La Possession de Clarita Villanueva

Clarita VillanuevaAu début des années 1950, aux Philippines, une jeune fille de 17 ans, Clarita Villanueva fut en proie à de terribles démons qui la mordaient incessamment. Si je n’ai pu trouver que peu d’images de cette possession, grâce à Lester Sumrall, le révérend qui s’occupa de la jeune fille, l’histoire nous est parvenue intacte et elle est particulièrement troublante.

En 1953, Clarita Villanueva, n’avait que 17 ans mais sa vie entière n’était qu’une longue tragédie. Elle ne se souvenait pas de son père, elle ignorait s’il était mort ou s’il avait abandonné sa mère, qui se prétendait médium et diseuse de bonne aventure. Clarita avait grandi en la regardant tenir des séances de spiritisme, communiquer avec les morts et lire l’avenir de ceux qui venaient la consulter. Elle demandait toujours de l’argent pour ses services, mais dès que ses clients partaient, elle riait d’eux derrière leurs dos. Pour elle, son métier était un jeu, un moyen de gagner facilement sa vie en dupant des gens crédules.

Puis, alors que Clarira était encore très jeune, elle avait environ douze ans, sa mère était morte. La fillette avait trois frères à Bacolod City, mais comme aucun ne l’aimait assez pour s’occuper d’elle, alors elle s’était retrouvée dans la rue. Là, des prostituées l’avaient recueillie, l’incitant à vendre son corps pour de l’argent. Clarita avait alors travaillé pour se payer un voyage qui l’avait mené de son île natale, dont elle parlait le dialecte, à Manille. En arrivant dans la grande ville, elle avait trouvé un emploi de femme de chambre, qu’elle avait gardé durant quelques mois, puis elle avait eu une aventure avec un homme, qui s’était révélé marié avec quatre enfants. En l’apprenant, la jeune fille avait mis un terme à leur relation pour préserver ses enfants et elle était devenue  » danseuse.  »

Le 6 mai 1953, en fin de soirée, Clarita revenait du cinéma quand elle se fut arrêtée pour suspicion de vagabondage et incarcérée à la prison pour femmes de la ville. Les premiers jours se déroulèrent normalement mais le 9 mai, quand elle voulut se lever, sa jambe gauche refusa inexplicablement de sortir du petit lit de bois qui lui avait été assigné. La jeune fille lutta un moment puis brusquement, sans qu’elle ne parvienne à comprendre ce qui la retenait, la jambe se libéra. Clarita ne fit aucun cas de cet incident mais quelques instants plus tard, elle remarqua, tout comme ses compagnes de cellule, que de petits cailloux étaient jetés dans la pièce. Pensant que quelqu’un s’amusait à leurs dépends, les prisonnières commencèrent par en rire mais soudain, les cailloux se firent plus gros et affolées, elles se mirent à crier. A ce moment-là, alerté par le vacarme, un garde se présenta devant la porte de la cellule et leur ordonna de gagner leurs lits.

Clarita était allongée sur son lit, elle se préparait à dormir, quand soudain elle s’aperçut qu’une créature à l’aspect maléfique la fixait de ses yeux exorbités. Pétrifiée de peur, elle resta immobile lorsque la chose sauta sur elle, s’assit sur son torse et la mordit sauvagement. Puis brusquement, un petit être tout aussi démoniaque surgit des ténèbres qui le dissimulaient et bondissant sur le lit, il planta violemment ses dents dans sa chair de la jeune fille qui se mit aussitôt à crier. Surprises, ses compagnes de cellule se redressèrent sur leur lit mais, comme elles ne voyaient aucune créature, la panique envahit Clarita et ses cris se transformèrent en hurlement de terreur. Ils résonnaient si fort à cette heure tardive qu’ils alarmèrent le capitaine Ganibi, l’officier de la prison, qui passait non loin de là. L’officier parvint, tant bien que mal, à décrypter l’histoire que lui racontait la jeune fille mais comme il ne voyait aucun des démons dont elle parlait, il fit dresser un petit autel improvisé dans la cellule et lui conseilla de prier. Malheureusement, quand Clarita tenta de regarder l’autel, aussitôt la grosse créature vint se placer devant elle, lui obstruant la vue et elle finit par tourner la tête vers le mur, pour ne plus voir le monstre.

Le dimanche 10 mai, les créatures attaquèrent Clarita durant toute la nuit. La jeune fille pleurait, visiblement affolée, et criait:  » Éloignez-les! Oh, s’il vous plait, n’y a-t-il personne pour m’aider? Je n’en peux plus!  »
Elle poussait des hurlements si terribles que le capitaine Ganibi, décidant de prendre les choses en main, la fit descendre dans son bureau. Mais, alors qu’elle se trouvait au centre de la pièce, entourée de gardes et de divers observateurs, soudain elle se mit à se débattre, tentant apparemment de repousser quelque chose qu’elle seule pouvait voir. A ce moment-là, des traces de morsure profondes apparurent sur ses bras et sur son cou et la jeune fille s’évanouit dans les bras des gardiens qui s’étaient précipités pour la soutenir. Le Dr Angelo Singian, qui travaillait au bureau médical de la police, avait été appelé pour examiner Clarita mais en arrivant il lui jeta un vague coup d’œil et déclara sèchement:  » Elle fait une crise d’épilepsie.  »

Un vieil employé de la prison de Manille s’avança alors, et philosophant, il expliqua les étranges manifestations de ces quelques mots:  » C’est comme le vent. Le vent ne peut pas être vu, mais il peut infliger des dommages physiques. La Chose est peut-être comme le vent. La Chose ne peut être vue, et elle peut causer des dommages physiques. Le vent est réel. Qu’en est-il de La Chose?  » Lorsqu’elle reprit ses esprits, Clarita leur expliqua que le démon était grand, sombre avec des poils bouclés sur la tête, la poitrine et les bras. Il avait une voix caverneuse, de très grands yeux vifs, deux crocs et il était habillé de noir. Perplexe, le capitaine Ganibi décida alors d’en référer à ses supérieurs.

Tout le monde demandait au Dr Lara Mariano, chef du bureau médical de la police et professeur à l’Université de Santo Tomas, son opinion sur les morsures, mais il n’en avait encore aucune. Il avait lu les journaux, qui racontaient déjà qu’une femme avait été attaquée par des entités surnaturelles, écouté ses deux assistants, qui lui avaient rapporté que la fille était folle et qui voulaient que Clarita soit admise en hôpital psychiatrique, mais jugeant l’incident anodin, il n’y avait guère prêté attention. Cependant, le 13 mai, l’un de ses amis insista pour qu’il passe voir la fille et devant tant de sollicitations, le médecin finit par céder. Sa visite ne lui apprit rien de nouveau, Clarita était des plus calmes à ce moment-là, mais après avoir discuté un moment avec elle, son histoire finit par l’intriguer. Aussi, quand il retourna à son bureau, donna-t-il des directives afin d’être prévenu si de nouvelles traces de morsure apparaissaient.

Ce jour-là, la jeune fille devait se rendre au tribunal pour répondre aux accusations de vagabondage portées contre elle. Elle se trouvait devant la cour quand brusquement elle se mit à crier. Alors, à la stupéfaction des journalistes et des fonctionnaires présents dans la salle, d’impressionnantes traces de dents apparurent sur ses bras, ses mains et son cou puis elle qui s’effondra sur le sol, inconsciente. Une demi-heure plus tard, Arsenio Lascon, le maire de Manille, arriva sur place et discuta avec Clarita, dont les blessures avaient méchamment enflé. Le médecin qui avait été appelé pour l’examiner trouvant la jeune fille fiévreuse, il demanda à ce qu’elle soit emmenée à l’hôpitel et tenant à s’assurer que tout irait bien pour la malheureuse, le maire décida de l’accompagner. Durant le trajet, à plusieurs reprises Clarita cria de douleur, semblant lutter contre d’invisibles créatures, puis brusquement, de vilaines empreintes de dents vinrent se dessiner de chaque côté de son cou et sur ses mains, que le maire tenaient dans l’espoir de la réconforter. Il fallut quinze minutes à l’ambulance pour atteindre l’hôpital mais elles furent, pour M. Lascon, les quinze minutes les plus longues de sa vie. Elles ressemblaient à 24 heures en enfer, avoua-t-il par la suite.

En apprenant que Clarita se trouvait en confinement à l’hôpital, le Dr Lara demanda à ce qu’elle soit immédiatement amenée à son bureau et peu de temps après, une ambulance déposait la jeune fille. Au moment de son arrivée dans la salle d’observation, Clarita gisait sur une chaise, inconsciente et le Dr Lara, en profita pour effectuer quelques tests, piquant sa peau avec aiguilles en différents endroits. Étrangement, elle semblait totalement insensible à la douleur et ne réagissait à rien. Dix minutes plus tard, la jeune fille sortit de sa transe et équipé d’une loupe, le médecin observa chaque partie de ses bras, de ses mains et de son cou afin de noter les traces de morsure encore visibles. Comme Clarita se sentait toujours très faible et qu’elle n’arrivait pas se mettre debout toute seule, le médecin et l’un de ses assistants la déposèrent sur un lit, plaçant scrupuleusement ses deux mains le long de son corps.

Mais brusquement, la jeune fille se mit à hurler et deux traces de dents apparurent instantanément sur sa main gauche. Là où se trouvaient les empreintes, la peau était encore humide, comme mouillée par de la salive. Suite à cette attaque, Clarita cria pendant cinquante minutes puis brusquement, son visage et ses jambes bleuirent et elle s’effondra, inconsciente. Une fois revenue à elle, elle s’assit sur une chaise et répondit intelligemment à toutes les questions que lui posèrent les internes. Suite à cet examen, le Dr Lara troublé, fit un long compte rendu dont voici un extrait:
 » Je trouve qu’il est difficile et presque impossible d’accepter quoi que ce soit de caractère surnaturel… Équipé d’une loupe, j’ai soigneusement examiné les parties exposées du corps de Clarita Villanueva, les bras, les mains et le cou, pour savoir comment avaient été faites ces marques de morsure. J’ai vu des marques rougeâtres de morsures humaines sur ses bras… Au même instant, cette fille, qui se trouvait dans un état de semi-transe, a crié haut et fort… J’ai vu, à plusieurs reprises, de mes yeux incrédules, des marques nettes ou des impressions de dents ressemblant à deux mâchoires supérieure et inférieure humaine.
La zone mordue sur la face dorsale de la main gauche était un peu humide et les empreintes dentaires avaient, pour la plupart, la forme de dents de devant ou incisives. En les voyant apparaitre sous mes yeux incrédules, je ne pouvais comprendre ni expliquer comment elles étaient produites car sa main avait été tout le temps tenue hors de portée de sa bouche….

Alors qu’elle était en pleine possession de ses moyens, je lui ai demandé qui était à l’origine des morsures dont elle souffrait et elle m’a répondu qu’ils étaient deux à la mordre alternativement: une imposante créature noire qui ressemblait à un homme, très grande, avec deux yeux perçants, deux canines pointues, une longue barbe comme un hindou, poilue des extrémités et du torse, qui portait un vêtement noir avec un petit empiècement blanchâtre sur le dos qui ressemblait à une capuche. Son pied faisait trois fois la taille d’un pied humain. L’autre était très petit, entre 60 et 90cm, également noir, poilu et atrocement laid.  »

L’Exorcisme de Clarita

Lester Sumrall

A cette époque, le Dr Lester F. Sumrall, un pasteur protestant, se trouvait à Manille où il espérait construire une église quand un soir, allumant son poste, il entendit un animateur déclarer:  » Bonsoir Mesdames et Messieurs. Si vous avez un cœur fragile, éteignez votre radio!  » Intrigué par cette surprenante annonce, le révérend monta un peu plus le volume, et aussitôt, d’atroces hurlements remplirent la pièce. Des docteurs discutaient, tous en même temps, chacun déclamant sa vérité:  » Tout ceci peut être expliqué! C’est de l’épilepsie! C’est de l’hystérie!  »
Une personne, qui semblait particulièrement excitée, s’écria alors:  » Regardez, les marques de dents apparaissent!  » Puis quelqu’un commença à décrire les événements auxquels ils assistaient:  » La fille est en train d’être attaquée par quelque chose d’invisible. Son visage est bleu et il y a des marques sur son cou.  » Alors la jeune fille se mit à crier à nouveau. Bouleversé, le révérend se tourna vers sa femme et lui dit:  » La fille n’est pas malade et les docteurs ne peuvent rien fasse à un tel ennemi. Son cri est le cri des damnés et des possédés. Cette fille est possédée par le démon.  »

Après avoir écouté cette émission, il lui fut impossible de dormir. Le prêtre marcha de long en large, priant le Seigneur de délivrer cette pauvre fille. Mais plus il priait, plus une pensée s’imposait dans son esprit:  » Je vais aller à la prison, prier pour elle et la délivrer.  »

Le lendemain matin, le père Sumrall se dirigeait vers la prison quand il décida de s’arrêter à la maison de Leopoldo Coronel, l’architecte qui s’occupait de son église, qui était également un ami personnel du maire de Manille. A sa demande, M. Coronel appela M. Lacson qui donna au prêtre la permission d’aller visiter Clarita pour prier avec elle si le Dr Lara n’y voyait pas d’objection. Il ajouta que pour sa part, il ne voulait jamais plus la revoir. M. Lacson, qui ne connaissait pas le médecin, fit alors jouer quelque relation qui se porta garant des deux hommes et l’autorisation espérée fut immédiatement accordée. Une fois à la prison, les deux hommes furent escortés jusqu’à la morgue où deux sièges leur furent proposés. Mal à l’aise, ne révérend ne put s’empêcher de noter qu’un cadavre se trouvait sous un drap blanc et que sur une table, différentes parties de corps humains baignaient dans des bocaux remplis d’alcool. Fort heureusement, le Dr Lara vint rapidement à leur rencontre et il leur expliqua qu’en trente-huit ans de pratique médicale et après avoir pratiqué 8000 autopsies, jamais il n’aurait pu croire qu’une force non-matérielle existait dans l’univers mais que de voir Clarita se faire mordre par des démons lui avait fait corriger son jugement. En fait, il était même bouleversé par ce qu’il avait pu observer alors, se tournant vers le père Sumrall, il lui dit:  » Révérend, je suis assez humble pour admettre que je suis un homme terrifié.  »

Après avoir obtenu l’autorisation de venir exorciser la jeune fille, le prêtre passé sa journée à jeuner et prier. Le jeudi 21 mai, à 8 heures, le père Sumrall, Leopoldo Coronel et le Dr Lara, ignorant les policiers, les journalistes, les photographes et les curieux qui se trouvaient déjà là à attendre, se dirigèrent sans tarder vers la petite chapelle de la prison des femmes mais à peine y étaient-ils rentrés qu’ils s’aperçurent qu’une centaine de personnes les avait suivis, curieux d’assister au rituel. L’ambiance était amicale et sympathique mais le révérend savait que n’ayant jamais entendu aucune des prières qu’il se préparait à dire, personne ne lui serait d’aucune assistance.

En arrivant dans la modeste chapelle, le Dr Lara demanda à ce que Clarita leur soit amenée. Quelques instants plus tard, la jeune fille pénétra dans la pièce et apercevant le révérend, elle se dirigea vers lui sans hésiter:  » Je ne vous aime pas!  » lui dit-elle, écarquillant les yeux. Ce furent les premiers mots que le démon prononça par sa bouche. Étrangement, à ce moment-là, Clarita parlait anglais, une langue qu’elle n’avait jamais apprise. Après cette déclaration, elle s’assit sur l’unique banc de bois de la petite salle et le père Sumrall traina une chaise pour se placer juste en face d’elle:  » Clarita, je suis venu pour te délivrer du pouvoir de ces démons au nom de Jésus Christ, le Fils de Dieu.  »
Soudain, une rage folle sembla s’emparer de la jeune fille qui se mit à hurler:  » Non! Non! Ils vont me tuer! » Puis brusquement, son corps se raidit et elle sombra dans l’inconscience. Le prêtre prit alors sa tête entre ses deux mains et s’écria:  » Sors d’elle, toi le démoniaque et maléfique esprit de l’enfer. Sors d’elle au nom de Jésus!  »
Immédiatement, Clarita reprit connaissance. Des larmes coulèrent le long de ses joues, et suppliant le révérend de la laisser tranquille elle lui montra ses bras et son cou, où de nouvelles morsures venaient d’apparaitre. En contemplant les terribles marques de dents, dont certaines étaient si sévères que les vaisseaux sous la peau avaient éclaté, le père Sumrall resta un moment interdit. Dans les yeux des spectateurs se reflétait une peur qui n’était pas prête de s’effacer. Le Dr Lara, qui se sentait quelque peu rassuré par la présence du prêtre, souleva de bras gauche de Clarita et se tournant vers les journalistes et il leur demanda:  » Vous y croyez?  » Les reporters se penchèrent sur l’empreinte rougeâtre et un frisson les parcourut. Elle ne ressemblait en rien à une morsure humaine.

Le prêtre commença à livrer ce qui allait devenir le plus incroyable combat de sa vie. Il n’avait jamais rien vu de tel. Les démons maudissaient Dieu, Jésus et le prêtre dans le plus horrible des langages et ils criaient tellement fort que leurs hurlements s’entendaient bien au-delà des murs de la prison. Soudain, Clarita sembla s’apaiser, et comme aucune morsure n’apparaissait plus, le prêtre demanda à arrêter la séance. La jeune fille semblait épuisée, tout comme le révérend, dont les mains tremblaient. Avant de partir, il expliqua au Dr Lara qu’il souhaitait rentrer chez lui mais qu’il reviendrait le surlendemain et qu’il espérait que moins de monde assisterait à l’exorcisme, ce que le médecin approuva. Lors de cette visite, le prêtre avait remarqué un fait sans grande importance mais néanmoins curieux. Étrangement, si la plupart des attaques survenaient aux moments les plus inattendus, les créatures démoniaques se montraient jalouses de Clarita, la mordant dès qu’elle recevait directement un cadeau. Cependant, si le présent était déposé sur une table et qu’elle le prenait, alors, pour une obscure raison, elle était épargnée.

Le père Sumrall passa le jour suivant à prier, et ce fut une aide précieuse pour lui. Parfois, il lui semblait sentir la grâce de Dieu l’entourer, lui soufflant de ne pas être effrayé. Quand il parcourut les journaux qui affichaient sa photo et titraient, de manière provocatrice,  » La Chose Défie le Pasteur,  » il dut se faire violence pour ne pas retourner immédiatement lutter contre le mal mais au fond de lui-même, il était certain de devoir attendre. Au cours de la soirée, les révérends Ahlberg et McAlister vinrent le visiter et proposèrent de le seconder, ce que le prêtre accepta.

Le vendredi 22 mai, peu avant leur départ, le capitaine de la prison leur fit savoir que Clarita n’avait pas été mordue depuis la séance de prières, ce qui sembla une ruse au père Sumrall, qui savait pertinemment que la jeune fille n’était toujours délivrée. Ce matin-là, avant de rentrer dans la chapelle, le révérend s’arrêta devant les journalistes et les curieux rassemblés là et s’adressant à eux, il leur demanda de partir, expliquant qu’un exorcisme n’était pas un spectacle. Seul le Dr Lara reçut la permission d’accompagner les prêtres dans la chapelle mais après avoir attendu un moment, les journalistes s’y glissèrent discrètement.
Le pasteur s’assit devant Clarita, qui semblait tout à fait calme, il lui prit les mains, et brusquement, alors qu’il demandait à Dieu de la libérer du démon, les yeux de de la jeune fille se remplirent de sauvagerie et la maléfique créature se mit à crier par sa bouche:  » Va-t’en! Va-t’en!  » Alors le père, d’une voix autoritaire, répondit:  » Non, je ne partirai pas, mais tu vas le faire! Cette fille sera délivrée aujourd’hui!  »

Craignant que les démons ne s’en prennent à une autre victime en sortant de son corps, le prêtre demanda alors aux personnes présentes de s’agenouiller. A son grand désarroi, il y avait autant de spectateurs, si ce n’est plus encore, que lors de sa précédente visite. Puis il se mit à prier et le combat commença. Comme à leur habitude, les démons tentaient de débattre avec le prêtre, ils maudissaient, injuriaient et blasphémaient, mais ils étaient beaucoup plus faibles que la première fois et le père Sumrall se réjouissait de sa journée de jeune et de prières, pensant qu’elle faisait la différence. Il remarqua leur départ au moment même où il se produisait. Brusquement, les yeux de Clarita changèrent, puis elle sourit. Il regarda alors autour de lui, et lorsqu’il vit que des larmes coulaient sur les joues des journalistes, des docteurs et des policiers, alors il comprit que la bataille avait du être terrifiante. Alors, le prêtre demanda aux deux révérends qui l’avaient accompagnés de s’approcher de lui, et tous se mirent à chanter un hymne de joie.

Se tournant vers Clarita, le pasteur lui demanda:  » Où sont-ils allés?  » Désignant la petite fenêtre barrée d’acier la jeune fille répondit:  » Dehors par cette fenêtre.  » Soulagés, les trois hommes d’église étaient sur le point de partir quand brusquement, Clarita se mit à crier. Au fond de ses yeux, dansait à nouveau une lueur qui n’avait rien d’humain. Le père Sumrall  s’écria alors:  » Pourquoi êtes-vous revenus? Vous savez que vous devez partir et ne plus revenir.  » S’exprimant toujours en anglais, les démons protestèrent:  » Mais elle n’est pas pure et nous avons le droit de vivre avec elle.  » Le prêtre leur répondit que Marie Magdalena ne l’était pas, elle non plus, mais qu’elle l’était devenue par le pouvoir de Jésus, et comme les créatures maléfiques n’avaient plus la force de s’opposer à lui, elles disparurent sans insister. Clarita recouvra alors ses esprits et, après lui avoir expliqué ce qui lui était arrivé, le révérend lui proposa de prier pour le pardon de ses péchés. Alors, la jeune fille parut redevenir elle-même.

Les trois homme se préparaient à sortir de la chapelle quand brusquement la même chose se répéta à nouveau. Cette fois, le pasteur était en colère. Il demanda aux démons pourquoi ils étaient revenus, et ces derniers lui répondirent, toujours dans un anglais parfait:  » Mais elle ne nous a pas demandé de partir. Elle nous veut. C’est juste toi qui désires que nous nous en allions.  » Le père Sumrall leur ordonna de s’en aller et immédiatement ils la libérèrent. En revenant à elle, Clarita rapporta qu’ils étaient sortis par la fenêtre, comme les fois précédentes. Le révérend lui expliqua comment ils avaient réussi à revenir, puis il lui demanda de leur dire de la laisser, ce qu’elle fit sur le champ. Après une dernière prière, la jeune fille semblant particulièrement épuisée, le pasteur lui conseilla d’aller se reposer. Cependant, après que les démons soient revenus trois fois d’affilé, le révérend avait compris qu’ils ne comptaient pas en rester là. Il expliqua clairement à la jeune fille ce qu’elle devait faire s’ils se montraient à nouveau, lui affirmant qu’elle avait le pouvoir de leur résister:  » Clarita, je suis sur que ces démons vont revenir une fois de plus. Après que je sois parti, ils reviendront. Alors, tu devras juste leur demander de partir sans que je sois là pour t’aider. Tu dois dire:  » Va, au nom de Jésus  » et ils obéiront.  »

Le même jour, vers 20 heures, Clarita appela le garde en faction:  » M. Pangan, mes ongles sont très longs, puis-je emprunter votre couteau de poche pour les couper?  » L’homme répondit alors:  » J’aimerais, mais le règlement de la prison stipule qu’aucun prisonnier n’est autorisé à avoir un instrument tranchant. » Puis, réfléchissant un moment, le gardien, qui avait assisté à l’exorcisme et qui avait pitié d’elle, lui proposa:  » Mais je vais te les couper. Viens ici.  » Mais avant qu’il n’ait eu le temps de s’occuper de deux ongles, soudain Clarita se mit à crier:  » A l’aide, ils reviennent! Ils sont derrière vous!  » Terrifié, le garde grimpa d’un bond sur son bureau pour échapper aux démons puis il observa prudemment les événements. Il ne voyait pas ses agresseurs, juste la fille qui se battait et criait hystériquement. Alors que créatures maléfiques semblaient l’avoir attrapée et que ses mains paraissaient attachées, elle demanda au garde:  » Oh, qu’est-ce que le Père américain m’a dit de dire? Dites-le moi! Vite!  »
Le malheureux, qui restait toujours prudemment sur la table, lui répondit alors:  » Dis: Oh Dieu, délivre- moi au nom de Jésus et au sang de Jésus.  » Clarita répéta les mots qui venaient de lui être soufflés et aussi aussitôt, ses mains semblèrent se libérer. Alors, elle s’effondra sur le sol, inconsciente.

En entendant les cris de Clarita, de nombreuses prisonnières et des membres du personnel étaient accourus, se rassemblant autour d’elle. Les gardes soulevèrent la jeune fille évanouie et la posèrent sur le bureau, maintenant libéré. Son poing semblait étrangement fermé et le Dr Lara, intrigué, décida de le lui ouvrir de force. Sur la paume de sa main, ainsi que sous ses ongles, se trouvaient de longs et épais cheveux noirs que le médecin plaça dans immédiatement dans une enveloppe pour les analyser. Quand il les examina sous le microscope du laboratoire, alors il s’aperçut qu’ils n’appartenaient pas à sa tête ni à celle de qui que ce soit: ces cheveux n’étaient pas humains et ne ressemblaient à rien de connu. Étrangement, ils ne possédaient aucune racine et ne semblaient pas non plus avoir été coupés. Comment des cheveux, ou des poils, appartenant à une chose invisible, probablement un démon, pouvaient-ils être apparaitre ainsi à la vue de tous, le docteur n’avait aucune réponse quand à ce mystère.

En lisant les journaux du lendemain, le père Sumrall se sentit particulièrement remonté contre les reporters mais il s’en voulut également de ne leur avoir rien expliqué. Il leur avait demandé de ne rien écrire sur l’affaire, avait obstinément refusé de répondre à leurs questions et les malheureux n’avaient rien compris à l’exorcisme. De ce fait, leurs articles étaient remplis d’erreurs.

La semaine suivante, Clarita dut se présenter une nouvelle fois devant la Cour de Manille pour répondre aux accusations de vagabondage et expliquer sa conduite extraordinaire. A cette occasion, elle déclara au juge Almeda-Lopez que depuis que le missionnaire américain avait prié pour elle, les démons n’étaient pas revenus. Le juge décida alors de la placer dans une institution pour jeunes filles indisciplinées, afin de la garder sous surveillance.

Le père Sumrall avait du s’absenter durant une semaine mais à son retour il alla visiter Clarita en compagnie du Dr Lara et la jeune fille se montra enchantée de leur venue. Dès qu’elle les aperçut, elle se précipita vers eux, disant qu’elle craignait de ne plus jamais les revoir. Elle s’empressa de leur apporter des chaises et ils discutèrent ainsi pendant un moment. Pendant qu’il se trouvait là, le révérend demanda la permission d’organiser un service religieux pour toutes les filles et quelques jours plus tard, la cérémonie eut lieu. A cette occasion, 200 jeunes filles avaient été réunies et Clarita était leur centre d’attraction. Elle ne savait plus quoi faire pour être agréable au prêtre et au Dr Lara. Le père Sumrall tenta de parler en anglais avec Clarita, comme ils avaient l’habitude de le faire quand elle était possédée, mais n’en comprenant plus un mot, elle se révéla incapable de lui répondre.

Les responsables de l’institution disait d’elle qu’elle était une jeune fille normale, et le révérend était stupéfait de voir à quel point elle avait changé. Impressionné, il demanda la sortie de Clarita de la maison de correction, se portant garant pour elle, et il la plaça dans la maison de certains de ses meilleurs amis, les Sadorra. Malheureusement, harcelée par les curieux dès qu’elle apparaissait en public, Clarita finit par s’enfuir de la capitale et elle se réfugia dans un petit village au nord de Luzon.

Les Conséquences de l’Exorcisme sur les proches de Clarita

La possession de Carlita Villanueva changea la vie de nombreuses personnes. Le maire de la ville, un homme à l’esprit fort, avait été particulièrement impressionné par les manifestations démoniaques et il en était tellement effrayé qu’il lui semblait sans cesse les sentir derrière lui. Puis, après l’exorcisme, il prit conscience que le pouvoir de Jésus Christ était plus grand que celui du diable, ce qui finit par le rassurer.

Le prêtre avait demandé aux détenues qui assistaient à l’exorcisme de pencher respectueusement la tête, les prévenant que les démons risquaient de les attaquer au moment où ils sortiraient de Clarita. La plupart des prisonnières, respectueuses, s’étaient agenouillées durant la prière mais une détenue de la cellule d’à côté en riait, se moquant d’eux et ne suivant, bien entendu, aucune des consignes. Au moment même où les démons sortirent de Clarita, l’assistance entendit un cri épouvantable dans une cellule voisine. La femme en question gisait sur le sol, inconsciente, le corps marqué de cruelles traces de dents. Ce fait extraordinaire fut constaté par les nombreux reporters présents, et dès le lendemain, la nouvelle était dans tous les journaux.

Le 16 mai, le Dr Manuel Ramos se rendit à la prison pour interroger Clarita, criant partout qu’il ne croyait aucunement en ces prétendus phénomènes surnaturels. Avant même d’avoir rencontré la jeune fille, il était déjà sur de son fait. Le lendemain, exactement à la même heure, le Dr Ramos mourait d’une cause inconnue. Comme cause du décès, le coroner indiqua une attaque cardiaque, mais chacun peut en tirer ses propres conclusions.

La plus terrible des conséquences de la possession de Clarita Villanueva fut la mort du capitaine Antonio Ganibi, l’officier de la prison. Le capitaine était le gardien de la jeune fille, assumant généralement la responsabilité de ses divers déplacements et parfois, son irresponsabilité l’agaçait, ce qui l’amenait à la sermonner. Le jour où il avait accompagné Clarita chez le Dr Ramos, le sceptique qui était mort le jour suivant, la jeune fille avait rampé sous le bureau et elle s’était mise à rire bruyamment, tordant son corps dans tous les sens comme si des doigts invisibles la chatouillaient.
Quand elle était sortie de sous le bureau, elle avait demandé au capitaine s’il avait vu le petit crucifix qu’elle portait normalement sur sa robe. Ce crucifix allait plus tard être arraché de son cou à l’aide d’un rosaire et jeté au loin par le père Sumrall. Il semblait y avoir une étrange association entre les esprits et le crucifix car la jeune fille le caressait d’une étrange manière quand le révérend priait pour elle.

Quoi qu’il en soit, Clarita avait demandé:  » Capitaine Ganibi, où est mon crucifix?  » Elle parlait d’une voix basse, chuchotante, celle qu’elle utilisait habituellement lorsqu’elle se trouvait sous l’influence du démon.  » Je ne sais pas,  » avait-il répondu. La jeune fille était retournée alors sous le bureau, elle avait fouillé un moment, puis elle était revenue vers le capitaine et lui avait dit:  » Regardez dans vos poches. Peut-être l’avez-vous.  »
Afin de la satisfaire, le capitaine avait retourné ses deux poches à l’envers puis il avait déclaré:  » Tu vois, il n’y a rien dans mes poches.  » Il avait ensuite remis ses poches en place mais la jeune fille s’était montrée insistante, murmurant d’une voix grave:  » Capitaine, regardez encore!  » Complaisant, il avait mis ses mains dans ses poches une seconde fois, et sentant le crucifix métallique, un frisson glacé lui avait parcouru l’échine. Il l’avait tendu à la jeune fille, qui lui avait alors dit, menaçante:  » Capitaine, ne me contrariez plus ou bien ce sera votre tour!  » Le Dr Lara se tenait debout, observant la scène en silence et jamais il n’avait oublié ces menaces.

Après la délivrance de Clarita, le capitaine Ganibi tomba gravement malade mais le Dr Lara ne parvint pas à trouver le moindre problème physique expliquant ses troubles. Comme il n’arrêtait pas de perdre du poids, il devint si faible que bientôt il dut rester alité. Puis il se dessécha comme une fleur au soleil et mourut sans qu’aucun problème organique n’ait jamais été trouvé. Ce jour-là, sans raison particulière, le père Sumrall ressentit un besoin urgent de parler au Dr Lara. Mais, alors qu’il pénétrait dans la prison en voiture, il rencontra une immense procession qui en sortait. Après avoir regardé le cortège quitter l’enceinte du bâtiment, il se dirigea vers le bureau du Dr Lara qui lui raconta l’étrange histoire de la mort du capitaine.

L’histoire de Clarita par tous les journaux philippins, avec la photo du père Sumrall en première page, et partout où il allait, il était reconnu. Cette médiatisation valut au prêtre de généreuses aides pour la construction de son église, aussi bien de la part de M. Lacson, qui prouva sa reconnaissance d’une merveilleuse manière, que d’inconnus qui firent appel à ses services par la suite.

Source: Bitten By Devils de Lester Sumrall

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