupant son poignet. Il s’est blessé en sautant d’un pont, il avait des blessures au dos et aux jambes…  »

Entre temps, une seconde jeune fille avait porté plainte, et Michael plaida coupable pour les deux agressions. Vu qu’il n’avait jamais condamné pour de tels actes, le juge Stewart, qui s’occupait de l’affaire, estima qu’il y avait peu de risque de récidive et déclara:  » Vous avez tenté quatre fois de vous suicider à cause de la détresse que vous éprouvez à propos de vos actes. J’en suis venu à la conclusion que l’intérêt public est mieux servi en faisant de vous le sujet d’une réhabilitation communautaire avec une obligation de traitement.  »
Michael Taylor fut donc condamné à suivre un programme de réintégration et un traitement psychiatrique. L’histoire ne dit pas ce qu’il advint de lui par la suite.

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