L’Empreinte Fantomatique de la Main

Empreinte de la Main du PompierEn 1924, à Chicago, l’empreinte de la main de Francis Leavy, un pompier qui venait de mourir alors qu’il combattait un incendie, apparut sur l’une des fenêtres de la caserne de la 107e compagnie et personne ne parvint jamais à l’effacer.

Petite Décoration

Le 18 avril 1924, à Chicago, Francis Leavy, qui était pompier depuis plus de treize ans, nettoyait silencieusement une grande fenêtre au premier étage de la caserne de la 107e compagnie. Frank était un homme aimable, toujours souriant, un pompier dévoué qui aimait son métier mais ce jour-là, quelque chose semblait le perturber qui assombrissait son visage et le poussait à s’isoler. Pendant quelques minutes, il resta ainsi, frottant la vitre sans grande conviction, puis brusquement, il se tourna vers Edward McKevitt, qui était pompier lui-aussi, et appuyant machinalement sa main contre la fenêtre qu’il était en train de laver il lui déclara le plus sérieusement du monde qu’il allait mourir avant la fin de la journée.

Francis Leavy

Francis Leavy

Ce pessimisme soudain surprit Edward, qui le connaissait bien et qui ne comprenait pas comment il pouvait se montrer tellement déprimé alors que quelques heures auparavant il parlait en riant de ses projets pour le lendemain. Il se demandait si Frank n’était pas contrarié à l’idée de travailler pour le Vendredi Saint ou pour le jour de Pâques et il s’apprêtait à lui poser la question quand soudain une cloche résonna dans la caserne, brisant l’étrangeté du moment. Un passant avait remarqué de la fumée qui sortait du Curran Hall, un bâtiment en brique de quatre étages qui se trouvait à trois kilomètres de là, et comprenant qu’un incendie venait de se déclarer, il avait couru jusqu’au boitier d’alarme incendie et il en avait tiré le levier.

Frank jeta aussitôt son éponge dans le seau et sans hésiter une seconde il courut vers la porte. Quelques minutes plus tard, cinq équipes de pompiers se trouvaient sur les lieux, qui appartenaient toutes à des compagnies différentes mais qui combattaient le feu ensemble. Les flammes dévastaient l’usine de la société Elegant Box, qui fabriquait des boites de rangement, et à la façon elle brûlait, les pompiers comprirent rapidement que l’incendie avait été allumé avec de l’essence. L’escalier de derrière était impraticable, et voyant celui de devant s’embraser lui aussi, le chef de l’escadron de la 107e compagnie, qui avait peur pour la vie de ses hommes, décida de faire les faire ressortir. Ils se dirigeaient vers la porte quand soudain, une explosion souffla le bâtiment, faisant s’effondrer les quatre étages et projetant des tonnes de briques et de verre brisé dans la rue.

L’incendie de Curran Hall couta la vie à huit pompiers, dont le malheureux Frank Leavy, qui avait si cruellement pressenti sa mort. Selon le lieutenant Britcha:  » Francis Leavy et Francis Kelly étaient juste derrière moi mais j’étais un peu plus près du sol quand l’explosion est arrivée. Je me souviens avoir volé à travers les airs et atterri quelque part dans la rue. Tout autour de moi, il y avait des tas de briques et de pierres. J’ai vu que Kerwin était sain et sauf, mais j’ai réalisé que Kelly et Leavy avaient tous les deux été enterrés sous les ruines.  »

Pompiers de Chicago

Les Pompiers de Chicago

Le lendemain était le Vendredi Saint et derrière les grandes portes rouges de la caserne, les rares survivants pleuraient leurs morts. Edward McKevitt se sentait physiquement et moralement épuisé, et son désarroi était visible. Ses yeux étaient rouges, il ne s’était pas rasé et il n’avait même pas pensé à se coiffer. Tous ses camarades l’interrogeaient sur les circonstances du drame, mais il lui était difficile d’en parler et quand il essayait souvent sa voix se brisait et des larmes venaient noyer ses yeux sans qu’il ne puisse rien y faire. Il tentait, une fois de plus, de leur relater les événements, quand tournant la tête vers la fenêtre il aperçut une étrange marque sur la vitre, qui avait la forme d’une main. Alors brusquement il interrompit son histoire, et d’une voix livide il murmura:  » Mon Dieu, c’est la main de Leavy!  »

Les pompiers se rassemblèrent autour de la fenêtre et ils contemplèrent l’étrange apparition en silence. Sur la vitre, une main s’était dessinée, avec sa paume et ses cinq doigts clairement visibles, exactement à l’endroit où Frank avait posé la sienne la veille avant le départ. Brisant le silence, Edward raconta alors à ses camarades qu’il avait vu Frank Leavy appuyer sa main juste à cet endroit peu de temps avant que ne sonne l’alarme, puis il leur parla de son étrange prémonition, leur expliquant qu’il savait qu’il allait mourir ce jour-là. Un frisson parcourut alors l’assistance et l’un des pompiers, que l’empreinte troublait autant que l’histoire, lui demanda d’une voix angoissée:  » Enlève-la!  »

Edward hésita un moment, puis il prit l’éponge que Frank avait abandonnée dans le seau et il commença à frotter la vitre. Voyant qu’il n’arrivait à rien plusieurs de ses camarades se proposèrent de l’aider, qui tentèrent l’un après l’autre sans plus de succès. Certains suggèrent alors d’essayer avec de l’eau chaude, puis avec du savon et comme rien ne semblait pouvoir en venir à bout ils testèrent différentes méthodes, versant de l’ammoniaque sur la tâche, tentant de la gratter avec la lame d’un rasoir, sans parvenir seulement à l’estomper. Soudain, l’un des pompiers eut une idée, et pensant qu’ils s’étaient trompés depuis le début et que l’empreinte se trouvait à l’extérieur, il sortit de l’immeuble pour tenter de l’essuyer, mais ce fut en vain. Alors, les hommes se regardèrent silencieusement, et dans leurs yeux se reflétait la même peur. La mort leur avait laissé un signe.

Pompiers Chicago

Les Pompiers Fouillent les Décombres

Le lundi suivant, Frank Leavy fut enterré au cimetière de Mount Olivet, au sud ouest de la ville. Il laissait derrière lui sa femme Mary, qui n’avait aucune source de revenus, et leurs deux jeunes enfants, June et Frank. Les autorités organisèrent une collecte pour aider les familles des pompiers, qui visait à recueillir 200 000$, malheureusement, elles ne parvinrent à en réunir que 47 000 et chaque famille reçut un peu plus de 5000 dollars. L’enquête parvint à déterminer que l’incendie était d’origine criminelle, et deux des propriétaires du Curran Hall furent suspectés d’avoir volontairement fait brûler le bâtiment pour toucher l’argent de l’assurance. Les deux hommes furent alors arrêtés pour incendie criminel et assassinat, les journaux pronostiquèrent leur pendaison prochaine, mais les preuves contre eux n’étant pas suffisantes, ils repartirent libres de leur procès.

Les jours qui suivirent l’incendie, une rumeur se répandit dans la ville qu’une mystérieuse empreinte était apparue sur une vitre de la 107e compagnie, et de nombreuses personnes se présentèrent aux portes de la caserne, qui demandaient à l’examiner. Parfois, les visiteurs, qui voulaient toucher la trace de la main comme si elle était une relique sacrée, étaient si nombreux que le défilé était incessant. Lors des visites, un pompier restait près de la fenêtre, s’assurant que personne ne la casse, et toute la journée il racontait la même histoire, celle de la prémonition et de la mort de Francis Leavy.

Un jour, un expert de la Pittsburgh Plate Glass Compagny se présenta à la caserne pour tenter de nettoyer la marque grâce à un certain nettoyant chimique et il en repartit mystifié. A une autre occasion, un employé du service du personnel de la mairie apporta une copie des empreintes de Francis Leavy pour les comparer avec celles de la vitre, et il apparut qu’elles correspondaient en tous points. Cette analyse vint confirmer ce que tout le monde savait déjà: la trace sur la vitre était bien l’empreinte de la main de Frank.

Chaque semaine, un pompier lavait la fenêtre, mais la trace restait toujours aussi visible. Certains hommes en avaient peur, ils évitaient de rester seuls dans la pièce ou de s’approcher de vitre à la nuit tombée, et quelques uns la trouvaient même si effrayante qu’ils avaient demandé à être transférés dans une autre compagnie. La proposition fut alors faite d’enlever la vitre et de la mettre dans un autre endroit, où elle serait en sécurité, mais les pompiers étaient des hommes superstitieux, ils pensaient que l’empreinte de la main était là pour une certaine raison et qu’il était plus sage de ne pas y toucher, aussi resta-t-elle à sa place.

Les mois passèrent, puis les années, et les visiteurs continuèrent à se présenter à la porte de la caserne, demandant à voir l’empreinte de la main et à entendre son histoire. Parfois, une radio ou un journal en parlait, relançant l’intérêt, et pendant quelques jours, les curieux se faisaient plus nombreux. D ‘une étrange manière, Mary Leavy, la veuve de Francis, et sa fille June avaient toujours refusé d’aller voir ce que les journalistes appelaient maintenant La Main de la Mort. Son fils, le jeune Frank, avait bien voulu l’examiner, mais il refusait d’admettre que l’empreinte était bien celle de son père.

Avec le temps, la marque était devenue l’un des éléments de la caserne. Les pompiers s’y étaient habitués, et elle ne les effrayait plus. Ils ne se posaient pas de question sur son authenticité. Ils y voyaient un signe surnaturel, un mémorial en l’honneur de tous ceux qui avaient été tués en combattant le feu. Certains, qui ne croyaient guère en l’histoire de la main, pensaient qu’elle venait d’un défaut de la vitre, qui n’avait été remarqué qu’après la mort de Francis Leavy, et d’autres suggéraient que sous l’effet du stress, le corps du pompier avait exhalé une certaine substance chimique, qui avait marqué la vitre lorsqu’il y avait posé sa main.

Le 18 avril 1954, exactement trente ans après que Frank Leavy ait perdu la vie, un livreur de journaux brisa accidentellement la fenêtre en jetant l’édition roulée de l’après-midi, détruisant un extraordinaire mystère. D’après le Chicago Times:  » La fameuse vitre a été brisé en des centaines de morceaux et la main de Leavy, si c’était bien sa main, est partie pour toujours du monde des vivants.  »

Source: Forgotten Fires of Chicago: The Lake Michigan Inferno and a Century of Flame de John F. Hogan et Alex A. Burkholder.

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