Délivre-nous du Mal: L’Horreur d’Halloween

Affiche Délivre-nous du MalRécemment, sortait au cinéma Délivre-nous du Mal (Deliver Us from Evil), un film qui raconte l’histoire d’un policier luttant contre des forces démoniaques et aussi surprenant que cela puisse sembler, cet homme existe vraiment. Il s’appelle Ralph Sarchie, il était sergent de police à New York, et ses jours de repos, il les passait à chasser des démons. Je vous propose de découvrir son incroyable histoire.

Ralph Sarchie

Ralph Sarchie récemment

Ralph Sarchie était dans la police depuis plus de 16 ans quand il décida d’écrire un livre sur le surnaturel, ce que jamais il n’aurait pensé faire. Il était sergent de police à New York, et normalement les flics aiment à parler de leurs arrestations mais lui, il vivait entre deux mondes. Le monde bien réel de la rue, et un autre monde où évoluaient des forces surnaturelles défiant l’imagination. Au fil des années, son métier l’avait aidé à faire la distinction entre les deux univers et il avait appris à discerner les actes malfaisants des hommes de ceux des démons. Cela faisait dix ans qu’il menait des enquêtes sur des maisons hantées et des cas de possessions. Il ne savait pas vraiment pourquoi il avait commencé mais en luttant contre le mal, sa foi s’était renforcée. Pour lui, son livre, Deliver Us from Evil, ne parlait pas d’un flic ou Diable, mais il parlait de Dieu. D’ailleurs, la famille de Ralph considérait son engagement comme un appel divin. A l’âge de 10 mois, lorsqu’il avait survécu à la grave maladie qu’il avait contractée, sa mère y avait vu une intervention divine:  » Dieu l’a laissé ici pour une raison. Pour faire quelque chose.  » Et maintenant, tout le monde comprenait ce qu’elle avait voulu dire.

Lors de ses investigations paranormales, Ralph avait pour partenaire Joe Forrester, un démonologue particulièrement habile. Les deux hommes s’occupaient de ce genre de problèmes durant leurs heures de repos et ils ne facturaient jamais leurs services. Pour eux, aider les gens en proie aux forces occultes était une vocation.
Quand il ne combattait pas le malin, Joe travaillait comme polygraphiste, faisant passer des escrocs au détecteur de mensonges pour la Legal Aid Society. Avec son visage rond et sa frange de cheveux bruns autour de son crâne dégarni, il ressemblait à un moine.  Non seulement il était une encyclopédie vivante de l’occulte, mais il n’avait pas peur d’affronter les entités surnaturelles.
Ralph était différent. Avant de partir enquêter sur des phénomènes étranges, il rangeait son pistolet et son badge pour s’armer d’eau bénite et d’une relique de la Vraie Croix, mais il préférait de loin les arrestations physiques aux combats contre le démon. En fait, le Diable lui faisait bien plus peur que tout ce qu’il voyait quand il patrouillait dans la rue, où l’horreur faisait pourtant partie de son quotidien. Mais il aimait aider les gens. Lorsqu’il avait rejoint la police, il avait prêté serment d’arrêter les délinquants, et en tant que chrétien, il se faisait un devoir de lutter contre le Diable et ses démons.

L'évêque R. McKenna

L’évêque R. McKenna

Officiellement, Ralph n’avait jamais étudié de cas pour l’Église Catholique Romaine, mais parfois, à la demande de prêtres, il avait travaillé sur des affaires reconnues. Ralph était très proche de l’évêque Robert F. McKenna, réputé pour ses nombreuses interventions lors des enquêtes des Warren, et les deux hommes avaient travaillé ensemble à de nombreuses reprises. Au cours des dix dernières années, Ralph l’avait assisté sur deux douzaines d’exorcismes et il avait pour lui le plus grand respect. Il disait:  » Si jamais il me faut marcher dans les profondeurs de l’enfer avec lui, j’irai sans arrière-pensée.  »

Depuis quelques années, le révérend McKenna constatait que les cas d’oppressions et de possessions étaient de plus en plus nombreux, mais qu’ils étaient souvent dissimulés derrière le masque de la psychiatrie. Néanmoins, le démon ne choisissait pas ses victimes par hasard et dans la plupart des cas elles avaient eu des relations, directement ou indirectement, avec la sorcellerie, en utilisant une planche de Ouija ou en s’adonnant à des rituels satanistes, par exemple.

La plupart des gens qui appelaient Ralph et Joe ne croyaient pas au diable, jusqu’à ce qu’ils soient tourmentés ou terrorisés par des événements inexplicables. Comme ils n’avaient jamais cherché la publicité, les affaires venaient à eux par le bouche à oreille. Personne ne consultait immédiatement un démonologue en cas de problème et les deux enquêteurs étaient généralement contactés en dernier recours, quand, après avoir épuisé toutes les explications logiques, les victimes en venaient à se questionner sur leur santé mentale. Parfois, comme dans l’histoire qui va suivre, les personnes en proie à des phénomènes horribles se tournaient vers l’un des nombreux prêtres que les deux hommes connaissaient, et ces prêtres les dirigeaient vers Ralph et Joe.

Dans la préface de son livre, Ralph assurait que même s’il avait changé quelques noms, tout ce qu’il avait écrit était vrai et qu’il avait raconté les faits tels qu’il les avait vus ou que les témoins les lui avait rapportés. Depuis, il a quitté la police mais il continue néanmoins à se consacrer à la lutte contre le mal… un mal différent de celui des hommes mais tout aussi réel. Je vous propose de découvrir L’horreur d’Halloween, l’enquête qui ouvre le livre de Ralph Sarchie.

L’Horreur d’Halloween

Ralph Sarchie en 1999

Ralph Sarchie en 1999

Ralph Sarchie détestait Halloween. Pourtant, quand il était enfant, il aimait à se déguiser et il sortait souvent collecter des bonbons chez les voisins mais lorsqu’il était devenu flic, il avait vu le côté obscur de la fête. Pour Halloween, tous les pervers de New York pensaient brusquement que la chasse aux enfants était ouverte. Alors, dans les locaux de police du Bronx Sud, où il travaillait, les appels affluaient. Les policiers couraient d’un endroit à l’autre, sirènes hurlantes, tentant d’enfermer les désaxés avant qu’ils ne sévissent. Mais ils n’étaient pas les seuls dont l’activité s’intensifiait pour le 31 octobre. Selon la légende, la nuit d’Halloween, les esprits des morts erraient sur la Terre, cherchant quelque atrocité à perpétrer ou, pire encore, des corps humains à habiter.
Pour apaiser ces esprits, nos ancêtres avaient l’habitude de déposer des offrandes devant leurs maison et pour éviter la possession, il était de coutume de porter un masque ou un déguisement le Jour des Morts.

Avant de commencer à enquêter sur le surnaturel, Ralph pensait que toutes ces histoires tenaient de la superstition mais il s’était rapidement aperçu que chaque année, vers la fin du mois d’octobre, il recevait une brusque vague d’appels et que le nombre de possessions augmentait de façon spectaculaire. L’une de ses enquêtes surnaturelles les plus poignantes avait d’ailleurs commencé le 31 octobre 1991. Ce jour-là, Joe Forester, son partenaire de travail, préparait des bonbons pour les enfants qui n’allaient pas tarder à passer quand soudain, il reçut un appel. Le père Hayes, qui était exorciste pour le diocèse catholique d’un état voisin, leur demandait s’ils pouvaient venir étudier un rapport d’activité à Westchester, une ville près de New York. Le prêtre ne donna aucun détail sur l’affaire, mais les deux hommes savaient que le Père Hayes, avec qui ils avaient déjà travaillé, ne les appelait pas sans raison.

Ralph et Joe visitèrent la famille Villanova le 2 novembre, jour de la Toussaint, alors que des prêtres récitaient l’Office des Morts et que des fidèles priaient pour que la souffrance des âmes du Purgatoire soit amoindrie. Ils n’avaient aucune idée de ce qu’ils allaient rencontrer, et ils allaient faire quelques dangereuses erreurs. Ce jour là, ils devaient uniquement avoir un entretien avec la famille et le filmer afin de permettre à l’exorciste d’évaluer le cas. Les deux hommes étaient donc allés sur place sans leur équipe d’enquêteurs habituelle. Le curé de la paroisse locale devait les rejoindre un peu plus tard et, comme ils ne devaient pas effectuer de rituels religieux, ils n’avaient emporté que très peu d’eau bénite ou autres objets religieux.
Un peu plus tard, en y repensant, Ralph se dit que c’était un peu comme patrouiller dans une zone à forte criminalité avec un pistolet chargé d’une seule balle. Mais heureusement, il avait sur lui sa relique la plus puissante, un éclat de la Vraie Croix.

Alors qu’ils se garaient non loin de la modeste maison de Dominick Villanova, à Yonkers, Ralph remarqua une chapelle catholique dans la rue et il se souvint des paroles d’Ed Warren, avec qui il avait travaillé. Ed répétait souvent que le diable aimait à opérer dans l’ombre d’une église et Ralph pensait qu’il avait raison. La présence d’un lieu de culte semblait accroitre la fureur des esprits.

Lors de ses enquêtes, Ralph s’était fixé une règle et il essayait de s’y tenir: ne jamais s’impliquer émotionnellement avec les gens qu’il aidait. Mais ce jour-là, quand Dominick ouvrit la porte, son fils de cinq ans se tenait à ses côtés et le petit garçon avait un air tellement effrayé que Ralph sentit sa résolution voler en éclats. Son père, un homme chauve aux lunettes épaisses de quarante-cinq ans, semblait tout aussi bouleversé que son fils et le policier, qui ne comprenait que trop bien ce qu’il pouvait ressentir, sentit immédiatement un élan de sympathie le traverser. L’homme les conduisit jusqu’à une pièce qui ressemblait à un camp de réfugiés. Toutes les personnes qui se trouvaient là semblaient malades, épuisés, et leurs yeux étaient remplis de tristesse. Des piles de vêtements s’entassaient au pied de chaque mur, près de matelas enroulés. Apparemment, toute la famille dormait dans la même salle.
 » Désolé pour le désordre,  » s’excusa Dominick. Puis il rajouta:  » Il y a eu beaucoup de… problèmes ici.  »
En le voyant chercher ses mots, Joe prit les devants. Sa longue expérience professionnelle lui avait appris à communiquer et à comprendre les gens:  » M. Villanova, je suis Joe Forrester et lui c’est mon partenaire, Ralph Sarchie. Comme vous le savez, nous sommes ici pour enquêter sur les problèmes que vous rencontrez à la demande du père Hayes. Vous avez accepté de nous recevoir, et vous devez savoir que nous ne facturons rien pour nos services.  »

 » Appelez-moi Dominick,  » répondit l’homme. Puis il leur présenta son épouse, Gabby, une femme d’une petite quarantaine d’années. Elle avait les cheveux noirs, épais, striés de blanc de chaque côté du visage, et ses traits fortement marqués la faisaient ressembler à une figure de proue. Elle portait, malgré son embonpoint, une robe rouge vif imprimée d’oiseaux colorés et plusieurs grands bracelets argentés à chacun de ses poignets. Elle semblait particulièrement nerveuse, allumant cigarette après cigarette d’une main tremblante.
Avant de demander à Dominick, Gabby, leurs quatre enfants et leurs trois amis qui étaient rassemblés dans la pièce de raconter leur histoire, les enquêteurs distribuèrent à chacun d’entre eux une médaille de St Benoît à porter autour du cou. Les deux hommes pensaient que ce saint avait un grand pouvoir contre les démons mais dès que Ralph accrocha la médaille au cou de DJ, Dominick Junior, le petit garçon de cinq ans, immédiatement elle tomba sur le plancher. Ralph vérifia soigneusement la chaine, qui était intacte, puis il replaça la médaille mais quelques secondes plus tard, elle rebondissait sur le sol une nouvelle fois. Intrigué, il fit une autre tentative, mais quand il ramassa la médaille pour la troisième fois, il en avait acquis la certitude: le démon qui harcelait cette famille était tellement puissant qu’il pouvait jeter au loin la médaille d’un saint personnellement bénie par l’évêque.

La plupart des mauvais esprits sont lâches. Ils craignent l’eau bénite, les médailles religieuses, les reliques et se cachent dès qu’ils en aperçoivent. Seules les plus puissantes forces maléfiques, les vrais démons, osent s’approcher des objets sacrés et les manipuler.
Au cours de l’entrevue, les démonologues allaient découvrir combien ce démon était dangereux. Faisant sonner ses bracelets, Gabby leur expliqua qu’elle l’avait vu pour la première fois un soir d’automne:  » Ma chambre était très froide, mais ce n’était pas une nuit froide. Dans le coin de la chambre, j’ai vu de la fumée blanche et de cette fumée est sortie une femme. Je ne pouvais la voir qu’à partir de la taille. J’ai regardé et j’ai appelée mon amie, qui est arrivée en courant avec mon mari.  »
Dominick s’était précipité dans la pièce, mais à ce moment-là, l’apparition s’était déjà évaporée et sa femme semblait en état de transe. Il pensait qu’elle y était restée pendant trois minutes à peu près, au cours desquelles l’entité, qui disait s’appeler Virginia Taylor, avait parlé à travers elle:  » Pas mal, pas peur,  » avait-déclaré.  » Je veux juste votre aide.  » Affolé, Dominick avait alors secoué sa femme, qui avait alors murmuré deux derniers mots avant de se réveiller:  » Aide, parents.  »

Malgré la rassurante affirmation formulée par Virginia quand à son caractère pacifique, Ralph et Joe avaient reconnu la créature démoniaque qui se dissimulait derrière le pseudonyme. En effet, les démons aiment à se faire passer pour des revenants et souvent ils empruntent les noms de personnes disparues, ou en inventent de nouveaux. De plus, quand ils tentent de se présenter sous l’apparence d’un être humain, leurs créations sont toujours imparfaites et, cette fois encore, le démon n’avait réussi à créer l’image que d’une moitié de femme. Une autre caractéristique des forces maléfiques est de diviser pour mieux régner. En ne se montrant qu’à une seule personne, elles sèment les graines de la confusion et du doute. Les témoins sont souvent réticents à parler à leurs amis ou à leur famille de ce qu’il ont vu, craignant qu’ils ne pensent qu’ils ont perdu l’esprit. Alors ils se replient sur eux-même et s’isolent. En agissant de cette manière, le démon tente de ronger la volonté de sa victime, ouvrant ainsi la voie à la possession.

Si l’apparition était des plus classiques, sa façon d’agir était plutôt inhabituelle. Dans la plupart des cas, les démons tentent d’épuiser nerveusement leur proie en cognant sur les murs ou en faisant résonner dans la maison des cris d’animaux, des pleurs de bébé ou la sonnerie d’un téléphone à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Cette période s’appelle l’infestation, et elle est normalement la première phase de l’activité diabolique. Mais cette fois, l’esprit était passé à l’oppression dès le début. Normalement, l’oppression est la deuxième étape, et elle implique souvent des attaques mentales et physiques terribles sur la victime.

Le lendemain, l’esprit s’était montré en plein jour. Gabby se trouvait au sous-sol quand son attention avait été attirée par un vieux miroir accroché là. Quand elle avait tourné son regard vers la grande glace, elle y avait vu Virginia. L’apparition lui avait tout d’abord répété les mots de la veille  » Les parents, les aider,  » puis elle lui avait raconté son histoire. La jeune fille, qui parlait comme autrefois, prétendait avoir suivi sa scolarité à l’étranger, puis elle avait rejoint ses parents lorsqu’ils étaient venus installer dans cette maison.
Virgina avait ensuite interrogée Gabby sur ses curieux vêtements et cette dernière lui avait répondu que c’était la façon dont les gens s’habillaient dans les années 1990, ce que la jeune fille avait refusé de croire. Pour elle, on était toujours en 1901. Puis, comme Gabby ne ressentaient aucune peur en sa présence, alors les deux  » femmes  » avaient eu une longue discussion.

Ralph et Joe étaient impressionnés par la façon dont l’esprit avait lentement déroulé son histoire complexe, comme une araignée tissant patiemment sa toile pour attraper une proie imprudente. Il avait attiré Gabby en lui parlant de mode et d’études, suggérant ainsi qu’il était un fantôme d’un grand raffinement, et il avait également joué avec sa sensibilité, lui racontant comment il avait soi-disant perdu ses parents et combien il souhaitait les rejoindre.

Gabby était enchantée de ces discussions, qu’elle s’était mise à espérer avec impatience. Pourtant, dès leur troisième rencontre, son intuition aurait du l’avertir de la vraie nature de l’esprit. Ce jour-là, Gabby était descendue au sous-sol et elle avait rapidement senti la présence de Virginia. Elle lui avait dit:  » Si vous voulez parler, ne me possédez pas. Je répéterai tout ce que vous me direz.  »
Un démon ne respectant aucunement les demandes qui lui sont faites, il n’avait prêté aucune attention à ses paroles et immédiatement il l’avait possédée. Puis elle s’était mise à parler, répétant sans cesse d’une voix bégayante  » Les parents, de l’aide.  »
Gabby n’avait pas vraiment saisi ce qui lui arrivait, mais quand l’esprit était rentré en elle, elle avait résisté autant qu’elle le pouvait. Malheureusement, elle n’était pas assez forte. Puis, en dépit des agissements douteux de Virginia, Gabby avait trouvé sa voix si séduisante qu’elle n’avait pas pu s’empêcher de l’écouter.

La fois suivante, l’esprit, qui était quelque peu théâtral, avait décidé de donner une tournure mélodramatique à son histoire. Ruth, une femme d’âge mur, et Carl, son fils de vingt-cinq ans, s’étaient récemment installés dans la maison après que le jeune homme se soit fiancé à Luciana, la fille ainée des Villanova. Comme Gabby et Ruth discutaient dans la chambre de la future épouse, l’esprit s’était brusquement emparé de Gabby sans autre forme de cérémonie, puis il avait commencé à lui parler. Virginia, qui n’arrêtait pas de pleurer, lui avait confié qu’elle avait été assassinée le jour de son mariage. Son fiancé, qui avait été accusé à tort du meurtre, en avait été tellement affecté qu’il s’était suicidé en prison. Après sa mort, ils s’étaient rendus compte de leur erreur, mais il était trop tard. Gabby lui avait alors demandé le nom du coupable et la jeune fille avait mystérieusement répondu:  » Il ne faut pas le dire.  »

En écoutant l’histoire de Virginia, Ralph songeait que si les escrocs qu’il avait arrêtés avaient eu la moitié du talent de l’esprit démoniaque, aucun ne se serait retrouvé en prison. Fort heureusement, ça n’était pas le cas. Il s’étonnait souvent de la façon dont les entités démoniaques tiraient parti de la bonne nature de leurs victimes. Il aurait supposé qu’un être surnaturel qui apparaissait à une famille dans un nuage de fumée et qui se disait le fantôme d’une mariée assassinée au moment où ces gens mariaient justement leur propre fille sèmerait la suspicion, mais pas le moins du monde. Les démons possèdent une connaissance étonnante de la psychologie humaine, et ils savent exactement les mots qu’il convient de dire pour gagner le cœur et l’esprit de leurs victimes.

De toute évidence, l’esprit avait adopté la bonne stratégie car son mélodrame avait fait pleurer les deux femmes qui s’étaient empressées de le raconter à tous. Ruth, dont l’un des proches avait été arrêté et brièvement emprisonné pour un crime qu’il n’avait pas commis, avait été particulièrement touchée par le suicide du jeune homme. Seul Dominick, un homme pragmatique qui travaillait dans un cabinet d’expert comptable, semblait résister au charme de Virginia. En fait, il trouvait son histoire sinistre et il pensait que l’esprit leur mentait.  » Même si ma femme ne semblait pas avoir peur, j’étais terrifié. Virginia venait à elle de plus en plus souvent, et je sentais que le fantôme commençait à… la posséder, si c’est le bon mot.  » Il regarda Joe et Ralph d’un air gêné, craignant d’avoir dit une énormité.  « Dites-nous ce que vous entendez par possédée,  » répondit Joe d’un ton volontairement neutre. Dominick leur expliqua alors que l’esprit essayait de parler par la bouche de sa femme mais que souvent ses paroles devenaient incompréhensibles. Au cours de ces transes, Gabby devenait raide comme une planche. Parfois, Dominick parvenait à chasser l’esprit en allumant la lumière ou en criant son nom, mais il arrivait qu’il doive la secouer ou même lui mettre une claque pour la réveiller. Virginia avait affirmé qu’ils n’avaient rien à craindre, mais quand il voyait sa femme rigide, balbutiante et confuse, Dominick pensait que l’esprit lui faisait du mal… et qu’ils devaient s’en méfier. Cependant, Gabby ignorait les craintes de son mari, et cette situation créait une tension palpable dans le couple. Le démon continuait son oppression, et cette oppression n’avait qu’un seul but: la possession de Gabby.

Chaque jour, Ruth et Gabby se rendait à la bibliothèque et elles échappaient à la monotonie de leur vie en essayant de décrypter les fabuleux mystères qui entouraient la vie de Virginia. La jeune fille s’était attirée la compassion des deux femmes en leur confiant que ses parents, Nathaniel et Sarah Taylor, avaient mystérieusement disparu peu de temps après le suicide de son fiancé.  » Je crains qu’ils aient été assassinés,  » leur avait-elle avoué, éplorée.  » Si seulement je pouvais connaitre leur sort, peut-être pourrais-je dormir tranquille.  »
Virginia leur offrait régulièrement de nouveaux indices, attisant leur curiosité: ses parents étaient venus aux États-Unis au tournant du siècle, ils venaient d’un pays européen non précisé, et ils avaient emménagé chez leurs cousins, les Clarke, pendant qu’elle terminait ses études à l’étranger. Pour s’assurer de leur sympathie, la jeune fille pleurait souvent, brodant sa vie de détails auxquels aucune mère n’aurait pu rester insensible. Les Clarke eux-aussi avaient été touchés par la tragédie. Leur fils unique était mort-né et, comme ils ne pouvaient avoir d’autres enfants, ils avaient adopté un fils, Oliver, qui allait plus tard tomber amoureux de Virginia et lui demander de l’épouser. Le feuilleton de Virginia fascinait tant les deux femmes qu’elles ne perdaient plus de temps à faire le ménage ou même à préparer à manger. Quand il rentrait du travail, Dominick trouvait la maison en désordre, quand au diner…

Joe, qui commençait à se lasser d’écouter cette romance démoniaque, chercha à aller à l’essentiel:  » Alors, cette histoire s’est-elle terminée?  »
 » Pas vraiment,  » répondit Gabby.  » Nous avons cherché dans de vieux journaux, des annuaires téléphoniques et des dossiers publics. Il n’y avait rien à propos de Virginia ou de ses parents, juste des trucs sur la famille avec qui elle vivait. Apparemment, les Clarke étaient propriétaires ici, à un moment donné, mais nous n’avons rien trouvé sur un fils nommé Oliver.  »
Les forces démoniaques ont connaissance du passé et souvent ils aiment à mélanger quelques faits authentiques à leur fiction, donnant ainsi à leurs victimes des éléments auxquels s’accrocher. Clarke est un nom très commun aux États-Unis et si Ruth et Gabby avaient passé plus de temps à la bibliothèque, elles y auraient probablement trouvé des Taylor aussi. L’assassinat d’une jeune femme le jour de son mariage et l’arrestation de son fiancé auraient probablement fait la une des journaux de l’époque mais l’absence totale de toute couverture médiatique d’une histoire aussi dramatique n’avait pas interpellé les deux femmes, qui avaient continué à accorder toute leur confiance à cette malheureuse Virginia. La jeune fille leur avait confié une singulière tâche:  » Elle voulait que nous retrouvions la tombe de son fiancé,  » déclara Gabby.  » Après son suicide, on avait tenté d’étouffer l’affaire et personne ne savait où il était enterré.  » Dominick l’interrompit.  » Elle mettait ma femme en larmes. Gabby se sentait très mal de n’avoir rien trouvé sur ses parents, et maintenant, le fantôme pleurait sur la tombe inconnue de son défunt petit ami.  »

Comme à son habitude l’esprit leur avait donné quelques indications et dès le lendemain, qui était un jour férié, Gabby, Ruth et leurs cinq enfants étaient partis vers le vieux cimetière qui servait de dernière demeure à Washington Irving, l’auteur du roman La Légende de Sleeping Hollow. Après avoir fouillé le cimetière pendant des heures, tentant inlassablement de déchiffrer les noms inscrits sur les vieilles pierres tombales, les deux femmes, épuisées, avaient décidé d’abandonner et de rentrer à la maison. Elles arrivaient en vue de l’église quand Gabby était brusquement rentrée en transe. » Quelque chose me tirait dans l’allée pour me faire revenir dans le cimetière. J’ai marché jusqu’à l’une des pierres tombales, qui disait Catherine Clarke, 1859-1926.
Virginia, très excitée, m’a dit que nous venions de trouver la mère d’Oliver. Il y avait une pierre plus petite à côté de la sienne, mais elle était tellement usée que je ne pouvais en lire le nom. Était-ce la tombe d’Oliver? Virginia ne l’a pas dit.  »

Ralph était intrigué par ce démon qui manipulait si habilement les humains. La visite au cimetière était judicieuse. Comme l’esprit les avait entrainées sur une tombe qui se trouvait près d’une église, les deux femmes en avaient logiquement conclu qu’il était un  » fantôme chrétien « . Gabby avait cessé de lui résister, lui permettant de rentrer en elle afin qu’il puisse leur faire de nouvelles révélations plus aisément.  » Ma fille aînée est allée à la société historique et elle en a ramené de vieilles cartes de Westchester. Je les ai étalées sur la table, j’ai pris un stylo et j’ai demandé à Virginia de me montrer où elle avait vécu. Ma main s’est mise à trembler de droite à gauche puis elle a été poussée dans une certaine zone. Elle a dessiné une lettre que nous avons interprétée comme un M ou un W. »

Cette anecdote renforça la certitude des deux enquêteurs. Les démons aiment à écrire à l’envers, de telle sorte que vous devez lire les mots dans les miroirs pour les comprendre. Leur écriture est souvent tordue, comme si un droitier se servait sa main gauche. Leurs écrits sont étranges, parfois obscènes, souvent injurieux, et les langues qu’ils utilisent sont quelquefois obscures. Dans le cas qui nous intéresse, le gribouillage délibérément ambigu du démon était juste un moyen d’accroire la confusion. Gabby, qui était clairement subjuguée par Virginia, proposa alors à Joe de lui montrer la carte mais ce dernier refusa en secouant la tête. Il n’était pas là pour donner du pouvoir au mal en lui accordant une reconnaissance inutile.
Le démonologue prit alors la parole, et se tournant vers elle, il lui dit:  » Gabby, laisse-nous mettre une chose au clair. Nous n’allons plus appeler cet esprit Virginia, car il ne mérite pas un nom humain. Ce n’est un esprit humain, ou un fantôme, c’est un démon.  »
Joe expliqua alors la nature de ces entités maléfiques, puis il s’efforça de démystifier le récit du démon.  » Cette histoire de mariage est un tas de conneries pour vous piéger par empathie en vous forçant à établir une connexion psychique avec votre vie. A partir de maintenant, lorsque nous parlerons de tout ce que cet esprit a provoqué, nous dirons: Le démon l’a fait.  »

L’expression perplexe qu’affichait Dominick se transforma soudain en un air triomphant qui disait:  » Tu vois, je te l’avais dit!  »
Gabby, qui avait eu des doutes sur Virginia lors de ses premières apparitions n’avait pas besoin de plus pour être convaincue et elle confirma les révélations de Joe en l’informant de ce que le démon avait dit pour Halloween, juste après que Dominick ait appelé le père Williams pour lui demander de l’aide. L’esprit, qui savait que le prêtre ne tarderait pas à révéler sa vraie nature, avait accéléré ses plans. Le jour même, il avait tenté d’attirer Gabby dans sa tanière, au sous-sol, lui affirmant qu’il ne voulait pas lui faire de mal, mais comme elle avait refusé de descendre, il avait déclaré:  » J’ai eu affaire avec le père Hayes auparavant et cette fois, je vais gagner la bataille!  »
Gabby avait été intriguée par cette réflexion. Virginia parlait de combat alors qu’elle avait affirmé vouloir ne faire de mal à personne. Mais plus surprenant encore, l’esprit n’avait pas cité le nom du prêtre que Dominick avait appelé, mais celui d’un exorciste dont la famille ignorait même l’existence. De sa voix bégayante, il avait proféré un dernier avertissement:  » Ceux de la S-S-Sainte-Église ne doivent pas entrer!  »

Ralph aurait du s’alarmer en entendant ces mots, mais il ne réagit pas. Voyant que Joe n’avait pas besoin de son aide pour l’entrevue, il décida, comme à son habitude, de faire le tour de la maison pour se forger une impression de l’endroit. L’enquêteur pouvait en dire beaucoup sur une famille juste en faisant le tour d’une maison. Il regardait la façon dont elle était entretenue, cherchait d’éventuels signes occultes, vérifiait les livres etc… S’il remarquait quelque chose, alors il en parlait aux intéressés. Il n’était pas médium et il ne pouvait pas se fier uniquement à son sixième sens mais parfois, en se promenant dans la maison, il percevait des vibrations qui l’informaient de la situation.

Ralph commença par l’étage, où un appartement que la famille louait avait récemment été libéré et dès qu’il pénétra dans l’entrée, la poignée de l’une des portes des chambres commença à cliqueter. Il avait déjà entendu ce genre de manifestation démoniaque de bas niveau dans d’autres maisons, aussi la nota-t-il mentalement sans plus s’y attarder. A l’intérieur de l’appartement, les pièces étaient anormalement sombres mais quand il appuya sur l’interrupteur, Ralph en comprit immédiatement la raison. Les murs, tout comme le plafond, avaient été repeints en un noir des plus profonds. Les fenêtres étaient tellement opaques qu’aucun trait de lumière ne pouvait y pénétrer.
L’enquêteur était prêt à parier son prochain chèque de paie que l’ancien locataire n’avait pas passé son temps à prier le chapelet. Il aurait bien voulu retrouver quelques affaires lui appartenant mais l’homme n’avait rien laissé derrière lui et s’il voulait en savoir un peu plus, il allait devoir interroger les Villanova à son propos.
Dans l’appartement du premier étage, là où vivaient habituellement la famille, Ralph ne découvrit rien d’extraordinaire, ni dans la chambre parentale, ni dans celles des trois plus jeunes enfants. Par contre, dans celle de la future mariée une boule de lumière extrêmement brillante passa devant lui et disparut dans le couloir. Ralph avait déjà vu une sphère semblable une fois, dans une affaire antérieure, et il n’en fut pas bouleversé.

Il retourna à la salle de séjour pour demander aux Villanova si l’un d’entre eux avait déjà vu ce phénomène et sa question anima le petit groupe.  » Oui, j’ai vu la lumière,  » s’écria Luciana.  » Moi aussi. C’était effrayant,  » précisa Gabby. Un par un, tous les membres de la famille décrivirent les diverses occasions où la boule lumineuse était apparue. Seul Dominick restait silencieux. Il semblait déçu. Interrompant soudain la discussion, il déclara, grincheux:  » Je n’ai jamais vu cela! Comment se fait-il que vous puissiez voir ces choses, monsieur Sarchie, et que je ne le puisse pas?  »
Il semblait vraiment vexé que l’esprit du mal ne se soit pas manifesté devant lui.  » Ne vous sentez pas mal,  » lui dit alors Ralph.  » Soyez juste reconnaissant de ne rien voir vu.  »
Dominick acquiesça à contrecœur et l’enquêteur reprit sa visite. Il ne remarqua rien d’inhabituel dans les autres chambres mais la cuisine était en désordre et l’évier encombré de vaisselle sale. En descendant au sous-sol, Ralph ne perçut aucune force maléfique mais dès qu’il aperçut l’armoire à double-portes, l’atmosphère devint lourde de menaces. Le sentiment était si fort qu’il s’arrêta net dans son élan, paralysé par la peur. Ralph était flic depuis longtemps, il avait eu peur à de nombreuses reprises et il avait toujours réagi agressivement mais là, c’était différent. Il ne pouvait détacher les yeux de ces portes. Puis, son cœur s’emballa, sa respiration se fit difficile et une douleur lancinante commença à lui vriller la tempe droite. Elle ne ressemblait pas à un mal de tête classique, c’était une douleur lancinante qu’il avait ressentie à plusieurs reprises quand il enquêtait sur d’autres affaires ou qu’il assistait à des exorcismes.

Comme la douleur grandissait encore, son cœur se souleva et Ralph se dit qu’il allait vomir. Il n’y avait aucun phénomène visible, seulement un sentiment de terreur infernale et de mal absolu. Comme il était trop gelé pour bouger ses lèvres ou pour parler, alors, dans son esprit, il ordonna au démon de partir au nom de Jésus-Christ et ce dernier relâcha brièvement son emprise, juste assez longtemps pour lui permettre d’atteindre la bouteille d’eau bénite qu’il avait dans sa poche. Ralph jeta de l’eau bénite sur l’armoire et commença à marcher à reculons vers l’escalier, n’osant détacher ses yeux des deux portes.
Une fois arrivé à la salle à manger, où attendait la famille, la douleur et le malaise disparurent. L’enquêteur prit alors son coéquipier à part et lui raconta ce qui venait de se passer.  » Ralph, je pense que tu devrais jeter un œil à cela,  » lui répondit Joe, tendant la note que le fantôme avait dictée à Gabby la veille. Sur le papier, une main maladroite avait tracé ces mots:  » La douleur viendra à ceux qui descendront. Méfiez-vous de la nuit!  »

La Fin du Cauchemar

Ralph Sarchie lors d'un exorcisme

Ralph Sarchie lors d’un exorcisme

Pendant que Ralph visitait la maison, Joe découvrit un nouvel aspect alarmant de l’affaire. Deux semaines après la première manifestation de l’esprit, Luciana, la fille ainée de Gabby, avait été soumise à une série d’agressions incroyablement cruelles. Avec ses longs cheveux noirs ondulés, sa peau couleur d’olive pâle et ses yeux sombres, la jeune fille était d’une rare beauté mais son visage affichait une expression maussade, presque hostile. Tout en elle irradiait le désespoir et ce sentiment était si intense qu’il l’entourait comme un épais nuage noir.
En voyant que Luciana avait posé sa médaille de Saint Benoit sur la table, Joe lui demanda poliment de la mettre autour de son cou et la jeune fille se mit brusquement en colère:  » J’avais un médaillon de la Vierge sur une chaine autour de mon cou et ce matin, il a disparu.  » Puis, regardant autour de la salle comme si elle soupçonnait l’un de ses parents de l’avoir volé pendant son sommeil, elle déclara:  » Il était en or!  »

Joe tenta alors de la rassurer, lui disant que le démon avait du faire disparaitre le bijou pour jeter le trouble, et lui proposa de mettre la médaille qu’ils lui avaient donnée, mais la jeune fille se plaignit que la chaine était trop longue. Puis, se tournant vers son fiancé qui se dissimulait prudemment au fond de la pièce, elle lui tendit le collier. Le jeune homme était âgé de 25 ans à peine, mais son cuir chevelu était déjà en recul ce qui soulignait son large front et son grand nez. Il sortit un couteau suisse de la poche de son jean moulant et raccourcit soigneusement la chaine mais quand il la tendit à Luciana, aussitôt elle le rabroua, affirmant que maintenant, elle était trop courte. Ayant finalement réussi à obtenir une longueur qui lui convenait, Luciana attrapa la chaine à contrecœur et la passa autour de son cou, prenant soin de pas l’accrocher à son épaisse queue de cheval. Remarquant soudain que tout le monde la regardait, la jeune fille, gênée, s’excusa de son emportement, expliquant qu’elle n’avait pas dormi plus de trente minutes la nuit précédente.

Joe, qui savait que la jeune fille avait peur, lui conseilla d’oublier l’incident et de raconter à Ralph les problèmes qu’elle rencontrait. La colère qui l’animait la quitta brusquement et Luciana se laissa retomber sur sa chaise, comme si elle portait un poids trop lourd pour ses frêles épaules.  » Il y a plusieurs semaines, vers 2h du matin, je lisais dans ma chambre. J’avais un verre d’eau près de mon lit, et quand je me suis levée pour allumer la lumière du couloir pour ma sœur, qui était à une fête, le verre a volé vers moi, ratant ma tête de peu.  » A ce moment-là, Luciana s’était mise à crier, et toute sa famille avait accouru en l’entendant. Comme elle avait peur de dormir seule, elle avait décidé de passer la nuit suivante dans la chambre de sa sœur mais à peine les deux filles s’étaient-elles endormies que le lit superposé qu’elles partageaient s’était mis à trembler violemment, décollant et retombant sur le plancher à plusieurs reprises. Leurs hurlements avaient réveillé leurs parents mais dès qu’ils avaient allumé la lumière, toutes les manifestations avaient brusquement cessé.

Ce genre de phénomènes est typique de l’infestation. Des choses effrayantes se produisent dans l’obscurité et s’arrêtent dès que la lumière est allumée. Le démon crée ainsi la peur et la confusion, et les victimes finissent par se demander si elles ne rêvent pas.
Au début, l’esprit maléfique s’était montré discret mais il était rapidement devenu audacieux et l’infestation avait évolué en oppression. Il ne fuyait plus quand s’allumaient les lumières et il attaquait même en plein jour, toujours la même personne: Luciana.  » J’étais griffée tous les jours. Habituellement, je recevais de larges marques rouges le long de mes bras qui disparaissaient très rapidement, parfois en quelques minutes. Une nuit, vers deux heures du matin, j’ai senti une brûlure très douloureuse sur ma peau et quand je me suis réveillée, j’avais un pentagramme gravé sur mon estomac. Une autre fois, mon bras a commencé à me brûler et me piquer comme s’il était en feu. Quand j’ai regardé dans le miroir, j’ai vu le nombre de la Bête -666- écrit sur mon bras en énormes zébrures rouges.  »

Pourquoi la future mariée était-elle la cible de toutes ces attaques restait un point obscur. Ses deux sœurs, toutes deux adolescentes, disaient qu’elle était la plus forte, la plus belle, la plus courageuse et la plus volontaire des trois, mais cela n’expliquait pas cet acharnement.
Aux cours de ses enquêtes, Ralph avait remarqué que rien ne permettait jamais de déterminer quel membre de la famille allait être victime d’agressions maléfiques. Les forces démoniaques exploitaient souvent les faiblesses des uns et des autres et elles aimaient à s’en pendre aux enfants, qui sont des proies faciles, pour mieux déstabiliser leurs parents et il supposait donc, sans certitude, que l’esprit démoniaque agressait Luciana car la jeune fille allait se marier, tout comme le personnage qu’il s’était inventé, s’imaginant probablement que Gabby n’en serait que plus affectée. Si tel était le cas, le plan avait fonctionné. Bouleversée, la mère avait immédiatement demandé à Virginia quels autres esprits se trouvaient dans la maison et naturellement, le démon lui avait répondu que deux esprits frappeurs hantaient les lieux. L’un des poltergeists était très bien, mais l’autre était particulièrement mauvais et même dangereux.

En entendant ce mot, Joe grimaça. Les deux démonologues n’aimaient pas le terme de poltergeist. Il était devenu très populaire auprès des parapsychologues, qu’ils croient ou non aux esprits. Ils désignaient toutes les manifestations, les infestations, l’oppression et même la possession comme des cas de poltergeists. Certains prétendaient même que ces manifestations étaient le résultat de phénomènes naturels, tels que l’énergie électromagnétique, des courants souterrains ou n’importe quelle hypothèse qui n’impliquait pas des démons. A cause d’eux, toute les explications qui parlaient de pouvoirs diaboliques ressemblaient à une vieille farce. Les deux hommes appréciaient encore moins ces parapsychologues qui venaient enquêter sur des cas de hantise d’un point de vue scientifique. Concrètement, ils débarquaient dans une maison avec leurs caméras et leurs gaussmètres, prenaient quelques jolies photos de l’esprit et s’en allaient satisfaits d’eux-mêmes, abandonnant la famille à son cauchemar.

Après avoir effrayée Gabby avec ses histoires de poltergeist dangereux, le démon proposa de l’aider. Mais il ne s’arrêta pas là. Le jour même, il fit apparaitre un autre fantôme pour se porter garant de ses intentions bienveillantes:  » J’ai vu mon père, qui est décédé il y a quelques années, debout en face de moi,  » expliqua Gabby.  » Il a appelé Virgina La Dame et a dit qu’elle était une bonne personne. Il est venu à moi quatre ou cinq fois, et nous avons eu de longues conversations. Une nuit, DJ l’a vu lui aussi, et il a passé une bonne heure à parler avec lui.  »
 » Y avait-il quelque chose d’inhabituel à propos de son apparence?  » demanda Joe.  » Pour moi, c’était mon père. Il a parlé de choses de mon enfance que lui et moi étions les seuls à connaitre. Tu l’as vu DJ, à quoi ressemblait-il pour toi?  » Le petit garçon hésita, puis décida de dire la vérité:  » Ne te fâche pas, Maman, mais je ne souviens pas vraiment de grand-père quand il était, tu sais, en vie. Quand j’étais assis sur le lit avec lui, son visage était tout ridé et il avait vraiment l’air vieux. Il portait un costume marron et des bijoux. Il a parlé à mon oreille, plutôt fort, et il a dit que maman devait écouter la gentille dame.  »
Dj tourna alors la tête, cherchant à éviter le regard de sa mère.  » Une fois, il a parlé avec moi à l’école, et j’ai eu des problèmes avec l’instituteur car je n’écoutais pas.  » Il s’arrêta quelques secondes de parler, puis dit avec colère:  » Je n’aimais pas grand-père tant que ça. Il faisait très froid quand il était là, et je me sentais bizarre à l’intérieur.  »

Bien que Dj ou sa mère n’aient rien remarqué de spécial, Ralph était persuadé que cette apparition était une nouvelle manifestation satanique. D’ailleurs, il connaissait une tactique toute simple qui permettait de les démasquer sans faillir. Quand des esprits se présentaient sous la forme de parents défunts, de fantômes désespérés, de saints, ou même du Christ, il leur demandait de dire:  » J’aime Dieu.  » Les démons étant incapables de prononcer ces quelques mots, leur refus était révélateur. Ou alors, il ordonnait aux esprits de partir, au nom de Jésus Christ. Cette phrase possède un pouvoir certain sur les forces des ténèbres, mais aucun sur les esprits humains.

Après que le fantôme du grand-père se soit manifesté, les attaques sur Luciana s’étaient intensifiées. Nuit après nuit, la jeune fille recevait des coups de poings, des coups de pied, elle était jetée sur le sol, trainée hors de son lit, mordue, et des cheveux lui étaient arrachés. Cela faisait trois mois que sa vie était devenue un enfer et elle était épuisée.
Pour tenter de se protéger, ils avaient décidé se rassembler au salon et de dormir tous ensemble, s’entassant dans des sacs de couchage et des lits de fortune, mais cela n’avait rien changé. Dès que sonnait minuit, les hurlements de Luciana les réveillaient et ils découvraient sur son corps de nouvelles marques sanglantes. Dans la pièce commune, la collection de poupées de clown de Luciana était régulièrement projetée à terre, les livres s’envolaient des étagères et allaient s’écraser sur les murs, parfois si violemment qu’ils en laissaient des bosses dans le plâtre. Plus étrange encore, les fleurs de soie que Gabby conservait sur la commode quittaient leur vase et au petit matin elle les retrouvait sous son lit, mystérieusement disposées en forme de croix.

Puis, les meubles lourds avaient commencé à bouger d’eux-mêmes, se secouant de haut en bas ou lévitant au-dessus du sol. Parfois, les chaises volaient dans la maison, frappant les murs, brisant les photos de famille dans une pluie de verre. Il arrivait également que la télévision ou la stéréo s’allument en pleine nuit, le volume à fond, terrorisant la famille endormie. Des gémissements et des grognements horribles s’élevaient du sous-sol et, certains matins, des messages, comme le mot  » Aide « , étaient retrouvés sur le miroir de la salle de bain, écrits à l’envers.

Comme ils avaient peur, tout mouvement dans la maison, même pour se rendre aux toilettes ou à la salle de bain, se faisait en groupe. Après avoir été menacée à deux reprises par des objets volants, une boite à mouchoirs l’avait frappée au visage quand elle était dans la cave et une boite de petites-pois qui lévitait dans la cuisine avait raté de peu sa tête, Ruth avait demandé à sa belle-fille de monter la garde quand elle prenait une douche.  » Je me séchais quand Luciana a crié: Attention! Je me suis baissée et un lourd porte-savon est venu survolé la porte de la douche et a percuté le mur derrière moi. Si elle ne m’avait pas avertie, j’aurais certainement été assommée! Quelle qu’elle soit, cette chose a énormément de puissance!  »

Ruth rajouta que souvent, quand Luciana était agressée, même si elle se trouvait dans une autre pièce, elle le percevait physiquement, ressentant d’étranges picotement dans ses cuisses. De son côté, la jeune fille signala qu’elle était frappée quand quelque chose arrivait à sa mère puis, apparemment épuisée par l’effort d’avoir dit ces quelques mots, elle s’affaissa dans son fauteuil. Sous ses yeux, ses cernes étaient aussi sombres que des ecchymoses et elle parlait avec hésitation, comme une vieille personne ou un malade. Son fiancé eut alors un mouvement de sympathie mais elle le chassa de la main comme un vulgaire insecte et bien qu’il ait visiblement été vexé de ce rejet, le jeune homme ne lui fit aucune remarque. Pour leur montrer la souffrance qu’endurait Luciana, il montra aux démonologues un journal manuscrit qu’il avait commencé à tenir depuis que Dominick avait appelé le prêtre, espérant que ces quelques notes les aideraient dans leur enquête. Voici, par exemple, comment la jeune fille avait passé la journée d’Halloween:
18:20 Lucianna giflée deux fois au visage.
20:03 Le cendrier vole à travers la chambre.
23:31 Luciana poussée contre le mur.
23:39 Griffure en forme de cercle sur le visage de Luciana.
23:46 Tête de Luciana projetée contre la table.
23:48 Luciana trainée d’une chaise.
23:52 Grognements entendus.
23:56 Un fauteuil se déplace à travers la salle à manger.
00:05 Luciana projetée sur Ruth.
02:14 Luciana tirée hors de son lit.
02:16 Luciana reçoit un coup de poing dans l’estomac.
02:17 Luciana poussée hors de chaise.
02:18 Flash de lumière, odeur d’œuf pourri.
03:15 Une chaussure frappe Luciana sur la tête.
03:56 Les doigts de Luciana sont pincés.

La jeune fille, effondrée sur sa chaise, leur apprit que la vieille, les choses avaient été pires encore:  » J’ai vraiment eu peur. Le matelas sur lequel je dormais s’est soulevé de 50 centimètres dans les airs et j’ai été jetée à terre. J’ai vu quelque chose d’horrible, assis là à rire de moi. Je l’avais vu une fois avant: une créature blanche qui était poilue de partout, sans yeux, avec juste deux horribles orbites noires qui me fixaient encore et encore. J’ai essayé de la pousser loin de moi mais elle m’a fait un doigt d’honneur! Puis elle a disparu!  »
Un ricanement démoniaque s’était alors élevé de la créature invisible, terrifiant Luciana.  » Puis, quelque chose a forcé mes jambes à s’ouvrir. J’ai essayé de crier au secours, mais aucun mots ne sortaient de ma bouche. C’était comme un cauchemar. Mon père, Carl et Ruth tentaient de pousser mes jambes, mais ils n’y arrivaient pas. Puis ça s’est arrêté.  » Sachant que son histoire sonnait vraiment bizarrement, elle se tourna vers son petit ami et lui dit, en larmes:  » Carl, tu l’as vu toi aussi! Juste avant qu’il ne disparaisse!  »
Ralph pensa qu’ils étaient venus juste à temps. Ce démon, probablement un cauchemar, se préparait à violer cette jeune fille qui n’en avait nullement conscience.

Carl confirma tout ce qu’elle avait dit, puis il ajouta que le jour d’Halloween, il y avait eu d’autres incidents. Passant à la page suivante de son journal, il expliqua que Gabby étant épuisée, lui et sa fiancée étaient sortis lui acheter des cigarettes vers 16h. Il était rentré dans le magasin et Luciana attendait dans la voiture quand soudain, une balle en caoutchouc accrochée au rétroviseur s’était enflammée spontanément. La jeune fille avait tenté de la jeter dehors sans succès, puis elle avait klaxonné jusqu’à ce que Carl sorte en courant. Le jeune homme avait alors attrapé la balle brulante, l’avait jetée sur le sol puis il l’avait piétinée pour éteindre les flammes.

Une fois rentrés à la maison, Carl s’était installé pour dormir un peu mais il avait le sentiment étrange que quelqu’un, ou quelque chose, se dissimulait à proximité. Comme il se sentait très fatigué et qu’il avait vraiment besoin de repos, il avait tenté d’ignorer cette présence mais brusquement, son corps s’était paralysé et il lui avait été impossible de bouger. Quelques secondes plus tard la chose l’avait libéré, mais durant la nuit, elle était revenue. Carl avait senti quelque chose ramper sur sa jambe droite et entrer en lui. La présence étrangère qui se trouvait à l’intérieur de son corps l’avait fait violemment trembler puis brusquement, le jeune homme avait été projeté hors de son lit. Ensuite, il se souvenait vaguement avoir parlé dans différentes langues et s’être battu avec tout ce qu’il pouvait, avant de s’évanouir. A son réveil, la chose avait disparu.
Ralph avait déjà entendu des témoignages de ce genre et en écoutant le récit de Carl, il pensait que le jeune homme venait de vivre ce que les anciens druides redoutaient la nuit d’Halloween: être possédé par l’un des esprits affamés qui rôdaient sur la Terre, à la recherche de corps humains à habiter.

Particulièrement secoué, il avait demandé à Gabby de questionner Virginia sur cet horrible événement et la jeune fille avait donné une réponse inquiétante. Il y avait maintenant cinq démons dans la maison, et ils ne partiraient pas à moins que du sang ne soit versé. Elle affirma qu’ils s’étaient débarrassés du  » bon poltergeist  » et que maintenant ils voulaient Luciana, la fille enfant. En entendant ces mots, Joe, qui restait habituellement impassible, s’emporta et il déclara d’une voix empreinte de colère:  » Personne ne prendra Luciana, il n’y a donc pas de problème!  »

Pendant qu’ils discutaient, les deux démonologues entendaient des poignées de porte cliqueter dans des pièces vides. Le chien de la famille sursautait, pleurait et aboyait aux bruits étranges qui retentissaient dans la maison et les deux hommes se demandaient d’où venaient tous ces mauvais esprits. Bien évidemment, ils avaient un suspect, mais avant d’interroger la famille à son sujet, ils devaient exclure toute autre possibilité.

Joe demanda alors si l’une des personnes présentes s’était amusée avec une planche Ouija et les deux jeunes sœurs de Luciana, toutes deux adolescentes, avouèrent qu’elles avaient expérimenté cette pratique à l’occasion d’une fête. Elles avaient posé des questions idiotes, demandant si tel ou tel garçon les aimait, et le Ouija avait répondu par Oui ou par Non, sans jamais rien révéler d’intéressant. Puis Monica, la sœur cadette, s’exclama:  » Ce fut la seule fois, je le jure.  »
Avec un regard sévère, Joe expliqua que c’était une fois de trop. Il ne les blâmait pas de l’avoir fait, car elles ignoraient le danger, mais en jouant avec une planche de Ouija, elles avaient ouvert une porte derrière laquelle se dissimulait le mal à l’état pur. Luciana se mit alors en colère contre ses sœurs:  » Comment pouvez-vous jouer avec ça! regardez ce que vous nous avez fait!  »

Parfois, certaines personnes disaient à Ralph:  » Hey, j’ai utilisé une planche Ouija et il ne s’est rien passé.  » Alors il leur répondait:  » Considérez-vous comme chanceux alors.  » Pour lui, utiliser un Ouija, c’était comme jouer à la roulette russe et plus on appuyait sur la gâchette, plus il était probable qu’au prochain coup, le monde s’obscurcisse. Il connaissait un cas terrible où une jeune mère de famille avec joué avec une planche de Ouija lors d’une fête. Les conséquences avaient été tragiques. Comme elle était rapidement devenue accro à la pratique, elle s’était achetée sa propre planche et faisait des séances tous les jours. Un matin, un esprit lui était apparu, disant qu’il était le fantôme d’un garçon de dix-sept ans qui s’était suicidé. Il avait raconté un conte de fée basé sur une tombe anonyme qu’il voulait qu’elle trouve pour lui et la femme avait alors commencé à poursuivre des chimères, négligeant son mari et ses jeunes enfants. Bien évidemment, cette situation avait créé des conflits au sein de son couple, mais elle ne vivait plus que pour son fantôme et bientôt les événements avaient pris une horrible tournure.

Une nuit, elle avait eu le pire cauchemar de sa vie, rêvant qu’elle était poursuivie par un grand homme armé d’une hache, qui voulait la tuer. La vision était si forte que la jeune femme s’était réveillée en pleurant hystériquement, trempée de sueur. Ce rêve éprouvant avait été le premier d’une longue série mais le véritable cauchemar n’avait commencé qu’une fois cette période terminée. Bien éveillée, elle s’était mise à entendre une voix. Une voix perverse, qui lui faisait des remarques sexuelles et lui ordonnait de prendre un couteau et de poignarder ses enfants. Terrifiée, elle en avait parlé à son mari et elle avait demandé à être internée dans un hôpital psychiatrique de peur de nuire à sa famille.

Après que des tests physiques et psychiatriques approfondis aient été effectués, la jeune femme avait été libérée et elle s’était empressée de contacter l’évêque McKenna pour lui demander d’effectuer un exorcisme. Pendant le rituel, il ne s’était rien passé de spécial jusqu’à ce que l’évêque touche sa tête d’une relique et dise:  » Démon, si tu es en elle, je t’adjure au nom de Jésus-Christ notre Seigneur de te révéler.  »
Le démon, s’exprimant avec la voix de la femme, avait alors déclaré:  » Je suis l’esprit d’une personne.  » Bien évidemment, il s’était trahi, puisque les esprits humains ne sont pas sensibles  aux exorcismes. Ignorant cette affirmation, l’évêque lui avait alors demandé:  » Pourquoi es-tu entré en elle?  » Ce à quoi le démon avait répondu:  » Parce qu’elle s’est offerte à travers une planche Ouija.  »

Ralph se rappelait encore comment cette femme était assise pendant le rituel, immobile comme une statue, ses yeux se déplaçant en un mouvement circulaire étrange. Néanmoins, cette histoire était triste car elle finissait mal. Finalement, la cérémonie avait été un échec et nul ne savait ce qu’il était advenu de la jeune mère.

Dans le cas qui les préoccupait, Ralph et Joe n’étaient pas surs que les adolescentes soient à l’origine de l’invasion démoniaque. Bien évidemment, elles avaient peut-être permis à une entité de pénétrer dans la maison mais pour ne pas les culpabiliser, les deux enquêteurs leur assurèrent qu’ils ne les pensaient pas responsables. D’autant plus qu’ils avaient un autre suspect: l’ancien locataire.

Les Villanova leur apprirent que la personne qui louait l’appartement avait un côté sombre qui allait bien au-delà de la couleur des murs. Bien qu’ils ne puissent pas leur donner beaucoup de détails, ils avaient découvert récemment qu’il avait un casier judiciaire et qu’il était connu pour verser dans l’occulte. Certes, les preuves contre lui étaient circonstancielles, mais les deux hommes estimèrent qu’il était probablement celui qui avait invité les démons dans la maison.
Au moment où se terminait l’entretien, Luciana poussa un cri horrible. Le démon l’attaquait effrontément, juste en face des démonologues et, comme une raillerie maléfique, une entaille rouge se dessinait maintenant sur sa peau lisse. Ils photographièrent la griffure et à ce moment là, la force invisible tira les cheveux de la jeune fille, suffisamment violemment pour faire brusquement basculer sa tête sur le côté.

Un exorciste devenir venir sous peu mais le mal était si présent que Ralph et Joe ne pouvaient se résoudre à abandonner cette famille sans intervenir aussi décidèrent-ils de tenter leur propre rituel. Ils n’étaient pas aussi bien préparés que ce qu’il aurait fallu, mais les laisser seuls dans cette situation aurait été criminel.

Peu de temps après, ils commencèrent à réciter la prière du Pape Léon XIII, une forme mineure d’exorcisme qu’ils utilisaient régulièrement dans leur travail. Le chien des Villanova les suivait de pièce en pièce et sa médaille de Saint-Benoît tintait de plus en plus violemment. Soudain, tous les chiens du quartier se mirent à aboyer de concert. Ralph et Joe n’avaient jamais rien entendu de tel de leur vie. Ces aboiements étaient assourdissants, il ressemblaient à des hurlements, et les deux hommes comprirent alors que les démons fuyaient la maison.
Si les esprits maléfiques mineurs disparaissaient devant l’eau bénite, le plus puissant d’entre eux ne se comptait pas se laisser bannir aussi facilement. Les enquêteurs se trouvaient au sous-sol, près des portes qui avaient tant effrayé Ralph, quand brusquement, Carl descendit à la cave en dévalant les escaliers et se mit à crier:  » Venez vite, il arrive quelque chose à Gabby!
Au salon, Gabby tremblait de façon incontrôlable, comme si elle était en train d’avoir une attaque. Ignorant les démonologues, le démon tentait de la posséder. Haletante, elle leur dit dans un souffle qu’elle pouvait le sentir entrer en elle puis brusquement, son corps se rigidifia. Sa bouche s’ouvrit mécaniquement, comme la mâchoire d’une marionnette et elle dit:  » A-a-arrière les saints! L-l-la douleur viendra sur tous!  »

Ralph et Joe restèrent un moment immobiles, stupéfaits. Ils avaient déjà vu des personnes possédées auparavant, mais aucun pouvoir diabolique n’était arrivé à envahir quelqu’un alors qu’ils réalisaient un exorcisme, l’eau bénite à la main. Ils étaient en présence de l’un des démons les plus dangereux de l’enfer.
Les deux hommes savaient que s’ils restaient forts, alors la créature maléfique ne pourrait rien contre eux. Brandissant leurs reliques de la Vraie Croix, Ralph et Joe s’approchèrent de Gabby et, posant les éclats de bois contre sa tête, ils commandèrent aux forces du mal de la laisser en paix. Le démon relâcha son étreinte et Gabby reprit lentement conscience, comme si elle s’éveillait d’un rêve. Elle n’avait aucun souvenir de se qui venait de se passer.
Le mal rôdait toujours dans la salle, les enquêteurs pouvaient le sentir. Ils vérifièrent que tout le monde portait bien sa médaille de St Benoit puis ils oignirent chaque personne avec de l’huile bénite. Une fois la famille protégée, Ralph et Joe reprirent le rituel, répétant de nombreuses fois la prière du Pape Léon XIII dans toute la maison jusqu’à ce que leur voix en devienne rauque. Ils pensaient avoir réussi à affaiblir le démon et ils ne le croyaient plus capable de tenter une quelconque possession, mais pour vraiment se débarrasser de lui, ils auraient eu besoin d’une équipe complète de chercheurs ou d’un exorciste.

Une fois la cérémonie terminée, Ralph et Joe conseillèrent aux Villanova de cesser toute communication avec l’esprit. Ils leur donnèrent de l’eau bénite et du sel béni puis ils se remirent à prier jusqu’à l’arrivée du père P. Williams, le curé de la paroisse. Après avoir été informé des événements, le prêtre décida de prendre la famille sous sa protection, jusqu’à ce que le père Hayes puisse venir effectuer l’exorcisme. Mais comme les enquêteurs emballaient leur équipement, soudain DJ se mit à crier:  » Papa, ne laisse pas ces gens partir!  » Ce cri résonnait douloureusement dans le cœur des deux hommes, qui étaient pourtant surs que la famille se trouvait en de bonnes mains.

Ralph Sarchie effectuant un rituel

Ralph Sarchie effectuant un rituel

S’ils étaient persuadés que les Villanova avaient retrouvé leur vie d’autrefois, Ralph et Joe se trompaient lourdement. Quelques mois plus tard, ils reçurent un appel de Dominick, qui leur signala que sa famille était toujours en proie au démon. Le prêtre n’était pas à blâmer, il avait agi comme il l’avait dit mais l’exorciste avait eu des problèmes de santé qui l’avaient empêché de venir et la situation avait rapidement dégénéré.
Ralph, Joe et trois enquêteurs se rendirent au domicile des Villanova un samedi après-midi, après plusieurs jours de préparation spirituelle intense. Conscients de leurs erreurs lors de leur première visite, ils avaient apporté avec eux assez de matériel pour exorciser tout un pâté de maisons.
Malheureusement, Dominick se trouvait maintenant dans une situation financière terrible. En raison de ses problèmes familiaux, il avait perdu son emploi de comptable et la banque les menaçait de les expulser de la maison s’il ne retrouvait pas un travail rapidement.

Cette triste nouvelle renforça encore un peu plus la détermination des deux démonologues, qui le tenaient en grande estime. Sous la protection de Chris, l’un de leurs enquêteurs, Ralph et Joe envoyèrent les femmes et les enfants se réfugier à l’église voisine puis ils demandèrent au père de famille de leur décrire les événements. Dominick leur expliqua qu’après l’exorcisme, l’esprit avait quitté la maison durant un jour ou deux. Puis, alors qu’ils se pensaient en sécurité, les attaques avaient repris. Des chaussures, des livres, des pots avaient commencé à voler autour d’eux, sans jamais frapper personne. Les portes claquaient inexplicablement et l’empreinte d’un visage était apparu sur le plafond de la salle à manger.
Les violences envers Luciana étaient clairement moins intenses, et même si elle était parfois victime de griffures, le démon déchainait surtout son courroux sur les objets religieux. L’eau bénite que les enquêteurs avaient laissée avait mystérieusement viré au brun dans sa bouteille et la silhouette de Jésus-Christ avait été arrachée des chapelets des enfants.
Après que deux prêtres soient venus bénir la maison, l’empreinte du crâne d’un animal était apparu dans le miroir du sous-sol, un bras pâle, désincarné, avait attrapé Luciana alors qu’elle était assise sur le canapé du salon et une forme noire avait été aperçue alors qu’elle errait en bas des escaliers. Le père Williams aurait voulu procéder à un exorcisme mais malheureusement, il n’avait pas réussi à obtenir la permission de son évêque. Cependant, il avait aidé et soutenu les Villanova autant qu’il avait pu, passant même une nuit entière dans la maison en compagnie d’un autre prêtre. A cette occasion, le démon leur avait fait une démonstration de ses talents, faisant danser le bureau de la chambre juste devant eux.

Pendant plus de deux heures, Ralph et Joe, équipés d’encens béni, d’eau bénite, de sel béni et de leurs armes les plus puissantes, les reliques de la Vraie Croix, se battirent contre le démon. Avant d’exorciser une pièce, ils en ouvraient tous les placards, les armoires et les tiroirs, ne laissant aucun recoin obscur où le démon aurait pu se dissimuler, puis ils allumaient de l’encens et commençaient à réciter la prière de Saint-Michel, l’une des deux prières qui avaient été divinement révélées à Léon XIII. En 1884, alors qu’il célébrait la messe, le Saint-Père avait brusquement été saisi d’un tel ravissement qu’il en était tombé sur le sol, comme mort. A son réveil, il avait raconté à ses cardinaux la terrible vision qu’il avait eue, dans laquelle le diable raillait Jésus, lui disant que s’il lui laissait assez de temps et de puissance, il pourrait détruire l’humanité. Jésus avait alors donné la permission à Satan de tester l’humanité au cours des décennies à venir. Après avoir rapporté la prophétie, le Pape avait demandé une plume et du papier, puis il s’était mis à écrire des prières qui aidaient à vaincre Satan.

Deux de leurs enquêteurs se tenaient à l’étage, effectuant le rituel d’exorcisme en même temps qu’eux. Ils travaillaient en duo, de sorte qu’une personne puisse se concentrer sur la réalisation du rituel, tandis que l’autre surveillait toute activité démoniaque, veillant à ce que l’exorciseur ne soit pas victime d’une agression. Comme une attaque démoniaque pouvait se produire à n’importe quel moment, ils devaient être sans arrêt sur leurs gardes.

Les deux hommes se déplacèrent dans toute la maison, priant et arrosant les quatre coins des pièces et les placards d’eau bénite pour consacrer l’endroit. Puis ils répétèrent le processus avec du sel béni, qui a le même effet sauf qu’il a le mérite de durer plus longtemps, et lorsque la cérémonie prit fin, un sentiment de paix planait sur la demeure. Durant l’opération, Ralph et Joe avaient fait brûler tellement d’encens béni que la maison semblait en feu. Ironiquement, le démon, qui était sorti d’un nuage de fumée lors de sa première apparition, disparaissait enfumé.

Source: Deliver Us from Evil de Ralph Sarchie.

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